‹ Recherches sur le cancerChapitre 5 sur 10 · PLANCHE IV · texte numérisé non relu

PLANCHE IV

Cancer de la tempe gauche. — Récidive. — Mai 1845.

(Grossissement de 500.) b a d c

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6 centimillimétres.

A simple vue on distingue dans le morceau de tumeur qui m'a été remis par M. SÉDILLOT, deux éléments :

4° Un tissu d’un gris jaunâtre, translucide, d'une consistance semblable à celle d’une gelée bien prise, cassant, facile à émietter à l’aide de pinces et à écraser entre deux plaques de verre.

2° Une pulpe blanche formant des foyers petits et disséminés dans la substance grise. 1

Entre ces deux substances il y a des transitions insensibles, comme le prouve surtout l’inspection microscopique. Notons encore que la substance grise renferme un assez grand nombre de petits foyers sanguins.

. Tissu grisâtre. Se compose de cellules a, d, e, pâles , à contours nets, réguliers, la plupart pourvus d’un noyau, rarement de deux (e), et ce noyau entouré d'une espèce d’auréole plus claire que le reste de la cellule. La forme a me semble être la plus fréquente origine de ces cellules. Le noyau ne préexiste pas à la cellale; on trouve, au contraire, isolées ou

par groupes , des cellules f, plus petites que les précédentes. excessivement pâles et difficiles à voir, dépourvues de noyau. Ce dernier ne paraîtse former que lorsque la cellule a acquis un certain développement, pour croître ensuite avec elle (c). Nulle part, dans la substance grise, je n’ai vu de noyaux isolés, de véritables cytoblastes ou germes de cellules, comme cela se voit dans beaucoup de cancers.

Que deviennent les cellules? Les unes conservent leur forme globuleuse, se gonflent, éprouvent différentes altérations dont il sera question plus loin , et finissent par mourir, par se désagréger, pour former un détritus, base de la pulpe blanchâtre déjà indiquée. Les autres prennent une forme elliptique (qu’elles ont quelquefois dès leur origine) pour sabir ensuite les métamorphoses qui précèdent leur transformation en fibres (g, h). Quelques-unes d'entre ces cellules elliptiques éprouvent le même sort que les cellules rondes et tombent en ruine (k).

Tissu fibreux. En quelques points, les masses de cellules de la substance grise sont parcourues par des fibres bien formées (h), constituent une trame plus ou moïns serrée qui emprisonne les cellules a, f. Ailleurs la fibre n’est pas achevée, et l’aspect fibreux est dûù à la disposition régulière de corpuscules semblables à g, etqui , évidemment, forment la transition entre d et À.

IT. Pulpe blanche. Le fond de cette substance est une espèce de poussière amorphe, eutreméêlée de nombreuses gouttelettes de graisse (dont quelques-unes ont près d’un demi-centimillimètre), et de quelques cristaux rhomboïdaux (cholestérine). Ces deux éléments graisseux manquent rarement dans les cancers en décomposition.

Dans cet excipient on ne trouve jamais les formes représentées en a—g, mais bien celles j —#, dans lesquelles on voit la cellule devenir de plus en plus méconnaissable. Selon l'espèce de pulpe que l'on examine, on voit l’un ou l’autre de ces corpuscules j—n prédominer et indiquer un degré différent de décomposition.

En j, par exempie, la cellule a perdu sa transparence ; à la place du noyau il y aun large amas de granulations.

En k— 1 les contours de la cellule sont moins réguliers, les graoulations sont en partie remplacées par des goutleleltes de graisse.

m, les gouttelettes graisseuses occupent toute la cellole dont les bords où parois commencent à disparaître.

n n'est plus qu'un amas dépourvu d'enveloppe commune, de petits grains à mouvements molécoalaires et de gouttes huileuses, amas en voie de se désagréger pour former la base de la pulpe blanchâtre. J’ai mesuré un de ces amas qui avait plus de 1/20 de millimètre de long. Les amas m et n ont une teinte , jaune brunâtre.

L'existence du tissu cancéreux ne paraît pas ici contestable, et nous reviendrons plus tard sur l’origine, le développement et les transformations de ce tissu.

