S IV
PISTIL COMPOSÉ X PLACENTATION ANGULAIRE, ET INFERE.
Je vais m'attacher à montrer qiie les ovaires infères de ce type rentrent exactement dans le niême mode de formation que les supères, et que les différences extérieures qu'ils présentent avec ces derniers tiennent beftiucoup plus aux appendices externes qu'au pistil lui-même.
Je citerai d'abord les Amaryllidées , et j'y décrirai la structure de VAlstrœmeria versicolor.
Amaryllidées. — Le pédicelle floral de VAlstrœmeria versicolor (pi. II et III) possède six faisceaux rangés en cercle (fig. 82), et, si on les suit de proche en proche jusqu'au sommet de l'ovaire , on voit que sous le pistil trois d'entre eux s'incurvent en dehors (ceux qui correspondent en haut aux divisions extérieures du périanthe) pour entrer dans le parenchyme externe (a), suivis bientôt des trois autres [b). Ces derniers, avant de s'inciurver, ont donné (fig. 83 et 84) chacim deux branches latérales (c), qui se dédoublent ensuite et, réimissant leurs branches voisines, constituent en face de . chaque faisceau (a) un faisceau (c), et en face de chaque faisceau (6) un nouveau faisceau (d) ; il y a alors (fig. 85 ) deux cercles superposés de six faisceaux chacun. Chaque faisceau (c) fournit ensuite (fig. 86) par bipartition radiale une branche interne (/), de laquelle partent des branches minces [e) qui se dirigent dans le parenchyme central en toiunant leurs trachées en dehors, tandis que les loges apparaissent (fig. 87) entre elles et le faisceau dorsal (/); elles se rattachent à (/) comme les nervures latérales d'une feuille repliée à sa nerviu'e médiane. En même temps apparaît dans le parenchyme externe , en dehors du cercle des faisceaux (/) , en dedans des fais-
ceaux (c) et [d) , une bande de cellules jaunes (f), qui sépare nettement la zone extérieure de la paroi ovarienne. Enfin , au même niveau, le parenchyme central (fig. 88) se partage en trois portions triangulaires par la formation d'un double épiderme, qui continue la membrane interne des loges en rendant libres les cloisons, et par conséquent les bords de chaque carpelle constituant : preuve anatomique de l'unilocularité primitive de l'ovaire dans toute son étendue. Les petits faisceaux (e') se rangent, trachées vers la loge, dans chacun de ces bords libres, quoique contigus, et pénètrent successivement dans les ovules de la série correspondante, tout en se mettant, d'autre part, en relation, à travers la cloison, avec le faisceau dorsal. Ici la cloison est formée d'une lame parenchymateuse homogène dans toute l'étendue de l'ovaire (*'; elle n'en a pas moins une structure double, conune le prouve la disposition du système vasculaire; mais, dans d'autres plantes de cette famille [Narcissas, Clivia, Crinum, etc.), on observe de ces dédoublements locaux revêtus d'un épiderme glanduleux, de ces glandes seplales, qui apportent ici, comme dans les Liliacées, une preuve de plus de cette structure binaire.
Il résulte clairement de ce mode de pénétration des faisceaux du pédicelle dans l'ovaire, et de leur mojie de division, que, avant même la naissance des loges , l'axe floral a complètement disparu pour produire tous les faisceaux des organes appendiculaires qui constituent la fleur (fig. 98) : trois faisceaux (a) pour les sépales, trois [b) pour les pétales, trois [c) pour les étamines superposées aux sépales, trois [d) pour celles qui sont superposées aux pétales, trois [f+e) pomr les carpelles superposés aux sépales. Tous les appendices que nous voyons se séparer au sonmiet de l'ovaire sont
^'^ Cependant, dans la partie supérieure de Tovaire et dans la base conique du style, les cloisons se divisent par un sillon glanduleui ouvert au centre (ûg. 89 et 90, 9), qui correspond évidemment aux glandes septaîes des Narcisses, etc. bien qu il ne se prolonge pas beaucoup dans la cloison de Tovaire. On ne peut donc pas dire avec M. Brongniart que le dédoublement glanduleux manque absolument dans les A btrœmeria.
donc réellement distincts dès la base du pistil et représentés par leurs systèmes vasculaires indépendants. Et, comme poiu* rendre la séparation encore plus tranchée, ime bande de cellules jaunes spéciales (f) se forme entre le parenchyme qui enveloppe les faisceaux des carpelles et celui qui entoure d'une gaine conmiime les faisceaux du périanthe et de Fandrocée.
