‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 43 sur 75 · troisième partie de ces extraits. DOME · texte numérisé non relu

troisième partie de ces extraits. DOME

beurre, de lait doux , de lait caillé, d’urine et de fiente de vache (1), et, après l'avoir essuyé avec un linge destiné à cet usage, l’enduire de tirounfrou, l’orner de certaines fleurs et des feuilles d’un arbrisseau nommé villapatiri, consacré à Roudra (2), puis l’encenser et le renfermer dans un reliquaire d’argent , si l’on n’aimait mieux le porter entouré du linge sacré; car on le porte au cou de ‘ces deux manières. Il était enfin recommandé au gourou d’attacher le /inga au cou , à la tête ou au bras des enfants, dès qu’ils auraient atteint l’âge de raison. La seconde partie des instructions concernait les cérémonies que l’on devait, après avoir reçu le linga, pratiquer en son honneur trois fois par jour, pendant toute la vie, cérémonies que le gourou était chargé d’enseigner aux enfans. Elles devaient consister à prendre le 4nga de la main gauche, à l’asperger d’un peu d’eau avec la main droite , puis, après l’avoir essuyé avec le linge sacré, à le frotter de trounirou, à l’orner de fleurs et de feuilles de villapatiri, à l’encenser, à lui offrir une poignée de riz, et à la manger en disant : « Seigneur , ce sont là nos biens , je vous les offre. » Après avoir essuyé le linga avec le linge sacré, on devait le replacer à son cou, à sa tête ou à son bras. Æ{lamabrabou assura le roi que tous ceux qui pratiqueraient ces cérémonies en l’honneur du Znga jouiraient d’une éternelle félicité, et que le gage en serait, dès cette vie même, le titre de satchiyakärer (3), c’est-à-dire de personnes destinées à être réunies à la gloire de Shiva. La troisième partie des instructions était relative aux précautions que devaient prendre les personnes qui avaient reçu le Xng'a. On devait avoir grand soin de ne pas le laisser tomber à terre en faisant les cérémonies journalières; car le Enga, en ce cas, était souillé ; on ne pouvait plus le porter, ni même en prendre un autre (4) : cette profanation avait un tel caractère de gravité , que celui qui s’en était rendu coupable devait se considérer comme un homme perdu. Il était encore défendu aux femmes de porter le Znga et de faire les cérémonies journalières en son honneur pendant le temps de leurs règles ; la profanation commise par la violation de cette défense les condamnait à une éternelle malédiction. On devait enfin prendre grand soin de ne pas laisser souiller le Znga par le contact d’un paria ou d’un étranger ; car c'était un plus grand malheur encore que de le laisser tomber à terre.

Rempli d’admiration par les trésors d’indulgences que les dieux voulaient bien accorder aux hommes, Soülidéven supplia Ælamabrabou de lui conférer le Znga suivant cette nouvelle règle. 4llamabrabou lui en donna un en effet avec le nouveau cérémonial , et lui enseigna toutes les prières qu’il fallait réciter à chacune des cérémonies religieuses célébrées en l'honneur du Znga. Le roi désirant donner à ce culte l’appui de son autorité, ordonna à tous ses sujets de se faire instruire dans la nouvelle doctrine, de reconnaitre Æ{lamabrabou pour leur gourou, et de recevoir de ses mains le signe du Znga. Tout le peuple s’empressa de suivre l'exemple du roi : la plupart, sans abandonner la position qu'ils occupaient dans la vie séculière , reçurent le Enga et le portèrent au cou, au bras, ou à la tête (5); d’autres, avec l'intention dese dévouer entièrement au culte du Znga, formèrent entr’eux une association particulière; ces gens, sortis de toutes les classes de la caste des choütirer, reçurent les noms de chaivamadam et de pandäram (observant la règle de Shiva) (6). Le gourou leur

(x) Ce mélange est, comme on l’a remarqué plus haut, nommé panjagaviyam : voyez la note 2 de la page 33. E. J.

(2) Je ne puis décider si cette orthographe est exacte; je ne trouve le mot o/apatiri dans aucun des dictionnaires tamouls qui sont à ma disposition. Le mot sanskrit o///a est le nom de l’assafætida ; mais ce n’est pas d’une plante qu’il s’agit ici. Si on lisait vé/lapatiri, ce mot pourrait signifier dont les feuilles sont tremblantes. E. J.

