LE MONOPOLE
72. Le monopole de vente et le monopole d'achat. — Dans nos dernières considérations, il ne nous a déjà plus été possible de passer sous silence l'influence de l'individu sur le prix; nous voulons maintenant abandonner, au sujet de l'article A, l'hypothèse faite plus haut (§ 1) que, par suite de l'importance du marché, toute individualité économique se comporte comme si son propre achat et sa propre vente n'avaient aucune influence, et nous allons supposer que l'individu en question est conscient de son influence sur le prix de A. Mais, après comme avant, les prix des autres articles sont considérés comme invariables et l'unité courante est considérée comme très petite par rapport à la quantité annuelle ; il en résulte que les courbes relatives audit article ont un tracé continu.
Admettons qu'un individu, grâce à un brevet, un privilège ou la disposition exclusive d'un moyen de production indispensable, possède le monopole absolu de la production cl par suite de la vente de .1; sa courbe individuelle du coût forme en même temps la courbe totale OA (flg. 63). C-e producteur n'a pas à tenir compte de toutes les raisons
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qui amèneraient un certain nombre d'entrepreneurs concurrents, ayant aussi OA pour courbe totale du coût, à étendre leur vente jusqu'à la quantité Oa0 , que détermine l'intersection des courbes tracées en rouge, la dérivée OA' et la courbe totale de l'offre ON' ; il est à même d'obtenir un bénéfice net beaucoup plus considérable en limitant sa vente à une quantité plus faible. S'il ne vend par exemple que la quantité Oa, il peut, comme les acheteurs sont prêts à dépenser dans ce but la somme ad', élever sa recette à ce chiffre et obtenir ainsi le prix beaucoup plus élevé OP, donné par la direction du rayon vecteur Od'. Le gain du monopoleur s'élève donc de bQc0 à bd' et celui de l'acheteur s'abaisse de c()d0 à dd! . L'exploitation du monopole entraine pour le consommateur un désavantage nécessairement supérieur à l'avantage du monopoleur ; le gain commun régresse en effet de son maximum b0d0 à bd. Comme nous le voyons, le gain total du monopoleur est mesuré par l'écart vertical des courbes OA et ON', pour toute quantité apportée sur le marché ; l'abscisse Oat pour laquelle ces courbes ont des tangentes parallèles et ont par conséquent le maximum de distance représente donc la quantité la plus avantageuse pour le monopoleur vendeur, et Oa0 est la quantité maximum qu'il puisse livrer. OPl indique le prix le plus avantageux et<9P0 le prix le plus bas ; entre ces deux limites la fixation du prix dépend de la volonté du monopoleur, car il a la faculté de se borner juste à la quantité qu'il peut débiter au prix en question ; mais il n'a aucun intérêt à élever le prix au-dessus deOPi car son gain se trouverait réduit de ce fait.
S'il s'agissait non plus du monopole d'un seul, mais du monopole de tous les producteurs coalisés de l'article A, leur courbe totale du coût serait également OA et nous aurions affaire aux mêmes limites du prix. Le syndicat convient par exemple du prix OP (fig. 63) ; il en résulte pour le débit de chacun, si l'on veut que la quantité totale
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à vendre, Ou, ne soit, pas dépassée, cette quantité pour laquelle sa courbe individuelle du coùl a la même direction tangentielle que la courbe OA au point 6. Si, par conséquent, la courbe individuelle du coût 01 fig. b'4) de l'entrepreneur I a, au point r, celte même direction tangentielle, il est amené à la production de la quantité Oq, el son profit est représenté par pr. Si l'entrepreneur I avait la possibilité, étant donné le prix OPt d'agir suivant son intérêt personnel, la production de la quantité Oqx lui permettrait d'obtenir un bénéfice net r,r,' beaucoup plus considérable, comme il résulte de sa courbe de l'offre 01'. Mais, dès qu'il met sur le marché cette quantité plus forte, le prixOP ne peut plus se maintenir; la coalition se romprait et la concurrence de tous les autres producteurs ramènerait le prix à OP0 au profit des consommateurs. A ce prix, 1 ne peut livrer que la quantité Oqv toutefois supérieure à Oq, mais son bénéfice ne s'élève plus qu'a /•/,, , par conséquent à un cbiffre inférieur à pr, qu'il eût atteint si la coalition ne s'était pas dissoute et si la quantité Oq avait été conservée. Comme la production et la vente, la consommation et l'achat d'un article A peuvent être monopolisés ; tel estle cas, par exemple, dans tous les pays où existe le monopole du tabac, à l'égard du tabac indigène. Si la courbe de L'utilité de l'acheteur monopoleur est en même temps la courbe totale ON (fig. 63), et si OA est la courbe totale de l'offre des vendeurs concurrents, le monopoleur peut faire baisser le prix beaucoup au-dessous OP0 en bornant les achats a une quantité inférieure hOa0. S'il se contente par exemple de Oa, il n'a besoin de dépenser qu'une somme ab , c'est-àdire d'acheter au prix moins élevé représenté par la direction du rayon vecteur Ob' ; son avantage croit abus ,1.' a h d, celui des producteurs baisse de h ,c, à l>h et le bénéfice commun recule de b d, a /><{. Ici encore L'exploitation du monopole a pour effet la diminution du bénéfice commun ; aussi l'avantage obtenu par le monopoleur est-il inférieur
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au désavantage subi parles vendeurs. Le bénéfice du monopoleur est mesuré par l'écart vertical des courbes ON et OA', il atteint donc son maximum pour la quantité Oa., pour laquelle ces courbes ontdes tangentesparalleles. A la quantité la plus avantageuse Oas correspond le prix le plus bas OP„ ; le monopoleur peut à volonté fixer le prix entre OP, et OPa par la limitation de ses achats. Si le monopole est exercé par une coalition, chacun des membres doit se borner à acheter cette quantité qui serait à déterminer de la même façon que ci-dessus. Si, conformément à sou intérêt personnel, il voulait acheter plus, la coalition serait rompue ; il en résulterait, en fin de compte, un désavantage pour lui et un avantage pour les vendeurs et, de plus, une augmentation du bénéfice commun.
73. Le bénéfice du monopole. — Le bénéfice en rapport avec une quantité quelconque Oa (flg, 63) et advenant à un producteur ou un consommateur monopoleur contient le gain normal ou de la vente, bb', ou, de l'achat, ddJ , qui se serait produit si la libre concurrence avait amené l'individu en question à vendre ou acheter cette même quantité. Dans les deux cas ce gain s'accroît du gain b'd' dû seulement à la situation privilégiée du monopoleur et que nous appellerons bénéfice pu monopole. Pour toute quantité vendue ou achetée de A, ce bénéfice est mesuré par l'écart vertical des courbes OA' elON1 ; il disparaît donc pour la quantité maximum Oa0 , etil augmente à mesure que diminue la quantité, jusqu'à atteindre son maximum pour ce montant Oa3 pour lequel ces deux courbes ont des tangentes parallèles. Mais il ne s'agit pas pour le vendeur ou l'acheteur monopoleur d'obtenir juste le gain maximum du monopole, car toute augmentation de ce gain a pour effet une diminution du bénéfice de vente ou d'achat ; la quantité ne sera en aucun cas réduite plus loin que Oas ou Oas, quantités pour lesquelles le monopoleur obtient la rente totale maix-