MÉTHODE D'EXPECTATION
Exposé. — Technique.
Sommaire : Avant-propos. — Méthode d'expectation. — En quoi elle consiste. — Ses partisans. — Aperçu historique jusqu à nos jours. — Analyses des ouvrages les plus récents reflétant les idées et théories des maîtres qui les ont inspirés. — Différents moyens employés par les expectationnistes pour combattre les accidents de la rétention placentaire. — Contre l’hémorragie : injections vaginales chaudes antiseptiques, tamponnement antiseptique. — Contre la septicémie : injections intra-utérines antiseptiques, irrigations continues. — Exposé.
Dans le long aperçu historique du chapitre précédent nous avons pu voir combien nombreux étaient les auteurs qui s'étaient préoccupés de la question du traitement de la rétention placentaire et nous avons conclu que toutes leurs méthodes pouvaient se ramener à deux principales : l'expectation sous le couvert de la plus sérieuse antisepsie,
et l'intervention digitale ou instrumentale.
A l'étranger, comme en France, les opinions sont par-
tagées, les auteurs divisés entre eux, aussi allons-nous étudier les diverses théories émises et soutenues de part
et d'autre, et après avoir fait un historique sommaire de
la question, nous en étudierons la valeur et en discuterons
l'emploi. Nous pourrons ainsi avoir une plus grande vue d'ensemble, mieux apprécier, juger, et dégager des leçons et des travaux de nos maîtres contemporains des conclusions pratiques el de fructueux enseignements. :
MIO ee Nous allons donc dans ces deux méthodes, expectation et intervention. passer en revue les théories de leurs par-
Usans et les divers procédés employés par eux.
Méthode d’'expectation.
Le fœtus est expulsé, l’arrière-faix reste encore en totalité ou en partie retenu dans la cavité utérine et rien ne manifeste sa présence. Quelle conduite va-t-on tenir ? — Bien des auteurs, considérant d'un côté l’innocuité fréquente de cette rétention et d’un autre les dangers de
l'intervention, préconisent la méthode toute d'attente, l'ex-
ectation, mais l’expectation suivie de la plus rigoureuse P P oi
anlisepsie. Leur pratique peut ainsi se résumer : attendre la sortie spontanée du placenta, se tenir prêt à combattre
les accidents auxquels peut donner lieu cette rétention
et chercher à les prévenir par tous les moyens antiseptiques possibles. Il nous faut cependant ajouter que ces
partisans de l’expectation ne défendent pas d'intervenir, mais seulement lorsque se manifestent des accidents septicémiques ou hémorragiques.
L'école française moderne doit à cette méthode d’expectation de nombreux et importants succès, aussi la
voyons-nous pendant longtemps en honneur parmi les
maîtres de l’obstétrique moderne.
Un nombre infini d'ouvrages et d’écrits ont été publiés à notre époque ; ils reflètent tous les idées et les principes
des partisans de cette méthode. Nous allons en faire ici
une courte esquisse historique afin d'en dégager des con-
RE re clusions et des observations suscepübles d'éclairer notre opinion.
Reprenons l'historique de la question au point où nous l'avons laissé. Le P' Pajot est un partisan de l'expectation. Malgré qu'il ait inventé spécialement une curette articulée, coudée à son extrémité dans le but d'extraire le placenta après l'avortement, il recommandait cependant de ne s'en servir que dans les cas et les circonstances absolument graves : autrement il fallait attendre toujours. Depaul voulait l’expectation la plus absolue. Bailly, dans son Traité de l’avorlement, se déclarait aussi partisan de l’expectation et considérait l’ergot de seigle comme un excellent hémostatique.
Tant qu'il n’y avait pas de danger pressant, le professeur Charpentier (1) faisait de l’expectation et cependant disait que l’on pouvait dans certains cas extraire hâtivement le placenta lorsqu'il causait par sa présence de sérieuses complications. Notre maître, le P' Tarnier, était partisan de l’expectation la plus rigoureuse. Il nous a enseigné pendant bien longtemps que l’on devait s’abstenir et en faisant des injections antiseptiques laisser faire la nature ; avec son autorité el sa grande expérience de l’hôpital et de la ville, 1l affirmait que les cas de morts étaient extrêmement rares, qu'il n’en avait jamais observé toutes les fois que l’on avait attendu sans aucune tentative d’extraction manuelle ou instrumentale el sous le couvert de la plus rigoureuse antisepsie. Dans son service de la Charité,
(1) Carpentier, Traité pratique des accouchements, t. I, 1883.