‹ Recherches sur la théorie du prix;Chapitre 41 sur 128 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

INFLUENCE DE I. ARTICLE ET DES PRIX DES AUTRES ARTICLES SLR LA COURBE DE LA JOUISSANCE

37. Points correspondants. — Il est évident que la courbe de la jouissance d'une individualité économique déterminée peut toujours être représentée par rapport à un article quelconque, si les prix de tous les autres articles sont donnés comme constants. Nous partons ainsi d'une hypothèse quelconque pour les prix de tous les articles et de la combinaison de consommation alors la plus favorable, et nous désignons comme effective la satisfaction liée à cette combinaison. Si ensuite nous laissons indéterminé tour à tour le prix de l'un des articles faisant partie de la combinaison en. question, tandis que tous les autres prix restent invariables, nous obtenons la courbe de la jouissance de l'individu par rapport, à chacun de ces articles. Dans chacune de ces courbes la satisfaction effective doit être représentée par la distance entre la courbe de la jouissance et sa dérivée, à l'endroit où cette dernière est coupée par cette ligne du prix qui donne le prix, supposé au début, de l'article en question. L'abscisse de ce point d'intersection donne nécessairement la quantité du dit article appartenant à la combinaison de consommation que nous avons prise comme point de départ. 11 y a donc dans toutes les courbes de la jouissance relatives chaque fois à un nouvel objet de consommation quelconque du même individu un point corres-

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pondant dont l'abscisse donne la quantité de l'article en question faisant partie de la combinaison de consommation initiale et dont l'écart vertical par rapport à la ligne du prix du dit article, valable au début, donne toujours la même satisfaction, c'est-à-dire la satisfaction effective. La jouissance, dans ces points des différentes courbes, est chaque lois différente, car ce n'est pas la même satisfaction qui résulterait de la combinaison initiale, si chaque fois la quantité de l'article désigné par les abscisses de la courbe considérée pouvait être obtenue à titre gratuit. En dehors de ces points correspondants, il n'y a aucune espèce de rapport entre les courbes de la jouissance afférentes aux différents articles, car des combinaisons successives toujours autres sont avantageuses si le prix d'un article chaque lois dilléient varie et si les prix de tous les autres articles restent inchangés.

Enfin, quand les prix supposés au début sont précisément tels que la ligne du prix de .1 coïncide avec une partie de rayon vecteur comprise dans la courbe de la demande relative à cet article, il doit y avoir, en réalité, deux combinaisons de consommation qui présentent exactement le même avantage. La courbe en question comporte alors deux points qui correspondent chacun avec un point de toutes les autres courbes, quand les deux combinaisons de consommation ne se distinguent que par la quantité de l'article -t. Mais la plupart du temps ces deux combinaisons concordent au point de vue des quantités de beaucoup de marchandises; elles présentent toutefois de légères différences dans les quantités des articles complémentaires ou concurrents. Dans la courbe de ces derniers articles on doit retrouver une partie correspondante de rayon vecteur.

38. Influence de l'article sur la forme de la courbe de la jouissance. — Partons du point correspondant de la combinaison de consommation effective et comparons le tracé de

102 PART. III. — L'iNDIVIDU ET LA CONSOMMATION

la courbe de la jouissance du môme individu, quand elle se réfère successivement à différents articles : nous y apercevons des diversités de forme provenant de la nature de l'article considéré; mais, naturellement, les qualités individuelles du consommateur et les prix des autres articles exercent aussi leur influence. Il est évident que, pour tout article réellement consommé, l'ordonnée initiale de sa courbe de la jouissance, c'est-à-dire la satisfaction que l'on peut obtenir sans recourir à cet article, doit être inférieure à la satisfaction réelle, et cela d'aulant plus que l'article en question est plus important pour l'individu ou lui semble tel, et que la privation du dit article porte plus de préjudice à la satisfaction. D'autre part, la satisfaction effective est nécessairement plus petite que celle que l'on pourrait se procurer si le prix de l'un quelconque des articles réellement consommés devenait nul, et, par conséquent, plus petite que l'ordonnée du point maximum de la courbe de la jouissance relative à ce même article. Ce n'est que pour ces articles effectivement consommés dont le prix est nul — l'air et l'eau, par exemple, dans les circonstances ordinaires — que l'ordonnée du point maximum de la courbe correspondante de la jouissance sera tout à fait égale à la satisfaction réelle. Considérons aussi ces articles dont l'individu s'abstient complètement, en raison des prix existants, c'est-à-dire ces articles dont la consommation est nulle : la satisfaction effective sera représentée par l'ordonnée initiale de cbaque courbe de la jouissance relative cà un tel article. Toutefois ces courbes n'ont un point maximum que quand il s'agit d'un article dont le prix trop élevé rend la consommation impossible. Mais il y a des articles qui ne sont pas demandés dans les circonstances données ; cela s'exprime dans notre grapbi"ue du fait que, comme dans la figure 40, la courbe de la jouissance bg et la courbe de l'utilité On ne cessent de s'abaisser et que par conséquent cette dernière, comme la courbe de la demande On' , se trouve en entier au-dessous-

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de l'axe des abscisses ; L'individu considéré ne consommerait un article de ce genre que contre indemnité.

