CHAPITRE I
Des àifférens modes de fécondation que l’on observe dans les plantes.
Les fondions de la Heur sont d’opérer la lécondalion, et de pourvoir de cette manière à la conservation de l’espèce.
Chacun des organes qui la comjtosent est ajipelé à concourir à cet acte. Le pistil, ou organe femelle, offre à sa hase l’ovaire qui contient les ovules destinés à former les graines après la fécondation, et à sa partie supéi'ieure le stigmate destiné à recevoir le pollen. Les étamines présentent ranthère qui contient le pollen, dont les fonctions sont de vivifier les ovules en pénétrant dans l’ovaire par le stigmate. Le style souvent placé entre l’ovaire et le stigmate, les filets qui soutiennent presque toujours les anthères, semblent destinés les uns et les autres à placer les organes qu’ils supportent à la hauteur la plus convenable, pour que le contact du pollen avec le stigmate puisse avoir lieu.
Le périgone simple ou double entoure les organes sexuels, et sert a les abriter, à les garantir des Agents et de la pluie ; il sert aussi à la lécondation, en recevant le pollen et le transmettant quelquefois au stigmate.
Quant aux nectaires, malgré les importantes fonctions qui leur furent attribuées dans un mémoire présenté à la société linnéenne de Paris, il est probable que leur présence n’est qu’accidentelle, et que leurs foncions, s’ils en ont, sont au moins inconnues.
Cet eftsemble d’organes qui concourent au même but et qui constituent la fleur, présente une foule de modifications et de combinaisons différentes, qui toutes tendent à assurer la fécondation de chaque espèce.
Pour que la fécondation ait lieu, il est nécessaire que le pollen se trouve en contact avec le stigmate.
L’enlèvement d’une jiartie de cet organe n’empêche pas toujours la fécondation d’avoir lieu ; mais si on l’enlève entièrement, les ovules restent inféconds. Plusieurs fois j’ai enlevé le stigmate de la couronne impériale , du lys, de la belle-de-nuit, etc., avant la déhiscence des anthères, et les graines sont restées stériles, tandis qu’en coupant la moitié des styles plumeux des graminées et particulièrement du maïs, la fécondation avait également lieu, parce que les spongioles pisiillaires, au lieu d’être disposées en tête comme dans le Ijs, la belle-Je-jiuit , etc., sont disposées latéralement sur le style.
Laiîature a employé, pour assurer ce contact, des moyens qu'on ne peut se lasser d’admirer. Quoique la majeure partie aient été décrits, je les rajîpellei’ai sommairement pour en faire voir la diversité.
Lorsque les étamines et les carpelles sont réunis dans la même fleui% les étamines placées autour de ces dernières, ont leurs anthères situées de manière qu’elles touchent ou avoisinent le stigmate. Si ce dernier se trouve placé au-dessus, ses divisions, souvent réflécliies sur les étamines et les fleurs penchées, permettent au pollen de s’airêter sur l’organe femelle. ÏjC stigmate en outre sécrète souvent une humeur visqueuse qui retient les grains du pollen. Ceux-ci ne tardent pas à éclater; la liqueur et les granules qu’ils renferment pénètrent dans l’ovaire et vont porter la vie aux ovules.
Le mode de déhiscence des anthères eoniribue aussi à assurer le contact du pollen avec le stigmate. Elles s’ouvrent presque toujours du côté du pistil, et eette déhiscence a souvent lieu subitement. Les anthères s’ouvrent par des pores placés à leur sommet dans les solanum, à leur hase dans les pyrôles , par des valvules dans les lauriers, le herberis, Vépiniède des Alpes ; elles se fendent longitudinalement dans le lys, la tulipe; transversalement dans la lavande, etc. Outre ces dilférens modes de déhiscence, elles alFecient encore des mouvemens très-sensibles qui tendent toujours à diriger le pollen vers le stigmate. Dans le lys superbe et quelques autres espèces du même genre, les anthères, dès qu’elles com-
mencent à s’ouvrir, deviennent mobiles sur leurs filets, et s’approchent sensiblement du stigmate l’une après l’autre , puis s’en éloignent presque aussitôt qu’elles ont répandu leur pollen sur cet organe.