(3) Je ne trouve pas dans la partie du mémoire de M. Wilson sur Les sectes indiennes, consacrée au culte du Znga, que les djangama ou les autres {ngavat prennent ce titre : il signifie simplenient les compagnons , les intimes ; mais on ne peut douter qu'il n'ait, comme le pense notre auteur, une signification religieuse. E. J.

(4) Ce précepte des Zingavat à suggéré aux compilateurs des Pourâna une de ces ridicules légendes qui ne seraient pas trop déplacées dans le Pañtchatantra où dans le Vetélapantchavimshatt. Râvana s'était emparé d’un immense nga, qui pouvait lui assurer la victoire sur les dieux, mais qui devait perdre son efficacité dès qu’il aurait touché la terre. Varouna, le dieu des eaux , s’introduisit dans Le corps de Rdoana , comme il transportait ce Anga, et s’efforça de sortir par les voies qui lui sont habituelles ; Révana pressé par ces efforts, remit aussitôt son précieux fardeau entre les mains d’un brahmane qui passait: ce brahmane , qui n’était autre qu’Indra, laissant fléchir ses mains sous un tel poids , feignit de ne pouvoir retenir le Ænga, qui tomba et s’enfonça en terre. De l’eau que répandit Réoana en cet endroit, se forma, dit le Padmapouräna, la célèbre rivière Karmanasha , ainsi nommée, parce que son eau a le pouvoir de détruire le fruit des bonnes œuvres. E. J.

(6) Quelques Zingavat, qui reçoivent dans l’Inde méridionale le nom de Zari, portent constamment le Znga à la main, ou le tiennent des deux mains élevé au-dessus de leur tête : la vénération que commande aux gens du peuple ce dernier acte de piété les engage à y participer , en se chargeant du soin de porter la nourriture à la bouche de ces pénitents, dont les mains sont employées à une œuvre plus digne. E. J.

(6) Cette interprétation, qui ne s’applique qu’au premier mot, le traduit d’une manière passablement exacte. Quant au mot pandäram ( vulgairement prononcé pandaron ), il signifie primitivement , s’il faut en croire les Tamouls, seigneur, maître; il m'est évident que ce sens est simplement d'application. Je suis persuadé que pandäram est une altération tamoule du sanskrit

pindära, religieux mendiant, dérivé de pinda. Ce n’est pas le seul exemple d’altérations organiques et radicales dans les mots sanskrits qui ont été adoptés par la langue tamoule. E. J.

