‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 51 sur 75 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Purifications des Malabars.

Les Malabars pratiquent quatre espèces de purifications : la première consiste à prendre le bain et à laver ses vêtements ; la seconde à s’asperger d’eau lustrale ; la troisième à verser sur sa tête de l’urine de vache; la quatrième , à arroser les murs de sa maison avec de l’eau dans laquelle a été délayée de la fiente de vache.

On ne peut s'empêcher de s’étonner que les PP. Jésuites en mission dans le Madouré aient exposé à Grégoire XIII que les brahmanes et les Malabars, gentils ou chrétiens, n’ont d’autre intention, en faisant de si fréquentes ablutions, que d’entretenir la santé et la propreté du corps. Est-ce donc seulement pour entretenir la santé et la propreté du corps qu’ils se lavent si régulièrement trois fois par jour, au moment de prendre leur repas? n’est-ce pas plutôt pour se purifier des souillures qu’ils peuvent avoir contractées par le contact de choses immondes ? Est-ce donc par amour de la propreté que les Malabars, et surtout les brahmanes, lavent si souvent toute leur vaisselle de terre cuite , et que les brahmanes en particulier ne laissent souiller les vases dans lesquels ils préparent leurs aliments, par les regards d’aucune personne étrangère à leur famille (2)? Est-ce pour entretenir la santé et la propreté du corps que les Malabars gentils et chrétiens se baignent et lavent leurs habits au retour des funérailles, ou bien après avoir touché soit un mort, soit ses vêtements (3)? Est-ce seulement par zèle pour la propreté que les filles et les femmes se baignent un certain nombre de jours après leurs règles? Ne sait-on pas que, dans l’opinion des Malabars gentils, le flux menstruel des femmes est une participation au péché de Dévendiren, et que les femmes doivent s’en purifier en se baignant et en buvant le panjagaviyam (4) ? Est-ce seulement en vue de la propreté que les brahmanes gentils et les PP. Jésuites sannydst se lavent les parties honteuses avec l’eau contenue dans le petit vase nommé kamandalam ? Ignore-t-on que cette cérémonie a été instituée en l'honneur du 4nga(5)? Est-ce pour entretenir la santé et la propreté du corps que les Malabars gentils et chrétiens prennent le bain avant de se signer avec des cendres ou avec des terres blanche et jaune? Ne sont-ils pas persuadés, au contraire, que cette ablution les dispose à recevoir ces diverses onctions (6)? Est-ce aussi pour entretenir la santé et la propreté du corps que les Malabars gentils et chrétiens vont se baigner les jours de jeûne , et qu’immédiatement après ces bains, ils tracent sur leur front le signe de leur secte ? Est-ce seulement pour entretenir la santé que les Jésuites brahmanes sanny&st se lavent le corps au moment de célébrer la messe? N’est-ce pas plutôt pour imiter les brahmanes qui, toujours troublés par la crainte de l'impureté, n’entrent dans leurs pagodes et n’offrent de sacrifices qu’après s'être purifiés par le bain ? Est-ce par amour de la propreté que ceux des Malabars gentils qui portent aux oreilles des grains de routirätcham, se lavent si fréquemment la tête? N'est-ce pas plutôt afin que l’eau quia coulé sur ces grains, se répandant sur tous leurs membres, les purifie de tous péchés (7) ?

Est-il permis de dire que l’eau lustrale employée dans les cérémonies du mariage et de l’ordination des brahmanes n’est pas une eau consacrée ? N'est-ce pas un fait prouvé par les prières qu’on récite sur cette eau et par la croyance où sont les Malabars, qu’elle représente les sept rivières sacrées (8)? Ne

(1) Gette solemnité religieuse se nomme en tamoul #irounäl ou le saint jour ; Vépoque de sa célébration n’est pas la même dans tous les temples, parce qu’elle est déterminée par celle de l'inauguration de chacun de ces temples. Elle dure ordinairement dix jours et appelle un grand concours de peuple; le dernier jour se célèbre le rathayäträ ou la procession du char ; les jours précédents on promène triomphalement le dieu auquel est consacré le temple , monté sur quelque animal fantastique ou couché dans un palanquin ; le dixième jour on le place sur un char colossal ( #r) auquel s’attèle pour ainsi dire la population entière. C’est de cette solemnité qu'a tiré son nom le célèbre temple de Tirounélmalaï. E. 3.

(2) Voyez, dans la seconde partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Règle et vétement des brahmanes.

(3) Voyez, dans la première partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Purification des brahmanes.

(4) Voyez, dans la première partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Superstitions relatives aux règles des femmes.

(5) Voyez, dans la seconde partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Ordre des sannyäst.

(6) Voyez ci-dessus les chapitres intitulés : Térounämam ; Oürtapoundiram.

(7) Voyez, dans la seconde partie de ces extraits, les chapitres intitulés : Secte du linga; Routirätcham ou chapelet des

Malabars gentils.

(8) Voyez, dans la première partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Explication des cérémonies du mariage des Ma-

labars gentils.

suffit-il pas de savoir que les Malabars gentils rendent un culte à la vache, comme à une divinité, pour comprendre ce qu’il y a de superstitieux à répandre de l’urine de vache sur sa tête, ou à en arroser les murailles d’une maison souillée par la mort (1)? Personne n’ignore que la rémission des péchés est la fin réelle qu’on se propose en faisant ces aspersions.

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