‹ Recherches sur la théorie du prix;Chapitre 26 sur 128 · CHAI'. III. — OFFRE ET DEMANDE · texte numérisé non relu

CHAI'. III. — OFFRE ET DEMANDE

d'emploi même pour de fortes variations de prix, nous pouvons en conclure que la courbe de la demande afférente à un article de ce genre peut avoir une partie culminante étendue et une partie finale lentement décroissante. On peut d'ailleurs établir, suivant la durée et la détérioration plus forte par l'usage, une série d'objets intermédiaires formant la transition des articles d'usage aux articles de consommation. Les bijoux, b's œuvres d'art, etc., ne souffrent pas du tout de l'usage; les maisons et les meubles sont déjà sujets à l'usure, mais on peut encore faire abstraction de celle-ci et abandonner leur jouissance moyennant un loyer. A l'égard des machines, des outils et des animaux de rapport, il est difficile de tirer une ligne de démarcation précise entre leur emploi et leur usure ; enfin pour les habits et le linge une telle distinction n'est guère plus facile.

De pays à pays, on remarque dans la délimitation du deuxième groupe les dissemblances les plus surprenantes ; celles-ci se manifestent dans le costume et encore plus dans le genre de construction et dans l'installation des habitations. Tandis qu'en Amérique les tapis, les glaces, les salles de bains se trouvent dans presque toutes les demeures, les planchers sont encore regardés comme un luxe dans beaucoup de logements villageois de l'ancien continent. En Angleterre seuls les mendiants du dernier degré sortent nupieds; dans les pays slaves, par contre, les femmes de la campagne marchent la plupart du temps sans chaussures et ne portent des bottes que lorsqu'elles s'endimanchent. Pour le paysan allemand, le parapluie est l'accessoire obligé d'une tenue convenable ; la possession d'une montre indique, selon les pays, des conditions de Fortune très différentes. Nous rangeons dans noire second groupe les objets, si variés qu'ils soient, regardés comme indispensables d'après les coutumes du pays pour la grande masse de la population.

Enfin, dans le premier groupe, il faut classer les articles de luxe proprement dits, lui général, las classes très aisées, Auspitz et Lieben 3

Ôk PART. I. LES COURBES DU COUT DE PRODUCTION

seules, peuvent en user et, seuls, les gens les plus riches peuvent en consommer une quantité suffisante pour approcher de la pleine salisfaction individuelle. L'énumération des articles appartenant au premier groupe n'est guère possible, d'autant plus que l'on considère comme objets de luxe les articles mentionnés dans les autres groupes, dès qu'il est question d'espèces plus recherchées ou de meilleure qualité. S'il s'agit d'un objet de véritable luxe prononcé, le chiffre d'affaires croît à peu près en proportion directe du débit quand le prix baisse; ainsi, pour le Champagne, il est presque certain qu'une diminution de prix relativement faible suffirait pour doubler le débit et, par suite, pour parvenir au chiffre de ventes à peu près double. Si le prix du Champagne s'abaissait de façon suflisante, son cercle de consommation s'élargirait dans une telle mesure qu'il serait facile d'en débiter cinq, dix fois plus. Quant au vin ordinaire, qui appartient au second groupe, une baisse de prix très considérable aurait comme conséquence le doublement de la vente indigène, mais n'arriverait pas, selon toute vraisemblance, à la décupler. Enfin, si nous avons affaire à la farine ou au sel, représentants du troisième groupe, le prix le meilleur marché peut même ne pas avoir pour conséquence de doubler la consommation. Nous voyons ainsi que la capacité d'expansion est énorme pour la consommation des articles appartenant au premier groupe.

13. Influence des variations de l'offre. — L'avantage résultant pour la masse de la consommation d'un article s'exprime, on le sait, au moyen de la distance verticale des courbes ON et ON' au point d'intersection c (fig. 14 ou 45) ; cette distance ne sera donc que faible, aussi longtemps que l'article en question appartiendra au premier groupe, et elle ne pourrait être considérable que si l'article passait dans le second ou môme dans le troisième groupe par suite de l'augmentation de l'offre. Si ce dernier facteur croît, l'ar-

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