CHAPITRE XXIX
Latchimi transformée en basilic.
Il y a trois espèces de basilics, savoir : l'erichnatoulachi, V'ichtiritoulach et le toulachi proprement dit ; la déesse Latchimi s’est, suivant l’opinion des gentils, transformée en ces trois espèces de basilics (5). Les brahmanes ont toujours un plant de basilic dans leur cour ou dans leur jardin à peu de distance de leur maison. Tous les jours, le matin, vers midi et le soir, après s’être purifiés , et avant de prendre leur repas, ils trempent quelques feuilles de basilic dans un pot d’eau ; ils s’arrosent la tête de cette eau, et ils en boivent ; car ils sont persuadés qu’elle a acquis la vertu d'effacer les péchés; ils répandent aussi un peu de cette eau au pied du basilic, et tournent trois fois autour de cette plante; ils adorent ensuite , les mains élevées sur la tête, lui font un sacrifice de riz, de morceaux de cocos et de figues pilées. Les brahmanes s’assemblent tous les vendredis pour offrir au basilic un sacrifice plus solemnel, dont les matériaux sont une espèce de pain de riz, des figues pilées, des morceaux de cocos et du sucre ; ils ornent le basilic des fleurs d’autres plantes, l’encensent , et lui offrent de l’arèque et du bétel; puis ils mangent ensemble toutes les choses offertes et boivent de l’eau sucrée dans laquelle on a fait bouillir du poivre et du gingembre. Pendant ioute la durée du mois, qui correspond à notre mois de novembre , les brahmanes célèbrent trois fois par jour la cérémonie qu’on vient de décrire , et font ces offrandes d’abord au basilic, puis ensuite à une tige de nelli qu’ils plantent au pied du basilic; les autres jours de l’année, ils ne plantent point de xelli pour célébrer cette cérémonie (6).
(1) Quelque suspecte que soit la forme de ces noms propres, je lai respectée, parce que n’ayant rencontré cette légende dans aucun ouvrage original , les moyens me manquent pour restituer ces n6ms avec certitude ; ie conjecture seulement que Rouvoumi est une leçon incorrecte pour Rodoïni, en sanskrit Roéprnt. E. J.
(2) Les Indiens sont persuadés que chaque homme porte dans les lignes de son crâne sa destinée écrite de la main de Brahimä au moment de la naissance; aussi nomment-ils la destinée Zalaividi, ordre que l'on porte sur sa tête. E. J,
(3) Ce nom, inexactement écrit dans l'original Sétrapoutren, me paraît être une variante fautive de Tehrtragoupta ; c’est en effet ce personnage mythologique qui tient le registre des actions humaines et qui y inscrit la destinée de chaque homme au moment de sa naissance, Mais Tchitragoupta est considéré par tous les mythologues comme le secrétaire de Yama, et non comme celui de Brahmà. E. J.
(4) Je répare une omission de l’auteur en faisant mention d’une autre espèce de pendants d'oreilles que l’on porte également dans une intention religieuse ; elle est nommée révaräkou, èt a la forme d’une demi-lune. Les femmes d’une certaine caste ne portent d’autres pendants d'oreilles que des lames d’or roulées et nommées ponnélaï ou feuilles d’or. E. J.
(5) Une autre légende, celle qui se rapporte à Vrindä , nous montre aussi Lakchm{transformée simultanément en trois plantes différentes, qui paraissent d’ailleurs n'avoir aucun rapport avec celles qui sont désignées dans ce chapitre. Le zoulachi ou toulast estl’ocymum sanctum de notre nomenclature botanique ; je ne puis déterminer aussi précisément la synonymie linnéenne de l’zchtirttoulachi (toulast des femmes }, et moins encore celle de l’espèce nommée dans le texte erichnatoulachi ( probablement une leçon fautive pour kirichnatoulachi , toulasi violacée ) : la première de ces trois espèces paraît être identique avec celle qui est nommée L£athindjara en sanskrit. Je profite de l’occasion que n'offre cette note pour substituer à des conjectures la forme correcte d’un autre nom de plante cité dans un chapitre précédent ; il s’agit du wf/ai , au sujet duquel l’auteur a commis l’erreur de donner à la plante le nom de ses feuilles , oi{aipatiri. E. J.
(6) Cette description est la plus complète que je connaisse des cérémonies religieuses célébrées en l'honneur du toulast : il est à regretter que l’auteur qui a consacré des notices particulières à presque tous les objets de la vénération des Indiens , ait négligé de nous faire connaitre les traditions populaires de l’Inde méridionale relatives à la célèbre pierre sd/agräma ou am-
monite de la rivière Gandakt; on trouve sur ce sujet quelques renseignements curieux, mais insuffisants, dans Les Essais sur l'Inde de M. de la Flotte. E, JF.