CHAPITRE II
65. Restes de consommation et de production. — Comme nous l'avons vu, notre façon de considérer les choses peut s'étendre aussi au cas où l'on délient des stocks et des dépôts variables, dès que l'on connaît les prix futurs présumés tgt, par l'individu considéré de tous les articles dont on peut avoir des réserves et les prix courants tgQ des autres articles, y compris ceux livrables à terme. De plus, jusqu'ici, nous avons toujours supposé que, tout comme les quantités achetées et vendues, les stocks provenant d'un achat supplémentaire ou de la propre production de la personne envisagée, ne se composent que d'unités complètes d'usage sur le marché, comme nous l'avons mentionné plus haut (§ *2'.*). Mais, outre ces stocks vendables, il y a fort souvent des stocks incomplets et par conséquent invendables, quand les unités entamées par une consommation partielle sont conservées en vue d'un emploi futur. 11 en est ainsi pour tous ces objets de consommation dont les unités en usage sur le marché ne correspondent pas avec la quantité minimum dont tient encore compte l'individu dans sa vie domestique ou dans sa profession — c'est-à-dire avec la part de consommation. Ainsi l'on vend les allumettes et les qualités meilleures de cigares, non pas par unités séparées, niais par boîtes ou petites caisses, les vins fins ne se débitent que par bouteilles et d'autres articles que par centaines, douzaines, etc. En outre, il y a aussi des articles qui,
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comme par exemple les cigares ordinaires, se vendent par unités, mais que, s'ils ne s'altèrentpas avec rapidité, comme le lait ou la viande fraîche, beaucoup de gens achètent en quantité plus grande dans un but de commodité. De même on se procure beaucoup d'articles, comme le charbon, le fer, le sucre, par wagons, et d'autres par tonneaux, balles, etc., dont le poids n'est pas déterminé d'une façon tout à fait exacte. Dans tous ces cns, il doit y avoir, en fin d'année, des reliquats qui ne sont plus vendables au prix courant dès qu'ils sont dans la main du dernier acheteur.
11 faut donc tenir compte, pour toute quantité d'achat ou de vente x d'un objet de consommation A qui est acquis en unités de marché plus importantes, non seulement de la consommation, de la production et de l'accumulation d'un stock de spéculation susceptible d'être vendu, mais encore de la conservation d'un reliquat invendable. Mais la prise en considération de ce nouveau mode d'emploi est particulièrement importante pour nous, parce qu'elle permet d'étendre nos recherches aux objets d'usage que nous devions jusqu'ici laisser de côté. Chacun des objets d'usage est, en effet, à la fin de l'année, plus ou moins usé, et l'objet de la consommation immédiate est seule la détérioration ou l'usure totale qui se produit en cours d'année plus ou moins vite, suivant la solidité de l'article et selon son mode d'emploi. Aussi pouvons-nous nous figurer tout nouvel exemplaire d'un article d'usage comme fractionné en cent centièmes de consommation qui sont consommés l'un après l'autre tout à fait comme les cent cigares qui, réunis dans une boîte, sont vendus à la fois. Mais, s'il s'agit d'un objet d'usage, il ne dépend moins du degré de détérioration physique d'une unité déjà utilisée que de l'appréciation subjective du possesseur, à combien de centièmes d'une nouvelle unité non encore employée cette personne évalue cet objet et à quel moment il le considère comme inutile en vue de ses fins, c'est-à-dire comme consommé. Dans
cette appréciation, il ne faut pas perdre de vue que même un objet d'usage très durable, et également un objet qui n'a pas encore été employé ou qui ne l'a été que peu, ne peut plus être considéré comme le même article dès qu'il se trouve entre les mains du dernier consommateur, et que, par conséquent, il n'est absolument plus vendable au prix courant des nouveaux objets, mais à un prix beaucoup moins élevé. Si maintenant quelqu'un utilise dans le cours de l'année un certain nombre d'unités, soit nouvelles, soit déjà usées, d'un article d'usage -4, à la fin de l'année ces unités sont plus ou moins, mais en général différemment détériorées, et si nous considérons les centièmes de consommation encore attachées à chacune de ces unités selon l'avis de l'individu, aucun de ces reliquats ne peut tomber à zéro tant qu'il ne regarde pas encore l'unité considérée comme pleinement consommée; aussi aucun de ces reliquats ne peut-il devenir égal à un quand l'unité en question n'est encore que très peu utilisée, ou même quand elle ne Test pas du tout et n'est que destinée à la consommation. La somme de tous ces reliquats représente alors le reste de consommation de l'article .4 subsistant en fin de compte et ne pouvant en aucun cas être vendu au prix courant.
Le reliquat invendable restant après l'emploi d'un article de consommation ou d'usage peut former tantôt moins tantôt plus qu'une unité courante totale. Même en ce qui concerne les cigares ou les allumettes dont les unités prises isolément disparaissent, une fois consommées, sans laisser de reste qui compte, on utilise souvent plusieurs boites de la même espèce en même temps, de sorte qu'à la fin de L'année il peut rester plus que le contenu d'une de ces unités courantes. Très souvent on se sert à la fois d'un si grand nombre de bougies, que les bougies partiellement brûlées subsistant en fin d'année peuvent former plus d'une unité courante, c'est-à-dire plus d'un paquet. Celte observation peut être faite d'une façon encore plus gêné-
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raie pour les objets d'usage, parce que la plupart des modes d'emploi, par exemple des chemises, nécessite la possession simultanée de plusieurs d'entre elles, même quand leur emploi est si parcimonieux que la consommation de l'ensemble n'équivaut même pas à la consommation totale de l'une d'elles; de même l'exploitation d'une fabrique peut nécessiter l'existence de cinq chaudières, mais cellesci peuvent être employées avec assez de ménagements pour qu'elles fonctionnent vingt ans et que la consommation annuelle n'égale pas de loin une chaudière tout entière.
