‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 63 sur 75 · CHAPITRE XXX Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX Y

Vitiyärambamn.

La cérémonie du vitiydrambam (3) se célèbre le jour de l’entrée d’un enfant malabar à l’école publique. On prépare une tente de la même manière que dans les autres occasions ; on purifie la maison avec de la fiente de vache; on baigne l’enfant et on le revêt de ses plus beaux habits. Les principaux parents s’empressent de prier les autres d’assister à la cérémonie; lorsqu'ils sont tous rassemblés , on va convier le maître de l’école, ainsi que tous ses écoliers. On place au milieu de la tente une idole de Pillaiyär, et à côté quelques fleurs et un livre oint de safran qui contient un alphabet (4); on pose devant le livre un plat de riz pongal , de morceaux de coco, de pois cuits et de sucre , ainsi qu’un autre plat rempli de figues , de bétel, d’arèques et de chaux, puis on casse un coco. Le maître d’école fait adresser à Pillaiyér, par l'enfant , un salut qui consiste à se battre trois

fois les tempes avec les poings, les bras croisés, à faire trois révérences à la manière des femmes,

et à offrir une adoration, les mains jointes et élevées sur la tête (5) ; il engage ensuite l’enfant à se

prosterner devant le livre, et à répéter après lui l'alphabet. On distribue alors du #rountrou à tous les assistants, puis on place l'enfant dans un palanquin , et on le promène par toutes les rues de la ville, accompagné de ses parents, des amis de sa famille et d’un grand nombre de joueurs d’instruments. Le livre représente Sarasouvadi, épouse de Brahmà, et déesse de la science; les gentils pensent que le don de la science est accordé par elle (6). Le safran, comme on l’a déjà vu , est une

(1) Chadaï est l’altération tamoule du sanskrit djaté. Nous savons par le témoignage des voyageurs chinois que cette coiffure était déjà un des insignes religieux des shaivites au commencement du septième siècle de notre ère; elle est aujourd’hui encore un des attributs distinctifs de la secte des djangama. Le nom de cette secte nv’offre une occasion de réparer une omission en rappelant, au sujet d’A/lamaprabhou , le réformateur du culte du Znga, que l’on trouve dans un traité écrit en telougou , et intitulé Prabhoulingalila ( M’Kenzie cat. p. 285) une notice sur ce personnage légendaire et sur la réforme religieuse qu’il opéra ; mais le prince dont il obtint la protection est nommé dans ce traité Bâsavéshoara, et non pas Shoilidéva, comme dans la légende rapportée plus haut. E. J.

(2) Le caractère de générateur appartient dès les plus anciens temps de la religion indienne au dieu Lune, dont le nom védique ( je désigne ainsi sdma par opposition à échandra ) exprime le pouvoir qui lui est attribué de produire et de faire croître. Quant à {chandra , je me réserve de démontrer ailleurs que cette dénomination était originairement une épithète qui signifiait #lanc, et qui est passée à la signification de Zune par une suite d’idées dont on trouve une autre application dans un des noms de la lune chez les peuples sémitiques. E. J.

(3) Incorrectement écrit dans l'original oviftiyarampam. Vitiyärambam est V’altération tamoule du sanskrit vidyérambha , qui signifie littéralement introduction à la science. On trouve sur cette cérémonie une notice succincte mais exacte dans la Relation manuscrite déjà plusieurs fois citée. E. J.

(4) Get alphabet est nommé en tamoul arivari ; ce mot est composé de part, ligne, et de ari, forme tamoule de hari ou Vichnou ; la première ligne de l’alphabet s’ouvre en effet par l’invocation ari plusieurs fois répétée. E. J.

(5) Voyez sur la consécration religieuse de ce salut le chapitre de la première partie intitulé : Explication des cerémonies du mariage des Malabars gentils, p. 17. E.J.

(6) Sarasouvadi est la forme tamoule de Surasvatt. Sarasvatt, déesse de la science , est quelquefois confondue avec la personnification mythique de la géyatrf , que Manou nomme /a mère du brahmane. Les Tamouls la représentent souvent par un volume d’olles ou de feuilles de palmier placé dans la main de Brahmä ; ils prétendent néanmoins qu’elle réside toujours sur la langue de son époux , l’auteur des Védas. E. J. :

offrande à Ditta (1), déesse de la joie; le plat rempli de riz pongal, de morceaux de cocos, de pois cuits et de sucre, est une offrande présentée à la déesse Sarasouvadi, pour la prier d'accorder la science à l'enfant. On casse le coco en sacrifice à Pillaiyär, pour le prier de n’apporter aucun obstacle aux progrès de cet enfant dans ses études ; le salut qu’il fait à Pillaiydr est l’adoration que l’on adresse ordinairement à ce dieu, et dont nous avons déjà parlé ; le prosternement devant le livre est une adoration à Sarasouvadi ; le plat de figues, de bétel, d’arèques et de chaux, est une autre offrande à Sarasouvadi. S'il se trouve des chrétiens à la célébration de cette cérémonie, ils ne se font aucun scrupule de manger des choses offertes en sacrifice. Ils font d’ailleurs eux-mêmes une cérémonie presque semblable ; ils élèvent un autel sous la tente, et y placent l’image de la Vierge (2), des cierges allumés, des fleurs et un livre oint de safran contenant l'alphabet malabar ; ils disposent au pied de l’autel les deux plats remplis de riz pongal, de morceaux de cocos, de pois cuits, de beurre, de figues, de bétel, d’arèques et de chaux. Ils cassent ensuite le coco; l’enfant adresse à l’image de la Vierge le triple salut consacré à Péllaiyér , et le prosternement dû à Sarasouvadi ; puis le maître d’école lui fait répéter l'alphabet à haute voix. On distribue ensuite aux assistants les mets contenus dans les deux plats; les gentils qui se trouvent là en reçoivent leur part ; on fait enfin la procession dans les rues de la ville.

Il y a un caractère particulier que l’on trace , soit à la fin des lignes, soit en tête des pages; ce caractère, consacré à Pillaiyär, et nommé Pillaiyärmougi, représente , dit-on , la tête de ce dieu (3) Ce caractère n’est jamais omis dans les livres des Malabars chrétiens (4).

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