‹ Recherches sur la Rétention du Placenta dans l'AvortementChapitre 18 sur 47 · VER · texte numérisé non relu

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peut estre occasion de mort. Pour à quoi obvier, il faut

estre diligent à le faire sortir ou tirer sans se précipiter et

patienter un peu en le maniant et esbranlant toujours ». Pour vider complètement la matrice il recommanda en

outre de pratiquer des injections d’eau tiède.

Au XVIIe siècle. — Mauriceau (1) recommande une méthode moitié active, moitié expectante : 1l semble cependant donner la préférence à lg méthode d'action.

Pour lui l'écoulement de sang est le plus grand des dangers de la rétention, par conséquent on n'interviendra que dans les cas d’hémorragie.

Après avoir fait exercer sur le cordon des tractions

lentes et douces, si le placenta ne sort pas, il dit : &s'ilse

rencontre une plus grande difficulté à la chose, on pourra au besoin, après avoir reconnu de quel côté l’arrière-faix est situé, commander à une garde bien avisée de presser légèrement avec le plat de sa main le ventre de l’accouchée le menant doucement en bas, comme par manière de friction et ayant égard surtout à ne le faire trop rudement. Mais si pour tout cela on ne peut encore l'avoir on sera obligé de porter la main dans la matrice ». S'il n’y a pas d'hémorragie mais simplement infection, 1l conseille les lavages et injections d’eau tiède, de même si après une intervention il reste quelque chose dans la matrice. Enfin si l’on est en présence d'une hémorragie on aura recours

à l'intervention active, manuelle. instrumentale, Sa con-

duite se résume en ces mots : & Injections dans la cavité

(x) Mauriceau. Maladies des femmes grosses et des accouchées, 1668.

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utérine pour la débarrasser du corps qu'elle contient, cause de putridité, mais s’il survient une perte on ne peul rester oisif: se servir de la pince à faux germe ou des doigts pour extraire le placenta cause de l’hémorragie ».

Des procédés et des théories de Mauriceau il nous faut retenir sa recommandation d'éviter de traiter l'utérus trop durement et son mode d'expression de l’utérus. Il semble être le précurseur de la méthode de CréDE que nous exposerons au chapitre traitant l'expression utérine et qui ne semble être qu'un mode varié de la manœuvre que nous venons de citer.

Les opinions des praticiens de la fin du XVIIe siècle ne semblent pas bien arrêtées, probablement parce que leurs prédécesseurs n'avaient pas apporté à l'appui de leurs théories des preuves et des arguments bien convainquants, des résultats bien pratiques. Aussi voyonsnous dans les écrits où ils exposent leurs idées la preuve de ces multiples tâtonnements.

Au commencement du XVIIIe siècle les théories des accoucheurs s'appuient déjà sur des raisons beaucoup plus sérieuses et des considérations physiologiques ou anatomiques plus importantes : | ne

Deventer (1701), Paul Portal, de Lamothe, Haller se montrent les partisans autorisés de l'intervention active : leurs successeurs, au contraire, se déclarent nettement opposés à toute intervention.

En 1724, Ruysch (1) fut un partisan convaincu de la

(1) Ruyson. Tractatio anatomica de musculo, etc. (1726).

"81 temporisation. Ayant eru découvrir au fond de l’utérus.un muscle {musculus contrusor placentæ) chargé d’expulser le placenta, 1l était inutile, pour lui, et même «chose mauvaise » pour le malade d'intervenir d’une façon ou d’une autre ; 1] laissait à ce musele complaisant le soin de suppléer à toute tentative opératoire.

Après Ruysch la méthode de temporisation continue ; on laisse la nature livrée à ses propres ressources : ce que l'on n'avait pas fait jusqu'alors.

Dans son traité, Puzos le premier et avec lui ses élèves font une étude plus rationnelle du mécanisme de l’avor-

tement : (après le travail qui procure la sortie de l’enfant,

dit-1l (x), il s’en établit un second pour l'expulsion du

placenta, ou plutôt c’est une suite du premier... L'expulsion du placenta est aussi constamment l'ouvrage de la nature que celle de l'enfant. » Il donne en terminant un

précepte que tous les accoucheurs devraient avoir présent

à la mémoire : &« Mon sentiment est qu'on ne doit jamais

presser l'extraction du placenta tant qu'il ny a rien qui oblige à la précipiter. DA Ses contemporains et ses élèves n’ont pas tous adopté ces sages conseils et chacun d’eux à tenu a donner son opinion et exposer ses idées.

Viardel (2) prescrit des remèdes cordiaux pour sou-

tenir l’état général de la femme et pratique des injections

(x) Puzos. Traité des accouchements (1756).

(2) Vrarpec. Observation sur la pratique des accouchements.

Coromusx. FA 6

(antiputrides) destinées à empêcher la putréfaction du placenta. Il n’est pas partisan de l'intervention et la rejette.

Mre Le Boursier-Ducoudray (1), dans son Guide, conseillait d’abord l'expectation, les bains de jambes très chauds ét des frictions de haut en bas sur les jambes. En cas d’insuccès, elle employait l'extraction du délivre avec la main qui semblait être pour elle le meilleur et le plus sûr de tous les moyens.

Un autre parlisan de l’expectation fut Mesnard (2) qui s'exprime ainsi dans son Guide des accouchements : « Par ces fouillements et recherches réitérées, on 1rrite la matrice et on cause des pertes de sang, des inflammations et la mort aux femmes ».

