CHAP. I. — LE MONOPOLE
ou la remplacer par la lignite, si un acheteur d'huile d'éclairage s'est procuré des lampes à pétrole, la courhe individuelle de la demande pour l'article en question change de façon durable. Cette courhe devient ou bien moins escarpée d'un bout à l'autre, de sorte que le prix maximum d'achat baisse également, ou bien, comme nous l'avons vu au § 58, elle ne devient telle qu'à partir de cette quantité réduite avec la consommation de laquelle cadre la nouvelle installation. Un tel changement de forme d'une courbe individuelle de la demande reste indifférent au monopoleur qui a fixé son prix plus bas que OPi , quand il ne se répercute sur la courbe totale de la demande que pour les quantités supérieures kOal , car ce monopoleur peut toujours rester indemne à condition d'augmenter à nouveau le prix. Mais, si le changement de forme de la courbe individuelle se produit déjà pour les quantités inférieures à Oax , dans la courbe totale ON' — et ce sera presque toujours le cas si la limite du prixOP, est dépassée, — celte limite supérieure OPi est elle-même rabaissée en même temps, et le monopoleur ne peut ensuite, dans aucune circonstance, obtenir un avantage aussi considérable qu'avant. Il ne faut pas non plus perdre de vue que toute augmentation notable du prix d'un article monopolisé suscite l'apparition de substituts et exerce une certaine influence sur les prix de tous les autres articles et sur l'appréciation individuelle de la valeur de l'argent du côté des acheteurs. Nous avons exclu par nos hypothèses celte réaction sur la courbe totale de la demande, mais en réalité il y a là une difficulté particulière de se rendre un compte exact du tracé de cette courbe, de sorte qu'une exploitation totale du monopole est impossible a priori.
Toutes ces considérations valent en fait aussi pour les monopoles d'Etal. C'est au sujet du sel qu'il faut le moins songer à la pleine exploitation du monopole, car en face de l'avantage fiscal il y a un désavantage considérable pour la population, soit que les uns se voient forcés de diminuer
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leur consommation de sel, "soit que l'appréciation de la valeur de l'argent, accrue par l'augmentation de la dépense, oblige les autres à restreindre leur train de vie d'un autre côté. Cette raison nous a permis (§ 12) de ranger le sel sans réserve dans notre troisième groupe même pour les pays à monopole, bien que cela serait impossible, comme nous venons de voir, au cas d'exploitation intégrale du monopole. Mais, s'il s'agit des articles de luxe, les cigares fins par exemple, auxquels ne s'appliquent pas des raisons de ce genre, le rendement du monopole n'est jamais important; l'augmentation du prix trouve, en outre, une limite dans la facilité de la contrebande. De même, pour d'autres monopoles d'Etat et en vertu d'autres considérations économiques, le prix reste souvent, dans une assez forte mesure, au-dessous de la limite supérieure possible. Ainsi, quand on introduisit en Autriche la taxation des télégrammes d'après le nombre des mots, ce qui constituait une augmentation du prix de la plupart des dépêches, il en résulta une diminution du nombre de ces télégrammes et une réduction encore plus importante des mots télégraphiés ; les recettes brutes s'accrurent pourtant, et cela démontre qu'aupara,vant, tout au moins, les télégrammes faisaient partie de notre troisième groupe. La circulation des personnes sur les voies ferrées paraît, au contraire, se rapprocher partout des articles de luxe, c'est-à-dire de notre premier groupe, car tout abaissement de leur tarif d'ordinaire fait croître le produit brut.