Dans la tulipe, les anthères fixées latéralement sur leurs filets, deviennent horizontales, et tournent visiblement sur leur pivot à l’époque où elles répandent le pollen. M. Desfontaines a fait la même observation sur 1 amanllis formosissima et sur plusieurs pancratium.
Les étamines des rues, du butome ombellé , viennent successivement une a une, deux à deux, trois à trois, appliquer leurs anthères contre le stigmate, et s’en éloignent ensuite pour reprendre la place qu’elles occupaient primitivement.
Dans les dictâmes, les capucines, les filets se courbent pour rapprocher les anthères du stigmate à l’époque de leur déhiscence. Dans la belladone, les étamines d’abord courbées se redressent ensuite, et répandent leur pollen quand elles sont à la hauteur du pistil.
Dans les kalmia, les dix étamines ont les anthères placées dans des petites fossettes de la corolle, et l’on voit le filet se courber en arc pour retirer l’anthère, h l’époque où elle doit s’ouvrir.
Dans la plupart des renonculacées , les étamines sont serrées contre le pistil, et s’en écartent successivement après leur déhiscence, comme si elles étaient devenues inutiles.
Dans les asarum, les filets sont courbés et se redressent deux à deux pour amener les deux anthères vers chaque stigmate, dont le nombre est précisément la moitié de celui des étamines.
Dans quelques plantes telles que les cistes , Vépine-vinellc , on détermine à volonté les mouvemens des étamines, en les irritant avec la pointe d’une épingle.
Dans Vortie dioïque , le mûrier, etc., les filets sont placés en arc, et maintenus dans cette position par les parois du calice. Lorsque le soleil paraît le matin, le calice s’ouvre, et l’on voit toutes les étamines se redresser tout-à-coup et lancer au loin leur pollen.
Les organes femelles ne présentent pas à l’époque de la fécondation des mouvemens aussi marqués que les étamines; cependant les styles et les stigmates de quelques plantes paraissent aussi doués d’une certaine irritabilil#, comme M. Desfontaines l’a fait observer pour les passiflores, épilobes , les nigelles, les mimules , le Ijs superbe, etc.
On oLserve souvent d’assez grandes disproportions entre la longueur du style et les filets des e'tamines'; et quoique généralement les fleurs dont le style dépasse les étamines, soient penchées, tandis qu’elles sont droites ({uand l’inverse a lieu, on trouve pourtant un grand nombre d’exceptions à cette règle.
]Mais dans ces exceptions, il ari’ive que la fécondation s’opère, soit avant l’épanouïssemcnt, soit lorscpre la corolle se détache pour tomber. Dans le premier cas, les anthères s’ouvrent avant la fleur , et la fécondation a eu lieu quand celui-ci s’épanouît ; c’est ce que l’on remarque dans les verbascum, les campanules et la majeure partie des sjnanthérées; dans ces deux dernières familles, les stigmates, en s’allongeant dans le tube staminifère, enlèvent le pollen qui doit féconder leurs ovules : dans le second cas, la fécondation n’a lieu que lorsque la corolle vient à tomber, et c’est presque touj ours dans les fleurs à pétales soudés que nous en trouvons des exemples. Le pollen tombe dans le fond de la fleur, et se rassemble dans les poils dont la gorge est garnie, en sorte que le stigmate se trouve nécessairement en contact avec le tube de la corolle quand celleci se détache, et souvent même elle est retenue par cet organe, autour duquel elle se dessèche et finit par tomber en l’entraînant dans sa chute. On peut observer ce mode de fécondation sur un grand nombre de véroniques.
Plusieurs plantes dont les anthères sont extrorses, profitent aussi du secours du périgone. Ainsi dans les iris ^ les aristoloches, etc., les anthères s’ouvrent en dehors, et le pollen est recueilli sur les parois du périgone souvent garnis de poils ou d’aspérités ; quand le périgone commence à se flétrir, si le pollen en séchant n’est pas déjà tombé sur le stigmate, il s’y trouve appliqué par les enveloppes florales, qui, dans ces exemples, se dessèchent et se roulent plus ou moins sur elles-mêmes avant de tomber.