Il eu est de même, dans une mesure encore plus grande, pour la production de tout objet soit d'usage, soit de consommation dont la production nécessite plusieurs phases différentes et successives de travail. Il nous est alors permis de supposer que toute quantité à produire ou toute unité courante inachevée de l'article considéré est fractionnée en cent centièmes de production fabriqués l'un après l'autre; et il dépendra ici encore de l'appréciation subjective du producteur à combien de centièmes d'une quantité finie il estimera une quantité en cours de fabrication nécessitant un complément de manufacture. Mais en tout cas, notamment dans la grande entreprise, il n'arrivera pas souvent qu'une unité courante ne soit seulement entreprise et achevée que l'une après l'autre; en règle générale, on fabrique plutôt en même temps un nombre plus grand d'unités et par conséquent celles-ci resteront inachevées en fin d'année. La somme des centièmes de fabrication qui, d'après l'évaluation subjective du producteur, s'attachent à la fois à tous ces objets plus ou moins inachevés, forme alors un reste de production qui — du moins au prix courant des articles terminés — est invendable à l'instar des restes de consommation dont nous avons parlé jusqu'à présent. Naturellement l'on ne fabriquera ce reste de production qu'à cause de l'amélioration de l'inventaire final résultant de l'éva-
luation de ces restes; de même un reste de consommation — excepté le cas d'une satiété complète déjà atteinte — ne sera soustrait que pour ce motif à la consommation de l'année en cours. Un caractère spéculatif s'attache ainsi déjà à un résidu invendable r d'un objet quelconque de consommation ou d'usage A provenant de la consommation ou de la production ou même de ces deux origines. Pour l'évaluation de ce reliquat, seul le prix futur tg^ de l'article A attendu par l'individu aura de l'importance, que ce résidu soit seul conservé ou qu'il y ait en outre un vrai stock de spéculation composé de quantités de A tout achevées et vendables par conséquent au prix courant tgQ. L'individu qui a à évaluer pour toute quantité achetée ou vendue a: de A la combinaison la plus avantageuse et la jouissance résultant de cette combinaison doit donc connaître le prix tgï comme les prix de tous les autres articles, quand bien même il voudrait tout à fait faire abstraction de la détention d'un stock vendable s.
Naturellement un reste invendable r ne peut figurer dans l'inventaire de fin d'année pour le montant total r..tg$ réalisable seulement dans l'avenir il ne peut en faire partie que dans une mesure réduite, parce que la perte d'intérêts et le risque lié à la conservation jouent leur rôle ici tout à fait comme plus haut (§ 60). Il faut aussi, pour un reliquat invendable, tenir compte du risque que le prix courant futur effectif de A peut être inférieur au prix attendu *g?, du fait que la diminution des dépenses ou l'augmentation des receltes que l'individu attend, pour l'année suivante, de la conservation du reste de consommation ou de production serait moins considérable. Mais il y a lieu d'ajouter à tout cela, s'il s'agit d'un reste de consommation, cet autre risque découlant de ce que, par suite de diminutions de prix des articles concurrents ou d'augmentations de prix d'articles complémentaires ou de changements d'inclinations ou de plus mauvaises situations de fortune de l'individu, l'uti-
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iité, que .celui-ci attribuera plus tard à l'article A, peut diminuer ou disparaître en totalité; et encore nous faisons abstraction de la possibilité que cet individu n'atteigne pas la fin de la période de consommation, si l'on peut prévoir que la consommation du reste nécessite une longue durée. S'il s'agit d'un reste de production, il faut également tenir compte du risque d'un renchérissement futur des moyens de production ou d'une diminution de prix des produits secondaires et aussi des changements possibles de l'individualité considérée, liest également évident que, dans les deux cas, tous les éléments du risque et, tout aussi bien, la perte d'intérêts doivent être d'autant plus pris en considération que la consommation du reste ou sa transformation en unités courantes achevées, nécessitera un temps plus long, c'est-à-dire que le résidu r sera plus grand en comparaison de la consommation annuelle v ou de la production annuelle e. Mais il y a lieu, par contre, de considérer que la conservation de restes de consommation de production relativement peu importants est facilitée, non seulement par l'insignifiance de la perte des intérêts et du risque, mais aussi par ce fait que, pour les articles où il y a des restes de celle nature, chaque personne est déjà tout à fait au courant de leur conservation; il en résulte que celle-ci ne leur occasionne aucun désagrément particulier. La détention d'un stock de spéculation vendable est, au contraire, considérée par beaucoup de gens comme une affaire spéciale aux peines et soucis de laquelle ils ne veulent pas s'exposer pour de faibles quantités, mais seulement quand une différence considérable entre le prix courant actuel /gO et le prix futur attendu tgZ de l'article en question leur fait paraître avantageux d'entreprendre cette spéculation sur une plus vaste échelle.
66. Mode d'emploi le plus avantageux d'un article d'usage. »— Considérons maintenant un article d'usage d'une durée
plus ou moins longue, qui se présente en nombreux exemplaires identiques et, faisant abstraction de ce que de tels
articles ne sont souvent négociés qu'eu unités plus considérables, supposons que l'objet d'usage .1 puisse être acbelé par pièces. Comme il est tout à fait indifférent pour le producteur et aussi pour le vendeur que sa marcbandise soit consommée en une fois, ou utilisée en plusieurs fois par les acheteurs, c'est-à-dire usée seulement peu à peu, la distinction des objets de consommation^t des objets d'usage ne peut se faire que pour la consommation; nous voulons donc examiner d'abord un individu qui est exclusivement consommateur de l'objet d'usage A. Même s'il possède un stock initial d'exemplaires de -4 plus ou moins ou même pas du tout usagés, cet individu peut se présenter sur le marché, comme nous l'avons déjà mentionné, non pas comme vendeur, mais comme acheteur de cet article, et nous pouvons donc remarquer dès maintenant que sa courbe de la jouissance relative à l'article .4 ne s'étendra qu'à droite de l'axe des ordonnées.
