partie supérieure. Le malade n’a pas assez de force pour expeclorer
La peau est chaude, sèche; pouls petit, vif et fréquent.
La soif paraît peu vive; rien de notable du côté des organes digestifs.
A la lèvre inférieure du cô‘é gauche, un peu en avant de la commissure, on voit une cicatrice blanchâtre, linéaire, s'étendant du bord libre de la lèvre, jusque vers le menton, trace de l'opération que le malade avait subie l’année précédente.
A la partie supérieure du cou, un peu au-dessus de l'angle du maxillaire inférieur , et s'étendant vers la région parotidienne et le lobule de l’oreille, existe une tumeur du volume du poing, dure, formée en grande partie par des masses ganglionnaires engorgées et indurées; cependant dans la région parotidienne, cette tumeur est molle et comme fluctuante.
Au centre de la tumeur, il y a une ulcération large, excavée, et qui péoèêtre profondément le long de la branche horizontale gauche du maxillaire inférieur. Le fond de cet ulcère est irrégulier , sinueux, et laisse échapper un ichor fétide, abondant ; il communique avec la cavité buccale, car on peut y faire passer l’air de l’expiration. Les bords sont irrégaliérement rongés. Cette (tumeur est parfois le siége de douleurs lancinantes, et date de ciuq à six mois.
La respiration de cet homme s’embarrasse de plus en plus; la face, les muqueuses à leur origine prennent un aspect violacé; l’assoupissement augmente, et le malade expire quarante heures après son entrée à l’hôpital.
Nécroscopie. L'ulcère de la région sous-maxillaire présente les mêmes particularités que pendant la vie. La peau y a disparu dans une étendue de plusieurs centimètres carrés. Le tissu environnant est dur, comme lardacé; la glande sousmaxillaire est en détritus; la sublinguale, détruite en partie, est dure, comme squirrheuse dans ce qui en resté; c’est au niveau de cette dernière glande que là muqueuse buccale est rongée, et que l’ülcère communique avec la bouche. A la partie supéro-latéraie du co, l’induration s'étend jusqü’au corps thyroïde, dont le lobe gauche a plus de durété que normalement.
A gauche de l’ulcère, dans la région parotidienne, existe une tumeur molle, qui laisse écouler à l’incision une grandë quantité de pus, gris-verdâtre, mêlé de grumeaux, répan-
ar
dant une odeur repoussante, La poche pouvait bien contenir cent grammes de ce liquide. La glande parotide est complétement baignée et comme disséquée par le pus; elle n'adhère plus que par sa partie toute profonde, mais ne paraît pas altérée dans sa texture.
La table externe de la branche horizontale du maxillaire, dans ses deux tiers postérieurs, est corrodée, rugueuse, dépoaillée du périoste; l'érosion s'étend un peu à la branche ascendante; la table interne est encore plus altérée, Dans une étendue de quelques centimètres, elle est détraite avec le diploé jusqu’à la table externe, et l'on voit à nu l'artère et le nerf dentaires; ce dernier est épaissi, bléuâtre par son immersion dans le pus. |:
Les poumons sont engouës à leur partie postérieure, et adhèrent à la plèvre costale par une pseudo-membrane mince et transparente.
Les cavités droites du cœur sont remplies de caillots de sang noir.
Les viscères abdominaux ne présentent rien de pathologique.
Examen microscopique. Diverses séreclres de la tumeur furent étudiées avec soin au microscope, et l’on n’aperçut aucun vestige de cellules fibreuses ni cancéreuses, C'était un mélange d’épithéliumn , de globule de graisse , de sang, de pus et de fibres à formes irrégulières.
Ce fait nous parait soulever plusieurs questions d’un véritable intérêt. D'abord est-il possible de nier la nature cancéreuse de l'affection, en présence des symptômes observés : première tumeur prise pour un cancer, et opérée comme tel. Guérison apparente; puis récidive; envabissement et destruction des parties voisines et profondes; altération de la constitution et mort du malade. Les douleurs avaient été lancinantes, les ulcérations rongeantes; ce sont là des caractères d’une valeur incontestable; et qui sembleraient devoir faire cesser toute incertitude. Mais, d’un autre côté, le mal est resté circonscrit dans la région primitivement envahie. Nulle apparence de tissu squirrheux
ou encéphaloïde; nulle tumeur cancéreuse dans les vis-
cères, absence complète des cellules propres à ce genre
d’altération. Ces dernières considérations nous semblent décisives, et nous croyons être obligé d’en conclure, que nous avions eu sous les yeux une sorte de cancroïde, ou de lésion strumeuse ulcérative, dont l’histoire n’est pas encore suffisamment établie. Les pathologistes qui regardent la récidive comme la pierre de touche des véritables cancers, sont dans l’erreur, comme pouvaient au reste le faire supposer à priori une foule d’affections sujettes à reparaitre, et que personne n’a pour cela confondues avec le cancer. Les caries scrofuleuses se reproduisent d’une articulation sur une autre, après des amputations intempestivement entreprises ; des tumeurs épidermiques, graisseuses , fibreuses, etc., reparaissent après l’extirpation. II ne faudrait donc pas accorder au fait de la récidive une im-
< portance que dénie l’histoire de la pathologie.