Les observations qui nous restent à exposer sont, comme les précédentes, des exemples de vrais ou de pseudo-cancers ; mais nous entrouverons, dans le nombre, d’extrèmement curieuses, en ce que les caractères pathologiques ont paru, jusqu’à la dernière évidence, ceux du cancer, tandis que l'inspection microscopique a été beaucoup moins explicite, et eüt plutôt fait admettre l’existence de tumeurs fibrineuses ou fibreuses. Les conditions opposées ont été également rencontrées. Il y aurait donc à admettre :

4° Des tumeurs évidemment et pathologiquement cancéreuses, et reconnues telles à l'inspection microscopique ;

20 Des tumeurs d'apparence cancéreuse, mais que le microscope démontre appartenir à d’autres genres ;

5° Des tumeurs sur la nature desquelles on est en droit de concevoir des doutes que le microscope lève, en les prouvant cancéreuses ;

4° Des tumeurs dont le microscope n’indique pas la nature cancéreuse, quoique leurs caractères pathologiques semblent nettement les rattacher à cet ordre d’altération ;

5° Des tumeurs dont la nature reste incertaine en dépit de nos connaissances pathologiques et microscopiques.

L’on sait quel retentissement fat donné à l’ablation de prétendus cancers de la mâchoire, pratiquée avec succès

par DupuyTREN. Personne n’ignore aujourd'hui que la première opération de ce genre, entreprise sur le maxilaire inférieur , ne fut pas faite pour un cancer; mais ces allégations erronées, répétées dans une foule de publications, jetèrent dans cette partie de nos connaissances

une sorte de perturbation dont on commence seulement à se remettre.

Des tumeurs osseuses et fibreuses, des kystes hydatiques supposés ou non, furent considérés comme autant de carcinômes et l’obseurité se fit de plus en plus complète. Espérons que la réaction dont nous sommes témoins, éclairera ces questions du flambeau d’une analyse sagace et consciencieuse, et citons quelques faits propres à contribuer à ce résultat.

Obs. X , recueillie par M. MEyER. — Tumeur fibreuse développée dans le maæxillaire supérieur gauche et l'antre d'Hygmore; ablation ; guérison rapide.

Péquignot, Édouard, bûcheron, âgé de trente-cinq ans, fut reçu à la clinique le 17 février 1846. Cet homme, dent la santé a toujours été parfaite, avait êté adressé à M. SÉDILLOT par M. le docteur RUEFFERD fils, de Montbéliard,

Quatre ans auparavant, à la suite de ‘extraction de la première grosse molaire supérieure gauche , une petite tumeur indolore s'était élevée du fond de l’alvéole et avait fait peu de progrès durant les trois premières années; mais, à partir de cette époque, elle s'était rapidement accrue et offrait le volume d’un œuf d’oie.

On remarque à la joue gauche une saillie considérable, sans changement de couleur à la peaü. On aperçoit, en ouvrant la bouche du malade, une tumeur rougeâtre de’7 centimètres de longueur, occupant l'intervalle de la caaine à la dernière molaire. La deuxième incisive a été poussée el renversée en avant par le déplacement de la canine. Cette tumeur a plus de 3 centimètres de largeur, descend plus bas en dehors qu’en dedans, et présente, dans sa longueur, un sillon correspondant à l’arcade dentaire inférieure. Les tissus sont melti et comme fongueux dans ce point.

Deux saillies, séparées par un enfoncement et placées l’une au-dessus de l’autre, existent du côté de la voûte palatine, tandis que les surfaces sont régulières du côté de la joue. Audessus de cette tumeur gengivale assez lisse et rougeâtre, on sent l’os maxillaire tuméfié, aminci, et on détermine quelques craquements en pressant sur la paroi de l’autre d'Hygmore, dont le développement et l’ampliation sont la principale cause de la saillie de la joue.

Le malade accuse seulement de la douleur dans les explorations auxquelles on le soumet.