Dans la construction de cette courbe, nous aurons à considérer que de nombreuses combinaisons de consommation, de production et de détention de stocks sont offertes à l'individu exactement déterminé dans des qualités personnelles et dans sa possession initiale pour toute quantité d'achat a: de A et s'il existe un stock initial de cet article — pour la quantité d'achat zéro. Ces combinaisons comporteront non seulement des quantités diverses d'autres articles, mais aussi des modes d'emploi différents de l'article .4 lui-même; chacun de ces modes d'emploi exigera la consommation d'une autre somme déterminée v de centièmes de consommation qui, ici encore, bien que la production soit exclue, et abstraction faite d'un stock initial possible, ne doit nullement concorder avec la quantité d'achat x. Cependant la consommation annuelle p de .4, quand il n'y a aucun stock initial, est au maximum égale
à x, tandis qu'elle peut s'étendre au cas contraire aux quantités en réserve. Il faut, en oulre, ne pas oublier que la grandeur numérique du stock initial resté après la consommation de l'année précédente et disponible pour la consommation de l'année courante ne se règle pas d'après le nombre des exemplaires existants, mais d'après les centièmes de consommation encore effective. De plus, les exemplaires existants, dont on ne s'est pas servi, qu'on a tâché de conserver, même avec le plus de soin possible, paraissent en général en fin d'année avoir perdu de leur qualité ou en tout cas être fort dépréciés. La somme des centièmes de consommation qui subsisterait dans le cas le plus avantageux, c'est-à-dire au cas d'emploi le plus soigneux, est disponible pour la consommation de cette année et forme le montant du stock initial qui entre en ligne de compte. Voici, par exemple, une personne qui évalue à 50 centièmes au début de l'année un chapeau déjà porté et qui lui attribuerait encore 30 centièmes à la fin de l'année en le ménageant le plus possible; si elle l'use complètement dans le cours de l'année, elle aura consommé non pas 50 centièmes, mais seulement ces 30 centièmes que, dans l'autre cas, elle aurait continué à faire figurer dans son inventaire final. Si ce consommateur achète en sus x nouveaux chapeaux, sa consommation de chapeaux pour l'année courante pourra être au maximum égale à (x -+- 0.3). La consommation annuelle effective v de A ne s'élèvera à la limite maximum ainsi fixée que si il apparaît avantageux à l'individu d'user aussi bien les exemplaires possédés au début que ceux nouvellement achetés d'une façon si intensive qu'ils lui paraissent hors d'usage, l'un comme l'autre, à la fin de l'année. En général, au contraire, il y aura un reste de consommation r de A, invendable comme tel, quand la consommation v est poussée seulement assez loin pour que toute consommation en sus ou bien soit désagréable en soi, et qu'ainsi elle n'offre plus aucune utilité ou
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bien soit jugée de moindre valeur que la détérioration du bilan provoquée par la diminution du reste r, c'est-à-dire du montant futur r. tg$. Nous voyons ainsi comment l'individu qui connaît les prix de tous les autres articles et le prix futur tgï, de A attendu par lui, peut déterminer pour cbaque quantité d'acbat x de A la meilleure combinaison et en même temps non seulement les quantités les plus avantageuses des autres articles, mais aussi la quantité de consommation la plus avantageuses, et ainsi le meilleur mode d'emploi de L'article A, de même qu'il peut déterminer la jouissance la plus élevée que l'on peut se procurer au moyen de la quantité d'acbat considérée x de A. De même l'individu saura juger comment répartir la consommation annuelle v de A la plus avantageuse sur les exemplaires pris isolément, soit qu'ils existent au début et que l'on connaisse avec précision leur état de. conservation, soit que l'on en fasse l'acquisition en vue de les ajouter aux autres; il saura donc combien de centièmes de consommation il doit attribuer en fin d'année à chacun de ces exemplaires.
Parmi les modes d'emploi que peut trouver un objet d'usage A, il faut encore signaler que des exemplaires employés dans le cours de l'année — ou même ne paraissant pas encore tout à fait détériorés par l'usage — sont consommés du fait que leur possesseur en fait cadeau ou les transforme dans son ménage en d'autres objets de prix connu. Il y a lieu d'y ajouter le cas d'un exemplaire, déjà utilisé, vendu comme article différent de A à un prix fixé suivant sou état de conservation et supposé connu pour tout degré d'usure. Il faut naturellement évaluer le plaisir de donner la dépense épargnée ou le bénéfice allein t, mais d'autre part les peines et les trais liés a la transformation de l'objet ou à son aliénation, par exemple au démoulage de vieilles machines, quand on apprécie la jouissance offerte par les différentes combinaisons possibles pour la même quantité d'achat .< de .1 el quand on choisit les coin-
206 PAKT. V. — : L'INDIVIDU DÉTENTEUR d'un STOCK
binaisons les plus avantageuses. Les hauts prix des exemplaires employés qui se transforment pour ainsi dire en produits accessoires au cours de la consommation de A, comme les hauts prix des objets à la production desquels ces exemplaires peuvent contribuer, augmentent la jouissance liée à l'acquisition de nouveaux exemplaires de A ; les bas prix des exemplaires pris en usage, qui peuvent servir aussi de substituts de l'article A et être achetées à la place d'exemplaires neufs font, par contre, diminuer la jouissance due à l'achat de ces derniers. S'il s'agit d'articles d'usage durable, on peut enfin observer ces combinaisons qui renferment comme succédané de l'achat de A sa prise en location ou à l'inverse sa location comme mode d'emploi particulier des exemplaires achetés. Tout fait de donner ou de prendre en location doit être considéré comme un article spécial et, suivant la durée et les conditions accessoires du bail, chaque fois comme un article différent qui conditionne un prix particulier; tous ces prix de location doivent donc être connus si l'on veut évaluer la jouissance liée à une quantité quelconque d'achat z de A. Remarquons, en outre, que la location d'un objet d'usage — par exemple d'un meuble, d'une voiture, d'une bête, d'une machine, d'une maison, etc. — et sa possession procurent cependant, ordinairement, une jouissance tout à fait différente, même au cas d'identité complète des exemplaires en question et de leur mode d'emploi. Que cette jouissance soit supérieure au cas de possession ou au cas de location, cela dépend non seulement des conditions de cette dernière, mais essentiellement aussi de la nature de l'article et des inclinations de l'individu.
67. La courbe de la jouissance relative à un article d'usage. — Considérons maintenant comme déterminé le maximum de jouissance que le consommateur en question de l'article A peut atteindre au moyen de toute quantité d'achat a;
et portons chaque fois celte jouissance au-dessus de l'abscisse x, comme ordonnée ; nous obtenons ainsi une série de points, en général irrégulière, et nous tirons, comme dans la figure 39, la courbe de la jouissance bg concave d'un bout à l'autre (fig. 60). La satisfaction initiale Ob repose ici sur une combinaison qui n'exclut tout à fait l'usage de A que s'il n'y a aucun stock initial de cet article et si la location et l'achat d'objets usagés sont impossibles; si, par contre, il y a de cette manière des exemplaires disponibles au début île l'aimée, cette combinaison comporte leur mode d'emploi le plus avantageux. Abaissée de la longueur Ob, la courbe bg donne la courbe de l'utilité On. et la dérivée On' représente la courbe de la demande. Le point d'intersection de cette dernière courbe avec la ligne du prix, valable toutes les fois, mesure par son écait vertical de la courbe On le profit résultant de l'achat de la quantité représentée par les abscisses, et son écart vertical de la courbe bg donne la satisfaction. La consommation de l'année et le stock final sont, par contre, ici aussi peu visibles que dans la courbe (fig. oG) d'un consommateur à la fois producteur et détenteur de stock, relative à un article de consommation vendu en quantités minimes. Il faut, en outre, observer que, là où il ne s'agissait que d'un stock final vendable s, on ne pouvait commencer à le garder que si le prix courant tg() descendait au-dessous du prix limite OPs, inférieur lui-même au prix futur attendu tgX. Mais ici ou conservera un reste invendable r souvent moins à cause du rapport des prix /gO et tgl qu'à cause de l'agrément, de la commodité et même de la nécessité de posséder un stock d'exemplaires encore utilisables. Le nombre des exemplaires employés de maints articles d'usage durable et importants est, avec la distribution du temps, L'indice le plus essentiel de tout genre déterminé de vie et d'exploitation; on s'y attache parfois avec ténacité à cause des nécessités de l'exploitation ou par la force des inclinations et
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des habitudes; sa modification nécessite une résolution nette.
