‹ Recherches sur la Rétention du Placenta dans l'AvortementChapitre 17 sur 47 · DU TRAITEMENT DE LA RÉTENTION · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DE LA RÉTENTION

Historique

SOMMAIRE : Avant-propos. — Les dangers de la rétention sont la grande préoccupation des anciens accoucheurs. — Intervention. — Exposé des différentes méthodes jusqu'au xv° siècle. — xvr° siècle : À. Paré, Guillemeau: — xvu° siècle : Mauriceau, Hésitation des auteurs de la fin du xvir siècle. -— xvin° siècle : Méthode d’expectation en honneur. — Fin du xvin siècle : Divergences d’opinions des auteurs de cette époque. — xux° siècle : Méthode d'intervention en honneur à l'étranger. En France. — Conclusions. j

Sans vouloir suivre pas à pas à travers les âges et les différentes contrées l’histoire du traitement de la rétention, nous croyons utile de passer en revue et d'analyser les nombreux ouvrages et les nombreux écrits des auteurs les plus autorisés qui ont traité cette question.

Les accoucheurs anciens avaient: compris toute l’im- portance et les dangers de la rétention de l’arrière-faix. Nous voyons, en effet, en lisant leurs ouvrages, que dans la rétention du placenta après accouchement à terme ou après avortement, l’idée maîtresse qui dirigeait leur con- duite était la crainte des dangers occasionnés à la malade par le séjour plus ou moins long du placenta dans l'utérus

et les accidents qui en étaient la conséquence. Aussi nous

L. 1568 les voyons, dès ‘le début, employer les moyens les plus bizarres, les plus violents même, pour enlever ou chasser de l’utérus ce délivre, leur grande préoccupation.

Les premiers accoucheurs furent donc des interventionnistes : examinons leurs manières d'intervenir.

Hippocrate (1) voulait que l'enfant restât attaché au cordon et couché sur une outre remplie d’eau quise vidait peu à peu. Si le cordon était rompu on le remplaçait par un poids de manière à rompre les adhérences utéro-

placentaires et faciliter l'extraction ou plutôt la sortie du délivre. |

A ces moyens s’ajoulaient des tractions sur le cordon, sauts de la femme, etc., et en cas d’insuccès, Hippocrate

- conseïllait d'intervenir plus activement et plus efficacement en introduisant la main dans l’utérus et en détruisant les adhérences qui maintenaient le placenta collé à la paroi utérine.

Cette intervention violente était aussi le mode d’action des médecins romains etarabes de cette époque, en un mot de tous les praticiens de l’école ancienne. Pour Celse, ANétius, Paul d’ Égine, Avicenne, Abulcasis et et la méthode fut la même.

Il ne faut pas oublier que tous ces praticiens ne se contentaient pas des manœuvres que nous venons de citer : ils provoquaient chez la femme des mouvements volontaires ou réflexes, des vomissements, des accès de toux, des éternuements à l’aide de poudres, de fumigations, per-

(1) Hiprocrare. De superfetatione. — De morbis mulierum.

suadés que ces secousses et ces efforts pourraient détacher les adhérences et amener le délivre en dehors.

Toutes ces manœuvres obtinrent-elles des résultats

; favorables ? Nous l’ignorons. Toujours est-il qu'il faut re-

tenir de ces méthodes d'intervention des anciens leur grande préoccupation de ne rien laisser dans la cavité utérine après un avortement.

Pendant une vingtaine de siècles cette médication fut en honneur.

Au XVIe siècle. — Ambroise Paré (1) s’éleva le premier avec énergie contre cette pratique dangereuse et

quelque peu brutale. Sans méconnaître les dangers de la

rétention et la nécessité de l'intervention, il recommandait

d’abord les moyens de douceur réservant l'intervention manuelle pour les cas d’insuccès. |

Le premier 1l-eonseilla l'injection dans la matrice (2) « de choses aromatiques, glaireuses et émollientes » des diaphorétiques et sternutatoires pour susciter les efforts de

la femme et amener le décollement du délivre. Il énumé-

rait ensuite les accidents qui menaçaient la femme : « suf-

focation de matrice et impotence de pouvoir avoir son

haleine à cause de la putréfaction qui se fait en peu de

temps ». Hippocrate terminait ses recommandations en

donnant les sages conseils suivants : € La sage-femme

mettra sa main doucement dans la matrice, ointe d'huile

| (x) Amb. Paré. OEuvres complètes (Chassaignac).

(2) Jusqu'au milieu du xvmie siècle, matrice a signifié indistinctement

É Î DE Ë vulve, vagin, utérus.

ou de quelque axonge, et suivra le nombril qui lui servira de guide pour prendre l’arrière-faix et le séparera s’il est encore adhérent contre le fond de la matrice avec les doigts seulement, le tournant de côté et d'autre, et le tirera, non par violence, comme le font les folles et 1diotes matrones...; car, en le tirant rudement, on peut rompre et dilacérer quelques veines, artères ou fibres et ligaments nerveux, où la dite matrice est hée et attachée, dont le sang sort: et étant sorti de ses propres vaisseaux se corrompt et se putréfie, cause inflammation, gangrène et par conséquent la mort ».

Nous devons remarquer en passant l'expression € avec les doigts » qui nous fait voir combien Amb. Paré avait compris les inconvénients et les dangers de l'intervention violente et déraisonnée de ses prédécesseurs.

Guillemeau (1) n'ignore pas non plus et redoute les accidents auxquels est exposée la femme dont le placenta est retenu dans la cavité utérine. Pour lui il faudra agir avec beaucoup de patience. « C’est chose certaine, dit-il, qu'après que l’enfant est sorti du ventre de sa mère, que le dit arrière-fais est contre nature qui ne requiert sinon que d’être osté et mis dehors, pourquoi il faut de deux choses l’une ou que le vif (qui est la matrice) chasse le mort (qui est l’arrière-fais) ou que le mort tue le vif: et même qu'iceluy (le placenta) estant retenu il apporte de très-pernicieux accidents, comme défaillance, oppression et suffocation de la mère, voire même en se pourrissant

(1) Guirremeau. OŒuvres de chirurgie (1599).

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