Nous avons opéré, le 27 décembre 1845, un autre malade pour une tumeur fibro-épidermique des lèvres. Nous en rapporterons l’histoire en quelques mots, comme nouvel exemple de la fréquence de ces tumeurs justement comparables aux productions cornées que l’on rencontre aux orteils. En
Arrivées à un certain développement, beaucoup de ces lésions ne peuvent être guéries que par une opération, et c’est au bistouri ou au caustique qu’il convient d’avoir recours. Le volume, et la profondeur à laquelle s’étendent les noyaux fibro-épidermiques, la gêne, la douleur et les ulcérations qui en résultent, sont autant de causes de dégénérescence consécutive; mais il faut avouer cependant ” que l’élément cancéreux se montre ici rarement, et qu’un traitement approprié, entrepris en temps opportun, pourrait être suivi d’une guérison radicale.
19 à Obs. IV, recueillie par M. Mever , aide de clinique. — TX \
. Meur fibro-épidermique des lèvres.
Le nommé Dornacher, Joseph, de Strasbourg, âgé de quarante-sept ans, jardinier, se présente à la clinique le 26 décembre 1845. IL y a huit mois, une excoriation s’était formée sur le côté droit du bord libre de la lèvre inférieure. Cette exulcération devint peu à peu le centre d’une induration qui s'établit sous la forme d’un tubercule comme verruqueux. Actuellement on aperçoit à un centimètre de la commissure labiale , une petite tumeur de ia grosseur d’une noisette, tout à fait indolore, ne donnant lieu qu’à une sensation de gêne et de tension; elle se distingue du tissu sain par sa dureté, sa rugosité et sa coloration différente , brunâtre. Aucune douleur lancinante ne s’y est encore manifestée; excoriée superficiellement, elle donne lieu à un suintement qui se dessèche en croûte jaunâtre.
Rien ne donne lieu à soupçonuer une affection cancéreuse ; néanmoins , pour obtenir une guérison plus rapide, M. Sé- DILLOT procède à l’excision de la tumeur. Six jours plus tard, le malade quitte l'hôpital, portant une cicatrice linéaire parfaitement formée.
Examen microscopique. La tumeur, examinée après lexcision, occupait, comme nous l’avons dit, la moitié droite de la lèvre inférieure ; elle avait le volume d’un gros peis gonflé par l'humidité; elle proéminait au-dessus du niveau de la muqueuse de la lèvre et offrait une ulcération nets et saillante à sa face supérieure.
Elle paraissait, à l’œil nu, composée d’une masse blanchâtre, homogène, assez bien arrondie, friable, dont la coupe ne laissait sourdre aucune trace de liquide et dont les adhérences avecle tissu musculaire subjacent vtaientintimes ettrés-fortes.
Le microscope y fit apercevoir beaucoup de lamelles d’épithélium, des globules de pus, un grand nombre de globules semblables à ceux du sang, et des masses de fibres irrégulières. Nous n’observâmes aucune cellule ayant la moindre analogie avec celles des tissus fibreux et cancéreux.
Il serait assez curieux de savoir dans quel sens et de quelle manière les lames épithéliales se trouvent accumulées dans les tumeurs qu’elles constituent.
L’épiderme paraissant sécrété par la couche vasculaire
A ées
du derme, celui-ci serait-il repoussé en arrière, par des dépôts épithéliaux successifs, ou serait-il ulcéré de manière . à ce que les amas d’épiderme passassent au travers, et constituassent des tumeurs plus ou moins profondes? Une observation directe pourrait seule mettre hors de doute ces diverses suppositions, que nous considérons théoriquement comme très-admissibles.