Voici, par exemple, un individu qui désire posséder un vêtement d'hiver ; un prix courant élevé tgiï ne le détournera pas, même s'il ne s'attend pas à un prix futur tgX particulièrement haut, de se le procurer. Peut-être le mettra- t-il dans le cours de l'année aussi souvent qu'il lui plaira de le faire, peut-être ne consacrera-t-il à sa bonne conservation que les soins nécessaires pour le maintenir encore en assez bon état pour pouvoir s'en servir jusqu'à la fin de l'année courante. Mais, si ce même individu n'est pas aussi exigeant pour considérer un vêtement d'hiver comme tout à fait usé, dès qu'il s'en sera servi pendant une année, il réservera un reste r dans les centièmes de consommation qu'il attribue encore, en fin d'année, à cet habit. A un prix relativement bas tgd il pourrait en acheter et en employer deux ou plusieurs exemplaires à condition d'estimer le plaisir de pouvoir disposer de vêtements en meilleur état ou même de couleurs différentes, comme supérieur à la diminution de l'inventaire final qui, en dépit du reste plus considérable r, résulte indubitablement de l'augmentation des dépenses. Dans l'exemple choisi, déjà le premier vêtement est utilisé sans ménagements particuliers, comme il plaira, et la possession de plusieurs exemplaires ne modifie ni le nombre des fois dont on s'en sert, ni le mode de conservation en bon état; la consommation annuelle totale v augmentera toutefois, car, comme nous l'avons déjà mentionné, tout exemplaire en possession du consommateur perd de sa valeur, sans le moindre égard à son état effectif, et parait ainsi détérioré. Si nous prenons comme un autre exemple un habit de fêle dont l'usage plus ou moins intensif offre un champ assez vaste aux inclinations de son propriétaire, nous trouverons des individus qui procèdent tout à fait comme dans l'exemple précédent; mais nous rencontrerons de nombreuses personnes qui ne
CHAI'. II, — LnS STOCKS INVENDABLES -'»'.l
portent peut-être ce vêtement que lf dimanche et qui lui consacrent les plus grands soins. Ces gens préfèrent évidemment l'amélioration île la situation de fortune due à la bonne conservation de L'habit a L'augmentation de plaisir qui proviendrait d'un usage [dus fréquent, et même journalier, et d'une conservation inoins soigneuse; à cette appréciation concourt d'ailleurs la considération d'un certain prix futur tgi, mais ce prix n'a pas besoin d'être supérieur à tgd.
Dans les cas, par contre, où l'emploi désirable nécessite la possession d'un certain nombre d'exemplaires, de cbemises par exemple, l'individu qui possède un stock suffisant de cet article ne s'en procurera de nouveaux qu'à un prix très bas, mais il consentira à débourser un prix élevé pour compléter son stock jusqu'à concurrence de la quantité nécessaire; au contraire, s'il n'a encore a sa disposition aucune chemise d'une certaine sorte, il n'en achètera que si le prix lui permet de se procurer à la fois le nombre qui lui parait indispensable ; sinon il préférera recourir à une autre qualité. L'entrepreneur qui, pour l'exploitation de son usine, a par exemple besoin de cinq chaudières d'un certain système doit procéder d'une manière tout à fait analogue. Il conservera, entre de larges limites de prix, l'installation de chaudières qui lui parait la plus avantageuse et il l'utilisera, sans égard au prix fgC, d'une façon aussi intensive, d'une part, que le prescrit le genre d'exploitation le plus avantageux de tous les autres moyens de production et de tous les produits, étant donné les prix en vigueur, et dans la mesure, d'autre part, où il le faut pour éviter des interruptions dans l'entreprise et des sinistres. Si cet entrepreneur se résout a remplacer ses chaudières encore en état de servir par un meilleur système, il ne voudra pas installer les chaudières du nouveau modèle une par une, mais il ne passera au système modifié que quand le prix des nouvelles chaudières lui permettra d'acheter à la fois toutes celles qui lui sont Auspitz et Lieben. 1 ï
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nécessaires. Par contre il ne reculera pas devant un prix plus élevé, pour compléter son installation jusqu'à concurrence du nombre de chaudières nécessaires, mais un prix particulièrement bas le poussera à acquérir des chaudières supplémentaires destinées à lui servir de réserve. Il se décidera à une dépense dépassant le nécessaire avec d'autant plus de facilité qu'il présume un prix futur /g? plus élevé. Cette acquisition augmentera certes sa consommation annuelle v pendant la première année, mais il aura en fin d'année un reste r plus important pour les années suivantes; il en résultera une augmentation de la période au bout de laquelle il sera nécessaire de renouveler en totalité l'installation des chaudières.
