‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 42 sur 75 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Secte du lnga.

Le Unga était déjà en grande vénération , mais les cérémonies qu’on devait faire en son honneur n'étaient pas encore déterminées par une règle; chacun suivait les inspirations de son zèle religieux : Roudra, pour exalter le culte du linga , se transforma en un brahmane nommé Agastiyen (2); ce brahmane fit une règle qui recut le nom de chaivam ; quelques-uns des plus austères pénitents l’embrassérent , et se signalèrent par leur dévotion au Znga; un grand nombre d’individus de la caste des choütirer suivit bientôt ce premier exemple. Ils n'étaient d’ailleurs obligés ni de se faire pénitents, ni même de renoncer à la condition qu’ils occupaient dans le monde; le seul devoir que leur imposàt la règle, était de faire bâtir des pagodes en l’honneur du lnga, de faire des sacrifices et de célébrer certaines cérémonies en l'honneur de ce symbole, d’en conserver des représentations dans leurs maisons, et d’en porter constamment la figure attachée à quelque partie du corps ; car cet usage existait dès ce temps. Quelques siècles après, voyant le succès qu’obtenait parmi les hommes le culte du Znga, Roudra conçut le dessein d’établir une règle dont l’observation fût plus étroite et le caractère plus religieux. Le roi Soülidéven (3), un de ceux qui avaient le plus de foi en Roudra , se trouvait un jour dans une pagode de ce dieu , occupé à l’adorer sous la formé du Unga ; cette idole s’ouvrit tout-à-coup par le milieu, et Roudra en sortit transformé en homme (4) ; son extérieur était celui d’un pénitent; il était vêtu d’un habit d’étoffe jaunâtre, portait un bâton à la main, et avait un sac passé au bras ; son corps était entièrement blanchi de tirountrou; à son cou était suspendue la figure du Znga. Cette apparition causa un grand étonnement au roi, qui considéra le pénitent avec une attentive curiosité; cédant au désir de savoir en présence de qui il se trouvait, il demanda au pénitent quel était son nom. Le pénitent répondit qu’il était descendu du ciel, et que son nom était Allamabrabou (5). Le prince lui demanda ce qu’il venait faire en ce monde ; Allamabrabou répondit que les dieux n'étant pas satisfaits des honneurs rendus au Unga, il avait recu d’eux la mission d’ajouter à la solemnité de ce culte. Le roi le pria aussitôt de vouloir bien être son gourou, et de le recevoir pour le premier de ses disciples; il se prosterna en même temps à ses pieds et les baisa. 4Ulamabrabou lui donnna l’échiroädam (6), le fit relever et lui exposa les principaux points de la règle qu’il se proposait d'établir. La première partie de ses instructions concernait la manière de porter le {nga; on devait le porter soit au cou , soit au bras, soit au front ; ceux qui le porteraient ainsi obtiendraient la rémission de tous leurs péchés, et iraient après leur mort dans le ciel de Shiva. On devait, pour prendre le Unga, s'adresser au gourou, qui avait seul le droit de le conférer et de distribuer les indulgences de Shiva. Le gourou devait, avant de conférer le 4nga, le consacrer par une onction de

(1) L'auteur rappelle, dans cette rapide énonciation, des faits qu’on trouve exposés avec plus de détails dans quelques autres chapitres , et particulièrement dans ceux qui sont intitulés : Téroundmam ; Fêle du pongal etc. ; Superstitions relatives aux règles des femmes ; Signes dont les Malabars se marquent au front etc.

(2) Agastiyen, en sanskrit Agastya, est un personnage mythologique qui appartient évidemment au sud de l’Inde. On peut conjecturer qu’une partie de sa légende est postérieure aux traditions mythologiques relatives à Vasichtha, puisqu'on a dû le confondre dans une seconde naissance avec ce pénitent, pour lui faire trouver place dans l’ordre des maharchi. C'est à Agastya que les Tamouls attribuent tous les traités de sciences naturelles et de grammaire tamoule qui ne portent point de nom d'auteur : il passe pour avoir enrichi et perfectionné le chentamij ou l’ancien tamoul. On prétend qu’il se montre quelquefois sous une forme humaine dans les parties les plus inaccessibles des montagnes de Kéndalam. E. J.

(3) Je n’ai trouvé ce nom et celui d’Alamabrabou dans aucun des ouvrages que j'ai consultés ; la légende à laquelle ils appartiennent ne nv’est également connue que par ce qu’en rapporte notre auteur. J’ai substitué la leçon Sotlidéven ( ou Choilidéven) à Vorthographe évidemment fautive du manuscrit, Sinlidever ; je crois cette restitution exacte, parce que SAoëlt est un des surnoms de Shiva , et que Sodlidéven signifie ; dont le Dieu est Shiva. On peut lire dans Le savant mémoire de M. Wilson sur les sectes indiennes ( Asiatic Researches , T, xvix ) des extraits du Bésavapouräna relatifs à l’origine du culte du ZÆnga. La légende d’Alamabrabou est probablement locale , ou du moins particulière à certaines provinces de l'Inde méridionale. E. J.

(4) C’est probablement par allusion à cette légende ou à d’autres du même genre, que Shiva a reçu le nom de Mahälingédbhava ( qui tire son origine du grand linga.) E. J.

(5) J'ai transcrit exactement ce mot tel qu’il se lit dans le manuscrit original. Je suis persuadé qu’il faut écrire Al/amaprabhou ; la première partie de ce nom me paraît être une altération régulière du sanskrit aryaman ; la seconde indiquerait plutôt un vechnavite qu’un sectateur de Shiva ; car prabhou n’est pas moins significatif que ndtha son synonyme. E. J.

(6) En sanskrit éshih ou dshérodda, bénédiction. Les Tamouls qui se plaisent , comme je l’ai déjà observé, à expliquer par des analyses invraisemblables les mots sanskrits ayant une signification religieuse, donnent du mot dchtroddam une étymologie non seulement inexacte, mais contraire aux lois grammaticales de la langue sanskrite : voyez cette étymologie dans la

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