conféra le linga, les revêtit d’une toile jaunâtre de cinq coudées de longueur, exactement semblable à celle qu’il portait lui-même , leur passa au bras un sac de même étoffe, leur mit un bâton à la main, et jeta comme en aumône quelques poignées de riz dans leur sac, afin de les avertir qu'ils avaient renoncé à tous les biens de ce monde , et que leur condition était désormais de demander l’auméne en imitation de la vie pénitente que Roudra avait menée pendant plusieurs années (1). Il donna encore à chacun d’eux une paire de pendants d’oreilles nommés #iroumanikadouken , c’est-à-dire joyau d'un corps saint (2); ce joyau est un grain de routirätcham passé dans un anneau de cuivre rouge. Il leur fit aussi un devoir de se blanchir entièrement le corps de #rountrou. Il leur recommanda surtout de témoigner une grande dévotion pour le 4nga et de pratiquer exactement toutes les cérémonies prescrites. Il leur demanda ensuite si leur désir était de mener une vie errante et célibataire , ou bien de retourner dans leur pays et de se marier. Les uns prirent le parti de parcourir la contrée en demandant l’aumône (5) ; les autres, retirés dans leur pays, s’y marièrent, et ne vécurent également que d’aumônes mendiées. Toutes les aumônes mises en commun, on en faisait un partage égal, et on distribuait à chacun sa part, après l'avoir purifiée en y répandant du térountrou : chaque jour, avant les trois repas du matin, de midi et du soir , ils pratiquaient les cérémonies du 4nga, se baignaient, et s’enduisaient tout le corps de #rountrou : ils marchaient tous nu-pieds, excepté le gourou et quelques-uns de ses serviteurs, qui portaient des sandales de bois; ils avaient la tête rase et découverte; leur menton était aussi rasé : quelques-uns, ceux surtout qui menaient une vieerrante, portaient sur leur tête des chapelets de routirätcham (4). Ceux qui ne sortaient pas de leur pays demeuraient tous ensemble dans quelques maisons situées à peu de distance du madam habité par leur gourou; à ce madam ou couvent étaient attachés une pagode consacrée au Uinga, et un revenu considérable destiné à secourir les pandäram dans leurs besoins pressants , ainsi qu’à subvenir aux frais de l’hospitalité qu’ils donnaient à tous les voyageurs, de quelque secte et de quelque caste qu’ils fussent. Ils avaient pour leur gourou une extrème vénération et une obéissance empressée ; ils devaient seuls lui rendre tous les services qu’il pouvait désirer, le porter même en palanquin , lorsqu'il faisait ses visites ; ils le consultaient sur toutes les afflictions qu’ils éprouvaient, et considéraient chacune de ses paroles comme une loi : lorsqu'un pandäram de ses disciples avait commis quelque faute , il le rappelait auprès de lui, quelqu’éloigné qu’il fût, et lui faisait infliger le châtiment dû à ses œuvres. Les pandäram sont, aujourd’hui encore, soumis à la même règle ; ils n’observent d’ailleurs aucun jeûne et ne se livrent à aucune austérité ; ils consacrent leur journée entière à se purifier par le bain, à laver leurs vêtements, à entretenir les jardins dépendants des pagodes (5), et à sonner du changou pour annoncer certaines fêtes. Ils n’assistent d’ailleurs à aucune cérémonie publique, et n’entrent jamais dans les pagodes des villes pour y offrir soit des prières , soit des sacrifices ; la pagode de leur madam est la seule qu’ils fréquentent. Lorsqu'un de leurs gourou meurt, les pandäram et les autres Malabars appartenant à la secte du lÜinga s’assemblent au madam du défunt; on place son Znga entre ses mains, puis on les ferme l’une sur l’autre, et on les pose sur sa poitrine ; on replie ensuite ses jambes sous lui, de manière que la partie supérieure du corps soit appuyée sur les talons. On place le corps ainsi accroupi dans un palanquin, et on le porte au lieu de la sépulture; là on le dépose dans une niche ouverte dans un des côtés de la fosse ; on met une lampe allumée auprès du corps, et on ferme la niche soit avec des planches, soit avec des branches d'arbres; on remplit alors la fosse de terre , et on élève, sur la place même, un tombeau où veille toujours une lampe allumée (6). On célèbre ensuite un sacrifice de congratulation , que l’on a grand soin de répéter chaque

(1) Il est difficile de décider s’il est ici question de la pénitence par laquelle Roudra expia son attentat contre Brahmà, ou s’il est fait allusion à la pénitence à l’occasion de laquelle il consacra le orbhodti où tirountrou. E, J.

(2) Je ne puis découvrir quel mot a fourni à l’auteur les éléments d’une aussi fausse Interprétation ee mot compose signifie simplement pendant doreille formé d’un saint joyau. Voyez, dans la suite de ces extraits , le chapitre intitulé : Routirdtcham ou chapelet des Malabars gentils. E. J.

(3) Les pandäram errants ou retirés dans les forêts sont distingués par le titre particulier de favachi, où pénitents ( éapasvt. ) E. J,.

(4) Les brahmanes mendiants ou #hikchou de la secte de Shiva portent également des couronnes de grains de roudräkcha ; un de ces brahmanes est représenté sur la vr° planche de la r°° livraison de l’Znde Française. Quant au roudrâkcha, voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Routirdtcham ou chapelet des Malabars gentils. E. J.

(5) La culture des fleurs est l’emploi ordinaire d’un grand nombre de pénitents de toutes les sectes retien particulier de pandäram et de sätadéver. Lorsque les Indiens se rendent à quelque temple dans une intention religieuse , et qu'ils ne peuvent y faire de riches offrandes , ils achètent aux pénitents qui se tiennent aux abords du temple oe COuReNES dé er et les font répandre en présence de l’idole par le brahmane officiant. Aussi le garbhagriha est-il ordinairement jonché de fleurs fanées, et inondé d’eau mêlée d'huile. E. J. M

(6) J'ai observé plus haut qu’il était permis de considérer l'usage religieux de l’inhumation comme appartenant originairement à la race indigène des shoüdra; je dois ajouter ici que , si quelques faits donnent une grande vraisemblance à cette

année au jour anniversaire. Si le gourou était marié et qu’il laisse des enfans mâles, ils succèdent à ses honneurs dans l’ordre de primogéniture ; s’il meurt sans laisser d’enfants mâles, tous les membres de la secte du linga s’assemblent pour choisir, dans le nombre des pandäram , une personne qui soit digne d’être élevée à cette dignité (1).

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