Les exemples précédents nous montrent que le tracé delà courbe de la jouissance bg et notamment sa direction initiale qui donne le prix d'achat maximum OP[X — si nous faisons abstraction de la possibilité de transactions en exemplaires usés et recours à la location — dépendent, non seulement de la nature de l'article et des inclinations de l'individu, mais encore, essentiellement, du fait que ce dernier possède déjà ou non un stock suffisant de A. Si le stock est encore suffisant, la courbe, au début, sera peu escarpée, et elle le sera d'autant moins que le stock sera plus considérable; mais en outre il n'est pas du tout indifférent que la même somme de centièmes de consommation disponible s'attache à beaucoup ou à peu d'exemplaires, car, en règle générale, l'acquisition d'un nouvel exemplaire paraît beaucoup moins désirable si l'on n'en possède que peu, en bon état de conservation, que si l'on en a beaucoup, déjà très détériorés. Le prix maximum d'achat deviendra, par contre, beaucoup plus élevé s'il s'agit de compléter la quantité dont on juge la possession nécessaire ; le nombre des objets indispensables dans ce cas forme alors la quantité minimum 0\x — pour laquelle la courbe de la jouissance, comme dans la figure 60, subit un fort changement de direction et pour
CHAI«. II. — LES stocks INVENDABLES 2M
laquelle sa dérivée a une longue partie verticale qui montre que l'on se maintient à cette quantité d'achat même si le prix varie dans des proportions considérables. S'il n'y a, au début, aucune possession, la quantité minimum sera plus considérable, mais le prix maximum d'achat peut être plus ou moins élevé suivant que l'article A peut être remplacé par des succédanés avec plus ou moins de difficultés. Mais la quantité minimum reste peu importante et se limite même à un, et le prix maximum d'achat est élevé quand on n'attribue de la valeur qu'à la possession d'un exemplaire; tel est le cas de l'acheteur qui ne porte son habit noir que comme toilette du dimanche et qui en considère la possession comme indispensable pour en être vêtu de façon convenable. Beaucoup de gens considèrent de même comme indispensable la possession d'une [»aire de gants, tandis que des personnes plus exigeantes, qui portent des gants [dus souvent et les considèrent comme usés aptes quelques utilisations, ont besoin d'une quantité minimum plus élevée, d'autant plus élevée qu'elles s'entêtent à ne vouloirse servir que d'une qualité unique.
La quantité de pleine satisfaction dépend surtout de la question de savoir si l'article en état de neuf est ou non très apprécié, c'est-à-dire si sa première utilisation nécessite beaucoup ou peu de centièmes de consommation. Nous avons mentionné [»lus haut (§ 12) que la plein*- satisfaction due à un article d'usage nécessite l'emploi d'un exemplaire neuf à chaque nouvel emploi et, en fait, on se servirait chaque fois d'un nouveau linge, d'un nouvel habit, etc., si L'on pouvait se les procurer gratuitement. Il en serait de même de tous les articles d'usage, si l'on pouvait toujours les acheter de la qualité désirée; mais il y a des articles, comme les botliues, beaucoup d'outils, etc., qui n'arrivent à cet état qu'après avoir été utilisés à plusieurs reprises, de sorte qu'il serait tout à fait désagréable d'avoir chaque fois recours à un nouvel exemplaire. Pour les articles de ce
genre, la quantité de pleine satisfaction est donc plus petite, bien que toujours un multiple de la quantité minimum. Tel est le cas des chaudières, donL l'exemple nous a servi plus haut. Ici, la quantité de pleine satisfaction n'est pas de beaucoup supérieure à la quantité minimum; cela estdù surtout au prix élevé des articles complémentaires, et en premier lieu du combustible, dont la consommation croit quand on chauffe trop de chaudières en même temps tandis que, lorsque l'on ne chauffe pas les chaudières de réserve, les frais de scellement, d'agrandissement du bâtiment qui les contient, etc., ont encore une certaine importance, quand bien même on se procurerait gratuitement les chaudières.
La quantité de pleine satisfaction est particulièrement faible et coïncide même avec la quantité minimum, quand on ne désire pas plusieurs exemplaires du même article; c'est, en général, le cas pour les divers exemplaires d'un livre, d'une gravure ou d'une photographie, pour les moulages en plâtre ou en bronze du même modèle. Chez ces articles, qu'ils soient produits en beaucoup d'exemplaires identiques, que l'usage les détériore ou non, il se montre un désir du changement. Ce désir peut conduire, par exemple, a vouloir porter chaque fois des gants de couleur différente ; si chaque couleur avait un prix spécial, si, par conséquent, chacune constituait un article particulier, la quantité de pleine satisfaction coïnciderait avec la quantité minimum 1 pour un individu aimant le changement incessant. Mais si cette personne possède déjà un exemplaire de l'article désiré et si elle n'en souhaite pas un second, sa courbe de la jouissance bg relative au dit article sera descendante d'un bout à l'autre, comme dans la figure 40.
Enfin nous pouvons encore observer que> notamment quand l'article d'usage A ne s'achète pas en exemplaires isolés, mais, comme les chemises, les limes, etc., ne s'achète que par douzaines, centaines, etc., ou bien quand l'individu attribue de la valeur à un stock plus considérable,
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pour des raisons de commodité ou d'exploitation, le reliquat r peut comprendre des exemplaires tout à fait intacts.
68. La jouissance dans le cas le plus général de la détention d'un stock. — Si nous supposons que le consommateur considéré de l'article d'usage A en est lui-même producteur et qu'il peut aussi en exercer le commerce de stocks, il en résultera en général, à la fin de l'année, trois sortes de stocks de l'article. 1. A côté du reste de consommation, traité en dernier lieu, il peut subsister un reste de production formé d'exemplaires non terminés et encore un stock de spéculation composé d'exemplaires nouvellement achetés ou tout à fait finis; le stock initial peut donc également comprendre des exemplaires déjà usés et d'autres en cours de fabrication à côté de ceux qui sont prêts à être vendus. Les exemplaires non terminés trouvent leur emploi le plus important, analogue à la consommation, dans l'achèvement de la fabribrication, bien qu'il puisse y avoir vente d'exemplaires non finis à des prix spéciaux dans chaque cas. Mais admettons que l'on veuille s'abstenir d'achever la fabrication; les exemplaires non terminés, comme les exemplaires ayant déjà servi, auront une valeur encore moindre à la fin de l'année, même si l'on consacre à leur conservation le plus de soins possibles, et seulement cette quantité de centièmes de production qui subsisterait à ce moment forme le montant calculable avec lequel peu veut figurer dans l'inventaire de fin d'année les exemplaires inachevés faisant partie du stock initial. Voici, par exemple, ui\ fabricant de machinesoutils qui possédait au début de l'année un de ces instruments à moitié achevé et qu'il évalue à cinquante centièmes (le production ; il ne pourrait, même en le conservant avec le maximum de soins, lui donneren fin d'année qu'une moindre valeur, peut-être 45 °/0. Mais s'il n'est pas interrompu dans son travail, il peut vendre l'exemplaire une fois terminé au prix courant ou l'ajouter à son stock ven-
214 part. v. — l'individu détenteur d'un stock
dable s; il améliore ainsi sa situation de fortune de 55 % grâce à ce complément de fabrication; il a donc produit 55 °/o et non 50 °/o- Si ce producteur achève en tout pendant l'année / exemplaires de l'article A, sa production de l'année est au moins égale à (/ — 0.45). Mais la production annuelle réelle e de A ne se limitera que par exception au minimum ainsi fixé, car il faut en général y ajouter un reste de production invendable composé d'exemplaires non terminés. En effet, une fois le travail en train, l'entrepreneur donnera une valeur moindre aux frais de production de ce reliquat qu'à l'amélioration de l'inventaire final lié à cette production, eu égard au prix futur attendu tg'C, de A ; il augmentera par conséquent sa production e juste assez pour que le coût de production d'un nouvel accroissement du reste de production ne soit pas supérieur à l'amélioration simultanée de la situation de fortune. Les frais de production des exemplaires / à terminer sont réduits par la mise en œuvre, en même temps, de nouveaux exemplaires qui sont inachevés à la fin de l'année et améliorent l'état de fortune, tout à fait comme l'utilité des exemplaires nouvellement pris en usage de A s'accroît du fait que, comme nous l'avons mentionné plus haut (§ 66), un reste de consommation subsiste grâce à une limitation adéquate de la consommation c.