La différence entre l'ordonnée initiale et l'ordonnée du point maximum de la courbe de la jouissance et, par conséquent, dans la courbe de l'utilité, l'ordonnée même du point maximum deviennent les pins grandes pour ces articles dont la privation serait très sensible ou dont on désire vivement une quantité plus considérable ou surtout quand ces deux conditions se rencontrent juste en même temps. Ainsi la satisfaction d'un consommateur qui ne peut manger du bœuf que le dimanche serait fort lésée, s'il devait y renoncer, et, d'autre part, elle augmenterait dans des proportions importantes, s'il pouvait se procurer tous les jours cette jouissance. Pur contre, la privation et surtout l'augmentation de satisfaction seraient beaucoup moindres s'il s'agissait non plus de viande de bœuf, mais, par exemple, de perdrix ; tous les articles de nécessité se comportent de même quand on les compare aux articles de luxe.

Certains articles sont indispensables et ne peuvent élre remplacés dans un certain emploi ; tant que ce génie d'emploi est seul pris en considération, la quantité minimum n'est pas de beaucoup inférieure à la quantité de pleine satisfaction; si l'on peut avoir l'air pour respirer, l'eau pour boire, le sel pour son emploi culinaire en quantités sullisantes pour satisfaire aux exigences de la vie, on ne désire pas s'en procurer beaucoup plus. Mais la quantité de pleine satisfaction croît dès que l'on prend en considération d'autres emplois, par exemple, de l'eau, pour la cuisson, le lavage, les bains, et du sel, pour un train de maison qui supporte une restriction ou bien pour l'alimentation du bétail. S'il s'agit d'articles non indispensables et susceptibles de nombreux genres d'usage, la quantité minimum et celle de pleine satisfaction diffèrent beaucoup, comme nous l'avons déjà vu par les exemples cités à plusieurs reprises, de la viande ou du vin.

104 PART. m. — l'individu et la consommai ion

Le rapport de l'ordonnée initiale de la courbe de la jouissance à l'ordonnée de la quantité minimum exerce une influence, en même temps que la grandeur de la quantité minimum elle-même, sur l'inclinaison de la partie initiale droite, c'est-à-dire sur l'élévation du prix maximum. C'est pour ces articles dont la privai ion est sensible, mais dont de faibles quantités procurent déjà une grande jouissance, que le prix maximum est le plus élevé. En outre si l'ordonnée de la quantité minimum n'est pas beaucoup plus courte que celle du {»oint culminant, tandis que la quantité de pleine satisfaction dépasse de beaucoup la quantité minimum, cela veut dire qu'il s'agit d'un article indispensable dans un emploi alors que d'autres genres d'emplois plus abondants ont beaucoup moins d'importance. Il en est de même des articles dont l'individu considéré ne croit pas pouvoir se passer et dont l'usage comme tel est l'objet de la passion, la vanité ou l'ambition sociale, tandis que l'on attribue peu de valeur à une forte consommation. Dans la courbe de la demande on constate alors au-dessus de l'abscisse de la quantité minimum une longue section verticale et en réalité l'on s'aperçoit qu'un tel article, quand il est consommé par faibles quantités, reste dans de larges limites indépendant des oscillations de ses prix. Ainsi celui qui croit que son bonneur l'oblige à servir une fois par an du Champagne à ses hôtes sera peu touché par des augmentations de prix, tandis qu'une consommation plus abondante, ne pouvant augmenter la jouissance d'une manière sensible, ne se produirait qu'à des prix très modiques.

39. Articles indispensables et demandés d'une façon illimitée. — L'ordonnée initiale de la jouissance est d'autant plus courte que la privation de l'article considéré est plus désagréable ; elle devrait donc être égale à zéro, et toute jouissance devrait disparaître s'il s'agissait d'un article tout à fait indispensable et qu'on ne peut remplacer. Mais, en

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dehors de l'air nécessaire à la respiration, il n'existe aucun article qui soit indispensable ou qui ne puisse être remplacé par des succédanés; i.ous pouvons toutefois imaginer que, dans des circonstances extraordinaires, dans une ville assiégée par exemple, les substituts soient tuus épuisés ou ne puissent être obtenus qu'à des prix exorbitants, de telle sorte que la conservation de La vie dépende en réalité d'un seul article. Dans ce cas, la courbe de la jouissance et la courbe de l'utilité coïncideraient. Si nous traçons une courbe de ce genre On tig. il , la quantité' minimum 0* représente la plus petite quantité nécessaire à la conservation de la vie pendant une année, car nos abscisses désignent toujours des quantités annuelles. Mais pour des prix très élevés l'on achète encore naturellement des quantilés moins considérables, car personne ne renoncera à se conserver aussi longtemps que possible, même s'il n'est pas garanti pour une année entière, puisqu'on a toujours l'espoir d'un changement. Ces achats ne peuvent pas, toutefois, être rendus dans nos courbes, relatives seulement à des quantités annuelles. Mais la courbe que nous avons établie a besoin d'un examen encore plus approfondi. Jusqu'à présent, en effet, nous avons comparé entre elles les ordonnées d'une courbe de la jouissance, et nous nous sommes abstenus de donner leur me.-ure absolue en argent; car la différence de la jouissance procurée par deux combinaisons de consommation peut être exprimée par un montant en argent, mais chercher l'équivalent monétaire de la jouissance même offerte à un certain individu par une certaine combinaison, ce serait vouloir estimer la valeur de la vie. Ici il semble possible de comparer la jouissant à zéro avec n'importe quelle autre jouissance apparaissant dans la même courbe et d'établir ainsi une mesure absolue. La comparaison des jouissances dues aux diverses combinaisons de consommation représentées dans la courbe est possible jusqu'à cette combinaison qui repose sur la quan-

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