ET LA COURBE DE JOUISSAHCE
rnurn 0\ii , une partie verticale plus grande ; il en est de même pour celle de II pour la quantité minimum beaucoup plus grande On2 , qui permet une consommation journalière; il en est enfin de même pour la quantité plus grande, nécessaire pour lui permettre de prendre du café deux fois par jour. Les grandes parties verticales qui expriment une faible sensibilité de l'individu à l'égard des oscillations du prix font apparaître, en combinaison avec de longues sections de rayons vecteurs qui omettent de nombreuses quantités intermédiaires, les exigences de l'individu, mais aussi, en même temps, sa répugnance à consacrer de la peine et des soins cà la recherche des combinaisons de consommation les mieux appropriées à toutes les oscillations du prix. Au contraire / et III, dont les courbes de la demande n'offrent pas de grosses dentelures dans leur tracé ultérieur, sont non seulement plus modestes par rapport à la quantité consommée, mais encore plus attentifs à suivre même de faibles variations du prix. Cette adaptation minutieuse de la consommation se rencontre dans la sphère d'activité de la ménagère économe qui songe à utiliser de la façon la plus complète les quantités des divers articles dont elle a fait l'acquisition. Pour beaucoup d'articles une utilisation complète est absolument impossible, car on ne peut éviter un certain déchet : c'est par exemple le cas du charbon par suite du frottement et de la marche discontinue des foyers. Il en est de même du sucre, de la farine, du sel, etc. : nécessairement, il y a des pertes dues cà l'é pareillement et à la pollution; on peut également citer tous les mets et toutes les boissons, pour tout ce qui reste attaché aux ustensiles. L'utilisation totale des mets et des boissons est encore plus imparfaite dans tous ces ménages où les portions ne sont pas servies avec parcimonie, où on les prépare intentionnellement en quantités plus larges que celles qui sont prévues comme nécessaires à la pleine satisfaction des hôtes. Nous voyons ainsi (prêtant donné l'achat d'une certaine quantité
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d'un article, différentes combinaisons de consommation se distinguant dans son emploi sont toujours possibles, mais la combinaison qui comporte l'utilisation la plus complète n'est pas nécessairement la plus avantageuse. Ainsi il serait possible, avec un esprit d'économie sévère, d'obtenir des quantités achetées des portions plus nombreuses ou plus considérables, mais le consommateur plus exigeant ne voudra pas y mettre le temps, la peine et le soin nécessaires. Au contraire, ces individus qui s'efforcent toujours à utiliser les quantités achetées de la façon la plus complète feront attention aux variations minimes de la quantité achetée ; leurs courbes de la jouissance comporteront donc des parties droites moins longues et un tracé plus continu.
« 45. Les penchants individuels. — La différence des penchants des divers individus ou des modifications que subit le goût de la même personne joue un rôle dans les diverses impressions produites et le jugement évoqué par toutes les influences dont nous avons parlé. Par exemple les considérations de convenance diffèrent d'un individu à l'autre et varient facilement ; suivant les circonstances, dans le choix des combinaisons de consommation les plus opportunes, avec le penchant individuel, la portée attribuée au jugement de la société que l'on fréquente aura plus ou moins d'effet. Cela ne se borne nullement au soi-disant grand monde ; le paysan est opiniâtrement attaché à la tradition et fera les plus grands sacrifices pour ne renoncer à aucun de ces articles dont il considère la consommation comme exigée par son rang. De même les penchants individuels exercent une influence sur les articles au sujet desquels un individu manifeste des exigences plus ou moins prononcées et pour lesquels une situation plus aisée se fait mieux sentir sur la demande. Mais du goût et des penchants de l'individu dépendent d'une façon tout à fait particulière le choix des
CHAP. III. — l'iNDIVIDI AI. III. ET LA COI RBE DE JOl [SSANl 1. I 2 I
articles qui lui paraissent concurrents ou complémentaires. Ainsi, pour la plupart des consommateurs de boissons spiritueuses, L'eau-de-vie n'est qu'un succédané des boisson- de meilleur goût, mais pour des buveurs d'habitude, qui cherchent non pas une excitation légère, mais l'ivresse, elle apparaîtra comme un article auquel le vin et la bière ne peuvent faire aucune concurrence. Le café, le thé et le chocolat peuvent être également estimés de beaucoup de gens, de sorle que leur prix seul en détermine le choix ; d'autres personnes peuvent avoir un penchant ou une aversion si prononcée qu'il n'y a pas de choix possible. Il en résulte donc que les changements de prix des qualités inférieures restent souvent sans influence sur la consommation des premières qualités, parce que les acheteurs aisés de ces dernières ne les considèrent pas du tout comme concurrents. En revanche, d'autres consommateurs habitués à boire deux sortes de vin, si l'une des deux espèces devient meilleur marché, boiront plus de celle-ci et tout autant ou moins de l'autre, ou bien augmenteront leur consommation des deux crûs. Mais la meilleure qualité parait toujours faire une concurrence plus efficace à la moins bonne que celle-ci à celle-là.
Les penchants individuels jouent un rôle dans le choix •des combinaisons de consommation les mieux appropriées particulièrement par l'ordre d'importance attribué à la satisfaction des différents besoins. L'un se contentera de la nourriture la plus modeste pour pouvoir obtenir du linge toujours propre et un habillement convenable. Chez d'autres ce désir ne vient qu'au second plan et ne reçoit satisfaction que quand les besoins d'alimentation et de boisson sont pourvus d'une façon su fusante. Dans tel ménage le boire et le manger jouent le rôle principal, dans tel autre l'éducation des enfants et les soins d'hygiène, dans celui-ci, les distractions ou les toilettes de la femme, dans celui-là le souci de l'avenir; bref, si variés que puissent être les penchants
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humains et si innombrables que puissent être les goûts, ils trouvent toujours leur expression caractéristique dans la distribution du budget des dépenses delà maison. En outre le goût de chaque personne ne joue pas moins son rôle dans le jugement de ce qui s'accorde et se complète. C'est aussi bien une question de goût d'apprécier quelle garniture convient au vêtement, quelle sauce au rôti, que de déterminer quel ameublement convient au logement, quel logement et quel nombre de domestiques paraissent indispensables au train de vie voulu.
Les penchants individuels peuvent même être tellement différents que les deux mêmes articles semblent à l'un se compléter, à l'autre se faire concurrence. Ainsi il y a des consommateurs de café qui trouvent du goûta une addition de chicorée et qui, si le prix change, ne modifient que peu la proportion du mélange qui leur est agréable ; d'autres au contraire, si le prix du café augmente, y ajoutent de plus en plus de chicorée et se contenteront finalement de la seule chicorée. 11 y a un troisième cas : si le prix du café est élevé, on consomme de la chicorée, mais jamais à l'état pur ; nous l'avons déjà mentionné plus haut.
La situation respective des divers articles est influencée d'une façon remarquable par le besoin de changement plus ou moins accentué suivant les individus. Les mêmes articles qui, — comme les divers plats de viande ou de pâte, les diverses étoffes de vêtements et meubles, les habitations en ville e». à la campagne, etc., — peuvent se remplacer mutuellement et d'ordinaire paraissent concurrents, sont consommés simultanément les uns et les autres par d'autres personnes désireuses de varier leurs jouissances et ont alors un caractère complémentaire. Quand les conditions de fortune déterminent dans quelle mesure on tient effectivement compte du besoin de changement, nous pouvons très bien imaginer deux clients également aisés dont l'un prend toujours comme petit déjeuner du café et dont l'autre.