INFLUENCE DE L INDIVIDUALITE SUR LA COURBE DE LA JOUISSANCE
43. Estimation individuelle de la valeur de l'argent. — Dans îe chapitre précédent nous avons discuté nos présomptions relatives à l'influence exercée sur la courbe de la jouissance afférente à A par les changements de prix des autres articles; ceci nous amène à essayer de rechercher l'influence de certaines modilications de l'individualité du consommateur considéré sur ses courbes de la jouissance concernant successivement divers articles. Naturellement nous devons supposera nouveau que toujours les prix de tous les autres articles sont constants, et ici encore l'on verra que, bien que la courbe de l'utilité suive tout changement de forme de la courbe de la jouissance, on ne peut observer ces modifications que sur cette dernière courbe.
Supposons d'abord que le consommateur considéré soit devenu plus aisé et que par conséquent son estimation individuelle de la valeur de l'argent se soit affaiblie : la furme de la courbe de la jouissance et, en même temps, celle de la courbe de l'utilité se modifieront. D'ailleurs ces changements différeront — même si la diminution de l'appréciation individuelle de la valeur de l'argent est toujours la même — suivant l'espèce et le genre de distribution § 33) de l'augmentation de l'inventaire initial, mais nous ne pouvons nous rendre compte de ces différences. Il nous faut plutôt nous borner à ne traiter que cette influence qui, abstraction faite du nouveau genre et de la nou-
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velle répartition de la propriété initiale, s'exerce exclusivement par la moindre appréciation individuelle de la valeur de l'argent, tout comme si nous comparions les courbes de deux individus qui ne diffèrent, étant donné leurs qualités personnelles égales et une propriété initiale identique, qu'en ce que, néanmoins, leur estimation individuelle de la valeur de l'argent n'est pas la môme. Sous celte réserve et en supposant que, pour toute quantité de l'article A, la même combinaison de consommation qu'auparavant reste la plus avantageuse, une diminution de l'appréciation de la valeur de l'argent, de 10 °/0 par exemple, s'exprime dans ce fait que l'individu est disposé à dépenser — et qu'il est en état de le faire — une somme d'argent proportionnellement plus élevée pour la jouissance liée à cbaque quantité de A. Aussi toutes les ordonnées de la courbe de la jouissance s'allongent-elles dans la proportion de 9 à 10 ; il en résulte que cette courbe, comme celle de l'utilité, est plus rapidement ascendante et que la courbe de la demande monte plus baut. Pour tout prix de A on achèterait donc des quantités qui, auparavant,, n'auraient été achetées que pour un prix inférieur de 10 °/0. Aussi le prix de l'article A semble-t-il diminué de 10 °/o auconsommateur devenu plus aisé. Mais, tout à fait de môme, les prix de tous les autres articles, de même que toutes les recettes et obligations en espèces, paraissent réduits à l'individu, de sorte que (étant donné des quantités différentes de A) les combinaisons les plus avantageuses des aulres articles ne peuvent plus rester les mêmes et que, par conséquent, la courbe de la jouissance doit encore subir de nouveaux rbangements de forme. En effet, tandis que, par suite de la baisse subjective de prix de ces articles qui complètent l'article A, la courbe de la jouisssance prend une forme encore plus escarpée, la baisse de prix des articles concurrents, qui en particulier allonge l'ordonnée initiale de la courbe de la jouissance et celles qui la suivent immé-
(HAT. III. — L'INDIVIDUALITÉ ET LA CO« RBE DE JOl ISSANl i. 1 17
•dialenu'iil agit dans le sens contraire. Il peut ainsi arriver que, tandis que la courbe de la jouissance de L'acheleur enrichi devient en règle générale plus escarpée et que, par conséquent, la consommation s'accroît, la courbe devienne aussi, par exception, moins bombée et même, comme dans la figure 40, qu'elle cesse complètement d'entrer en considération. Ceci peut se produire quand la courbe se réfère à l'un de ees articles qui, comme par exemple le lard ou l'eau-de-vie, n'ont d'importance que pour les gens moins aisés et leur sont peut-être même indispensables. Ces personnes s'imaginent qu'elles recourraient beaucoup plus à ces articles si les prix étaient moins élevés, tandis qu'en fait un recul important des prix et l'épargne qui en résulterait peuvent influencer l'estimation individuelle de la valeur de l'argent de façon à amoindrir la quantité de pleine satisfaction, parce que, comme les gens plus riches en général, elles se serviront d'une meilleure qualité d'aliments et de boissons. De même les meubles, les vêtements, etc., de qualité commune sont évincés par les espèces meilleures qui deviennent abordables, étant donné l'accroissement du bien-être. Si le bien-être diminue et si par là l'appréciation de la valeur de l'argent augmente, la courbe de la jouissance relative aux meilleures qualités et aux articles de luxe s'aplatit, desoiteque, finalement, leur demande cessera. 11 peut en être de même des articles qui ont besoin d'être complétés par d'autres qui paraissent trop coûteux. Celui qui ne peut acheter des chevaux n'a aucun besoin de foin ou d'avoine ; celui qui recule devant les frais d'acquisition d'une lampe ne demande pas de pétrole, et sans la possession d'un poêle ou d'un foyer il n'y a aucune demande d'un combustible quelconque. La demande même de jouissances inlellectui Lies ou autres, qui ne causent pas de frais, doit disparaître quand le temps tle loisir nécessaire, qu'il nous faut considérer comme un objet complémentaire, devient trop coûteux ; celui qui doit consacrer tout son temps à gagner
M8 part. m. — l'individu et la consommation
son pain ne peut se permettre la fréquentation d'une bibliothèque publique ou même le plaisir d'une promenade.
44. Les exigences individuelles. — Les exigences des consommateurs augmentent d'ordinaire avec leur bien-être, mais nous pouvons imaginer que les exigences croissent même si les fortunes restent constantes; en tout cas, des personnes différentes, possédant la même fortune, se comportent d'une manière très diverse à cet égard. Ainsi, dans la figure 45, nous avons représenté les courbes de la jouissance de trois personnes I, 77 et III, relatives au même article, le café par exemple; ces trois individus ont la même satisfaction initiale et la même quantité de pleine satisfaction, mais tandis que I et II ont en outre le même prix maximum, II et III ont la même ordonnée du point maximum et I et III la même quantité minimum 0<j.r. L'acheteur II a pour l'article considéré les exigences les plus fortes, car il ne le consomme que s'il peut s'en permettre un usage très copieux, au moins journalier, par exemple. Les deux autres consommateurs sont beaucoup moins exigeants, car ils se contentent éventuellement d'une consommation de beaucoup inférieure, une fois par semaine par exemple, sans pour cela renoncer à l'article. En outre / n'attribue pas en général à la consommation du café plus de valeur que II, et un emploi plus abondant le laisse même beaucoup plus indifférent que II. Au contraire III achètera des quantités plus considérables de café à des prix un peu plus élevés, mais il sera prêt à payer des prix de beaucoup supérieurs pour s'en procurer au moins de petites quantités. Il ne manifeste aucune exigence au point de vue de la quantité, mais il tient beaucoup à consommer du café, peut-être, comme nous l'avons mentionné ci-dessus, pour des considérations de convenance et d'ambition sociale,
La courbe de la demande de III, figurée en rouge pour faciliter la distinction, comporte, pour la quantité mini-
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