La chose est donc aussi nette que possible, et nous devons dire que le pistil de VAlstrœmeria versicotor est constitué, sans continuation aucune de Taxe, par trois feuilles carpellaires repliées, à bords distincts dans toute leur longueur, associées par leurs faces latérales, et invaginées dans le tube formé par les douze appendices externes représentés chacun par son système vasculaire propre.
Le pistil des Alstrœmeria ne diffère donc du pistil des Hyacinthas que parce que fensemble des douze parties externes, au lieu de se séparer tout de suite de l'ensemble des trois feuilles carpellaires, demeure quelque temps réuni à lui par du parenchyme; en d'autres termes, parce que Tinserlion apparente des douze appendices externes par rapport au pistil se trouve rejetée beaucoup au-dessus de leur insertion vraie.
Les choses se passent, ilans le Galanlhus nivalis (pi. III, fig. 9^- 1 06), à quelques différences près, de la même manière. Les faisceaux dorsaux et latéraux des carpelles (fig. 97, ^» c?) y sont encore distincts dès la base, et y forment, sans prolongement aucun de l'axe, trois systèmes individuels (fig. 98-1 00, e, d, d!), dans chacun desquels les bords sont séparés dans toute la hauteur, bien que contigus. A chacun des faisceaux dorsaux est superposé un faisceau simple extérieiu* (a) ; à chaque cloison correspond aussi en dehors un faisceau unique (6), et cette structiu'e persiste jusque vers le sommet de l'organe. Là, vers le point où les bords placentaires cessent de porter les ovules (fig. 101 et 1 03 ), le faisceau superposé au carpelle se dédouble radialement : la branche externe (a) ira au sépale; l'interne (jf), à l'étamine superposée. En même temps, les trois autres se divisent de même pom* envoyer la branche
externe (6) au pétale, l'autre (f) à Tétamine superposée. Les faisceaux des étamines ne s'insèrent donc pas directement sur Taxe floral, mais bien sur les faisceaux des divisions du périanthe. Au sommet de l'ovaire (fig. io3), enfin, les faisceaux dorsaux {e) s'incurvent horizontalement en dedans pour pénétrer dans le st)ie (fig. io4), qui s*isole des parties externes, pendant que celles-ci deviennent libres à leur tour, les étamines d'abord (figT io5), les divisions du périanthe ensuite.
Ici donc les trois feuilles carpellaires du pistil sont encore, comme dans VAlstrœmeria, vasculairement distinctes dès la base de l'organe , et seulement réunies par du parenchyme à l'ensemble des parties externes. Mais ces parties externes ne sont pas elles-mêmes vascidairement séparées dès la base ; confondues deux à deux , et représentées seulement par six faisceaux libres, au lieu de douze qu'elles exigent, elles ne deviennent distinctes que vers le sommet de l'ovaire par la division radiale des faisceaux primitifs.
La différence anatomique entre la fleur du Galanfhas nivalis et celle de ÏAlstrœmeria versicolor réside donc, non pas dans le pistil, mais dans le mode de formation et dans le degré de séparation des systèmes vasculaires des appendices externes, qui sont réimis avec ceux des carpelles dans la même gaîne conunune de parenchyme. Et nous retrouvons ici ce fait, dont l'étude des rapports de l'androcée avec la corolle dans les Primulacées, les Plombaginées, les Malvacées, nous a, dès le début de ce travail, révélé l'existence, et dont l'explication organique de la coupe dite réceptaculaire des Spiréacées nous a fait pressentir l'importance pour la solution de la question actuelle, je veux dire l'insertion anatomique d'une division du périanthe sur l'étamine qui lui est superposée, et leur insertion commune par un faisceau imique sur l'axe floral. Nous rencontrerons bien souvent ces insertions indirectes dans l'histoire des ovaires infères; quelquefois même elles se présenteront à nous avec une complication plus grande, dont nous allons, pour atteindre tout de suite les cas les plus difficiles, citer ici un exemple , en le tirant de la famille même des Amaryllidées.