Nous voyons ainsi comment l'individu qui, avec les prix de tous les autres articles, connaît aussi le prix futur, présumé par lui, tg*, de A, est en état de déterminer la production e et la consommation v grâce auxquelles il pourra fabriquer de la façon la plus avantageuse un certain nombre d'exemplaires / à terminer et grâce auxquelles il pourra employer en même temps de la façon la plus avantageuse un certain nombre d'exemplaires neufs. On connaît ainsi les restes de production et de consommation en fin d'année, et l'individu pourra établir dans quelle mesure il doit, d'une part, consommer pendant l'année chacun des
divers exemplaires déjà utilisés l'année précédente ou employés pour la première fois pendant l'année courante et combien d'exemplaires il doit, d'autre part, mettre en fabrication et dans quelle mesure il doit finir chacun d'eux.
Nous pouvons encore aller plus loin et poursuivre la détermination du mode d'emploi de chaque quantité achetée et du mode de production de chaque quantité vendue de A. Pour toute quantité déterminée x, l'individu se trouve en présence de nombreuses combinaisons qui se différencient non seulement par des quantités différentes d'autres articles, mais aussi par ce fait que la quantité utilisée g et le stock final vendable s de -4 peuvent être importants ou non quand seulement le nombre / des exemplaires à terminer est considérable ou non, de manière correspondante, de sorte que — si nous désignons par a la partie vendable du stock initial — il reste toujours
Chacune de ces différentes combinaisons occasionnera, abstraction faite de la dépense ou de la recette due à la quantité achetée ou vendue x, une satisfaction déterminée, et l'une d'entre elles procurera le maximum de satisfaction. Le choix de cette combinaison la plus avantageuse détermine ainsi non seulement les quantités de tous les autres articles, mais aussi les grandeurs g, s et / et en même temps la jouissance afférente à la quantité en question d'achat ou de vente a; de A. On peut également construire une courbe de la jouissance relative à A, tenant compte des trois genres différents de stocks que nous avons appris à connaître, et cette courbe s'étend des deux côtés de l'axe des ordonnées, comme dans la figure 56, pour un consommateur producteur ne disposant que d'un stock final vendable s. Comme la courbe gag„ de la figure 56, cette courbe comprendra nue partie droite d'ordinaire un peu plus
21 ti PART. V. L'lNDIVIDÜ DÉTENTEUR D'UN STOCK
longue, dont la direction donne ce prix limite, restant encore au-dessous de tgX, à partir duquel la détention d'un stock final vendable s peut commencer, mais seulement si le prix courant ^gO diminue encore. Il est évident, en effet, que l'on ne détiendra pas ce stock tant que l'on pourra employer une diminution de la quantité de vente ou une augmentation de la quantité d'achat d'une façon encore plus avantageuse, soit en réduisant le nombre / des exemplaires à terminer entièrement, soit en augmentant le nombre g des nouveaux exemplaires à utiliser. Naturellement la forme de la courbe de la jouissance dépend ici encore, comme dans la figure 60, du stock de consommation initial invendable et du stock initial de production, et, en ce qui concerne ce dernier, il n'est pas du tout indifférent qu'il se compose d'un petit nombre d'exemplaires presque achevés ou d'un grand nombre d'exemplaires à peine commencés.
Le cas le plus général de possession d'un stock, que nous avons appris à connaître, se présente tout à fait de la même façon pour tout objet de consommation qui ne peut faire l'objet de transactions que par unités courantes plus importantes ; mais même pour les articles débités en très faibles quantités il y aura à côté d'un stock final vendable un reste invendable de production, dès que l'on pourra distinguer dans la fabrication des stades divers de production.
Nous pouvons enfin étendre toutes ces considérations au cas d'un article d'usage A dont l'emploi ne donne lieu à aucune détérioration. Il y a ici de nombreuses simplifications, car toute consommation v fait défaut — si nous excluons le cas d'un cadeau qu'on fait ou d'une transformation en un autre article de prix connu — il ne peut donc être question d'un stock de consommation invendable soit initial soit final. Au contraire l'individu est parfaitement libre d'utiliser à discrétion la totalité du stock final vendable s provenant de ses achats ou de sa propre fabrication, de sorte qu'un
CHÂP. II. — LES STnCKS INVENDABLES 217
stock de ce genre ne sera pas ici, nous l'avons dit plus haut (§ 60), désagréable en soi, mais agréable — au moins jusqu'à la limite de la pleine satiété. Un stock final vendable s peut donc dans ce cas être conservé, sans que le prix courant tgd ait besoin d'être inférieur au prix futur attendu tg: ; mais, tant que l'individu est lui-même producteur de l'article, ces déviations du cas précédent n'apparaissent pas avec netteté dans la courbe. Si par contre l'individu n'était pas producteur de l'article, la courbe de la jouissance y relative débuterait en général, non pas sur l'axe des ordonnées, comme s'il s'agissait d'un article d'usage susceptible de se détériorer (fig. 60), mais, comme pour les valeurs mobilières (fig. 58), à gauche sur l'abscisse qui représente le stock initial a, en supposant que cet individu non producteur peut toujours vendre juste au prix courant ce qu'il possède de cet article. Si cette supposition n'est pas exacte il faut considérer ces articles comme des articles d'usage susceptibles de détérioration, quoique leur emploi n'ait pour résultat aucune détérioration physique. Il faut d'ailleurs considérer que, dans la réalité, il n'y a guère d'articles qui ne soient pas susceptibles d'être détériorés et qui se présentent en même temps en nombreux exemplaires identiques; seules les perles et les pierres précieuses d'un petit format peuvent rentrer dans cette catégorie alors que, s'il s'agit d'exemplaires plus importants, les différences perceptibles de pièce à pièce ne peuvent rester inaperçues; aussi faut-il, dans ce cas, considérer chaque perle ou chaque pierre comme un article particulier, d'où il résulte, pour chacune un prix chaque fois différent.
