‹ Recherches sur la théorie du prix;Chapitre 39 sur 128 · LA COURBE DE LA JOUISSANCE · texte numérisé non relu

LA COURBE DE LA JOUISSANCE

31. L'utilité d'un article et la consommation totale. — La courbe du coût ou de l'utilité d'une individualité économique donnée et relative à un article déterminé repose, nous l'avons signalé à plusieurs reprises, sur l'hypothèse que cet individu dirige sa consommation annuelle totale en pleine connaissance des prix de tous les autres articles et sa propre production éventuelle constamment de la façon la plus avantageuse. Mais, si l'on veut se rendre compte de l'influence d'une modification d'un seul des éléments supposés donnés sur la forme de la courbe du coût ou de l'utilité, il est nécessaire de procéder à une étude plus complète. Nous commençons par la courbe de l'utilité, parce que tout producteur doit nécessairement consommer et que par conséquent la production ne peut être traitée sans égard à la consommation, tandis qu'une consommation sans production est tout à fait possible : tel est, par exemple, le cas des pensionnés et des rentiers. Chez de tels individus l'utilité attribuée à une quantité annuelle déterminée d'un article quelconque reste bien soustraite à l'influence de l'activité productrice, mais elle dépend de la consommation annuelle en général et ne peut êlre établie

88 part. m. — l'individu et la consommation

qu'en relation avec celle-ci. Ainsi l'utilité attribuée par quelqu'un à une certaine quantité annuelle, de pain par exemple, différera suivant qu'en même temps il consommera beaucoup ou peu ou pas du tout de viande, et de même l'utilité de toute nourriture ne dépendra pas moins de ce que la personne considérée est plus ou moins bien protégée par le vêtement, l'habitation et le chautfage contre les inclémences de la température. De plus, il faut tenir compte de toutes les autres particularités de l'individu et de son genre dévie; il n'est pas indifférent qu'il se donne du mouvement ou qu'il aime le repos ; qu'il préfère une occupation intellectuelle ou d'autres amusements; qu'il soit égoïste ou généreux; qu'il s'efforce plus ou moins d'épargner quelque chose pour l'avenir, etc. La consommation d'un article déterminé ne constitue jamais un but en soi; elle ne se présente qu'en rapport avec la consommation annuelle totale de l'individu dans son importance réelle, et cette consommation annuelle totale forme un ensemble qui n'a d'autre objet que de procurer à l'individu le maximum de satisfaction par sa répartition la mieux appropriée.

Une quantité annuelle déterminée d'un article quelconque A ne peut donc procurer de l'utilité qu'en permettant d'accroître la satisfaction de l'individu. L'utilité représente ainsi non pas la satisfaction totale, mais bien l'augmentation de satisfaction que l'on peut retirer de la consommation de l'article A sans égard à la dépense qu'elle nécessite dans la combinaison la mieux appropriée de la consommation totale. Si l'on devait payer pour la quantité consommée de A sa pleine valeur d'usage, il ne resterait aucune augmentation de satisfaction, et la satisfaction serait exactement égale à celle que l'on peut obtenir si l'article A est exclu de la combinaison.

32. La satisfaction dans une combinaison déterminée de consommation. — La détermination de l'utilité d'une quantité

Page 1