De même et pour les mêmes motifs, un acheteur monopoleur, par exemple la régie du tabac quand elle fait l'acquisition de feuilles indigènes, ne pourra pas non plus acheter au prix minimum OP2 la quantité la plus avantageuse Oa2. De même encore un intermédiaire ou un entrepreneur de transport monopoleur ou l'Etat qui s'empare du monopole sous forme d'impôt de la rente, ne pourront aller jusque l'extrême limite qui leur serait le plus profitable. Si l'on essayait d'obtenir la rente maximum du mo-
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nopole ou d'arriver à l'exploitation intégrale d'un monopole de production pour un article dont la courbe totale de la demande ON' n'est atteinte par la courbe OA' que dans sa partie nettement descendante, l'opinion publique, hostile à renchérissement monopolistique d'un tel article de consommation commune, se manifesterait avec énergie; le monopoleur se montre prêt à céder dès qu'il trouve que le dommage subi par la communauté par suite d'une nouvelle augmentation du prix serait supérieur à son propre bénéfice. Reproduisons dans la figure 67 les courbes de la figure 66 et. parlant de l'abscisse Oa0 , suivons-les vers la gauche : nous observons que tout d'abord OC est plus escarpé que OG et ON' que O-Y ; dans le voisinage du maximum de OG ou de ON' ces courbes sont au contraire plus rapprochées de l'horizontale que les parties, situées au-dessus, des courbes OG et ON. Le bénéfice du monopole (les ordonnées de la courbe OG') et également le profil d'un monopole de produclion Ha différence des ordonnées des courbes ON et OA) croissent ainsi, tant que le prix reste peu élevé, avec plus de rapidité que ne décroit le bénéfice commun ; ce dernier est représenté d'un côté par les ordonnées de la courbe OG el de l'autre par l'écart vertical des courbes ON et OA ; cette relation se renverse par contre pour les prix élevés. 11 doit donc toujours y avoir une quantité débitée qui ne peut être amoindrie, si la réduction apportée au bénéfice commun ne doit pas surpasser l'augmentation do bénéfice du monopoleur. Pour cette quantité les tangentes pointillées des courbes OG et OG' d'une part, et des courbesO.Y et OA'' de l'autre (fig. 67), sont également inclinées par rapport à l'horizontale.
75. Monopoles locaux. — Outre les monopoles absolus, dont nous avons parlé jusqu'ici, il se trouve très souvent des monopoles basés sur des circonstances extérieures. Notamment dans le commerce de détail, un débitant isolé
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est à l'égard de ses clients aisément en situation de pouvoir fixer de façon monopolistique le prix de l'article vendu, quoique, dans d'étroites limites, les derniers consommateurs paient pour une seule et même marchandise un prix plus élevé non seulement quand elle leur est livrée a domicile, mais encore quand ils la trouvenlchez le négociant ou l'épicier voisin; seul un prix sensiblement plus bas peut les amener à rechercher une source plus éloignée. Cette marchandise se présente donc dans chacun de ces cas comme un article particulier qui tout en étant de la même qualité que celle offerte par d'autres commerçants n'est pas tout à fait identique. Chaque article distinct à ce point de vue a d'ailleurs dans l'offre de la même marchandise par d'autres négociants des succédanés très proches, qui peuvent facilement le suppléer, notamment quand il y a, comme dans les grandes villes, de nombreux commerces analogues dans le même quartier. Par contre l'unique épicier d'un village peut, dans le renchérissement monopolistique de ses marchandises, aller d'autant plus loin que ses clients devraient consacrer plus de temps et d'efforts pour faire leurs emplettes ailleurs. Pour les vivres qui, comme la viande, le lait, le pain blanc, la bière, etc., doivent être achetés frais tous" les jours et même plusieurs fois par jour, la détermination monopolistique du prix, de la part des vendeurs, trouve même, dans les villes, un champ libre étendu, car la dépense de temps nécessaire pour aller trouver un concurrent meilleur marché, mais plus éloigné, est prise en considération même par les personnes les moins aisées. Cela peut avoir celte conséquence que les prix de détail de ces articles ne sont que peu influencés par les variations du prix de gros. Le phénomène frappant et souvent observé que les prix de détail d'habitude ne suivent que la hausse et beaucoup moins la baisse des prix des matières premières pourrait trouver son application dans ce fait que les détaillants, à l'instar des vrais monopoleurs, ne connaissent pas d'une