CHAPITRE V
Kystes de l’uretère.
Nous avons dit dans notre introduction que nous mettrions en regard du chapitre consacré aux glandes, un chapitre sur les kystes de l’uretère. On a, en effet, décrit des formations kystiques dans ces conduits, mais on à Ssingulièrement varié sur l'interprétation qu'il convient d’en donner. Nous nous bornerons à en rapporter quelques observations et nous rappellerons diverses opinions relatives à leur pathogénie.
Morgagni (1) a trouvé dans les uretères d’un homme de 60 ans des formations kystiques, ovales ou arrondies, remplies de sérosité et situées à plat sur la muqueuse. On n’ose affirmer la nature réellement kystique de ces formations quand on voit Rayer (2), qui en à observé d’analogues, les désigner sous le nom d’éruptions vésiculeuses.
Rokitansky (3) est un peu plus explicite ; il nous décrit ces kystes comme contenant une sérosité tantôt claire et liquide, tantôt épaisse, colloïde, incolore ou jaunâtre, et parfois légèrement grumeleuse.
D'après Orth (4), ces productions, souvent très nombreuses,
(1) MoRGAGNI. — De sedibus et causis morborum (XLIL, art. 11).
(2) RAYER. — Traité des maladies des reins. Vol. HI. Paris, 1841.
(3) RoKkiITANSKY. — Lehrbuch der pathologischen Anatomie. Vol. IT. Vienne, 1861.
(4) ORTH. — Compendium der pathologisch-anatomischen Diagnostik.
ont une grosseur variant de celle d’une tête d’épingle à celle d'une grain de millet, elles sont saillantes au-dessus de la muqueuse et ont un contenu clair comme de l’eau ou colloïde.
Tandis que ces observateurs se sont contentés de faire un examen macrosCopique de ces formations, Litten (1) nous donne le résultat de recherches microscopiques faites sur des kystes trouvés à l'autopsie d’une femme de 75 ans, chez laquelle il rencontra une lésion particulière du rein et de l’uretère droits. Nous passons sous silence les lésions du rein pour ne nous arrêter qu'à celles de l’uretère. Celui-ci avait l’apparence d’un cordon épais, ayant à sa partie supérieure une circonférence de quatre centimètres. La muqueuse, au lieu d’être lisse, présentait un aspect granuleux dû à la présence de nombreuses petites vésicules fluctuantes, jaunes ou brunes, de la dimension d’un grain de mil à celle d’un pois. A partir de 63 millimètres du hile du rein, la circonférence de l’uretère se rétrécissait et ne mesurait plus que deux centimètres ; les vésicules, au lieu d’être très rapprochées et presque confluentes, devenaient moins nombreuses et pendaient isolément comme des baies, en laissant entre elles des intervalles assez grands où l’on voyait une muqueuse fortement vascularisée et présentant tous les caractères d’un catarrhe chronique. Dans la partie inférieure de l’uretère ces vésicules manquaient complètement. Immédiatement au-dessus des dernières vésicules, se trouvait un cordon blanchâtre, cicatriciel, entourant la paroi de l’uretère ; à quatorze millimètres plus bas il existait un second cordon semblable et parallèle au premier. Entre eux, la muqueuse érodée contenait une concrétion rugueuse et dentelée, formée par un noyau d’acide urique recouvert d’oxalate de chaux. Au-dessous du
) Litren. — Chronische Ureteritis mit Cystenbildung. Virchow Archiv. Vol. LXVI, p. 139, 1876.
second cordon, on voyait aussi deux autres concrétions enchatonnées dans la muqueuse.
En examinant les kystes, Litten les trouva formés d’une paroi conjonctive très vasculaire, revêtue d’un épithélium à une seule couche. Leur contenu séreux renfermait des globules blancs, des noyaux libres, des cellules épithéliales aplaties, et des éléments analogues aux cellules géantes.
Hamburger (1) cite également un cas de dégénérescence kystique rapporté par Schentauer : à une autopsie faite en 1868 ou 1869 à l’hôpital général de Vienne, on trouva dans le bassinet, dans l’uretère et dans la vessie, autour de l'orifice urétéral, des kystes de la grosseur d'une lentille remplis par un contenu visqueux et colloïde.
Des formations analogues ont été observées par Ebstein (2), Quary Silcock (3), et Frédéric Eve (4). Dans ces différents cas, ces auteurs ont trouvé des kystes multiples faisant saillie à la surface de la muqueuse, et variant de la grosseur d’un grain de caviar à celle d’un pois. L’enveloppe de ces kystes était formée par une paroi conjonctive revêtue d'un épithélium cylindrique ou aplati,manquant parfois. Leur contenu, tantôt clair et fluide, tantôt filant et d’une coloration jaune ou brunâtre, renfermait des corpuscules sanguins rouges ou blancs, des noyaux libres, des débris épithéliaux et des grains brillants, à structure stratifiée. À côté de ces kystes se trouvaient ordinairement de petits nodules n'ayant pas encore nettement l'apparence kystique.
(1) HAMBURGER. — Loc. cit.
(2) EBSTEIN. — Zur Lehre von den chron. Katarrhen der Schleimhaut
der Harnwege und der Cystenbildung in derselben. Deutsch Archiv. für Klin. Méd. Vol. 31, 1882.
(3) QuarY SILcOCKk. — Transactions of the pathological Society. London. Vol. 40. (4) FRÉDÉRIG EVE. — Ibidem. Vol. 40. Psorospermical cysto of both
ureters.
D’après Lubarsch (1) enfin, la formation de kystes dans la muqueuse des voies urinaires est un fait assez rare. Sur trois mille autopsies environ, cet observateur n’a remarqué que deux fois des kystes dans le bassinet et quatre fois dans l’uretère. Les premiers de ces cas n’ont été examinés que superficiellement : c'étaient des kystes dont la paroi était revêtue d’un épithélium cylindrique et dont le contenu était colloïde. Les deux derniers, au contraire, ont été étudiés avec soin.
Dans l’un, il s'agissait d’un homme de 75 ans, à l’autapsie duquel on constata de la cystite, des calculs vésicaux et une pyélo-néphrite. Les deux uretères étaient dilatés et garnis dans toute leur longueur de petites formations analogues à des perles réunies en groupes et d’une grosseur d’un grain de caviar à celle d’un pois. Ces kystes, dont la plupart proéminaient au-dessus de la muqueuse, étaient plus nombreux à la partie supérieure qu’à la partie inférieure de l’uretère ; leur nombre était cependant assez considérable au niveau de l’orifice vésical de ce conduit. Le contenu séreux était clair ou jaunâtre ; dans ce dernier cas, la sérosité, épaisse et plus filante, renfermait des granulations et des stries brillantes, ainsi que des cellules épithéliales cylindriques peu élevées.
La seconde observation se rapporte à une femme de 70 ans. Les deux uretères, fortement dilatés, étaient, comme dans le cas précédent, couverts de petits kystes, toutefois moins nombreux et moins confluents, et renfermant tous un liquide clair et fluide. |
Dans ces deux cas, l'examen microscopique à donné des résultats identiques pouvant rentrer dans une même des-
cription :
(4) LugarscH. — Ueber Cysten der ableitenden Harnwege. Archiv. für mikrosk. Anatomie. Vol. 41, fasc. 2, 1893.