OFFRE ET DEMANDE
11. Augmentation et diminution de l'offre ou de la demande. — Avant d'arriver à l'étude plus approfondie des courbes que nous avons appris à connaître, il convient de nous familiariser avec leur emploi au moyen d'exemples, et de .nous en servir pour examiner quelques notions, généralement reconnues, basées sur l'expérience. Tout d'abord, nous nous proposons de montrer comment s'y manifestent l'augmentation et la diminution de l'offre ou de la demande.
Considérons (fig. 14 a et b) les quatre courbes totales ON, ON', OA et OA', c'est-à-dire, respectivement, les courbes d'utilité, de demande, de coût et d'offre d'un certain article ,4 sur un marché déterminé ; nous pouvons ainsi nous rendre compte de toutes les variations de l'offre et de la demande. Si (fig. 14 a) la courbe ON croît avec plus de rapidité et si, par suite, la courbe ON', étant plus élevée, se trouve avoir la forme représentée par exemple par le tracé pointillé, on dit que la demande augmente, parce que, dans ce cas, à des abscisses égales correspondent des ordonnées plus longues et qu'alors les mêmes quantités annuellement consommées de l'article .4 sont demandées pour des sommes plus élevées. Le point d'intersection c se déplace adroite vers le point c, , le débit Oa s'accroît et le prix OP devient le prix supérieur OPt. Par contre, la courbe OA et, avec elle, la courbe OA' doivent s'abaisser, c'est à- <lire prendre les formes désignées en pointillé dans la fig. 14 b, pour exprimer que l'offre augmente, car, dans ce
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cas, à des ordonnées égales correspondent des abscisses plus longues et, pour des paiements identiques, on offre annuellement une production plus forte de notre article. D'au lie part, le point d'intersection c se déplace, lui aussi, à droite vers le point c2, le débit Oa augmente également, mais le prix OP devient le prix inférieur OP.,. 11 ne faut pas perdre de vue qu'ici la représentation graphique n'est pas d'accord avec la manière de s'exprimer établie par l'usage, car la courbe de l'offre est plus basse quand l'offre augmente.
La diminution de l'offre ou de la demande se caractérise naturellement de façon toujours opposée. Mais il faut bien observer, à ce sujet, qu'une variation de la demande n'est pas du tout la même chose qu'une variation opposée de l'offre; en effet, si par exemple la demande augmente, le prix croit comme si l'offre diminuait, mais le débit et en même temps la production sont plus élevés, tandis qu'ils auraient baissé si l'offre avait décru ; on peut observer une différence analogue entre la demande décroissante et l'offre qui augmente.
Comme nous le voyons ensuite, le prix est d'autant plus stable que l'angle d'intersection des courbes de l'offre et de la demande est plus petit et que, d'autre part, une faible variation de l'une des deux courbes provoque un changement de prix d'autant plus sensible que cet angle d'intersection est plus grand.
Enfin le chiffre d'affaires exprimé en argent, qui estfiguré par la longueur ac, subit, pour toute modification de la demande, une variation analogue àcelle du débit et même supérieure, parce que, dans ce cas, le prix, lui aussi, change dans le même sens. Il en est autrement des variations de l'offre , le débit et le prix se modifient ici en sens opposé, et, selon que l'importance de ce changement L'emporte pour le premier ou pourle second de ces facteurs, le chiffre d'affaires se modifie dans le même sens que le débit ou dans le sens contraire. Ce résultat apparaîl avec clarté dans notre
représentation graphique, suivant que la courbe ON', lors de sa rencontre avec la courbe OA1 , présente un tracé descendant, comme dans les figures 14, ou ascendant, comme dans la figure 15. A mesure que l'offre croît, le chiffre d'affaires est moins élevé dans le premier cas, mais plus grand dans le second, bien que le débit augmente dans les deux. En conséquence, si nous observons, à l'égard des différents articles, dans quel sens et avec quelle force relative le débit et, d'autre part, le chiffre d'affaires sont influencés par les changements de l'offre, nous pouvons en induire dans quelle partie de la courbe totale de demande se trouve le point d'intersection c, et quel est à cet endroit le degré d'inclinaison de cetle courbe. A cet égard, on peut répartir en trois groupes les articles dont nous pouvons admettre que la courbe totale de demande ne