Toutes les considérations précédentes nous montrent que, quand la quantité d'achat ou de vente ne coïncide plus avec la différence existant entre la production et la consommation, c'est-à-dire quand l'individu non seulement consomme et produit, mais encore spécule et détient des stocks vendables et invendables, les propriétés caractéristiques de la
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courbe de la jouissance et de ses dérivées et aussi celles des courbes totales qui déterminent le prix restent pourtant les mêmes. Le fait très important que dans le cboix de la combinaison la plus avantageuse pour toute quantité x un individu tient ou non compte de toutes ces circonstances très complexes s'exprime bien dans chaque ordonnée, prise à part, mais non dans la forme de la courbe d'une façon perceptible en soi.
69. Les transactions intermédiaires. — >~ous avons étudié ces articles de consommation qui n'apparaissent sur le marché qu'en quantités plus considérables alors que des unités plus petites entrent en ligne de compte pour la consommation et la production de l'individu ; comme nous l'avons vu, ils se comportent tout à fait comme des articles d'usage; nous allons maintenant envisager un cas spécial, important à cause de sa fréquence. Souvent en effet des articles de qualité identique ont des prix simultanément différents suivant le volume usuel des diverses- transactions. Ainsi le sucre a un prix pour la livraison en wagons faite par les fabricants aux commerçants en gros, un autre prix pour la vente par pains de ceux-ci aux épiciers, et un troisième prix, encore plus élevé, auquel ces derniers dispensent le sucre en morceaux au poids à leurs clients. Après avoir déjà (§ 25) fait ressortir que chaque sorte de sucre par exemple doit être considérée comme un article spécial dès que la différence de qualité a pour effet une différence de prix, nous devons aller encore plus loin et tenir pour des articles distincts le « sucre en wagons », le « sucre en pains » et le « sucre en morceaux ». Le premier de ces articles forme pour ainsi dire la matière première avec laquelle le commerçant en gros produit le « sucre en pains » ; de même l'épicier extrait de celui-ci le « sucre en morceaux » ; leurs prix se tiennent, il est vrai, dans d'étroites limites — car tout à fait comme les autres espèces apparentées, ces articles
peuvent se remplacer mutuellement — mais leurs prix ne se modifient pas toujours de la même façon quand il y a hausse et baisse. Le commerce du négociant en gros et de l'épicier, qui succède à l'exploitation du fabricant et souvent cause aussi des frais de transport, n'achève que la production de l'article pour la vente au détail, tout à l'opposé du marchand qui achète des produits et des déchets agricoles pour les revendre par wagons et qu'il faut considérer comme producteur d'articles pour la vente en gros. En outre un individu qui vend au détail ou qui, à l'inverse, constitue des unités plus grandes, peut aussi être en même temps consommateur et producteur au sens étroit du mot; il est en situation d'éviter de détenir des restes de consommation et de production en les vendant à un prix de délail moins élevé ou bien en les complétant en unités courantes en achetant le complément à un prix de détail plus élevé, ou bien enfin cet achat complémentaire lui permet d'économiser le prix d'achat d'unités totales qu'il ne pourrait plus consommer. 11 y a ainsi des articles qui, en plus de tous les autres usages, peuvent être employés à la production d'un article de qualité identique destiné au commerce au détail ou, à l'inverse, au commerce en gros, et cela peut se rencontrer avec ou même au lieu de la possession de reliquats invendables. Pour pouvoir établir avec exactitude la courbe de la jouissance afférente à un tel article .4, il faut donc connaître non seulement les prix de tous les autres articles et le prix futur tg* de A, attendu par l'individu considéré, mais encore ces prix auxquels l'on pourrait acheter ou vendre des unités courantes de la même qualité soit plus grandes, soit plus petites; nous avons vu de même, auparavant, que pour établir la courbe de la jouissance relative i un article d'usage il faut connaître les prix des exemplaires usagés et ceux auxquels on prend et l'on donne en locatiou. Mais ici, par suite de l'identité complète de l'article, nous pouvons suivre d'un cas à l'autre la modification subie par
220 part. v. — l'individu détenteur d'un stock
la courbe de la jouissance; nous allons, dans ce but, recourir à un exemple.
Soit un individu qui consomme et produit des cigares d'une certaine espèce et qui peut aussi spéculer en cet article, et soit gagn (fig. 61 a) la courbe de la jouissance relative à cet article qui correspond au cas où l'achat et la vente n'ont lieu que pièce à pièce; supposons indiquées par des ordonnées pointillées les abscisses représentant l'achat ou la vente de 100, 200, 300, etc., exemplaires. Si par contre les transactions n'avaient lieu que par boîtes de 100 cigares, nous aurions à reproduire dans la figure 6t b les ordonnées pointillées de la figure 61a au-dessus des abscisses représentant l'achat ou la vente de 1, 2, 3, etc., boîtes; en effet la jouissance due à ces quantités exactement égales à un nombre déterminé de boîtes ne change pas si les transactions portent sur des unités plus importantes. 3Iais dans ce dernier cas on ne peut vendre les quantités intermédiaires ; nous obtenons ainsi, en joignant les points terminaux des ordonnées en question une nouvelle courbe gagn , c'est-à-dire la courbe de la jouissance relative à l'article « Cigares par boîtes de 100», qui tient compte des diverses possessions de stocks envisagées plus haut (§ 68), mais non de la possibilité d'un achat ou d'une vente au détail. Si maintenant l'individu est en situation de pouvoir acquérir des cigares un par un au prix fixe OP{ et s'il peut les vendre, mais seulement au prix fixe inférieur OP.2 , on constate une nouvelle modification de la courbe de la jouissance gagn (fig. 61 b), car celle-ci prendle tracé ga.g,i, en partie dessiné en rouge. Pour nous rendre compte de ce changement, considérons dans la figure 61 a le point d'intersection de la dérivée et de la ligne du prix OPi — point qui dans notre figure se trouve au-dessus de l'abscisse positive 210 — ; nous trouvons alors dans l'écart vertical de ce point d'intersection et de la courbe gagn la satisfaction que peut obtenir l'individu considéré, le prix d'achat au détail OPi ne variant pas, sans
