PLANCHE I
Anatomie pathologique d’un cancer de la lèvre, extirpé par M. SépiLLor, Le 5 avril 1845.
Fig. 1. Coupe schématique.
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Peau du menton
SES a
Muqueuse Glandes labiales
Muscle orbiculaire
(Grossissement de 500.) Fig. 5.
7 centimill
Fig. 4.
État des parties voisines. Les parties en contact avec la tumeur sont le derme, le muscie orbiculaire, les glandes labiales et la muqueuse. Cette dernière seule est altérée aux approches de la tumeur, et en quelques points elle est épaissie; les autres organes énumérés n’ont pas subi d’altération de texture. Entre le muscle et la tumeur, par exemple, la transition est insensible, on trouve sur la limite des deux un
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pêle-mêle de fibres musculaires non altérées, et d'éléments de la tumeur. Même rapport avec le derme et la muqueuse. La tumeur est en contact avec les grains des glandes labiales restées parfaitement saines, et leur nombre re paraît pas diminué. Par contre il semble que la tumeur était en train d'envahir les autres parties de la lèvre, de les détruire et de se substituer à eux. |
Forme de la tumeur. Les parlies normales de la lèvre forment une espèce de cratère, dont le fond est constitué par les couches musculaire et glanduleuse, et dont les parois le sont par la peau et la muqueuse plus ou moins déjetées en dehors. La tuiweur adhère à toute la surface de ce cratère, en ne laissant libres que quelques points du rebord cutané (a) et du rebord muqueux (b , fig. 1. L’adhérence est pea forte, la tumeur se laisse arracher assez facilement, et offre alors une face (adhérente) irréguliérement mamelonée, crevassée (voy. fig 2), ressemblant, en petit, à la surface utérine du placenta. Arrachée, la tumeur représente une espèce de croûte , épaisse de six millimètres en moyenne, d’une consistance moindre que celle du squirrbe, croûte qui se laisse facilement déchirer (ou plutôt casser), selon sa largeur, en fragments comprenant toute l’épaisseur de la tumeur. La cassure se fait de préférence au piveau des crevasses remarquées sur la face adbérente,
La surface libre de la tumeur est plus lisse que cette dernière, ce qui est dû, sur la partie antérieure du moins, à un enduit friable, presque d’un jaune sale qui égalise la surface. Car , en grattant cet enduit, on obtient une surface brunâtre, grisätre, hérissée de petits mamelons blanchâtres, ayant à peu près un millimètre de diamètre. Sur la partie postérieure buccale de la tumeur, l’enduit manque, et les mamelons sont aplatis, serrés les uns contre les autres, séparés par quelques crevasses fines; ces dernières se Le des aussi sous l’enduit de la partie antérieure.
L'arrachement de cette croûte n’enlève pas toute la matière morbide ; les parties les plas profondes et les plus molles sont restées adhérentes aux parois du cratère, en partie infiltrées dans ses parois, et la surface oblenue ainsi est très-inégale, déchirée, floconneuse, comme celle de certains ulcères putrides : la teinte est bruvâtre.
Structure de la tumeur. En pratiquant une coupe verticale, on voit que les mamelons blancs de la surface libre ne sont que les extrémités de petits cylindres ou filaments claviformes
blancs, plongés dans une substance grisätre translucide, dans laquelle ils vont peu à peu disparaître, en approchant de la face profonde de la croûte. Cette face profonde est exclusivement formée par la matière grise, plus ou moins abondante; matière qui manque presque complétement vers l'extrémité gauche de la tumeur.et dans sa partie buccale. Sur la coupe elle figure comme strie grisâtre alternant avec les stries blanches plus larges. En quelques points ces stries grises sont elles-mêmes striées de rouge simulant des vaisseaux; mais le microscope démontre que ce sont de petits épanchements de sang. ï
Les éléments microscopiques de latumeur sont: Fig.3, noyaux d’épithéliom ; fig. 4, noyau autour duquel la cellule a commencé à se former; fig. 5, cellule ou écaille d’épithélium parfaite; fig. 6, id. chiffonnée, flétrie; fig. 7, transformation de cette écaille qui la fait ressembler à un tronçon aplati de fibre: dans quelques corpuscules de cette espèce on voyait encore le noyau. Ces éléments sont distribués dans les quatre substances de la tumeur, ainsi qu’il suit :
4° Enduit. 5 rare, 6 en abondance, souvent comme rongé, et presque méconnaissable. Il y a de plus une espèce de détritus amorphe, des granuiatious isolées ou agglomérées.
20 Cylindres blancs. 3 et 5 en abondance, 4 et 7, forme des groupes par juxta-position, simulant des faisceaux fibreux. Mais je ne vois pas de fibres véritables.
3° Substance grise, fond granuleux , renfermant 3 en abondance, 4, 5,7 et quelques gouttes de graisse.
4° Mélange des éléments ci-dessus avec les fibres des tissus voisins.
Conclusion. Cette tumeur n’est que de l’épithélium nypertrophié, a beaucoup d'analogie avec les verrues, les cors, les cornes, etc., et n’en a aucune avec le véritable cancer.
L'observation de pseudo-cancer de la lèvre inférieure, dont nous venons de rapporter les détails, a les conséquences pratiques les plus importantes.
Une opération sanglante, douioureuse, toujours effrayante pour le malade et ses proches, devient quelquefois inutile , et l'espoir et la confiance renaissent pour des malheureux qui se croyaient condamnés, dans leur vie et
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leur postérité, à l’imminence d’une affection presque fatale.