Structure du pistil. g
Le pédoncule floral du Narcissas poelicus (pi. III, fig. 106-1 1 4), examiné au-dessus de la bractée , possède six faisceaux principaux rangés en cercle autour d*une moelle homogène, accompagnés d'un assez grand nombre de petits faisceaux extérieurs assez régulièrement alternes avec eux; ces faisceaux externes ne font que suivre les autres, et nous pouvons ne tenir compte que des premiers. De ceux-ci, les trois (a) qui correspondent en haut aux divisions externes du périanthe se trifiirquent, et les branches de droite et de gauche (a,) se présentent leurs trachées en se dirigeant vers l'intérieur, tandis que la branche médiane (a) s'infléchit en dehors et pénètre, avec les trois faisceaux restés simples (6) , dans le parenchyme externe. Les latéraux (a') se divisent en deux branches à trachées latérales et extériem^es, qui se relient fréquemment au dorsal (a); les loges se creusent ensuite entre [a) et (a') (fig. 106); puis le parenchyme central se sépare (lîg. 107) par la formation d'un épiderme continu avec celui des loges, qui rend libres les bords biselés des cloisons. L'axe ne se prolonge donc pas, mais il s'épuise en produisant, d'une part, trois carpelles qui portent les ovules sur leurs bords accolés, mais libres dans toute la longueur, et qui possèdent chacun un faisceau dorsal (a), des faisceaux latéraux [a) et des marginaux (a"); et, d'autre part, trois faisceaux appendiculaires alternes (6).
L'ovaire conserve cette structure dans toute sa hauteur, et sa paroi externe ne contient que six faisceaux simples, trois dorsaux et trois septaux. Ce n'est que vers son sommet (fig. 1 08), au-dessus du point où les bords placentaires cessent de porter des ovules, que chaque faisceau dorsal se dédouble, et que la branche interne [c) s'incm^e en dedans pour passer dans le style (fig. 109). A partir de ce moment, le système vasculaire des carpelles est entièrement distinct de celui de l'ensemble des parties externes; le parenchyme se sépare ensuite entre le style, qui devient fibre, et le tube extérieur, qui contient six faisceaux simples (fig. 1 10).
Ce n'est que vers le mifieu de ce tube (fig. 111) que les trois faisceaux (6), alternes avec les carpelles, se dédoublent radiale-
ment, pour envoyer plus haut leur branche interne (^) à Tétamine superposée au pétale. Vers le point où celle-ci devient libre (fig. lia), par conséquent beaucoup au-dessus du niveau de dédoublement des trois premiers, les faisceaux superposés aux carpelles (a) se divisent à leur tour, et envoient leiu^s branches internes [e) aux trois étamines superposées aux sépales qui se détachent du tube près de sa gorge et ont leurs anthères presque sessiles (fig. i i3 et 1 1^)- Enfin, après la mise en liberté des étamines, les divisions du périanthe se séparent à leur tour.
Ainsi donc la seule difiFérence que présentent la fleur des Narcisses et celle du Perce-neige, c'est que, dans cette dernière, le faisceau vasculaire qui doit produire à la fois le sépale et Tétamine superposée «se trouve distinct de la nervure dorsale de la feuille carpellaire dès la base de la fleur; tandis que, dans les Narcisses, ce faisceau demeure confondu avec le dorsal du carpelle et ne devient libre que vers la base du style. Les six faisceaux simples se comportent ensuite comme chez le Galanthus; chacun d'eux se dédouble pour former les six feuilles du périanthe et les six étamines superposées.
A la lumière des notions anatomiques que nous avons établies dès le début, ces difierences s'expliquent aisément. Dans YAlstrœmeria versicolor, tous les appendices floraux sont simples, tous prennent sur l'axe leur insertion anatomique directe et indépendante ; ils ont seulement leurs systèmes vasculaires réimis par une gaine commime de parenchyme jusque vers le sommet de l'ovaire , ce qui n'empêche pas les bords de chaque carpelle constituant d'être parfaitement distincts dans toute la hauteur. Dans le Galanthus nivalis, il en est encore ainsi pour les carpelles; mais le périanthe et l'androcée ne s'insèrent sur l'axe que par im seul verticille de faisceaux simples, qui se dédoublent plus haut, absolument comme dans la corolle des Primulacées. Enfin, chez les Narcisses, toutes les parties de la fleur s'insèrent sur l'axe par six faisceaux, dont trois donneront par ime double bipartition radiale le dorsal des carpelles, l'étamine et le sépale, et les trois
autres formeront, comme dans le Galunthas, le pétale et Tétamine
superposée.