comporte qu'un maximum, comme il est mentionné plus haut (§ 8). Pour le premier groupe, le point d'intersection c est situé dans la partie croissante, peu arquée, au commencement de la courbe ON', à peu près jusqu'au point L(fig. 14etlo); si l'offre croît, le débit augmente ici considérablement, mais le prix baisse peu, de sorte que le chiffre d'affaires augmente à peu près en raison directe du débit. A l'égard des articles du second groupe, le point d'intersection c se trouve dans la partie culminante LM la plus courbée; en ce cas, l'augmentation de l'offre accroîtra moins le débit, mais elle exercera sur le prix une dépression plus profonde. Certes le chiffre d'affaires augmente encore jusqu'au point maximum, mais il n'est plus — et de beaucoup — proportionnel au débit et, de l'autre côté du point culminant, il diminue déjà. Si le maximum se trouve dans une partie où la courbe est peu prononcée, les variations du chiffre d'affaires n'auront pas d'importance aux environs du point maximum, car, si l'espace laissé aux variations du débit est considérable, ces variations sont presque compensées par les variations du prix en sens contraire. Enfin, pour les
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articles du troisième groupe, le point d'intersection c se trouve dans la partie de la courbe ON' qui baisse de façon très nette, et qui est la moins incurvée; c'est pourquoi, étant donné une augmentation de l'offre, le débit croît, mais seulement de moins en moins ; par contre le prix s'affaisse avec rapidité ; aussi le chiffre d'affaires diminue-til d'une manière décidée et à peu près en raison directe du prix, et d'autant plus que la courbe OX' baisse plus vite.
12. Classement des divers articles en trois groupes. — Commençons par le groupe des articles mentionnés en dernier I'ipu, c'est-à-dire de ceux pour lesquels le point d'intersection c (fig. 14) est peu éloigné, en direction horizontale, de la traversée de la courbe de la demande par la ligne des abscisses. La quantité réellement débitée n'est pas de beaucoup inférieure, dans ce cas, au montant maximum qui serait consommé s'il s'agissait d'articles comme l'air ou l'eau, susceptibles d'être obtenus gratuitement. On peut en induire que tel est le cas pour un article déterminé, quand la consommation individuelle des riches et des pauvres est à peu près la même. A l'égard des articles que l'on peut se procurer sans aucun débours, la différence entre le riche et le pauvre disparait en effet ; car l'homme le plus riche ne consommera pas plus d'air ou d'eau potable que le mendiant, abstraction faite des particularités individuelles qui n'ont rien à faire avec la siluation pécuniaire. De même, si, pour un article, la consommation du riche et celle du pauvre ne sont pas très différentes, on peut admettre avec certitude qu'une nouvelle baisse de prix et même la gratuité n'augmenteraient pas le débit d'une façon considérable. Le point d'intersection c est donc ici près de la tin de la courbe de la demande, et l'article appartient sans aucun doute au troisième groupe
L'article pour lequel ce critérium apparaît avec le plus d'évidence est le sel de cuisine ; cet article se trouve donc à
la tète du troisième groupe, si l'on suppose que, dans le commerce, il soit tout à fait distingué du sel employé dans l'industrie ou destiné à l'alimentation du bétail. Le riche n'emploie pas beaucoup plus de sel que le pauvre. La différence de consommation ne diffère guère qu'en ceci : c'est que le second est obligé de ménager le sel et n'est pas en mesure de remplir la salière à sa moindre salissure. Le prix baisse-t-il, le débit ne s'accroît donc que dans une faible proportion; augmente-t-il, la vente ne peut diminuer que dans une mesure insignifiante. Ici donc le point d'intersection se trouve sans doute dans la partie décroissante de la courbe totale de la demande, qui, à cet endroit, doit être très inclinée. Les diverses épices se comportent tout à fait comme le sel de cuisine. Ainsi le poivre, la cannelle, le clou de girofle, etc., sont d'un emploi très variable suivant les usages du pays et les goûts de chacun, mais, étant donné le peu d'importance de la quantité consommée et, par conséquent, de la dépense qui en résulte, la situation de fortune n'a que peu d'importance. On pourrait en dire autant de l'encre et des produits analogues; une diminution de prix considérable n'en augmenterait pas beaucoup le débit.