Un stylet, porté de bas en haut dans le centre de la tumeur, y rencontre, à une certaine profondeur, un corps résistant et élastique. M. SÉDILLOT ayant diagnostiqué un kyste maxillaire, renfermant une tumeur fibreuse, en pratique l’ablation le 19, deux jours après l’entrée du malade à l'hôpital.

La canine, l’incisive latérale et l’avant-derniére molaire étant enlevées, M. SÉDILLOT découvre la tumeur par deux incisions, dont l’une, partant de l’angle interne de l'orbite, se continue verticalement sur la joue et divise la lèvre supérieure, tandis que la seconde s’étend de la commissure gauche des lèvres vers l’arcade zygomatique. Il en résulte un vaste lambeau dont le renversement de bas en baut laisse à nu tout le maxillaire inférieur. M. SÉDILLOT coupe alors, au moyen d'un ostéotome , l’arcade dentaire supérieure sur la limite de l'incisive moyenne, et la voûte palatine en dehors des tissus malades ; il divise l’apophyse malaire avec une petite scie en crête de coq, achève la section de l’apophyse nasale avec la gouge et le maillet,et, détachant le corps de l’os da plancher inférieur de l'orbite qu’il laisse iotact du palatin et de l’apophyse ptérygoïde du sphénoïde, il termine l’ablation du maxillaire, en conservant le voile du palais et la dernière dent molaire.

Des tubercules fibreux, se prolongeant dans la partie supérieure et interne de l’antre d'Hygmore élargi, sous le plancher de l'orbite, sont énucléés avec une gouge concave, et, pour plus de sûreté, un cautère rougi à blanc, est promené sur les parois plus ou moins rugueuses du sinus.

L'opération avait été trés-rapide et n'avait présenté aucun obstacle. Le lambeau cutané fut assujetti par quelques points de suture entortillée au devant de la vaste perte de substance qui venait d’être produite; la cicatrisation en était achevée três-régulièrement le huitième jour, etle malade resta à l’hô-. pital jusqu’au 11 mars, quoiqu'il eût pu sortir beaucoup plus tôt.

Lan

Ses traits ne présentaient aucune difformité, la voix élait très-distincte, et la déglutition était seule encore un peu génée.

A l'examen microicopique de la tumeur, M. SÉDILLOT ne rencontra d’autres éléments que ceux du tissu fibreux. Les cellules étaient à peine plus volumineuses que les globules de sang dont elles semblaient représenter une simple transformalion.

Nous aurons plusieurs fois l’occasion de signaler la facilité avec laquelle les globules sanguins semblentse transformer en tissu fibreux. Nous développerons plus loin ces idées et les preuves sur lesquelles nous les fondons. Le microscope confirmerait ainsi l'opinion de HunreR, sur les modifications morbides, subies par les eaillots sanguins. M. VELpEAU à beaucoup ajouté à la valeur de ces idées, par les nouvelles démonstrations qu’il en a données. Je crois que l’on peut faire un pas de plus et prouver que le cancer en est la suite possible et fréquente. Quelquesuns des faits de ce mémoire nous serviront à l’établr.

Nous rapporterons én peu de mots l’observation suivante qui nous a paru mériter d’être publiée à raison de ses rapports apparents avec la précédente, dont elle différait cependant et par le siêge, puisque la mâchoire inférieure était ici affectée, et par la nature de la tumeur qui nous parut un kyste hydatique, sans aucune trace de dégénérescence cancéreuse, quoique la malade eùt été considérée comme atteinte d’une affection de cette nature.

Obs. XI, recueillie par M. RUHLMANN. — Kyste osseux du maæxillaire inférieur; opération; guérison.

Wintzenrieth, Catherine, journalière, âgée de vingt-sept ans , entra à la clinique le 20 février 1846. Elle portait une tumeur, du volume d’un œuf d’oie, dans l'épaisseur du corps de la mâchoire inférieure, à droite. Le mal datait d’un an. L’arcade dentaire semblait avoir conservé sa régularité, et, en

pressant en dedans sur la saillie que formait la lame interne de l'os, on percevait une mobilité et une sorte de craquement anormal. En dehors, la tumeur était beaucoup plus développée; elle se portait de la branche de la mâchoire jusqu'’auprès du menton, et s’étendait de l’acade zygomatique au tiers externe du cou. La pression permettait de constater au travers des parties molles une enveloppe osseuse, espèce de cupule dont le centre seulement offrait moins de résistance.