D s’en faut de beaucoup pourtant que la fécondation soit aussi certaine dans les fleurs à anthères extrorses que dans les autres. Et nous en juvons des preuves dans les aristoloches, dont une grande partie des fruits avorte ordinairement.
Dans un assez grand nombre de plantes, les périgones sont garnis de poils plus ou moins nombi’eux qui concourent h la lécondation en rccevant le pollen des étamines, et le transmettant au pistil placé sur un
<îes bords, et ordinairement du même côté que les étamines, de manière à en pouvoir recevoir directement le pollen. C’est ce qui a lieu dans presque toutes les fleurs non symétriques des labiées, des personnées, etc.
Dans les diverses espèces de végétaux que nous venons de citer, le pollen est à l’état pulvérulent, et rien alors ne s’oppose à la fécondation; mais il en est d’autres où il est plus ou moins épais, quelquefois même solide,«t dans ce cas il est plusdifficile de voir son contact avec le stigmate.
Dans les asclépiadées, le pollen est en petites masses contenues dans les anthères ; mais celles-ci étant ordinaii'ement appliquées sur le stigmate lui-même, rien ne peut s’opposer h la fécondation.
Dans le laurier rose, le pollen est composé d’une multitude de petits grains agglutinés qui ne sortent pas toujours des anthères. Mais si l’on examine les étamines avant l’épanouissement de la fleur, on voit que chaque anthère est en communication avec le stigmate par un petit prolongement placé entre les deux loges, et si l’on veut séparer avec force ces deux organes, il reste sur le stigmate cinq petites protubérances dues au déchirement de ces appendices.
Il paraît que dans ces plantes les grains du pollen se vident et fécondent le stigmate sans sortir de l’anthère ; en sorte qu’il y a un véritable accouplement. Dans plusieurs deurs pourtant on voit distinctement des grains de pollen qui sortent par une fente longitudinale de l’anthère, et se trouvent placés immédiatement sur le stigmate, comme dans les orchidées,
Daus cette dernière famille, le pollen offre plusieurs modifications; tantôt il forme des masses composées de grains solides, réunis entre eux par une matière élastique, comme dans lesorcAh', \esophris-, tantôt ces masses sont tout-à-fait granuleuses, comme dans les genres epipuclis, loroÿlosswn, etc., ou bien elles sont formées par une substance solide et compacte, comme dans les genres malaxis et corallorhiza.
Dans l’une ou l’autre de ces plantes il est nécessaire cependant, pour que la fécondation ait lieu, que le pollen se trouve en contact avec le stigmate; mais il faut remarquer que dans cette famille les étamines sont et qu’elles ne sont jamais appliquées contre le stigmate, comme dans les asclepiadées. Si l’on suit attentivement les jdiases de la floraison
(le ces plantes, on voit qu’à une époque quelconque qui n’a rien de fixe, les masses polliniques sortent des anthères, et plusieurs d’entre elles tombent sur les stigrtiates visqueux qui ramollissent le corps élastique auquel adhère le pollen, et retiennent celui-ci sur leur surface. Souvent même, comme on peut l’observer sur Yorchis bifoUa, les masses polliniques sortent entièrement, et s’accrochent, soit au stigmate, soit aux diverses parties de la fleur, par un petit disque visqueux qui se trouve à leur base. Tantôt c’est avant la floraison, ou lorsqu’elle GOn\pienee , que les masses polliniques se délaehent; tantôt elles restent dans l’anthère jusqu’à ce que le périgone, en se dessécliant, les chasse vers le stigmate.
Il s’en faut de beaucoup pourtant que toutes les fleurs des orchis soient fécondées ; ear si l’on examine attentivement les pieds qui ont fleuri, on voit ordinairement avorter une partie des fruits> si l’on recueille les graines de ceux qui paraissent sains et fécondés, et qu^on les sème dans les circonstances les plus favorables à leur germination, il n’y en a jamais qu’en très-petit nombre qui lève; ce qui tendrait à prouver que les fleurs sur les stigmates desquels le pollen s’est arrêté, sont les seules qui puissent donner des graines (’erliles.
