CHAPITRE IV
Description des papilles et du chorion
muqueux.
En premier lieu, que faut-il penser de la membrane limitante, tour à tour admise et niée par les auteurs ? A vrai dire, la question ne nous paraît avoir de l'importance qu’à cause de l'opinion émise par Burckhardt sur la genèse des cellules épithéliales aux dépens du tissu conjonctif, et aussi à cause des prolongements cellulaires que d’autres ont vus se continuer avec des fibres conjonctives. L’existence d’une membrane limitante n’excluerait pas absolument cette continuité, mais elle se concilierait difficilement avec les observations de Burckhardt.
Se faire une opinion nette sur ce sujet est chose délicate, car il est difficile d’avoir des préparations satisfaisantes, surtout en ce qui concerne le bassinet. Les coupes, bien que pratiquées normalement à la surface, intéressent souvent trop obliquement la ligne d’intersection de l’épithélium et du chorion, même quand le bassinet a été auparavant modérément distendu par l’injection fixatrice, en sorte qu’on ne peut pas voir cette ligne d’intersection sur une grande étendue. Quoiqu'il en soit, en s’entourant des précautions voulues pour éviter l'erreur, en n’examinant que des endroits parfaitement coupés, on en trouve qui n’ont certainement pas de membrane limitante, et d'autres qui paraissent en avoir une; mais une observation attentive démontre bientôt que les apparences de membrane limitante sont dues à des fibres conjonctives un peu plus
épaisses qui cheminent parallèlement à la surface de l’uretère et à la surface de coupe.
Dans l’uretère non distendu et légèrement coloré par le carmin d'indigo après action du carmin aluné, on peut voir nettement que le chorion n’a pas de membrane limite, car les fibres conjonctives s’y montrent individualisées jusqu’audessous de la couche épithéliale. Mais quand on a distendu l'uretère, il faut se défendre contre l'impression que produisent sur l’œil les plus superficielles ; ces fibres ont eu leurs inflexions régularisées et transformées en une couche régulière qui peut être tout à fait parallèle à la surface, d’où l'apparence d’une membrane le plus souvent très mince.
Nous devons donc nous ranger à l’opinion de Burckhardt et autres auteurs qui ont nié cette formation ; mais tout en reconnaissant que les cellules conjonctives du chorion sont très superficielles, que certaines d’entre elles sont ou paraissent être tout à fait sous-jacentes à l’épithélium, nous ne saurions en aucune façon admettre qu’on ne puisse pas toujours distinguer la ligne de démarcation entre ce dernier et le tissu conjonctif. On le peut toujours quand les coupes sont perpendiculaires à la surface, condition qu'il est assez facile de réaliser lorsque les uretères ont été distendus, qu'ils ne sont pas enflammés, et qu’enfin on a utilisé la double coloration dont nous avons parlé plus haut.
Quant à la position des capillaires, nous ne pouvons que reconnaître, avec tous les observateurs, combien certains d’entre eux sont superficiels. Ici encore la double coloration est très utile pour mettre en évidence les quelques fibrilles conjonctives qui s’interposent toujours entre ces capillaires et l’épithélium. Sans cette coloration en effet, on pourrait parfois les croire inclus en plein tissu épithélial, car ils forment à la surface du chorion de véritables crêtes sur lesquellesiles cellules paraissent directement implantées.
Nous n’avons rien à dire relativement aux follicules lymphatiques, admis par certains auteurs, sinon que nous n’en avons rencontrés dans aucune de nos préparations.
Et tout d’abord, nous tenons à réfuter d'avance l’objection que l’on serait peut-être tenté de nous faire sur l’erreur où nous aurions pu tomber en confondant une papille avec une crête transitoire. Nous pensons que l'inspection de la figure XXV (uretère grossi 15 fois) suffira à cette réfutation, surtout quand nous aurons dit que les papilles y existant ont été suivies sur les coupes voisines, où on les à vues disparaître graduellement, comme le ferait un prolonsement conique, et non une crête de quelque longueur.
Donc, il existe à la surface interne de l’uretère des prolongements généralement coniques, ne disparaissant pas par une distension modérée, visibles à l'œil nu, et faisant à la face interne de ces canaux l'effet d’une pointe d’épingle à peine saillante. L’axe de ces papilles peut être soit perpendiculaire au point d'implantation, soit oblique par rapport à ce point et alors elles sont évidemment moins apparentes ; il s’en trouve en outre qui paraissent être réellementmoins longues que d’autres, et qu’on pourrait même qualifier de rudimentaires, au point de vue du volume.
Toutes ces papilles, quelles que soit du reste leurs dimensions, sont faites d’une tige centrale émanant du chorion et d’un revêtement épithélial. Parfois la tige centrale est double, comme on peut le voir sur la figure XX VI, eu sorte qu'il y a entre les deux prolongements du derme un espace rempli d'épithélium et simulant une glande sans canal excréteur.
La couche épithéliale qui revêt la papille ne présente rien de particulier à noter, sauf une hauteur plus considérable de ses cellules superficielles comparées à celles du voisinage; cette hauteur, du reste, n’est pas supérieure à celles des cellules superficielles de l’uretère non distendu, et l’on
comprend qu'il doive en être ainsi si la papille est fixe, non effaçable par la distension.
La tige conjonctive centrale mérite une attention particulière, non pas tant par la disposition des éléments conjonctifs et des vaisseaux qu’on y rencontre que par la présence de cellules volumineuses, ne ressemblant pas aux cellules conjonctives voisines, ni aux cellules épithéliales, dont elles sont parfois très rapprochées.
Ces cellules peuvent siéger soit au sommet, soit sur les flancs, soit à la base même des papilles. Quand elles sont au sommet, celui-ci peut s’en trouver émoussé. Elles paraissent être en nombre variable pour une même papille, mais il serait peut-être plus conforme aux observations que nous en avons faites, de dire qu’une seule coupe ne suffit pas à mettre en évidence toutes celles qui appartiennent à une papille déterminée.
Sur les préparations de M. Baraban (durcissement par Palcool, coloration au carmin aluné, inclusion au collodion, puis coloration des coupes au carmin d’indigo), ces cellules ne remplissent généralement pas l’espace où elles sont logées, sans doute parce qu’elles ont subi un retrait sous l'influence des réactifs. Elles n’ont pas de membrane d’enveloppe ; leur protoplasma parait granuleux ou réticulé, resté incolore ou très légèrement teinté en gris violacé; leur noyau est en général un peu ridé, souvent moins coloré que ceux de l’épithélium, des cellules conjonctives ou des vaisseaux voisins. Leur forme est le plus souvent ovoïde, Quant à leurs relations avec le tissu conjonctif ambiant, elles sont immédiates, c’est-à-dire que l’espace qui les renferme n’est pas limité par une membrane, mais seulement par les faisceaux ou fibresconjonctives du chorion. Nousavons toutefois remarqué qu’ellesadhèrent fréquemment aux parois de cet espace en un point, tandis qu'elles les ont abandonnées partout ailleurs. Une fois même, mais une