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CHAPITRE II

Mojens par lesquels la nature supplée au manque de fécondation.

]\Ia.i.gké l’extrême variété que nous offre la nature dans les précautions qu’elle a prises pour assurer la fécondation des plantes, il arrh'e, rarement il est vrai, que la fécondation n’a pas lieu , et que les graines sont stériles.

Cliaque fois que le pollen se trouve en contact immédiat avec le stigmate, la fécondation s’opère; mais il n’en est pas de même quand ce contact n’a pas lieu, et la plante reste stérile malgré la prétendue influence de Vaura seminalis.

Il est très-rare t|u’clle ne s’opère pas dans les fleurs hermaphrodites; mais pourtant cela arrive, comme on peut le voir, dans les orchidées , les aristoloches, etc.Elle manqueplus souvent dans les plantes monoïques, et nous en voyons des exemples dans plusieurs cucurbitacées , dont une partie des fruits avorte faute de fécondation. Quand des pluies abondantes surviennent à l’époque de la floraison du maïs et même du blé.

(i) Peui-ôlrc la fdcondallon s’opère-l-elle toujours par le premier mode dansules mousses, ou bien il faut admettre que leurs graines peuvent se passer de fécondation ; car il arrive souvent que plusieurs espèces restent sous la neige pendant dix à onze mois l’année, et se trouvent pourvues de graines fertiles quand celle-ci vient à fondre.

les e'pis sont incompleis, et il manque un grand nombre de grains provenant des ovaires dont les stigmates n’ont pas reçu le pollen.

Si des pistils restent ste'riles dans les fleurs hermaphrodites ou monoïques, à plus forte raison doit-on retrouver la même chose dans les plantes dioïques; aussi les graines àe&saules . àespeupliers^ etc. , sont trèssouvent stériles. Je sais bien t[ue l’on attribue leur stérilité à ce que les arbres qui les produisent sont multipliés par boutures depuis très-longtemps ; mais j’ai eu occasion d’observer des saules dans des lieux où ils croissaient naturellement depuis un grand nombre d’années, et malgré le rapprochement des mâles et des femelles, il y avait toujours un grand nombre de graines infécondes. Si Vaurapollinaris suffisait pour opérer la fécondation , pourquoi les peuples de l’Afrique , qui cultivent le dattier, auraient-ils soin d’assurer eux-mêmes la fécondation, en secouant les fleurs mâles sur les femelles. Si, comme M. Delille le rapporte, les dattiers femelles furent stériles pendant la campagne d’Egypte, parce que les hostilités continuelles empêchèrent de mettre cette pratique en usage, ce fait déposerait encore contre!’««/•« seminalis.

Je crois que l’on peut admettre, sans crainte de se tromjter, que la fécondation est loin d’être aussi certaine dans les végétaux que dans les animaux, parce que, dans l’un et l’autre cas , il faut, pour l’opérer, le contact du principe fécondant avec l’organe femelle.

Il est bien reconnu que les plantes hermaphrodites sont les plus nombreuses ; aussi, si nous observons seulement les phanérogames qui croissent spontanément en France, nous trouverons que les plantes hermaphrodites, monoïques et dioïques sont à la totalité dans les rap¬

ports suivans :

Hermaphrodites.: : i : 1 , 09 .

Monoïques.

Dioïques.: : 1 : Sg.

Les rapports décroissent d’une manière extrêmement rapide, à mesure que la fécondation devient plus difficile.

Les fleurs unisexuées appartiennent principalement à des familles dqpt les fleurs sont presque nues, ou dont les enveloppes florales sont petites et peuappareittes, comme les cjperacées, les conifères , les amen' tacées , les euphorhincées, les urlicées, etc.

Les plantes hermaphrodites se trouvent rassemblées dans les familles

dont les e'tamines sont nombreuses et entourées d’enveloppes florales, comme les rosacées, les papavéracées, les reminculacées ^ ou dont les étamines entourent le pistil, comme les sjnanthérées , les campanulacées, \e^ solanées, malvacées, etc., ou dans celles dont les étamines sont enfermées dans les envelojtpes florales, comme \e% labiées, les personnées, les crucifères, les carjophyllées, les légumineuses, ou enfin, dans les familles dont les fleurs sont placées de manière à rendre la fécondation certaine, à cause de la disposition qui leur permet de féconder plusieurs fleurs, et de recevoir à leur tour le pollen de toutes celles qui les environnent, comme les graminées, les ombellifères, les chénopodées, etc.

La présence d’enveloppes florales tiès-développées eût rendu la fécondation dioïque dillicile dans la plupart de ces familles ; aussi nous n’y trouvons qu’un très-petit nombre de plantes unisexuées, et nous en remarquons beaucoup , au contraire , dans celles dont les organes sexuels sont à découvert.

Il est une autre remarque peut-être plus importante, et pour laquelle je me bornerai aux seules plantes phanérogames qui croissent spontanément en France.