On voit d’après cela queil’anra seininatis n’est pour rien dans la fécondation de ces plantes, et qu’il ne peut remplacer le contact du pollén.
D’autres faits tendent encore à prouver que le eoniaet immédiat du pollen est necessaire pour obtenir des graines fécondes. Tous lès botanistes savent que les plantes aquatiques viennent épanouir leurs fleurs au-dessus de l’eau, et que la fécondation a lieu dans Tair : c’est du moins ce que nous remarquons dans celles dpnt le pollen est pulvérulent, comme les hottonia, mjriophylbim, polamogeton, njmphœa,vaïlisnerm, etc. Quand des plantes aquatiques fleurissent sous l’eau, et qu’elles sont munies d’enveloppes florales, ces dernières sécrètent de l’air, et la fécondation est accompagnée des mêmes circonstances que dans l’atmosphère, comme on peut l’observer dans le ranuneulus aqiuitilis, Yalisma notons, illecebrum verticillatum, pilulavia, etc. Il existe pourtant des plantes a({naliques dans lesquelles les enveloppes florales manquent. Il en est d’autres dont les fleurs mâles sont séparées des fleurs femelles, et qui pourtant restent constamment plongées sous l’eau; mais si l’on examine ces plantes, on verra que dans la plupart le pollen est liquide, ou au
moins capable d’étre dissous et entraîné par l’eau. Or, il est tout aussi facile de concevoir le transport d’un pollen liquide ou dissous par l’eau, que d’admettre la dissémination d’un pollen pulvérulent par l’air, comme cela a lieu dans les plantes dioïquesj
Dans celles de ces dernières plantes qui fleurissent dans l’air, le pollen est généralement plus fin que dans celles où les sexes sont réunis; il est aussi plus abondant, et les fleurs femelles sont ordinaii’ement rassemblées en cônes ou en épis munis de bractées. Ces circonstances favorisent beaucoup le contact du pollen ; il arrive pourtant assez souvent, comme nous le vei'rons par la suite, que ce contact n’a pas lieu, et que les graines sont stériles, et c’est, je jiense, ce qui arrive aussi assez fréquemment pour les plantes aquatiques dont les sexes sont séparée.
Examinons maintenant quelques rapports qui existent entre l’inflorescence et la fécondation, soit dans les plantes monoïques, soit dans celles dont les sexes sont réunis dans la même fleur.
On dit communément que dans les plantes monoïques les fleurs mâles sont presque toujours placées au-dessus des fleurs femelles, et le fait est généralement vrai ; mais si l’on considère la manière dont la fécondation s opère, on trouvera de grandes différences, dont la cause sera dans le mode d’inflorescence et dans l’époque de répanouïssemeni.
Les fleurs mâles peuvent être placées à l’extrémité d’un rameau, et les fleurs femelles au-dessous, comme dans l’aune, le noisetier, etc., et dans ce cas, ces fleuz’s doivent être fécondées par les fleurs mâles, sous lesquelles elles se trouvent ; mais la même chose n’a pas lieu dans toutes les plantes. Dans les pins, les rameaux sont disposés avec assez de régularité, et tous, ainsi que chacune de leurs divisions, présentent à leur partie supérieure une ou plusieurs fleurs femelles placées un peu audessous du sommet. Les écailles qui les entourent, forment un petit cône propre à recevoir le pollen, et ce petit cône est dirigé par en haut. Les fleurs mâles que portent les rameaux sont toujours latérales et situées au-dessous des fleurs femelles de la même branche, en sorte que les fleurs mâles du rameau supérieur correspondent aux fleurs femelles du rameau qui se trouve au-dessous, les fleurs mâles de celui-ci à la branche qu il recouvre, et ainsi de suite.
Faisant abstraction des causes qui dispersent ou dévient le pollen, celui d’une branche tomberait par son propre poids sur le pistil de la
fleur femelle qui se trouve sur la branche qui lui est inférieure, et ainsi de suite. Chaque branche prise isolément féconderait et serait fécondée; mais elle aurait besoin du concours des autres branches. Or, comme on peut, avec quelque raison, considérer chaque rameau d’un arbre comme un individu parfait, mais seulement adhérent à l ensemble qui constitue l’arbre entier, ces plantes pourraient être considérées comme dioïques.