La constitution de la fleur, dans sa partie inférieure à laquelle on donne le nom impropre Ôl ovaire infère, pourra donc, dans chacun de ces trois cas, se représenter par les expressions (*> :
f3S+3P+3E,+ 3Ep+3C,] AUtrœmeria versicolor, etc.
[3(S+E,)+3(P+E^)+3C,] Galanthuênivalis, etc.
[3(S+E,+^C,) + 3(P+E^)+3Xa]. NarcUsas. elc.
Remarquons encore que ces différences anatomiques dans Finsertion vasculaire des organes floraux, soit directement sur Taxe, soit les uns sur les autres, ne sont pas d'ordre élevé, puisque nous en retrouvons les trois types extrêmes, réunis par de nombreuses transitions dont je ne puis faire ici que constater l'existence , au sein de la même famiUe naturelle. Nous devons nous attendre ainsi à les rencontrer ailleurs dans des groupes voisins et même à rintérieur de la même famille. Ce ne sont donc que des modifications secondaires, provoquées par la diversité de hauteur de la région où s'opère Taccroissement intercalaire des appendices, et le point essentiel est que nous puissions toujours, au milieu de ces variations sans nombre , retrouver avec certitude , comme nous l'avons fait jusqu'ici , le type normal de structure du pistil qu elles auraient dissimulé à nos regards, et qui nous aurait échappé, si nous n'avions eu à tout instant pour guides et pour appuis les notions précises que nous nous sommes appliqué à étal^lir dans notre premier chapitre.
Je rendrai peut-être plus clair encore le peu d'importance réelle
^') Dans ces expressions, S représente le système vasculaire du sépale; P, celui du pétale; E, celui de Tétaniine superposée au sépale; E^, celui de l'étamine superposée au pétale; C«, le système vasculaire total du carpelle superposé au sépale; ^Cj, le faisceau dorsal de ce carpelle; AC,, ses faisceaux latéraux et marginaux. Les crochets [] indiquent la réunion parenchymateuse de tout ce qu'ils renferment, et les' parenthèses intérieures () signifient l'union vasculaire en un faisceau unique des organes qu'elles entourent
Chacune de ces expressions représente une somme d'appendices simples ou complexes et peut se mettre sous la forme générale SA.
de ces difiî^rences d'insertion des faisceaux vasculaires d'un même système organique les uns sur les autres ou sur le centre commun du système, si je rappelle ici comment les choses se passent dans l'appareil circulatoire des animaux vertébrés, et en particulier la manière dont le système artériel des Mammifères prend naissance et s'insère sur le cœur, qui est le centre commun de l'appareil de la circulation.
.Chez le Mouton, sur la crosse de l'aorte s'insère un tronc commun, l'aorte cervicale, qui se divise plus haut en donnant successivement, à des hauteurs différentes, la sous-clavière gauche, la sousclavière droite et les deux carotides. Mais la portion inférieure simple de l'aorte cervicale diminue chez le Cheval, se réduit davantage chez le Dromadaire , et devient nulle chez la Girafe, où la sous-clavière gauche s'insère directement sur l'arc aorlique , à côté du tronc commun , qui se ramifie ensuite en donnant la sous-clavière droite et les deux carotides. La disposition est la même chez le Chien, le Chat et beaucoup d'autres Mammifères. Chez l'Homme enfin, la portion basilaire de ce tronc commun devient nulle à son tour, et la sousclavière gauche ainsi que la carotide gauche s'insèrent directement , sur la crosse aortique, à côté d'un tronc commun, qui se bifurque ensuite pour donner la sous-clavière droite et la carotide du même côté. On peut même aller idéalement plus loin , et supposer que ce dernier tronc commun se réduise à son tour et que la crosse aortique donne directement naissance, en des points voisins mais indépendants, à quatre vaisseaux distincts, les deux sous- . clavières et les deux carotides, circonstance qui s'est d'ailleurs rencontrée chez l'Homme dans quelques cas de vice de conformation du système vasculaire.