En 1765, Smellie (3) ne nous donne pas des idées bien nettes, une méthode bien précise, sur la conduite à tenir : s’il se montre à des moments partisan de l'intervention, c'est dans certains cas spéciaux et suivant certaines indications qu'il ne précise guère bien.

N'oublions pas Rœderer, un partisan convaincu de l'intervention.

Au milieu du XVIIIe siècle, la méthode de douceur et d'attente est toujours en honneur. s Deux chirurgiens, membres de l'Académie royale de chirurgie, Recolin et Levret, se font les défenseurs auto-

risés de l'expectation.

QG) Me Lx Boursier-Ducounray. Guide des accouchements (1753). (2) MEsxarD. Guide des accouchements (1753).

(3) Sueruie. An. de Machestock, tome I, page 168.

one

En 1757, Recolin (1) présente à l’Académie un important mémoire où 1l préconise, le premier, les injections intra-utérines chaudes et 1l cite trois observations où ce procédé lui rendit de précieux services pour débarrasser la matrice de son contenu : «des portions d’arrière-faix qui y restent après les fausses couches, comme aussi pour arrêter les pertes de sang ».

Ce fut donc lui le propagateur des injections intrautérines qui sont aujourd'hui d’un emploi courant ; aussi a-t-il soin de nous faire remarquer qu'il pratique ses intections non dans le vagin comme le faisaient Mauriceau et Guillemeau, mais dans l'utérus.

Ses élèves suivirent et pratiquèrent sa méthode.

-Levret (1766) est un peu dans l'indécision au sujet de la conduite à tenir : sa manière d’agir est moins franche

que celle de Recolin et on voit partout dans ses écrits

incerütude et irrésolution.

Dans un premier ouvrage (en 1766) (2) il éerit: QI arrive fréquemment dans les avortements qu'il est impossible d'extraire le placenta par son frêle cordon et qu’on ne peut même pas introduire la main ‘dans la matrice. Les praticiens sont alors dans l’usage d'abandonner à la

nature le soin de la sortie ; el je trouve qu'ils ont raison.

Néanmoins les injections d’eau tiède et à grands flots

seront surtout utiles. — Les médicaments hystériques et

autres remèdes prétendus capables d’en favoriser la sortie

(x) Recorin. Mémoires de l’Acad. royale de chirurgie. (2) Læevrer. Art des accouchements, 1766, page 146.

RPC EN

sont dangereux en pareille occasion. Ces moyens sont le fruit de l'ignorance des temps passés et de l’'empirisme le moins instruit ».

En résumé, Levret est donc un partisan de l’expectation en l'absence d'accidents : mais s’il survient une complication quelconque il est tout de suite effrayé et change alors de conduite : &« On ne doit pas, écrit-1l (page 138), rester spectateur oisif lorsque la perte menace les Jours de la mère. Il faut alors se servir de la pince à faux germe si les doigts ne sont pas suffisants : ou bien encore faire des injections d’eau tiède à grands flots dans la cavité même de la matrice ».

Nous retrouvons la même indécision plus tard dans un autre ouvrage de Levret, dans son Mémoire de l’Académie royale de chirurgie (1778) où il choisit et indique les médications propres à chacune des deux pratiques opposées,

à l'intervention ou à l'expectation.

Il faut lui savoir gré de ne s'être pas laissé influencer comme beaucoup de ses contemporains par une idée préconçue, et de n'avoir eu pour guide, dans sa conduite et dans ses écrits, que l'observation simple et scrupuleuse des faits. Abe |

En 1778, Baudelocque applique lui aussi divers procédés et emploie différentes méthodes suivant les circonstances et les indications des cas particuliers qui se présentent. Il nous faut selon lui considérer deux cas (1) :

Lére@ St l'on était près de la femme, dit-il, dans le

(x) Baupecocque. L'art des accouchements (1778), tome I, page 21%.

moment où la poche des eaux vient à s'ouvrir aussi prématurément, 1l faut introduire un ou deux doigts dans l'orifice de la matrice s'il était assez grand : 1° afin d’entretenir cette sensibilité, cette irritation si nécessaire aux progrès de l’action expulsive de la matrice : 2° pour empêcher cet orifice de se contracter sur lui-même et favoriser sa dilatation ultérieure jusqu'à ce qu'elle suffise pour la délivrance »:

2 Si l’on n'est appelé qu'après là rupture des membranes et l'écoulement des eaux, il faut savoir « attendre patiemment et se borner à solliciter vivement l’action de la matrice et à la faire contracter avec assez d'énergie pour achever de détacher et d’expulser le placenta ».

Si cette action de la matrice ne se produisait pas, Bau- DELOCQUE avait recours souvent à des tractions exercées avec les doigts sur le placenta quand celui-ci était engagé dans le col, ou bien se servait de la pince à faux germe, du tamponnement vaginal. S'il était resté quelque chose dans la cavité utérine 1l recommandait alors les injections.

« émollientés détersives et antiputrides ».

©. Sa conduite, on le voit, était toujours inspirée par les faits et les diverses circonstances dans lesquelles il se trouvait, | | die

Mre Lachapelle (1) est loin de partager l'opinion de Baudelocque : elle s'élève énergiquement contre toute manœuvre, toute tentative opératoire à l’aide d'instruments : & Quant à l’extraction forcée, et aux instruments’ con-

(x) Mme Lacnareice. Pratique des accouchements, tome IL, p. 947.

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