‹ Recherches sur la théorie du prix;Chapitre 28 sur 128 · CHAP. III. — OFFRE ET DEMANDE · texte numérisé non relu

CHAP. III. — OFFRE ET DEMANDE

et d'huile a encore plus baissé de son fait que du fait de l'installation de l'éclairage au gaz. Ge dernier mode d'éclairage est menacé par la concurrence de la lumière électrique, tandis que la bougie de cire, jadis si répandue, est maintenant un article de luxe peu recherché. Enfin tous ces progrès ont fait à peu près disparaître la chandelle et les mouchettes, que l'on trouvait autrefois dans tous les ménages.

Tout besoin extraordinaire, souvent même la simple prévision de ce besoin, c'est-à-dire la spéculation, amène un accroissement de la demande; ainsi chez les entreposeurs, le désir de l'accaparement s'ajoute à la nécessité de satisfaire à la consommation présente, de sorte que les courbes individuelles de la demande et aussi, par conséquent, la courbe totale de la demande s'élèvent sensiblement. Tel est, par exemple, le cas des prix de l'avoine et de l'alcool quand il y a menace de guerre.

L'augmentation de la population est une cause lente, mais continue, de l'accroissement de la demande. Elle exerce, il est vrai, la même action sur l'offre, mais il appartient surtout a la demande du surcroit de population de déterminer les articles auxquels doit s'appliquer l'augmentation croissante de l'offre.

15. Influence des conditions de fortune. — La classification des articles dans les trois groupes indiqués plus haut est encore plus exacte s'il s'agit de courbes individuelles de demande que si l'on s'occupe de courbes totales de demande. La combinaison de différentes courbes en une courbe totale ne fournit qu'un résultat moyen, et celui-ci ne donne aucun renseignement au sujet de chaque individu pris à part ; il en est ainsi, d'un objet notamment, lorsqu'il est encore un article de luxe pour l'une des classes de la population et qu'il est déjà considéré comme indispensable par l'autre. De même qu'en général les mœurs elle bien-être nationaux sont des facteurs prédominants pour le classement en

groupes, de même la position sociale el, surtout, la situation pécuniaire t!e chacun ont une grande importance à l'égard des divers individus.

Comparons, dans la figure 18, les courbes individuelles de la demande On\, On't, On3 et On',,, relatives au même article, concernant quatre personnes qui trouvent leur pleine satisfaction dans une même quantité du produit en question. Supposons en outre que les consommateurs II, III et IV aient l'intention d'obtenir une certaine jouissance et soient en mesure d'y consacrer, suivant leur situation différente de fortune, une somme respective deux, trois et quatre fois plus considérable que le consommateur l. 1/ans ces conditions, si OP est la ligne du prix, elle coupe la courbe de demande On\ dans sa partie descendante, On3 dans sa partie culminante, On', dans sa partie ascendante ; par contre, On\ et la ligne du prix ne se rencontrent point. Ainsi, pour la personne riche IV, l'article recherché appartient au troisième groupe ; sa consommation restera à peu près la même malgré les variations du prix, et ses débours pour cet objet varieront dans le même sens que le prix et lui seront à peu près proportionnels. A l'égard de l'individu aisé III, l'article appartient au deuxième groupe, si le prix est le même ; sa consommation sera fort inlluencée par les changements de prix, mais la dépense ne variera pas beaucoup. Le consommateur II, qui vit dans des conditions müdestes, ne fait qu'un usage peu important de cet article de luxe ; une modification même légère du prix indue dans une mesure relativement forte sur sa consommation (le double ou la moilié), ainsi que sur sa dépense, à peu près proportionnelle à sa consommation. Enfin le consommateur I, peu aisé, ne peut avoir recours à cet article : sa demande peut être considérée comme négligeable.