Ce mode de fécondation, bien remarquable dans un grand nombre de conifères, se présente d’une manière plus frappante et par une autre cause, sur quelques plantes monoïques, et notamment sur les diverses variétés de courges et de concombres. Quoique ces plantes portent sur le même pied des fleurs mâles et des fleurs femelles , il arrive souvent que ces fleurs ne s’épanouissent pas en même temps, et la fécondation a lieu diüïquement, quoique les plantes soient monoïques. J’ai cultivé, il y a quelques années, une variété de cucurbita pepo , dont je n’avais qu’un seul pied, et dont je n’ai pu obtenir de fruits à cause de celte alternance des fleurs mâles et des fleurs femelles.
Dans la pimprenelle (poterium sanguisorba) , les fleurs, rarement hermaphrodites et presque toujours unisexuées, sont disposées en capitule , et terminent chaque rameau. Presque toutes les fleurs du capitule supérieur sont mâles. Les étamines sont pendantes; les fleurs du capitule inférieur sont partie mâles, partie femelles : ces dernières sont toujours placées au sommet, et les mâles à la base du capitule. Il serait naturel de supposer que les fleurs l'emelles de chaque capitule sont fécondées par les mâles de ce même capitule ; mais on remarque bientôt l.a difficulté de ce mode de fécondation , en observant la situation inférieure des fleurs mâles et leurs étamines ]>endantes; et l’on voit qu’elle est impossible , si l’on fait attention que les fleurs femelles d’un capitule sont flétries quand les mâles s’épanouïssent. Il faut admettre ici la même chose que dans les pins : les fleurs femelles des capitules inférieurs sont fécondées par les étamines des eapiiules qui leur sont supérieurs, et ainsi de suite.
Il y a pourtant quelques circonstances où les fleurs mâles étant audessous des fleurs femelles , la fécondation a lieu comme à l’ordinaire ; c’est quand les fleurs sont disposées en épis moitié mâles, moitié femelles, et que les épis sont penchés comme dans le carex gracilis, et plusieurs aui) es.
Ce que nous venons d’observer dans plusieurs plantes monoïques, nous le retrouvons aussi dans quelques plantes hermaphrodites, et notamment dans \qs graminées.
Les fleurs de ces plantes sont disposées en épi ou en panicule , et ce sont toujours les fleui’s inférieures qui s’épanouissent les premières.
Si nous prenons le hîé ou le seigle pour exemple, nous verrons les étamines de la première fleur qui s’ouvrira, rester pendantes, de manière à rendre la fécondation très-difficile ; mais les étamines de la fleur qui se trouve immédiatement au-dessus sont également pendantes, et leufs anthères se trouvent justement placées dans la fleur inférieure, ou du moins d’une manière très-propre à favoriser le contact de leur pollen avec le stigmate de la première fleur. A mesure que la floraison s’opère, les fleurs sont sucessivement fécondées par celles qui sont placées immédiatement au-dessus.
Dans les graminées à panicule , les épilets offrent la même disposition que les épis ; mais, en outre , ils sont placés entre eux à peu près comme les rameaux des pins, en sorte que la fécondation est plus certaine encore que dans les fleurs tout-à-fait hermaphrodites (i).
Dans les différens exemples que je viens de citer, le pollen des fleurs inférieures est entièrement perdu, et les fleurs supérieures des épis, des capitules supérieurs et du rameau terminal, doivent nécessairement rester stériles ; c’est ce qui a lieu quelquefois, mais rarement, parce que deux causes s’y opposent.