Si nous examinons physiologiquement la durée des végétaux, nous les partagerons, avec M. de Candolle, en monocarpiens etpolycarpiens. Les premiers périssent après avoir fructifié une seule fois; les autres vivent indéfiniment, et fructifient chaque année.

Les monocai'piens sont aux polycarpiens ;

Mais si nous séparons les plantes unisexuées des plantes hermaphrodites, nous trouvons des rapports très-différens. Ainsi, dans ces différens groupes, les monocarpiens sont aux polycarpiens, dans les rapports suivans ; ,,

Hermaphrodites.i : 2, 28.

Monoïques.1 : 4-

Dioïques. 1:18.

On voit que, dans les végétaux dioïques, il existe seulement quelques espèces monocarpiennes, et il semble que la nature, craignant toujours de perdre les espèces, ait prolongé l’existence de celles dont la fécondation pouvait éprouver quelque obstacle.

Les plantes monôcarpiennes se trouvent principalement dans les fami lies que nous avons citées précédemment, et dans lesquelles le manque de fécondation est, pour ainsi dire, impossible. Ainsi, dans celles que nous présentons ici, les monocarpiennes sont aux polycarpiennes, dans les rapports suivans :

Ghénopodées.i : o, i6 Gentianées. i : i, 5

Solanées.i : o, 19 Garyopliyllées. ... 1 : i, 67

Papavéracées.1 ; o, 5 Graminées. 1:1, 8

Grucil'ères. ; o, 63 Synanthérées .... 1 : 1, 8

Borraginées . 1 : O, 71 Ombellifères . . ... 1 : 2

Légumineuses .... 1 : o, 88 Gampanulacées . . . i : 2, 43

Malvacées.1:1 Labiées.i : 3, 77

Personnées.1 : i, 24 Renonculacées. ... 1 : 4, 5

JAbinantacées.1 : 1, 54

Il est assez remarquable aussi que la plupart des végétaux dioïques polycarpiens croissent par petits groupes, qui ne contiennent qu’un seul sexe. Ainsi l’on remarque souvent des toulFes d’ortie dioïque, dont tous les individus sont mâles, et d’autres, placés à quelque distance, dont tous sont femelles. On trouve sur les pelouses des montagnes, \q gna~ phalium dioïeum, qui affecte la même disposition. Les saules, dans leur lieu natal (c’est-à-dire, quand ils n’ont pas été plantés), présentent aussi les mêmes groupes. On trouve quelt[uefois le tamnus mâle occuper toute une portion d’un bois, et la femelle se trouver dans l’autre partie.On rencontre la même chose sur des cryptogames dioïques, telles que les polytvichuim f les hijiun, ete.

Selon M. Nolte , de Gopenliague, le stratiotes aloides offrirait un fait bien plus remarquable. Getteplante croît dans l’Europe septentrionale, depuis /|8 jusqu’à 68 de latitude septentrionale ; mais ce n’est que de 52 à 55' qu’on trouve les deux sexes. Au nord de cette zqne, ce ne sont plus que des femelles; et, au sud, que des mâles.

Parmi les plantes dioïques monocarpiennes, le pùnpinella dioïca , le mercurialis anima, croissent en groupes qui contiennent les individus des deux sexes. La culture m’a empêclié de vérifier la même chose sur le

chanvre et les épinards.

.ïusqu’ici nous avons regardé la fécondation comme nécessaire pour la multiplication des espèces ; mais elles peuvent encore se multiplier

par d’autres moyens, qui sont : les boutures, les marcottes, les drageons, les stolons, les propagules, les tubercules, les biilbilles, lesgongyles, et les graines non féconde'es.

Les boutures sont un moyen artificiel que la nature emploie rarement, mais dont l’homme a su tirer parti. Ce sont principalement les végétaux ligneux et dioïques qui peuvent se multiplier de cette manièi’e ; mais il est faux de dire que les individus femelles jieuvent seuls reprendre de bouture. Non-seulement les plantes hermaphrodites peuvent se multiplier de cette manière, mais les peupliers et les saules mâles se trouvent aussi dans le môme cas.

Les marcottes peuvent, comme les boutures, avoir lieu quelquefois dans la nature, mais c’est toujours accidentellement. La plupart des plantes peuvent se multiplier de cette manière, et surtout celles qui reprennent de bouture.

Les di'ageons o\x surgeons soiax communs dans les plantes ligneuses, et sont en quelque sorte des marcottes naturelles.

Les stolons , jets coulans , etc., sont encore des moyens de reproduction, analogues aux précédons, et qui n’appartiennent également qu’aux végétaux polycarpiens.

Les greffes , excepté celle par approche , sont toutes artificielles , et celle-ci même n’est qu’accidentelle dans la nature ; en sorte que ce moyen de reproduction peut être considéré comme nul.

Les propagules commencent à se rapprocher des graines, en ce qu’ils peuvent être séparés de la plante-mère, et conservés un certain temps, sans perdre leur faculté végétative. Ils se séparent d’eux-mêmes, et nous voyons, de cette manière, les joubarbes envahir bientôt toute la pente d’une montagne.