Gomme nous l'avons signalé dans notre classement des articles en trois groupes, les exemples qui précèdent nous montrent que, seuls, les articles indispensables à la classe

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la plus pauvre appartiennent à ce troisième groupe en tout état de cause, et que, seuls, les articles qui restent objets de luxe pour les gens riches appartiennent toujours au premier groupe ; par contre, pour tous les autres articles, l'endroit de la courbe de la demande totale, où se trouvera son point d'intersection avec la courbe de l'offre totale, dépendra de la situation de fortune respective des consommateurs.

16. Variations de la valeur de l'argent. — On ne peut, en principe, se rendre compte des modifications subies par une-courbe individuelle lorsque varie la situation de fortune de l'individu observé. Bien qu'en général les ordonnées des courbes soient plus longues lorsque l'individu est plus riche, il n'en sera jamais de même d'une manière uniforme, si nous considérons des articles différents. Tout changement d'une courbe individuelle doit aussi influencer les parties de la courbe totale dans lesquelles cette courbe individuelle se fait valoir.

Par contre, on peut constater une modification simple et régulière des courbes individuelle et totale tirées à propos d'un article quelconque, quand varient les conditions monétaires d'un pays: en effet, danscecas, l'unité de mesure change seule pour les ordonnées de la courbe. Si le changement est purement nominal, comme le cas se produisit eu Autriche quand on substitua la couronne, monnaie actuelle, à l'ancien florin OW, le changement se réduit, en définitive, à ceci : on appelle aufourcV Vau 20 couronnes ce que V on dénommait auparavant lll florins. L'ensemble des ordonnées de toutes les courbes d'offre et de demande double dt longueur, mais les distances ne changent pas dans le sens horizontal. Pour tous les articles, le débit reste le même, tandis qu'augmentent le prix et le cliill're d'affaires.

Mais, si la valeur de l'argent varie en réaliié, si, par exemple, les moyens de circulation augmentent, comme on peut le remarquer de la façon la plus claire lorsqu'on émet du papier-monnaie pour couvrir les dépenses d'une

guerre, les ordonnées de toutes les courbes deviennent aussi plus longues et, ici encore, un nouvel équilibre tendra à s'établir, mais sans [simultanéité ni uniformité, et un long délai sera nécessaire jusque-là. Supposons que l'émission de papier-monnaie se continue de manière à remplacer toute la monnaie métallique et soit encore poussée plus loin, jusqu'à ce qu'il y ait un agio de 10 %■ Ainsi 100 unités monétaires métalliques auraient la même valeur que 110 unités monétaires en papier et, de même, la valeur de toute unité en cours ne représenterait plus que les 10/11 de l'ancienne unité Les ordonnées de toutes les courbes, tous les prix et tous les chiffres d'affaires devraient être ainsi, pour tous les articles, 11/10 de fois aussi grands qu'avant l'introduction du papier-monnaie ; par contre, le débit de tous les objets resterait le même. Mais une répartition aussi uniforme ne peut avoir lieu que si l'agio de 10 % a duré un certain temps ; toutefois, pendant l'émission des billets, les producteurs et les fournisseurs du matériel et des munitions de guerre, ne composant en somme qu'une petite fraction de la population, concentreront entre leurs mains le surplus des moyens de circulation. Par suite croîtront la demande de ces personnes, relative aux divers articles, et, en même temps, le prix et le débit de ceux-ci et surtout des articles de luxe. Les producteurs de tous ces articles verront leur situation s'améliorer; en conséquence, leur demande d'autres marchandises augmentera; le prix et le débit subiront ainsi une progression toujours nouvelle, pour un nombre d'articles toujours plus considérable, puis pour tous les articles. Nous avons ainsi un exemple évident de ce que peut produire en général une conjoncture favorable et de la manière dont la consommation et la production sont stimulées par l'accroissement des moyens de circulation.

Mais les faits ne s'arrêtent pas là. L'augmentation du prix et du débit de tous les articles, ainsi que des matières pre-

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