Il en est de même chez les AmarylUdées, où XAlsirœmeria rappelle la disposition du système artériel de l'Homme; le Galanthas, celle de la Girafe, du Chien, etc. et le Narcisse, celle du Mouton. Chez les Amaryllidées, comme chez les Mammifères, toutes ces modifications ne sont que secondaires; elles se laissent ramener à un type unique , si l'on imagine que , par un mouvement
de centralisation, la portion basilaire du système vasculaire rentre à divers degrés et se confonde dans Taxe flijoral ou dans le tronc aortique dont il est une dépendance, et que ce phénomène se produise encore sur les portions basiiaires des branches ramifiées, de manière à amener enfin toutes ces branches à déboucher d'une manière indépendante, à côté Time de Tautre, dans Taxe floral ou dans le tronc aortique^*). Et de même que ces variations se produisent, parmi les Mammifères, dans des genres assez voisins, elles se manifestent dans les plantes au sein de la même famille naturelle.
Il me suffirait, à la rigueur, de l'exemple desÂmaryllidées, car il nous fournit la clef de l'explication anatomique de tous les pistils infères, et les variations que nous y avons rencontrées, nous les retrouverons partout d'une famille à l'autre, et souvent à l'intérieur d'un même groupe ; mais elles y sont accompagnées quelquefois de modifications secondaires d'une autre sorte , tout à fait analogues d'ailleurs à celles que nous avons observées dans les pistils pluriloculaires supères. Aussi, pour ne pas m'en tenir à un seul exemple , et surtout en raison de cette dernière circonstance, ferai-je un examen rapide de quelques autres familles.
Pomacées. — Etudiée dans le Pyras malifolia et dans le Cydonia valgaris, la famille des Pomacées nous offire, avec ime fusion moins intime dans le parenchyme, le cas moyen réalisé par le Galanthas nivalis. Sous la fleur, en efiet, les dix faisceaux principaux qui constituent le pédicelle floral s'incurvent en dehors en deux verticilles (a, 6) rapprochés. Les premiers (a), correspondant en haut aux sépales, en même temps qu'ils se dédoublent radialement, émettent en s'infléchissant ime ou deux branches à droite et à gauche, qui se dirigent en dedans, et se relèvent en tournant leurs trachées, latéralement d'abord, puis en dehors. Le faisceau dorsal et les mai^inaux des cinq carpelles sont ainsi distincts des parties externes au-dessous de la naissance des loges qui apparaissent
^'^ Voyej( Milpe Edwards, Leçons de physiologie et d'anatomie comparée, t. III, p. 5a I,
entre eux un peu plus haut. En même. temps, cinq sillons convergents divisent le parenchyme central et rendent libres dès la base les bords contigus de chaque carpelle constituant. Mais ceuxci ne s'avancent pas jusqu'au centre , où ils laissent entre eux un large espace vide qui règne tout du long en isolant les carpelles. Ceux-ci, libres sur leiu* face ventrale, ne sont donc associés que par leurs côtés, et tous ensemble ils tiennent par leur face dorsale au tube formé par les appendices externes. C'est un isolement plus grand que chez les Amarjdlidées. Bien plus, chez les Cydonia, un sillon se fait , à partir du centre, dans cliaque cloison libre , et , s'avan- 'Cant rapidement vers Textérieur, il atteint bientôt le cercle des faisceaux dorsaux, séparant ainsi complètement les ims des autres, dans la plus grande partie de leur longueur, les carpelles voisins, qui ne paraissent réimis que parce que chacun d'eux est attaché par sa partie dorsale à la paroi interne de la coupe qui les enveloppe. Ce sillon, dont les cellules épidermiques s'allongent en poils, devient bientôt beaucoup plus large que la cavité du pistil, qui va en se rétrécissant. Cette liberté des carpelles les uns par rapport aux autres est même complète dès la base dans les Cotoneasler. L'adhérence parenchymateuse de la partie dorsale des carpelles à la coupe extérieure dont ils sont vasculairement indépendants ^^^ cesse toujours bien avant le sommet de cette coupe, de sorte que les carpelles sont entièrement libres, non-seulement par leur style, mais par la partie supérieure de l'ovaire lui-même.