IjOs tubercules sont des espèces de bourgeons nus, ou plus souvent accompagnés de tissu cellulaire, et qui, séparés de la plante, peuvent donner naissance à de nouveaux individus.

Les bulbilles sont un moyen de reproduction qui appartient aux monocotylédones. Ils ont les plus grands rapports avec les bourgeons et avec les graines. Ils diffèrent des premiers, en ce qu’ils peuvent se séparer de la plante qui les porte, et des seconds, en ce qu’ils n’ont pas besoin de fécondation pour se développer. M. A. Richard considère les bulbilles.

des crinum, comme des graines ; mais je doute que ces graines aient besoin de fécondation pour se développer (i).

Les gongjles sont des bulbilles extrêmement petites, qui paraissent être le seul moyen de reproduction des plantes dans lesquelles il n’y a pas de fécondation , comme \qs champignons, les lichens ^ eic.

Les graines non fécondées peuvent, dans quelques plantes, germer et produire de nouveaux individus, comme si elles avaient reçu l’influence du pollen.

Des observateurs dignes de confiance, parmi lesquels on peut citer Camei’arius et Spallanzani, avaient déjà dit que plusieurs plantes donnaient des graines fertiles sans fécondation, et j’entrepris, avec l’intention de réfuter leurs assertions, des expériences sur le chanvre et Vépinard. Je pris toutes les précautions possibles pour éviter l’arrivée du pollen if) , et j’examinai soigneusement toutes les fleurs pour enlever les mâles, si par hasard il en naissait accidentellement quelques-unes sur les 2>ieds femelles, comme cela arrive quelquefois. Je fus surpris de voir les graines mûrir comme à l’ordinaire, et mon étonnement fut plus grand encore en voyant germer etpousser une partie de ces graines. Des exj^ériences que j’entrepris en même temps sur des courges et le Ijchnis sjlvestris y eurent le résultat que je désirais, c’est-à-dire , que je n’obtins aucune graine fertile.

Je fis la remarque que les jilantes qui m’avaient donné des graines l'ertiles sans fécondation , étaient des plantes dioïques et annuelles , et cette observation me donna l’idée de rechercher si toutes les plantes dioïques annuelles n’étaient jtas dans le même cas; c’est alors que je cherchai lesrap2)orts numériques que j’ai ofl’erts plus haut, et je vis que, dans les j)lantes de France, les dioïques monocarpiennes se réduisaient à deux épinards, un chanvre , une mercuriale et la boucage dioïcjue. Je re-

(1) M. Clarion, considérant avec raison la plupart des moyens de reproduction des plantes comme dus au développement des germes placés sur différentes parties de la plante , leur a donné le nom collectif de mesophyle y dont il distingue ensuite plusieurs especes.

(2) Ce qui me fut facile pour le chanvre, puisqu’on n’en cultivait pas dans le lieu où je fis mes expériences.

commençai mes expe'riences, en prenant toujours les plus grands soins sur ces diffe'rentes plantes, et j’ohlins sur toutes des graines fertiles (i).

J’avoue cependant qu’il me reste des doutes sur celles de la mercuriale annuelle ; car quoique la plante soit dioïque , il survint une fleur mâle sur les pieds que je cultivais, et elle e'tait e'panouïe le matin quand je m en aperçus. Je ne pense pas cependant que les étamines aient eu le temps de répandre leur pollen.

ÏjQ pimpinella dioïca, dont je semai environ loo graines, me donna seulement quatre pieds.

Il paraîtrait, d’après cela, que les plantes dioïques monocarpiennes pourraient, dans certains cas, donner des graines fertiles sans fécondation , et il resterait à savoir si ces plantes, qui ne peuvent se multiplier que par graines, les donneraient indéfiniment fertiles , ou si, après plusieurs générations, elles auraient besoin du concours des mâles.

Quoique les expériences assez nombreuses que j’entrepris pour le meme objet, avec diflerentes plantes monoïques et bermapbrodites, ne m’aient pas présenté le même phénomène, je pense cependant qu’elles pourront réussir; et l’on peut croire, par analogie, que si l’on trouve d’autres plantes dont les graines puissent pousser sans fécondation , ce sera dans les plantes monoïques, et surtout dans les plantes monoïques monocarpiennes qui sont quelquefois fécondées dioïquement, comme la plupart des cucurhilacées.

Ces dillérens faits, considérés relativement à la iliéorie de la génération , déposent en faveur de la préexistence des germes dans les organes femelles, et combattent vivement l’opinion de ceux qui prétendent que les germes sont dus au développement des zoospermes, dans les animaux, et des granules polUniques^ dans les plantes.

(i) Mes plantes élaient calllvées en pois, qui furent placds dans une chambre formée pendant tout le temps de la fleuraison. Le chanvre n’élanl pas cultivé dans le pays que j’habitais alors, je ne peux pas admettre de fécondation.

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