M. SépiLLot diagnostiqua un kyste maxillaire hydatique ou fibreux, et l’ablation en ayant été décidée, fut pratiquée le 26 février.

On reconnut alors que l’on avait sous les yeux une large poche hydatique, ayant son siége primitif dans le canal dentaire où le nerf du même nom fut trouvé libre et isolé au milieu du kyste avec l'artère etla veine correspondante. La paroi externe de l’os avait été écartée de l’interne, en se raréfiant principalement au centre, où elle avait à peine l'épaisseur d’une feuille de papier, tandis qu’à partir de la branche verticale du maxillaire au contour antérieur de l'os, elle offrait une épaisseur de deux à trois millimètres et une grande dureté.

M. SépILLOT délacha avec un osténtome, la gouge et le mail let, toute la paroi externe de la tumeur, arracha le kyste hydatique qui en tapissait Les parois, dont il cautérisa avec le fer rouge les parties restantes, après avoir enlevé le nerf et les vaisseaux dentaires inférieurs. La plaie fut remplie de charpie, et la malade est aujourd’hui, 18 mars, daus l’état le plus satisfaisant etle plus voisin de la guérison. La paralysie de la joue, que l’on avait observée à la suite de l’opération, a disparu, et l’affaissement de la lame interne du kyste et l’exfoliation des surfaces osseuses mises à nu, améneront la disparition du pertuis fistuleux qui persiste encore.

Nous n’eussions pas cité ce fait sans les remarquables rapports apparents qu’il présentait, comme nous l’avons dit, avec le précédent. Il est de toute évidence que nous n'avions pas eu sous les yeux un cancer. Cependant à l’examen extérieur de la tumeur, on eüt pu croire à une pareille affection, car il était fort difficile de dire si le kyste renfermait un liquide ou une substance molle ct fi-

breuse, et de cette dernière altération au cancer il n’y a souvent qu’une différence de développement et de temps.

Nous terminerons l’histoire des tumeurs de la tête dont l'étude pouvait offrir quelque intérêt au point de vue où nous nous sommes placés en rapportant une dernière observation d’ulcère fongueux de la langue, dans lequel nous découvrimes des cellules cancéreuses. La guérison, apparente au mois, fut d’une rapidité remarquable.

Nous avons décrit, il y a deux ans, dans une note adressée à l’Académie des sciences, une nouvelle méthode d’amputation de la base de la langue, consistant principalement dans la section de Pos maxillaire inférieur, sur la ligne médiane pour permettre l’ablation des tissus profondément altérés. Cette méthode nous parait supérieure à celle de M. le professeur ReGxozt (Pisa, 4838), dans laquelle les parties molles de la région sus-hyoidienne sont divisees et séparées du contour intérieur du maxillaire inférieur , de manière à faciliter l'extraction et l’excision de la langue par cette voie.

Le procédé que nous adoptâmes pour l'opération dont nous allons rapporter l’histoire, fut très-expéditif, trèssimple et d’une grande facilité d'exécution ; nous ne saurions trop en vanter les avantages dans des conditions semblables.

Obs. XIT, recueillie par M. Meyer. — Cancer fongueux de la moitié latérale droite de la langue ; excision; guérison apparente en quelques jours.

Michel, Joseph, né à Strasbourg, entre le 1°" février 1846 à la clinique de M. SÉDILLOT, pour un ulcère fongueux de la langue. Ce malade, âgé de cinquante-cinq ans, ancien militaire, est bien constitué et présente toutes les apparences de la santé. Il assure n’avoir jamais été atteint d'aucun symptôme vénérien, et ne connaît personne parmi ses parents qui ait offert d’affections cancéreuses.

ll y a deux mois, il a senti, vers le milieu du bord droit de la langue, un point plus mou quele reste de l'organe; puisune sorte de champignon saillant et rougeâtre s’est développé en s'ulcérant à son centre , pendant que les bords en devenaient de plus en plus durs et élevés. Du sang s’en écoule fréquemment et laisse presque constamment un caillot dans l’excavation de l’ulcère, qui a le diamètre d’un ancien éca de six livres. Les douleurs sont parfois lancinantes. Les ganglions lympha tiques sous-maxillaires se sont luméfiés depuis une quinzaine de jours, sans devenir douloureux.