La première , c’est que ces plantes, telles que les p/ns , les graminées, les/oncj, Xàpimprenelle, etc., vivent en société, et peuvent, par consé-
(i) Sans vouloir pousser très-loin la comparaison dans les deux branches du règne organique, on ne peut s’empêcher de remarquer l’analogie de ces sortes de fécondation avec celles de certains mollusques. Ainsi les hélices, quoique hermaphrodites, comme les rameaux des pins , ont besoin d’un second individu pour s’accoupler; ils fécondent et sont fécondés en môme temps. Les lymnées de Lamark forment des séries analogues aux épis des graminés ; leurs organes sexuels étant très-éloignés les uns des autres, le premier n’agit que comme mâle seulement, et le dernier comme femelle, mais tous les. intermédiaires donnent en mÛmc temps qu’ils reçoivent.
quent, très-souvent être fe'condées dioïquement. Il ne faudrait pas dépendant attribuer à celte cause seule la sociabilité des végétaux ; elle peut y contribuer, mais il s’en faut de beaucoup qu’elle soit la seule, puisque nous trouvons des plantes dont le mode de fécondation esidiflérent, et qui vivent également réunies : telles sont les bruyères^là centinode, etc.
La sociabilité des végétaux doit tenir d’ailleurs à des causes locales, puisque, selon M. deHumboldt, les plantes de l’Amérique méridionale ne croissent que très-rarement en société.
La seconde, c’est que les vents, les insectes et un grand nombre de causes secondaires et accidentelles, peuvent changer la direction du pollen, le dévier de sa route, le transporter à de grandes distances; et qu’ensuiie sa quantité est si considérable, que le hasard peut bien aussi avoir quelque part dans ces fécondations.
Mous n’avons observé jusqu’ici la fécondation que dans les phanél'ogames, où il est toujours facile de distinguer les organes; mais la même chose n’a pas lieu dans les cryptogames.
Parmi ces plantes, il en est qui se reproduisent par bourgeons, qui n’ont probablement besoin d’aucune espèce de fécondation, tandis que d’autres donnent des graines qui ont été fécondées comme celles des autres végétaux. Parmi ces derniers, se trouvent les characées , les équi~ sélacées , les rhiznspermes , les salviniées, les fougères , les Ijcopodiennes et les mousses,
JVJalgré les travaux d’un grand nombre de savans, je pense que tout ce qui est relatif à la physiologie de ces plantes est bien peu avancé, et que leur mode de fécondation est à peu près inconnu. Je suis loin d’avoir la prétention de remplir cette lacune, et je me contenterai seulement d’exposer le résultat de mes observations sur les mousses et les characées, dont la fécondation paraît être la même,
Hedwig est celui qui s’est le plus occupé des mousses, et la théorie qu’il a donnée de leur fécondation est celle qui est le plus généralement adoptée. Selon lui, les mousses sont dioïques, monoïques ou hermaphrodites. Leurs fleurs sont très-petites : elles terminent les rameaux, ou ee trouvent à leur aisselle. Dans l’un ou l’autre cas, elles sont composées de feuilles florales et d’organes particuliers. Dans les fleurs mâJes, on oj^
serve des uiricules pédlcellés, remplis d’une poussière très-fine, et èntremêle's de filamens stériles ou articulés, qu’il regarde commedesnectaires, et qui paraissent être des rudimens de sépales ou de pétales. Les fleurs femelles contiennent également ces prétendus nectaires, accompagnés de corpuscules cylindriques, qu’il regarde comme des pistils. Uii ou plusieurs de ces pistils étant fécondés, leur pédicule s’allonge et sort le jeune fruit hors du perichoetium.
Tel est, selon le savant que nous venons de citer, le mode de lécondation des mousses, contre lequel on peut faire quelques objections.
1 °. Dans un grand nombre de mousses on ne peut trouver autre chose que des bourgeons qui ne contiennent absolument que des feuilles.
2". Quand il existe de véritables rosettes florifères, il est bien difficile d’y trouver les organes qu’Hedwig considère comme femelles.
5’. L’urne des mousses est remplie de liquide, jusqu’à ce qu’elle ait acquis tout son développement, et il n’est pas probable que les ovules qui doivent s’y former, aient été fécondés avant d’être visibles.
4". Il est difficile de concevoir comment le contact du pollen et dû pistil peut avoir lieu, quand l’urne, dès sa naissance, est hermétiquement fermée par les dents de l’anneau périslomique, un épiphragme, un opercule, et quelquefois deux coiffes.