Quant aux dix faisceaux de la zone externe, comment se comportent-ils? Ils restent simples jusque vers le miheu de la hauteur des loges; là chacun de ceux qui sont superposés aux cloisons dédoublées se trifurque tangentiellement , et les deux branches latérales viennent s'intercaler aux faisceaux primitifs sur une circonférence un peu plus intérieure; puis, vers le point où les carpelles deviennent entièrement libres, chacun des faisceaux qui leur
(*) On voit donc combien esl inexacte la comparaison employée par Tauteur de YOrganogénie comparée, et que j'ai rapportée à la page ai. Le mur postérieur se prolonge en réalité jusqu^au même niveau de fondation que le mur antérieur.
sont superposés se dédouble radialeinent;plus haut, les branches médianes des faisceaux trifurqués subissent à leiu* tour cette bipartition radiale. Enfin, au sommet de la coupe, les cinq faisceaux externes (a) vont aux sépales; les cinq alternes (6), aux pétales; les vingt autres, aux étamines qui naissent dans leur ordre d'insertion, c est-à-dire d'abord les dix qui sont superposées par paires aux pétales, toutes à la fois, puis les cinq superposées aux sépales, enfin les cinq superposées aux pétales. C'est dire, en un mot, que les faisceaux se comportent exactement comme ceux de la coupe des Spiréacées ou des Amygdalées.
Il est donc parfaitement exact en tous points de dire que la partie inférieure de la fleur des Pomacées, ce qu'on appelle improprement leur ovaire infère, n'est autre chose que le résultat de la fusion latérale fort incomplète des cinq carpelles des Spiréacées, avec conservation de leur séparation centrale, et de la réunion cellulaire originelle de la paroi externe du pistil composé, ainsi constitué, avec la paroi interne de la coupe qui l'entoure. Son expression est
SA=[5(S+E,)+5(P+3Ep) + 5C,].
Et ceci n'est pas seulement une comparaison fondée, mais une identité complète; chez les Spiréacées comme chez les Pomacées, le système vasculaire a exactement la même disposition; la seule difierence réside dans la réunion originelle de parenchyme, qui là n'atteint que les parties externes, et ici envahit partiellement le verticille intérieur, en le reliant aux premières.
Si les Pomacées nous ont montré, par rapport BnGalan(has nivalis, une liberté plus grande des carpelles, c'est au contraire par une fusion parenchymateuse plus intime que les OEnothérées se distinguent des Amaryllidées.
Œnothérées. (PL VUl.) — Le pistil du Fuchsia fulgens, en efiFet, va nous offrir, par rapport aux Amaryllidées, la même différence que les Monotropées ou les Ericacées nous ont présentée par rapport aux Liliacées. Les huit faisceaux qui, rangés en cercle.
constituent le pédicelle Boral (fig. aao) s'incurvent en dehors sous la fleur, en deux verticilles rapprochés (fig. 221, a, b); les loges apparaissent derrière les derniers émergés (fig. 222,6), correspondant en haut aux pétales, et , dans cette partie inférieure, les quatre cloisons continues au centre sont exclusivement parenchymateuses et ne contiennent pas trace d'éléments vasculaires. Il est bien évident que , dès ce point, l'axe a disparu pour former les huit faisceaux appendiculaires périphériques. Les choses sont ainsi jusqu'au-dessous du niveau où naissent les ovules; alors les dorsaux des loges et les septaux aussi se dédoublent radialement (fig. 3 23). Les premiers (6) constituent par leur branche interne la nervure dorsale du carpelle (c) ; les autres (a) , par les deux groupes rapprochés de leur branche interne , forment les faisceaux latéraux [c') des deux carpelles voisins. De ceux-ci en effet partent horizontalement des branches (rf), qui , en deux systèmes divergents, traversent la cloison en se relevant et parviennent vers l'angle interne de chacime des loges voisines. Là le tissu s'est gonflé ; sa surface s'est divisée en deux lobes par un coiui; sillon , qui rend libres les extrêmes bords réfléchis des carpelles; les ovules naissent ensuite de ces branches vasculaires venues obliquement de la périphérie sur chacun de ces bords distincts. D'autre part, ces faisceaux septaux internes doubles, qui envoient à travers la cloison deux systèmes de branches aux deux rangées d'ovides des deux bords carpellaires de droite et de gauche, se mettent en communication fréquente [m, m) avec la nervure dorsale, et forment avec elle im système unique, dont les éléments sont disposés comme il convient à celui d'une feuille repliée qui porte les ovules sur ses bords en partie fusionnés.
Ici donc encore il y a quatre carpelles, vasculairement distincts des parties externes, non pas tout à fait dès le point d'émergence des faisceaux appendiculaires, mais tout au moins au-dessous du niveau d'origine des ovules. Seulement nous voyons chez les Fuchsia, comme chez les Monofropa, par exemple, les bords de chaque carpelle n'être pas entièrement distincts dans la partie centrale, qui est occupée par un parenchyme homogène. Cette fusion centrale
Strocture du pistil. 1 o