achat ni vente de l'article « cigares en boîles ». Nous devons faire figurer cette satisfaction dans la figure 61 b comme ordonnée initiale Obx de la nouvelle courbe de la jouissance gaigm- Cette nouvelle ordonnée initiale O&i est pins longue que Ob ; en effet, bien que ces deux ordonnées représentent la satisfaction que l'on peut obtenir sans achat ni vente de boites complètes, Ob, comme toute la courbe gngn (fig. 61 b), est valable pour le cas où les transactions ne se font que par boites; la possibilité de pouvoir acheter des cigares un à un, 210 dans notre exemple, augmentera en tout cas la satisfaction. 11 est également évident que, si une ou deux boites étaient mises gratuitement à la disposition de l'individu, sa jouissance dépasserait la jouissance initiale Obi '■ cette différence serait égale à la diminution de dépense en résultant pour respectivement 100 ou 200 cigares en détail au prix OPx ; le côté de la courbe de la jouissance gaigm situé à droite de l'axe des ordonnées doit donc, à partir du point b{ jusqu'au prént y.2 situé au-dessus de l'abscisse -2, être en ligne droite el parallèle a la ligne du prix OP{ ; cela veut dire qu'il ne peut naturellement y avoir d'achat de boites, tant que leur prix est supérieur kOPx. Mais, si le prix des boites descend si peu que ce soit au-dessous de OPiy l'individu continuera bien, après comme avant, à acheter en tout 210 ci, um res, niai- il préférera en acquérir deux boites à leur prix inférieur et lu, un à un, au prix OPt. A partir du point Y> la nouvelle courbe de la jouissance gaigm suit la direction de la tangente menée de ce point à l'ancienne courbe de la jouissance gagn (fig. 61 b), c'est-à-dire, dans notre graphique, jusqu'au point y.( situé au-dessus de l'abscisse 3; si le prix des boîtes descend au-dessous de la limite donnée par la direction yty3, on achètera 3 boites, et l'achat de cigares isolés cessera tout à fait. Plus loin — dans notre graphique jusqu'au point 7, situé au-dessus de l'abscisse S — la courbe guigni coïncide avec la courbe gagn (fig. 6U>), tandis qu'à partir de -^l'influence du prix de vente au détail Ol\ se fait
222 part. v. — l'individu détenteur d'un stock
à nouveau sentir. La figure 61a nous montre en effet que le point d'intersection de la ligne du prix OP2 avec la dérivée se trouve au-dessus de l'abscisse 525; l'individu qui, si c'était possible, achèterait à ce prix 525 cigares, en restera donc à cette quantité et vendra au prix OP2 ce qu'il devra acheter en sus, c'est-à-dire 75 cigares sur 6 boîtes. La recette qui en résulte s'ajoute ainsi à la jouissance que les 525 cigares permettent d'atteindre. Menons maintenant une tangente à la courbe gagn (flg. 61a) qui soit parallèle à la ligne du prix OP2 et prolongeons-la jusqu'à son intersection avec la première verticale pointillée située à droite, la sixième dans notre graphique. L'ordonnée de ce point d'intersection représente la satisfaction que pourrait se procurer l'individu, s'il lui est possible de vendre au détail au prix OP2, en se procurant gratuitement 600 cigares, c'est-à-dire 6 boites. Il n'en est d'ailleurs ainsi que quand la vente de cigares un à un n'occasionne ni fatigue ni désagrément, sinon cette satisfaction serait moins considérable, mais — si toutefois on a profité de la possibilité delà vente au détail — elle serait encore supérieure à l'ordonnée de la courbe gagn (fig. 61 b) sise au-dessus de l'abscisse positive 6; nous avons donc à tracer ici une ordonnée plus longue et nous obtenons ainsi le point y6 de la courbe delà jouissance gaigni* De ce point et vers la gauche, menons une nouvelle tangente à la courbe gagn (fig. 61 b), et, comme le point de contact est en y5, la nouvelle séparation des courbes gagn et gaigm a lieu à cet endroit. En effet, dès que le prix des boîtes tombe au-dessous de la limite indiquée par la direction Y5y6, il y a achat de six boites et vente d'une partie de leur contenu au prix de détail OP,, bien que le prix des boites puisse être encore supérieur kOP2. Par contre, à droite du point y6, la courbe ga^g», est plus élevée que la courbe gagn et elle n'atteint son maximum que beaucoup plus loin à droite, mais la partie droite, à droite du point y6, de la première courbe est cependant déjà moins escarpée
i.llAP. II. — LES STOCKS INVENDABLES 223
queOP2 . La direction de cette partie donne en effet cette limite au-dessous de laquelle le prix des boites doit descendre pour amener l'individu à s'engager dans cette affaire spéciale des achals de boites en vue de la vente au détail. En général on ne s'occupera pas de ce genre d'affaire, pour une ou pour peu de boites; on ne s'y livrera que s'il y a moyen de le faire sur une plus grande échelle, de sorte que du point y6 vers la droite on aura une partie droite plus longue, dont la projection horizontale donne un plus grand nombre de boîtes. De même le côté gauche de la courbe gaigm, débutant au point bl} a une partie plus longue en ligne droite, plus raide que OPlt parce que sa direction donne cette limite au-dessus de laquelle le prix des boîtes doit s'élever pour inciter l'individu à limiter*ou à abandonner sa production de cigares afin de se consacrer à l'achat de cigares isolés au prix OP{ et à leur revente en boites. Plus loin, naturellement, cette branche de la courbe s'infléchit aussi, car cette affaire comporte des ennuis et des risques croissants. Les différences en question entre les courbes noire et rouge delà jouissance (fig. Bl b\ ressorlent dans leurs dérivées avec plus de netteté encore.
Naturellement les modifications des courbes gagn (flg. 616) seraient autres, bien qu'analogues, si les prix auxquels les cigares pris un à un peuvent être achetés ou vendus étaient assez élevés pour que la ligne du prixO-Pt ou encore la ligne du prix OP., atteigne la dérivée (fig. 61 a) à gauche du point 0, ou s'il y avait un prix fixe unique auquel les cigares isolés pourraient être aussi bien achetés que vendus. Il peut enfin se faire que le prix des cigares détaillés soit donné comme variable et le prix des boîtes comme constant, ou qu'il y ait un prix constant auquel l'individu pourrait veudre et un autre, plus élevé, auquel il pourrai! acheter les boîtes. Dans ce dernier cas un rameau se détacherait a droite et à gauche de la courbe g„gn (fig. »il,/ 1; le rameau droit serait valable si le bas prix des cigares en détail rendait ré mu-
224 part- v. — l'individu détenteur d'un stock
nératrice leur réunion en boîtes et le rameau gauche si le prix élevé des cigares isolés rendait rémunérateur l'achat de boites en vue de les écouler en détail.