CHAPITRE XXXII
Démoniaques. <
On rencontre assez fréquemment dans ce pays des démoniaques. Il n’y a que les poidj&ri, gens qui font leur demeure dans les pagodes des pidariyär (5), qui aient le pouvoir de chasser les démons. Lorsque le poüdjdri est appelé pour chasser le démon du corps d’un possédé, il arrive les mains armées d’une corde et d’une fourche à trois dents : dès qu’il est entré, il fait tapisser la chambre
(x) Cette singulière opération est souvent très-douloureuse pour le malade; en frottant avec ce mélange son corps encore couvert de pustules, on renouvelle ou on ravive ses plaies ; on essaie, il est vrai, de les cicatriser, en y appliquant des feuilles de margousier broyées et frites dans de l'huile ou dans du beurre. L'usage des feuilles de margousier constitue toute la thérapeutique des Tamouls dans les cas de petite vérole ; on évente le malade avec des feuilles de margousier, on couvre son lit de ces feuilles, on en jette dans l’eau avec laquelle on lave ses plaies ; on ajoute quelquefois cependant à ce puissant spécifique des emplâtres de bouse de vache. E. J.
(2) Il est intéressant d'observer que presque toutes les cérémonies purificatoires et expiatoires des Tamouls se terminent par cette immersion dans un étang de quelques offrandes consacrées à la divinité par la faveur de laquelle on est purifié ; ainsi celui dont Mériyammai à préservé l'existence, jette dans l'étang un vase plein d’eau et de feuilles de margousier ; les jeunes filles qui se purifient le second jour du pongal des malheurs de l’année passée, jettent dans l’étang les restes des fleurs et des offrandes dont on a paré les vaches ; le fils qui célèbre les cérémonies du shräddha en l'honneur de son père, et qui se purifie après les avoir célébrées, jette dans l’eau de l'étang la pierre sur laquelle il a fait descendre l’âme du défunt et les boules de riz qu’il a offertes aux pitri, E. J,
(3) Müriyammai étant une forme secondaire de Dourg4 ou Mähéshoart, ses sacrificateurs ont droit au titre de pallichatikârer. E. J.
(4) On considère quelquefois comme célébrée en l’honneur de Märiyammai la sanglante cérémonie nommée 1chakrapoidjà; mais elle est plus souvent nominativement adressée à Dourgd. E. J.
(5) Poüdjäri ou podchäri est un dérivé tamoul du radical sanskrit poddj f qui a le sens détractif de sacrificule : ce mot n’est pas précisément synonyme de pallichatikären , parce qu’il désigne tous ceux qui officient dans les temples des divinités populaires, quelle que soit d’ailleurs la caste à laquelle ils appartiennent : la pl. v de la n° livraison de l’{nde Française représente un brahmane poédjäri. E. J.
avec de la fiente de vache. Il fait asseoir le possédé au milieu de la chambre , et place près de lui des fleurs et un coco destiné à être cassé : il agite ensuite une clochette pour calmer les esprits du possédé, et offre un coq en sacrifice aux dieux Roudra, Vichnou et Brahmä, ainsi qu'aux pidariyär. Le démoniaque fait pendant tout ce temps des contorsions effroyables; si on lui présente des pierres , il les écrase sous ses dents; il se frappe si violemment la tête contre tout ce qu’il trouve , qu’il semble qu’il doive se la mettre en pièces. Le poüdjäri le fouette alors de toute sa force à grands coups de corde, jusqu’à ce que le démon, parlant par la bouche du possédé, lui promette de sortir du corps (1). Cette déclaration une fois faite , le démoniaque saisit la première chose qu’il trouve sous sa main; C’est presque toujours quelque grosse pierre qu’on a soin de lui jeter; le poüdjäri le fouette de nouveau et le fait courir pendant quelque temps avec une incroyable rapidité, jusqu’à ce qu’il trouve un arbre; le démoniaque jette là ce qu’il avait emporté, et tombe à terre comme épuisé de forces; le poüdjäri lui attache promptement les cheveux au tronc de l’arbre avec un clou; il coupe ensuite les cheveux et les offre en sacrifice au démon (2). Le possédé se trouve aussitôt délivré ; mais à peine peut-il remuer son corps, tant il se sent meurtri et brisé. Les possédés , après leur délivrance , n’oseraient manquer d’aller eux-mêmes ou d’envoyer une personne de leur famille plusieurs fois chaque année à la pagode d’une pidariyär, pour lui faire des adorations et des sacrifices...