5*’. Les organes mâles qu’IIedwig décrit, ne sont bien visibles que dans les mousses dioïques, et seulement à réjjoque où Turne a pris tout son accroissement.
Il est difficile, d’après cela, d’admettre la théorie d’Hedwig, et il est au moins permis d’en chercher une autre.
Toutes les graines contenues dans l’urne des mousses, sont fixées à une columelle centrale par des filamens extrêmement déliés, qui correspondent aux funicules des phanérogames. On peut vérifier le fait sur les urnes séchées du J qui contiennent encore quelques
graines fixées de cette manière. Iledwig pense , au contraire , que les graines sont fixées aux parois de l’urne ; mais souvent il existe un espace vide entre les gi ains et ces parois : il faut, par conséquent, pour que la fécondation ait lieu, que le principe fécondant jiéuèlre dans la columelle, et de là arrive, par les funicules, dans l’intérieur des ovules. Mais dans un grand nombre de mousses (tortula , orthotricurn,
encaljptra), la columelle ne ti’averse pas la totalité' de l’urne, elle s’arrête à la moitié ou aux trois quarts, et son sommet est recouvert par un grand nombre de graines; l’opercule et la coiffe la ferment hermétiquement, etil serait difficile d’admettre alors une fécondation extérieure. Si l’on examine avec soin la base du pédicule caché dans le perichoetium, on trouve qu’elle est formée par itn petit tubercule qui, à une certaine époque, contient des granules comme ceux de l’urne, mais jamais aussi distincts. Sauvent même ces granules sont agglutinés, et forment une pâte demi-liquide, qui emplit la cavité du tubercule. Tout fait présumer que ces granules doivent être assimilés au pollen, et que la communication que le pédicule établit entre le tubercule et la columelle est plus que suffisante pour opérer la fécondation dès que les ovules se sont formés dans l’ume.
Peut-être la fécondation a-t-elle lieu de la même manière dans toutes les mousses. Il est certain pourtant que dans celles qui ont des rosettes mâles bien distinctes et bien visibles, cova.me\es poljtrichium , etc., le tubercule du perichoetium existe toujours, mais bien moins développé, et ne contient pas de granules distincts, comme dans le genre que nous avons cité plus haut. Leur columelle traverse toute la longueur de l’urne, et vient s’appliquer contre l’épiphragme.
Lorsque les graines sont entièrement formées, la coiffe et l’opercule se dessèchent et tombent. Les dents de l’anneau péristomique n’étant plus comprimées, se redressent, enlèvent l’épiphragme qui, très-épais pendant la jeunesse de l’urne, est alors réduit à une lame très-mince, et l’urne est ouverte (dans le polytric) par soixante-quatre ouvertures. L’extrémité de la columelle qui était appliquée contre l’épipln'agme est lout-h-fait libre ; ses vaisseaux sont ouverts et constituent une sorte de stigmate destiné à recevoir le pollen, r[ui peut pénétrer librement dans l’urne par l’écartement des dents de l’anneau péristomique.
Si , comme tout semble l’indiquer, la fécondation a lieu de cette manière , les gt'aines seraient fécondées après avoir pris tout leur accroissement , et, pour ainsi dire, au moment de leur dispersion , à peu près comme les oeufs des poissons et de certains reptiles le sont à la sortie de leurs corps.
Le principe fécondant pourrait donc s’introduire de deux manières
dans l’urne ; par la hase de la columelle, dans les genres tortilla, (lieranum, orthotricum, encaljpira, etc.j et par le sommet, dans les genres poljtrichium, oligotricum, etc. (i)
La fécondation des chara paraît être analogue à celle des premiers de ces genres. On voit distinctement un corps verdâtre entouré de quelques petites feuilles, que l’on nomme calice, et contenant un liquide gélatineux , dans lequel nagent de petites graines. Cet ensemble repose sur un autre globule rougeâtre, plus petit que le j)récédent, et qui paraît contenir une matière jaune ou rougeâtre, qu’il est naturel d’assimiler au pollen.