Procédé mixte ou de Bourdillat
Inciser en un seul temps la couche de tissus placés en avant de la trachée, puis en un deuxième temps et toujours dans l’étendue convenable, la trachée ellemême. Placer pour cela l’index gauche à la partie supérieure de ce conduit, puis par une ponction plonger la pointe du bistouri sur la ligne médiane au-dessous du cricoïde, à la profondeur de 1 centimètre environ. Prolonger ensuite l’incision de haut en bas dans l’étendue de 1 cent. 1|2 à 2 cent. On divise ainsi tous les tissus placés dans le champ de l’instrument.
La plaie est plus régulière, plus petite, le parallélisme entre les plaies cutanée et trachéale plus parfait, et l’emphysème plus rare, la cicatrisation plus rapide, la cicatrice moins étendue, la fièvre inflammatoire
moindre, l’exécution enfin plus facile (Boissier, thèse Bourdillat, Soc. méd. des hôpitaux. Bull. 1867),
Cette méthode n’expose pas plus que les autres à tomber à côté de la trachée ; avec elle on ne risque pas de léser la paroi postérieure de la trachée (Bourdillat).
Quant à exposer moins aux hémorrhagies et à leurs effets nous ne le pensons pas. Sans aller peut-être jusqu’à dire avec Labrie et St.-Germain, que c’est un procédé aveugle, ayant la plupart des inconvénients de celui de Trousseau sans en avoir les avantages, nous restons persuadé qu’il est moins sûr que le procédé ordinaire, et pour notre part nous ne l’emploierions que dans les cas où il faudrait opérer très-vite, c’est-àdire sur un sujet qui serait sur le point d’expirer.
4o Perte de substance à la trachée .
Quelques médecins, frappés des inconvénients que peuvent présenter les instruments, quels qu’ils soient, ont pensé qu’on les éviterait en ouvrant à l’air un libre passage à travers les parties sans le secours d aucun dilatateur. Le célèbre chirurgien anglais Lawrence a conseillé d’enlever une partie des cerceaux cartilagineux incisés, et il a pratiqué cette opération que Carnichael a faite après lui (Voir Trans. ofthe Assoc. of the Dublin coll. of Phys. 1834, t. IV, p. 312).
Pour pratiquer cette opération, Porter recommande (Gaz. méd. de Paris. 1865) si on n’à pas sous la main les instruments de Milhken ou de Marshall Hall, de se servir d’un petit ténotome pointu à lame étroite, mais forte, ou simplement d’un trocart et d’une canule. Car-
miehael, après avoir fait l’incision de la trachée, avait employé une paire de ciseaux, propres à l’opération du bec de lièvre.
Pour lui l’introduction de cette dernière est plus facile. On ouvre ainsi à l’expulsion du mucus et des fausses membranes une plus large voie. La canule est aussi plus solidement maintenue. On n’a pas, par ce moyen, l’inconvénient qu’on éprouve avec les incisions, d’une petite ouverture triangulaire au-dessus et audessous de la canule, pouvant laisser couler le sang dans la frachée. Enfin l’extraction des corps étrangers est simplifiée.
On a reproché à ce procédé : lo d’être très-difficile à exécuter (Ryland, the Edinb. med. and surg. journ.,
1 838); 2° de rendre l’opération beaucoup plus longue; 3° de ne pas donner une ouverture suffisante ; 4° de ne pas obvier à l’obstruction de l'ouverture artificielle occasionnée parle gonflement inflammatoire des tissus; 5° de faire à la trachée une perte de substance qui peut plus tard en diminuer le calibre et rendre l’entrée de l’air insuffisante (Valleix).
Ryland dans ses Diseases of the larynx , craint aussi que des rétrécissements ne puissent en être la conséquence, surtout chez les jeunes enfants. Aussi Liston repousse-t-il cette opération. Cependant Wells qui en a fait l’essai, dit que toujours l’ouverture s’est fermée par une cicatrice ligamenteuse, sans rétrécissement (art. Bronchotomy of Cyclopedia of pratical surgery).
D’autre part, nous lisons dans la thèse de Cook (1843) qu’une perte de substance pratiquée au canal aérien, soit par l'instrument tranchant, soit par le cautère ac-
tuel, doit être proscrite non pas, parce que lors de la cicatrisation, il en résultera des rétrécissements incurables (Velpeau) mais, parce que, quelque considérable que soit la perte éprouvée par la trachée, l’ouverture devant rester béante peut-être cinquante jours, les bourgeons charnus ne manqueraint pas de la boucher, si un corps étranger ne s’opposait pas à cet inconvénient.
Somme toute, l’excision est une mauvaise opération, à laquelle on devra toujours préférer la simple incision.