Les dernières molaires du côté droit de la mâchoire inférieure n'existent plus depuis longtemps, et le bord alvéolaire en est lisse. La deuxième grosse molaire reste seule au maxillaire supérieur, et, comme elle correspond à l’alcère, M. Sé- DILLOT la fait arracher. Les mouvements de la langue et ceux de déglutition deviennent plus faciles, mais aucune modification favorable n’en résulte pour la lésion de la langue. M. Sé- DILLOT propose dès lors l’excision des parties malades, qui est acceptée et pratiquée le 10 février par le procédé suivant :

Le malade assis sur une chaise, la tête renversée sur la poitrine d’un aide qui la soutient avec les mains, M.SÉDILLOT saisit et attire hors de la bouche l’extrémité de la langue avec une pince de Museux, qu'il confie à un aide. De la main gauche il implante une autre pince érygne dans la moitié droite de la langue, et, portant un bistouri concave et boutonné au delà de cet instrument, il coupe d’arrière en avant, et à partir des piliers du voile du palais, toute la partie latérale de la langue, ayant soin d’excaver la plaie et d’en rendre le centre beaucoup plus profond.

M. Sépi£Lot retire alors la pince érygne , chargée de toute la partie de la langue excisée, et, s’armant d’un cautère chauffé au rouge blanc, il achève la destruction des tissus ramollis et altérés, pendant que la joue correspondante est écartée au moyen d’une large spatule.

Aucun accident n’est la suite de celte opération, qui a été presque instantanée, et le malade quitte l'hôpital le sixième jour, ne ressentant plus aucune gêne, ni aucune douleur, quoiqu’on découvre encore une surface non cicatrisée, dont le fond semble un peu ramolli et rougeàtre , tandis que les bords sont légèrement grisâtres et indurés. Nous recommandons au malade de se représenter à la clinique , mais il n’y a pas encore reparu,

Examen microscopique. Les tissus enlevés furent examinés

au microscope et offrirent des globules de sang et de pus, des fibres et une grande masse de lamelles épithéliales, au milieu desquelles M. SÉDILLOT reconnut en petit nombre des cellules allongées, ovalaires, renfermant deux nucléoles, et assez semblables à celles observées dans d’autres cancers.

Cette observation montre le peu de danger des hémorrhagies de la langue, à la suite des plaies de cet organe. Très-peu de sang s’échappa de la blessure, dont l'étendue et la profondeur étaient cependant considérables. L’hémorrhagie se serait arrêtée très-certainement d'elle-même, et ce ne fut nullement contre elle que la cautérisation fut employée. Le malade n’eut aucune suflocation, et du moment où il fut opéré, il se déclara guéri. Je ne préjuge rien d’une récidive possible, mais n'est-il pas évident qu’une ligature multiple, comme il eût fallu l’appliquer, eût été beaucoup plus douloureuse, plus difficile à exécuter, et infiniment plus pémble pour le malade, en raison du gonflement de l’odeur et du temps nécessaire à la chute des escharres. La pince de Museux fixe et attire hors la bouche la langue avec plus de sûreté et de force qu'un fil, un ruban ou les doigts d’un aide, et elle devrait être généralement préférée.

L'observation suivante est un exemple des plus remarquables de l'incertitude du diagnostic et des difficultés insolubles qu’il peut présenter. Le malade offrit une diathèse ulcérative des os simulant une affection cancéreuse. L’inspection microscopique avait d’abord semblé appuyer la supposition d’une dégénérescence; mais les diverses phases de la maladie, les lésions révélées par l’autopsie et l’absence complète des éléments cancéreux dans les points consécutivement lésés, ne permirent pas de persister dans cette opinion.

Il y a donc même, avec le secours du microscope, des cas dont l'obscurité reste trompeuse, et le fait dont nous allons exposer les détails, est certainement un des plus curieux sous ce rapport.