M. H. LegerT a rassemblé plusieurs exemples analogues de pseudo-cancers des lèvres, et après avoir cité l’opinion des chirurgiens qui s'accordent à considérer le cancer des lèvres comme un de ceux dont la guérison offre le plus de chances de succès, il se demande, comme nous l’avons fait, si cette doctrine conserve quelque valeur, en présence des nouveaux éléments d'appréciation et de certitude que nous offre l’inspection microscopique des tissus altérés.
Ces remarques ne sont pas seulement applicables aux cancers des lèvres, elles le sont encore à tous les cancers, quel que soit leur siége. La présence des cellules propres au squirrhe et à l’encéphaloïde, devient dès aujourd’hui un des éléments du diagnostic
Les pathologistes qui n’admettent pas la curabilité des affections cancéreuses ont évidemment le droit de réclamer les preuves les plus authentiques de la réalité de la maladie; et c’est dès lors une question à reprendre et à étudier.
Il est sans doute pénible d’être incessamment ramené à de nouvelles séries d'expériences ; mais la science exige ces sacrifices, et ses progrès sont à ce prix.
Nous avons enlevé une autre tumeur des lèvres, désignée du nom de cancer, quoiqu’elle n’en offrit pas Îles véritables caractères ; en voici l'observation :
Obs. 11, recueillie par M. Meyer, aide de clinique. — Tumeur ulcérée des lèvres; excision.
Des ulcérations superficielles avaient envahi depuis deux années la lèvre supérieure d’un homme de cinquante-cinq ans, adonné aux travaux de l’agriculture. Le mal avait fait peu de progrès pendant dix-huit mois; mais,. depuis cette époque, les ulcérations avaient envahi la joue gauche, toute
la moitié correspondante de la lèvre supérieure, en remontant au niveau de l’aile du nez, et dépassaient la ligne médiane d’uo travers de doigt. La commissure et une partie de la lèvre inférieure étaient également devenus le siége de l'affection. Une sorte de fongus rougeâtre existait au-dessous de la narine gauche et projetait des irradiations comparables aux rayonnements des points d'ossification des os plats du crâne.
Quoique l'inspection microscopique de quelques parcelles de tissus excisés ne nous eût nullement révélé l'existence de cellules cancéreuses , nous crûmes nécessaire de pratiquer l'ablation des parties malades , trouvant dans l'ancienneté du mal , l’épaississement des tissus, la profondeur des ulcérations, des contre-indications absolues à un traitement plus simple,
Les portions excisées des lèvres et de la joue avaient, réunies, le volume du poing. On y observait des noyaux blanchâtres , friables, arrondis, du volume d’une noisette, excavés complétement dans leur intérieur par une ulcération rougeâtre. Ces noyaux s’énucléaient avec assez de facilité de l’épaisseur des tissus primitifs, qui ne semblaient pas trèsaltérés au contact et paraissaient n'avoir subi qu'un simple refoulement. Quelques noyaux de même nature, mais pleins et plus petits, étaient disséminés au-dessous de la membrane muqueuse el ressemblaient assez bien à des tubercules isolés. On les écrasait aisément sous le doigt; la coupe en était nette; des lamelles d’épithélium, de la graisse et des granulations framboisées du diamètre des globules du sang, entraient dans leur formation.
Le malade n’avait jamais ressenti aucune douleur lancinante; aucune altération n'était survenue dans sa constitution: il attribuait le développement de son affection au mauvais état de ses dents, qui étaient excessivement sales, noires, acérées, aiguës, dirigées en avant et disposées de manière à irriler continuellement les points correspondants des lèvres, et à en déterminer l’ulcération. Un ganglion engorgé, de la grosseur d’une amande, situé au-dessous du côté gauche de la mâchoire, formait la seule complication.
L'opinion que nous n'avions pas à traiter un cancer, modifia notre opération, car nous enlevâmes par éaucléation quelques-unes des tumeurs siégeant sur la limite de nos incisions ; nous pûmes ainsi conserver une plus grande étendue de téguments, qu'il nous eût fallu sacrifier, si nous eussions voulu enlever la totalité des parties malades.
L’affection dont nous venons de rapporter l’histoire , constituait une variété pathologique dont nous ne saurions encore nettement déterminer la nature. Était-ce une inflammation chronique avec induration, et plus tard ulcération des eryptes muqueux. La connaissance approfondie des diverses modifications morbides, est seule propre à fonder une classification et une thérapeutique rationnelles, et malgré les difficultés d’un pareil travail et la grandeur des études qu’il impose, il nous paraît nécessaire de rentrer dans cette voie, que les anciens avaient suivie, et que nous avons beaucoup trop négligée et abandonnée. |
Un troisième exemple d'affection des lèvres offrant les symptômes communément attribués au cancer , s’est présenté à notre examen , avec les conditions d'autorité scientifique les plus complètes, et le microscope nous fut ici d’un grand secours. |
Le malade opéré un an auparavant par un de mes collègues, vint mourir à la clinique le 46 décembre 4845, le surlendemain de son entrée à l’hôpital. En voici l’observation.
Obs. HI, recueillie par M. RUHLMANN, aide de clinique. — Cancer supposé de la lèvre inférieure ; excision; récidive; mort; examen microscopique de la tumeur.
Le nommé J. Müller, vieillard âgé de soixante et quelques années, ancien militaire, usé par l’âge et les privations, entra à la clinique le 14 décembre; cet homme est émacié, son'teint estjaunâtre ; il reste presque invariablement étendu sur le dos; lorsqu'on essaye d'imprimer des mouvements à ses membres, il jette des cris aigus, et cependant ne répond qu’à peine aux
.questions. La respiration est gênée, les mouvements respira-
toires accélérés. En arrière, la percussion de la poitrine donne un son mat, et à la partie correspondante, on entend à l’auscultation des râles sous-crépitants, mêlés de ronchus vers la