CHAPITRE XXI
Oürtapoundiram.
L’oùürtapoundiram (6) est une ligne qui , de la naissance du nez, monte jusqu’au haut du front; elle est tracée avec une terre jaunûtre. Les sectateurs de Vichnou appliquent ce signe sur leur front et sur
mesouren qui se trouve, ainsi que la légende, dans la Relation manuscrite déjà citée, et de la leçon Paramethouren donnée par l'ouvrage intitulé : Essais historiques sur l'Inde , dont le récit s'accorde d’ailleurs avec celui que notre auteur fait de cette aventure. Paramesouren est la forme tamoule de Paraméshoara, Vun des noms de Shiva. E. J.
(1) La version suivie par l’auteur de la Relation manuscrite dit que Shiva eut à peine Le temps de se cacher dans un noyau de fruit de la grosseur d’une noisette, et que Vichnou , averti de sa fâcheuse aventure, vint le délivrer de son étroite prison , en se présentant au géant sous les formes séduisantes de Mdginr. E. J.
(2) En sanskrit Méhint où celle qui produit l'illusion ; c’est le nom que prend Vichnou toutes les fois qu’il se revêt des formes gracieuses d’une femme pour séduire et perdre les ennemis des dieux. C’est Méhinf qui enivre les Asoura de la vue de ses charmes , pendant que les Déva épuisent la coupe d’amrita ; c’est Méhin£ qui anéantit Paraméshoara par sa propre main. E. J.
(3) La seconde partie de ce récit est évidemment empruntée à une autre légende, dans laquelle figure également Wdhini, celle du partage de l’amrita ou liqueur d’immortalité : la confusion de ces deux légendes paraît d’ailleurs être vulgairement admise dans l’Inde méridionale. Voyez la feuille 1n de la xxr livraison de l’Znde T'rançaise. Arigarapoutiren est la forme tamoule de Hariharapoutra ; quant au caractère de Lékapäla qui lui est ici attribué , je pense qu’il les doit à une tradition mythologique exclusivement propre à l’Inde méridionale. E. J.
(4) Suivant une autre interprétation prise dans le même ordre d'idées, les raies blanches représentent la liqueur seminale ou symboliquement Vichnou , et la raie rouge le sang utérin ou symboliquement Lakchmt. E. J.
(5) Cette dénomination ne s'applique qu'aux raies blanches tracées avec l'espèce de craie nommée némam ; la raie du milieu, tracée avec du safran mélé de chaux de coquillages pulvérisée est nommée #rouchounnam , c’est-à-dire chaux sainte. E. J.
(6) En sanskrit odrddhoapoundra ; ce mot signifie littéralement ligne ascendante. Ce signe est souvent accompagné des deux raies blanches du tiroundmam ; il a, dans cette circonstance , le même sens symbolique que le #rouchounnam. E. J.
d’autres parties de leur corps, en l'honneur de Vichnou, et comme symbole du mystère qui se passa entre lui et quelques femmes. Voici la fable qu’onrapporte à ce sujet. Un jour que Ktrichnen (Vichnou incarné) se divertissait au bord d’une rivière, les femmes de la contrée, qui avaient entendu parler de lui comme d’un être merveilleux , prirent le prétexte de s’aller baigner, pour avoir le plaisir de le voir. Quand elles furent arrivées au bord de la rivière , Kirichnen sut si bien les charmer qu'il obtint d’elles tout ce qu’il voulut. Il les engagea ensuite à prendre le bain dans la rivière; après s’y ètre encore diverti avec elles, il eut l’effronterie de cacher tous leurs vêtements ; de manière qu’elles furent obligées de sortir du bain dans une complète nudité (r). Toutes ces femmes avaient répandu dans l’eau le safran, le sandal et les autres parfums dont elles étaient couvertes ; ces parfumsse changèrent une matière terreuse et jaunâtre qui se précipita au fond de la rivière. Vichnou commanda à la rivière de se retirer à quelque distance ; cette déesse obéit aussitôt , et découvrit, en se retirant , une grande couche de terre jaunâtre : cette terre fut nommée #6pichandanam (2), ce qui signifie une terre composée de toutes sortes de parfums. Xirichnen traça une ligne sur son front avec cette terre jaune, et déclara que tous ceux qui se signeraient de cette ligne en son honneur, et en mémoire de son aventure, seraient assurés de recevoir la rémission de leurs péchés.
Cette ligne paraît toute noire au front des brahmanes qui la portent , parce qu’ils la teignent avec du charbon broyé et mélangé de beurre fondu ; ils font chaque jour la cérémonie de cette onction, après avoir offert un sacrifice de feu aux planètes (3). Il y en a qui ajoutent le point rouge au bas de la ligne, en mémoire du mystère dont il est parlé dans le chapitre précédent (4).
Les gentils et les chrétiens de cette secte ne se mettent jamais à table avant de s'être purifiés et de s'être imprimé au front l’otrtapoundiram ; les chrétiens ne manquent pas non plus de se revêtir de ce signe lorsqu'ils vont à l’église ; mais les uns et les autres ne se mettent jamais au front de cendres de fiente de vache... Les sectateurs de l’oërtapoundiram n’oseraient paraitre sans ce signe dans les pagodes , aux cérémonies publiques , ni même se visiter entr’eux. Les PP. Jésuites autorisent les Malabars chrétiens à observer cette pratique.