CHAP. [II. — OFFRE ET DEMANDE
ticle, qui n'était auparavant accessible qu'aux riches, va devenir petit à petit un objet de consommation répandue et peut, en fin de compte, arriver à être de consommation presque générale. Les articles exotiques de consommation directe — sucre de canne, café, tlié, tabac — sont devenus graduellement d'un emploi universel, surtout dans les dernières dizaines d'années. 11 en est de môme pour l'abonnement aux journaux, l'emploi de la poste et du télégraphe, et aussi l'usage de la photographie. Peu à peu, les objets s'avancent toujours plus haut sur l'échelle des trois groupes et tout progrès économique tend à rapprocher de plus en plus de la pleine satisfaction le plus grand nombre d'articles possible. Mais, [»lus on se rapproche de ce but, à l'égard d'un objet quelconque, plus il faut que la baisse de prix soit sérieuse pour augmenter à nouveau le débit dans de fortes proportions ; en eflet, la capacité d'expansion de la consommation est d'autant plus faible que le point d'intersection est déplacé vers la partie résolument descendante de la courbe totale de la demande.
Par contre, si l'offre diminue, un article peut passer du troisième au second groupe et, enfin, au premier groupe; toutefois, dans ce cas, les objets correspondant à un besoin vital ne se comportent pas de la même façon que les autres articles appartenant au troisième groupe. Ce fait peut être figuré ainsi au moyen d'un graphique : la courbe d'offre collective ON\ (fig. 16) tirée pour représenter un besoin indispensable de la vie aura un point maximum situé beaucoup plus haut que le point d'intersection c de 0\\ avec la courbe totale d'offre OA' ; c'est pourquoi une réduction considérable de l'offre, c'est-à-dire une forte augmentation du prix, sera nécessaire pour amener le point d'intersection c dans le voisinage du culmen. Par contre, si nous considérons un article moins important, la courbe totale de demande prendra à peu près la forme ON'%. Pour plus de clarté, nous indiquons celte deuxième courbe de demande
dans la même figure 16 malgré la différence de ses abscisses avec la courbe ON\, et nous admettons, pour le même motif, que la courbe d'offre de ce nouvel objet est identique à la courbe OA'. Comme nous le voyons, une variation beaucoup plus faible de la courbe de l'offre et, par conséquent, une moindre augmentation du prix suffiront pour amener le point d'intersection c dans le voisinage du point culminant de la courbe ON\, c'est-à-dire pour repousser l'article en question du troisième groupe dans le deuxième. Aussi existe-t-il beaucoup d'articles qui, sans répondre jamais à un besoin vital, sont pourtant consommés par la masse de la population, quand leur prix est peu élevé : c'est par exemple le cas des fruits d'espèces communes ; ils appartiennent au troisième groupe dans les bonnes années, mais, si la récolte est mauvaise, ils reviennent dans le deuxième groupe et peuvent même, c'est possible, devenir objets de luxe. Les mêmes variations dans le classement pourront aussi se présenter pour les articles susceptibles d'être facilement remplacés par des succédanés, par exemple par des espèces inférieures.
A l'égard de toutes les matières premières, les conditions naturelles de chaque cas commandent avant tout la solution de la question suivante : comment l'offre se présente-t-elle si le même effort permet d'obtenir une production plus ou moins importante? En ce qui concerne les produits du sol, tout dépend delà qualité, bonne ou mauvaise, de la récolle; ainsi, les influences élémentaires sont prédominantes. Les produits de la pêche et de la chasse se trouvent tout à fait dans les mêmes conditions. L'offre des produits miniers de toutes sortes est dominée par les surprises extraordinaires qui peuvent résulter de la découverte ou de l'épuisement des couches, veines ou filons. A côté de ces influences variables, il faut toutefois, pour toutes les matières premières, faire entrer en ligne de compte l'immigration des peuples civilisés dans les pays neufs et le progrès
technique en vue d'une augmentation constante de l'offre. Dans l'ofîre des produits de l'industrie, les variations sont beaucoup moins bornées par des facteurs naturels, et les influences élémentaires ne s'exercent que de fa<;on indirecte. Aussi un accroissement de la production se manifeste-t-il avec clarté dans l'extension des entreprises existantes et la création de nouveaux établissements, d'autant plus que la concurrence, plus âpre, force chaque producteur à appliquer de suite tout progrès technique et à faire sans cesse de nouvelles améliorations. Abstraction faite des crises et des conjonctures défavorables, l'offre croît donc sans interruption, avec plus ou moins de rapidité, selon que les inventions et les perfectionnements se succèdent plus ou moins vile et que les circonstances du marché monétaire exercent un effet favorable ou contraire. D'autre part, il peut se faire que des circonstances exlélérieures viennent momentanément resserrer l'offre, que des guerres et des révolutions fassent obstacle à la production ou aux communications, qu'un blocus (le blocus continental, par exemple) supprime ces dernières en totalité; on verra se produire ainsi des hausses de prix du genre de celles qui se manifestent surtout dans une ville assiégée.
14. Influence des variations de la demande. — Pour nous rendre compte des effets d'une augmentation de la demande, nous opposons à nouveau dans la figure 17, pour faciliter la comparaison, à la courbe de l'offre OA ', que nous supposons identique dans les deux cas, d'une part la courbe de la demande ON\ d'un article du premier groupe, de l'autre la courbe ON' , d'un objet du troisième groupe. Admettons maintenant que, pour une raison quelconque, les ordonnées de la courbe ON\ croissent également, par exemple de 10 °/0, de sorte que la courbe prenne la forme pointillée ; comme nous le voyons, le débit, le prix et le chiffre de vente augmentent bien plus que si la courbe OA , subissait
le même changement. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'une amélioration générale du bien-être exerce une influence aussi uniforme sur la demande des divers articles; si cette amélioration se produisait, la demande des objets de luxe pourrait augmenter beaucoup plus que celle des articles d'usage commun. Mais, même si la hausse de la demande est identique pour tous les articles, son influence sur le débit et sur le prix doit cependant se faire sentir avec beaucoup plus de force pour les objets de luxe que pour ceux d'usage commun.
Par contre, si, dans telle ou telle circonstance, la demande subit une baisse et si les ordonnées de la courbe de la demande diminuent de 10 % dans les deux cas, de sorte que la courbe, et pour ON\ , et pour ON1*, soit représentée en pointillé et en rouge, le débit et le chiffre de vente s'affaisseront de toutes façons. Mais il est facile de voir, d'après la figure 17, que cette régression est relativement bien moins importante pour les articles d'usage commun que pour les objets de luxe : à l'égard de ceux-ci une conjoncture défavorable exerce le maximum d'effet. — La demande n'est pas non plus affranchie des influences élémentaires; un hiver très rigoureux fait hausser la demande de combustibles et de vêlements chauds, un été fort chaud augmente la demande de la glace, des habits légers et de certains comestibles. Mais, en première ligne, la demande dépendra des inclinations, des habitudes et des goûts individuels; souvent ceux-ci se modifient tout simplement par suite du besoin de changement ; la preuve en est dans l'incessante variation de la mode, qui dirige la demande tantôt vers tel article, tantôt vers tel autre. Les inventions et la plus grande facilité des communications provoquent des demandes nouvelles pour des objets que l'on ne connaissait ou que l'on ne désiraitpas auparavant ; par contre, la demande d'articles autrefois usuels disparaît. Ainsi le pétrole est devenu un article de consommation générale et la demande de bougies