CHAP. 1. — LES COURBES TOTALES
convexe delà courbe des coûts OA, lorsque nous étudierons cette courbe de façon plus approfondie.
3. La courbe de l'utilité. — La production annuelle de l'article considéré A sera achetée par les consommateurs si elle leur offre quelque utilité pour leur consommation ou pour un emploi industriel quelconque. On mesure cette utilité d'après l'effort le plus élevé ou la somme d'argent la plus considérable que les consommateurs pourraient, sans désavantage, consacrer à cette quantité de l'objet A : s'ils faisaient cette dépensera consommation ne leur serait d'aucun avantage; aussi leur serait-i! indifférent ou bien d'acheterladitequanlité ou bien de ne rien consommer de l'article. Vutilité de la consommation annuelle d"un objet quelconque équivaut donc à la valeur d'usage de sa quantité. Mais, de même que pour l'utilité de ce quantum, nous pourrions, en embrassant dans leur intégralité toutes les circonstances, imaginer l'utilité de tout autre quantum annuel plus ou moins important : il nous suffirait d'admettre, comme plus haut, conformément à nos hypothèses, que, d'une part, les prix de tous les autres articles et, d'autre part, les qualités individuelles des consommateurs de l'article A n'ont subi aucun changement.
Portons (flg. 2) dans le sens horizontal les diverses quantités annuelles possibles et dans le sens vertical les utilités correspondantes, et relions les points ainsi obtenus : nous avons la courbe OX, que nous appelons la courbe de la valeur d'usage ou courbe totale de l'utilité (Gesammtsnützlichkeilskurve). Nous n'approfondirons que plus tard l'étude de celte courbe, mais nous pouvons déjà en dire ce qui suit :
l)La courbe a son origine au point 0, car l'utilité du quantum annuel zéro ne peut être qu'égale à zéro.
2) La courbe est d'abord ascendante, elle atteint un point culminant, puis elle devient descendante; eü effet, si l'article est demandé en général, une quantité annuelle plus
considérable doit avoir pour résultat une utilité plus grande, mais seulement jusqu'à une certaine limite, indiquée par l'abscisse du point le plus élevé de la courbe. Cette abscisse indique le quantum annuel qui satisfait complètement aux besoins des consommateurs, de telle sorte qu'un accroissement quelconque de ce quantum n'est pas désirable. Il arrive en fait que cette quantité, la quantité de pleine satisfaction, est consommée. On peut prendre comme exemples l'air et l'eau dans des conditions normales. Si la consommation augmentait, il en résulterait une sensation non plus agréable, mais désagréable, ou bien encore il en résulterait, pour les personnes qui acbètent l'article A en vue de lui donner un complément de fabrication, un inconvénient et non plus un avantage; aussi la courbe ON est-elle descendante à partir de ce point,
3) La partie descendante de la courbe doit finir par se rapprocher de plus en plus d'une asymptote verticale MM. En effet, la consommation d'un article, — même si on faisait, pour des raisons quelconques, les plus grands efforts pour l'augmenter, — ne peut dépasser un quantum déterminé, parce que la satiété deviendrait trop grande ou que l'effort lié au complément de fabrication conduirait à l'épuisement.
4) La courbe ON ne cesse d'être concave, c'est-à-dire que toute tangente suivante est moins ascendante ou plus descendante que toutes les tangentes précédentes. De même l'accroissement d'utilité dû à l'accroissement de consommation est d'autant plus faible que la consommation annuelle à laquelle il s'ajoute était déjà considérable ; d'autre part, une fois dépassé \equa?itwn de pleine satisfaction, l'utilité totale diminue dans une mesure toujours plus forte à chaque nouvel accroissement de consommation. Notre étude ultérieure et plus précise de la courbe ON nous donnera la preuve rigoureuse de la validité générale de cette affirmation ; ici, il nous suffit de dire que la forme concave que nous avons indiquée pour la courbe fig. 2 exprime la loi physiologique générale
ÜHAP. I. — LES COURBES TOTALES l
aux termes de laquelle, 1° une petite excitation supplémentaire cause un effet d'autant plus faible qu'il s'est déjà produit plus d'excitations de même espèce, et 2°, une fois dépassée lalimite de pleine satisfaction, toute nouvelle petite excitation provoque une impression de plus en plus désagréable.
4. Les courbes dérivées. — Les deux courbes que, jusqu'ici,. nous avons appris à connaître, ne nous donnent aucun renseignement direct sur les sommes d'argent effectivement dépensées par les consommateurs pour des quantités déterminées de l'article considéré apportées sur le marché, et sur les sommes que toucheront, en réalité, les producteurs. En effet, les consommateurs s'efforceront de maintenir leur dépense au-dessous de la pleine valeur d'usage, tandis que les producteurs essaieront d'obtenir un prix supérieur au coût de production. Voyons maintenant d'après quelle loi se règle la rémunération effective des producteurs et la dépense réelle des consommateurs.
Considérons la courbe des coûts OA iTig. 3) et appelons OQ la quantité annuellement produite et vendue de l'article considéré A ; nous pouvons nous figurer OQ divisé en un certain nombre de fractions, toutes égales. Comme toute la production est vendue à un seul et même prix, chacune de ces parties donnera la même fraction du produit. Mais les coûts sont différents, car toute nouvelle fraction occasionne un coût de production supérieur à celui de la précédente. Quand on en arrive à produire toute la quantité OQ, le produit de la vente de cette dernière portion, que nous désignons par ST, doit être au moins aussi grand que les frais supplémentaires occasionnés par sa production, sinon on cesserait de la produire. Mais, si le produit de la vente de cette portion était supérieur aux dépenses qu'elle nécessite, les producteurs seraient amenés, par l'effet de la libre concurrence qui existe entre eux* à augmenter leur production. Comme nous avons suppose
que la situation était stable et que OQ représentait la production annuelle appropriée, le coût TR nécessaire à la production effective de la dernière portion ST doit être exactement égal au moulant de sa vente. La longueur TR représente ainsi la somme rapportée par la dernière portion produite ST. Mais, comme il n'y a qu'un prix, aussi bien pour toute la production de l'année, OQ, que pour la dernière portion, ST, le rapport de la quantité annuellement produite qui en dérive au produit total de la vente doit être égal à ST : TR.
Menons par le point 0 une parallèle au fragment de eourbe SR, que nous pouvons considérer comme recliligne, si nous avons divisé la production annuelle en parties suffisamment petites. Nous obtenons ainsi la direction langentielle de la courbe des coûts au point R. Cette parallèle coupe le prolongement de l'ordonnée du point/? en R', et la longueur QR' nous donne le produit brut total qui correspond à la proportion ci-dessus et que les producteurs doivent obtenir pour se sentir portés à produire la quantité OQ. Faisons la même construction pour tous les autres quantum, produits dans l'année, des plus petits aux plus considérables; nous obtiendrons ainsi une série de points qui représentent une nouvelle courbe OA' . Chaque ordonnée de celte courbe nous donne immédiatement le montant effectif que doivent toucher tous les producteurs s'ils se trouvent amenés à produire pendant l'année la quantité de l'article A désignée par l'abscisse correspondante ; ou bien encore, les ordonnées de cette courbe indiquent les sommes d'argent contre lesquelles sont offertes, en réalité, les quantités annuellement produites désignées par les abscisses. En conséquence nous appelons cette courbe la courbe totale de l'offre ( Gesammtangebotskurve) .
Occupons-nous maintenant de la courbe de l'utilité 07V (fig. 4), et considérons d'une manière tout à fait analogue