‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 48 sur 75 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Tirounämam.

Tous les Malabars gentils adorent la vache , tous cependant ne se signent pas avec sa fiente réduite en cendres ; il y en a un grand nombre qui s’impriment une marque sur le front avec une terre blanche que l’on recueille dans un lieu nommé T'iroupadi ; ce lieu est situé au pied d’une montagne sur laquelle s'élève une célèbre pagode de Vichnou (5). Les sectateurs du troundmam tracent cette marque particulière sur leur front et sur certaines parties de leur corps, en l'honneur de Vichnou transformé en femme. Voici la fable qu’on rapporte à ce sujet.

Un géant nommé Paramesouren (6) fit une grande pénitence en l’honneur de Shiva ; ce dieu en fut si

(1) On mêle quelquefois au tirounfrou des débris de fleurs de foulast : aussi un des noms tamouls du basilic est-il #4rounérroupatchaï. E. J.

(2) L'auteur introduit ici dans son texte un passage de l'ouvrage du P. J. de Britto déjà cité plus haut ; ce passage relatif au culte de la vache , n’ajoute rien aux renseignements que nous possédons depuis long-temps sur ce sujet. E. J.

(3) Voyez le chapitre intitulé : Ordre des sannyäst. Les heures désignées ici sont celles des LE sandhyà légaux ; .. à ces heures que les brahmanes célèbrent leurs cérémonies domestiques, et que les shoëdra sectaires renouvellent leurs #/aka ou onctions distinctives. E. J.

(4) Le bœuf Nandi se voit déjà sur Le revers de médailles bactriennes d’une très-haute époque, qui portent d’un côté une légende grecque, avec le nom d’un roi d’ailleurs inconnu , Mokadphises. Le trident ansé que présentent ces médailles est sans doute aussi un symbole shaivite ; car aujourd’hui encore on marque le trishoila avec un fer chaud sur la cuisse des taureaux consacrés à Shiva. On voit quelquefois des djangama accompagner processionnellement un de ces animaux couvert de housses, paré de chapelets de coquillages, et demander ou plutôt extorquer des aumônes sur leur eye On RE à l'entrée ee presque tous les temples de Shiva un petit pavillon carré, soutenu par des colonnes , et nommé nandydoarta, qui protége la représentation sculptée du bœuf Nandi en repos. E. J.

(5) Le nom de Tiroupadi est un de ceux de Vichnou ; il signifie littéralement époux de Lakchmt. Le célèbre temple de ce nom est situé à l’extrémité septentrionale du Carnatic. E. J.

(6) C’est ainsi que j'ai conjecturalement corrigé la leçon du manuscrit ( Pastmasouren ) , qui est évidemment fautive : n’ayant encore rencontré cette légende dans aucun texte original, je me suis autorisé pour cette restitution de la leçon Pur-

78 RELIGION DES MALAPBARS.

content qu'il s’engagea à lui accorder ce qu’il démanderait. Le géant le pria de lui accorder cette grâce , que toute chose sur laquelle il porterait la main fût aussitôt réduite en cendres. Shiva eut à peine consenti à cette demande , que le géant voulut éprouver sur le dieu lui-même son nouveau pouvoir, mais Shiva, dont la prescience ne pouvait être surprise, disparut subitement (1). Effrayé des ravages que ce géant faisait dans le monde , où il portait partout l’incendie, Vichnou concut le dessein de le détruire. Il se transforma donc en femme et prit le nom de Môgini (2) ; cette femme se présenta un jour devant Paramesouren, qui , séduit par sa beauté, ne put s'empêcher de lui témoigner la vive passion qu’elle lui avait inspirée. Môgini, dont cette passion secondait les desseins secrets, lui répondit qu’elle consentait à satisfaire ses désirs, mais qu’elle ne pouvait souffrir que, couvert de crasse comme il l'était , il la touchât avant de s'être baigné; le géant observa qu’il lui était impossible de se baigner dans le seul ruisseau qui se trouvât en cet endroit, et qui était presque desséché ; mais elle lui répondit qu’il pouvait prendre de l’eau dans le creux de ses mains et la répandre sur son corps. Le géant, ne concevant aucune défiance, suivit le conseil de Môginr et puisa de l’eau dans le ruisseau ; mais il n’eut pas plus tôt porté sa main sur sa tête pour la laver, qu’il fut réduit en cendres, Shiva , qui avait été également troublé par la vue de Môgtri , se précipita sur elle en ce moment , et, l’embrassant avec passion, engendra d’elle un fils qui reçut le nom d’Arigarapoutiren(3), et devint le dieu protecteur d’une des régions célestes , ainsi que d’une des parties du magämerouparouvadam. Lorsque Vichnou eut dépouillé les formes séduisantes qu’il avait revêtues , et qu’il eut repris sa divine majesté, il se montra dans l’assemblée des dieux ; il portait au front un signe tracé avec la terre blanchätre qu’on recueilleaux environs de T'iroupadi, et partagé au milieu par une ligne rouge : la figure tracée avec la terre blanchätre représentait la nature d’une femme, et la ligne rouge le flux menstruel; la réunion de ces symboles signifiait la fécondité du dieu dans son incarnation en femme (4). Vichnou déclara que ceux qui porteraient ce signe au front en son honneur, et en mémoire des mystères qu’il avait accomplis dans son incarnation , seraient assurés d’obtenir la rémission de tous leurs péchés. Ce double signe , tracé en blanc et en rouge, est nommé #roundmam , c’est-à-dire terre sainte (5)...

Les Malabars chrétiens qui appartiennent à cette secte ne se font aucun scrupule de porter ce signe au front ; car les PP. Jésuites les ÿ autorisent ; ils ne prennent même leurs repas et ne vont à l'église qu'après s’être purifiés et avoir signé leur front du #rounädmam. Quant au point rouge, quelques Malabars le portent en même temps que le &rountrou. Bien que les sectateurs du #irourämam ne se frottent de cendres ni le front ni aucune autre partie du corps, ils n’en font pas moins usage d'urine et de fiente de vache.

Page 1