: Nousn’abandonnerons pas l’important sujet des tumeurs de la face, sans y joindre quelques observations également tirées de notre pratique, et propres à élucider les questions qui font l’objet de ce travail.
Obs. V, recueillie par M. BENOIT, aide de clinique. — Tumeur fibreuse du nez.
Prince, Jean-Baptiste, de Steige, cordonnier , âgé de quarante-sept ans, d'une bonne constitution, se fit, il y a près de cinq ans, une simple contusion au niveau de l’angle interne de l’œil et du rebord orbitaire inférieur du côté droit. Il se développa bientôt au lieu indiqué une petite tumeur à base large , assez dure, sensible à la pression seulement dans les premiers jours; elle devint bientôt complétement indolente. La peau n’y subit pas de changement de coloration.
Cette tumeur, développée d’abord rapidement, resta stationnaire pendant trois ans et demi, puis fit de nouveaux progrès, et dans les cinq derniers mois doubla de volume. La peau qui la recouvre s’est un peu amincie, et est devenue plus vasculaire. Prince y enfonça plusieurs fois la pointe d’une aiguille, et alors il s’écoulait en nappe une assez grande quantité de sang noir.
Lors de l’entrée de cet homme à l'hôpital, au commencement de juin 4845, on trouve sa figure déformée par une tumeur arrondie, du volume d’une pomme d’api, trés-saillante, d’un aspect bleu rougeâtre, un peu translucide, sillonnée de petits vaisseaux. Elle est située sur le côté droit du nez, et s'étend depuis le milieu de cet organe qui est assez fortement refoulé à gauche jusque vers la pommette, le rebord orbitaire inférieur, où elle soulève la paupière corres-
pondante, et s'arrête à deux centimétres au-dessus du bord libre de la lèvre supérieure.
La narine droite est complétement aplatie, et fermée par la muqueuse de l’aile du nez attirée en bas par la tumeur. Cette dernière est rénitente, ne s’affaisse point par une pression prolongée, et semble formée par une coque fibreuse entourant un lissu mou et élastique. Elle est un peu mobile.
La peau qui la recouvre, sillonnée de petits vaisseaux bleuâtres , présente en outre de nombreux points noirâtres, orifices des follicules sébacés.
Cet homme réclame l’ablation de sa tumeur , que M. SkpiL- LOT enlève, le 17 juin; deux incisions semi-lunaires dirigées de haut en bas, et un peu de dedans en dehors, circonscrivent un lambeau de peau d’un centimètre de largeur sar six de longueur. :
Les téguments qui donnent beaucoup de sang, sont disséqués des deux côtés, et M. SÉDiLLOT enlève use nortion de lamuqueuse nasale de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes un peu au-dessus du cartilage de l’aile du nez. La tumeur dénudée se présente sous la forme d’une petite pemme lisse, arrondie, adhérente à sa base par des fibres celluleuses assez lâches, qui en permettent l’énucléation. Les tissus environnants sont parfaitement sains. L’hémorrhagie est arrêtée par la ligature de quelques artérioles. On réunit immédiatement la plaie par six points de suture entortillée. Limonade. Fomentations froides.
Le lendemain de l'opération il survient un peu de gonflement œdémateux de la joue, qui cède à l'application de quelques sangsues, Les liquides qui suintent davs la plaie sous la réunion des téguments, s’écoulent librement par la narine, et l’on reconnaît combien a été avantageuse la précaution prise par M. SÉDILLOT, de leur assurer une issue facile.
Onze jours après l'opération, le 27 juin, cet homme sort de l'hôpital parfaitement guéri, ne conservant à la place de sa tumeur qu’une cicatrice linéaire de quatre à cinq centimètres de longueur, s'étendant de i’angle interne de l'œil vers la commissure labiale.
M. Küss a bien voulu examiner au microscope la tumeur, et voici la note qu'il nous a remise sur ce sujet :
La tumeur est bien circonscrite , revêtue d’une enveloppe celluleuse mince et très-adhérente, parce qu’elle est en con-
nexion avec les traînées fibreuses qui parcourent le tissu central en différents sens.
La consistance peut être comparée à celle du foie anémique. Il y a quelques bosselures peu marquées à la surface, mais pas de division en lobes.
Le tissu est fauve clair, translucide, le mors des pinces le déchire facilement ; des stries fibreuses s’y ramifient sans aucune régularité. Sur la coupe on observe un certain nombre de vaisseaux béants, à la manière des veines sushépatiques, et ayant jusqu’à deux millimêtres de diamètre.