La question est déjà plus discutable s'il s'agit d'incorporer dans le même groupe les principaux articles qui servent à alimenter la population. Le pain et la farine et, avec eux, leurs matières premières, le seigle et le froment, sent consommés dans les pays civilisés en telle quantité qu'une baisse de prix pourrait seulement amener une partie delà classe la plus pauvre à augmenter notablement sa consommation; il en est de môme du riz et du maïs dans les pays où ils servent de base à l'alimentation populaire. Mais, si la consommation indigène ne montre pas une grande capacité d'expansion, une baisse sérieuse des prix fait croître le débit de ces matières premières même dans une très forte mesure, parce qu'alors la demande devient effective pour l'exportation ou pour la fabrication de l'eau-de-vie
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de grain. Ainsi, tant que cette demande ne se produit pas, le point d'intersection c est situé dans une partie descendante de la courbe totale de la demande ; il ne faut cependant pas supposer qu'il se trouve dans la partie qui arrive, en descendant, à l'axe des abscisses. 11 en est bien de même de l'usage industriel des pommes de terre et aussi du bois et du charbon. Au surplus, bien qu'on ne veuille considérer l'emploi des combustibles qu'au point de vue du chauffage des appartements, on ne doit pas les mettre sur le même pied que la farine, car il est beaucoup plus aisé à chaque personne de limiter sa dépense de combustible que son usage de farine. Cette compressibilité plus forte du besoin indique que, pour ces articles, le point d'intersection doit être cherché dans le voisinage du point culminant de la courbe de demande totale.
On pourra de préférence classer ici les produits d'éclairage les plus répandus, le pétrole, par exemple, mais seulement dans ces pays où le prix n'en est pas maintenu baut par une imposition élevée. Il pourrait en être de même avec le tabac ordinaire; en Allemagne et, peut-èlre, en Autriche, ce produit sera mis dans le troisième groupe; par contre il appartiendra au second groupe en France et en Angleterre,. en raison du montant excessif de l'impôt. On pourrait ranger aussi l'eau-de-vie ordinaire dans le troisième groupe; en eilet, tout au moins dans le nord et l'est de l'Europe, où la consommation est déjà importante, la baisse du prix augmenterait certainement le débit pendant quelque temps, mais le montant annuel consommé d'une fa<;on constante pourrait ne pas être beaucoup plus grand que la quantité consommée avant cette baisse. Dans les pays viticoles fort riches dont le vin n'est pas transportable, cette boisson appartient peut-être aussi au troisième groupe ; en Bavière il en est probablement de même pour la bière. Le troisième groupe est susceptible de comprendre encore la viande, en Angleterre peut-être, mais non sur le Continent, même
dans les grandes villes; le lait, au contraire, ne doit pas être classé dans ce groupe, si ce n'est à la campagne et dans les "villes de peu d'importance.
Au deuxième groupe appartiennent tous les articles qui sont consommés en grande quantité, c'est-à-dire par la plus grande partie de la population, mais que seules les classes riches et les classes dites moyennes achètent en quantité approchant du maximum de consommation individuelle, tandis que les classes les moins aisées n'en emploient pas du tout, ou ne les emploient que par quantités de beaucoup inférieures à celle de pleine satisfaction. Peuvent rentrer dans ce groupe, parmi les aliments et les moyens de jouissance : la viande, sauf les cas exceptionnels déjà mentionnés, puis le sucre, le café ou le thé, la bière et le vin ordinaire, pour ce dernier, dans les régions où il ne fait pas déjà partie, comme dans le nord et l'est de l'Europe, des articles de grand luxe, et enfin les cigares communs, tandis que les espèces supérieures sont incontestablement des articles somptuaires. Viennent ensuite les objets de consommation usités dans presque tous les ménages : le savon, les allumettes, le papier à écrire, la licelle, etc.
Font également partie de cette catégorie les articles d'usage commun, par exemple les étoiles et les vêtements même, puis les ustensiles de ménage et les objets d'ameublement les plus répandus, — tous ces objets quand ils sont d'une qualité d'usage courant. Le fait que, malgré le caractère commun de leur emploi, ces articles n'appartiennent pas au troisième groupe résulte de ce que des soins et un certain effort sont nécessaires à leur nettoyage et à leur entrelien. L'usage de ces mêmes articles ne se rapprocherait du quantum de satisfaction totale que si, par suite d'un prix extrêmement bas, ils revêtaient le caractère ^'articles de consommation, c'est-à-dire s'ils n'avaient à servir qu'une seule fois et si l'on devait s'en procurer de nouveaux à chaque emploi. Comme on ne peut observer un tel changement du mode