Obs. XIII, recueillie par M. SouHAuT, aide de clinique. — Tumeur d'apparence carcinomateuse de la première phalange du doigt auriculaire gauche; amputation métacarpo-phalangienne. Récidive de l'affection dans la continuité du cinquième métacarpien; désarticulation de cet os. Guérison momentanée ; puis carie des os du métacarpe et du carpe , des os du coude, de la clavicule, de plusieurs côtes et vertèbres; périltonite chronique. Mort.

Périer, Louis, soldat au 9 régiment d’artillerie, âgé de vingt-quatre ans , d’une constitution assez délicate, d’un tempérament nerveux, entra à la clinique de l'hôpital d’instruction le 19 décembre 1844.

Ce militaire, depuis quatre ans qu'il est au service, n'a eu aucune maladie , ni éruptions cutanées, ni symptômes syphilitiques ; sa santé a toujours été parfaite ; seulement, à l’âge de dix-neuf ans, il a eu la variole. Les membres de sa famille n’ont jamais eu d’affections graves; son père et sa mère vivent encore et ont soixante-dix ans.

Le 4 décembre 184%, voulant saisir la jambe de derrière d’un cheval qu’il faisait ferrer, Périer reçut à la première phalange du doigt auriculaire de la main gauche un coup de pied de Panimal. Le choc fut violent et il en résulta beaucoup de douleur et d’engourdissement. La flexion complète de la phalange était trés-difficile et une légère ecchymose se manifesta au siége de la contusion. La souffrance et l'engourdissement ayant disparu en grande partie au bout de quelques mioutes, Périer continua son service.

Pendant les huit premiers jours de l'accident, la douleur, nulle dans le repos, était réveillée par le mouvement , et surtout par celui de flexion. La peau était un peu rouge. Du gonflement , une douleur brûlante pongitive avec redoublement ‘nocturne survinrent alors ; aggravation de la souffrance par la chaleur; soulagement momentané par l'application du froid, mais suivi d’une réaction plus vive de ia douleur, On croit le doigt atteint d’engelure, et l’on conseille des frictions avec de la neige. Dès le 12 décembre, le doigt a doublé de volume; on a recours sans succès à l'emploi de l’eau-de-vie

camphrée ; les accidents s’aggravant toujours, le malade est envoyé à l'hôpital,

A cette époque, la première phalange de l’auriculaire est très-tuméfiée; la peau est d’un rouge brun violacé, tendue comme pelliculaire ; à la pression , on sent une sorte de mollesse avec fluctuation peu évidente ; l'aspect de la partie malade est celui d’une eugelure sur le point de s’ulcérer, avec gonflement considérable des tissus. La pointe d’une lancette, plongée dans la tumeur, en fit sortir une sérosité limpide à peine teinte de sang.

M. le professeur SÉDILLOT fit remarquer, à sa première visite, le contraste qui existait entre la rapidité des accidents et les apparences chroniques de la maladie. On eût dit avoir sous les yeux une phalanzge atteinte de carie ou de spina ventosa depuis un grand ombre de mois, et, néanmoins, linvasion n’en dalait que de quinze jours. Pendant la fin de décembre , la phalange devint le siége d’un champignon mou, bleuâtre, fongueux, saignant au moindre attouchement, sans douleur ni réaction générale d'aucune espèce. Des saignées locales, des topiques émollients, la cautérisation avec le nitrate d'argent, le fer rouge, l'administration interne de pilules de ciguë et de calomel, ne modifièrent en rien l'aspect ni la marche de la maladie pendant ce temps et pendant le mois de janvier. Avec un stylet porté dans la plaie, M. Sé- DILLOT reconnut que la premiére phalange était réduite à un petit volume, dénudée et comme érodée dans une partie de sa longueur.

Une consultation eut lieu à l'occasion d’un fait aussi remarquable ; les avis différérent sur la nature même de la lésion, mais furent unanimes sur la nécessité de recourir à l’amputation de la phalange. Que cet os eût été attaqué par une ostéite ulcérative aiguë, qu’il eût été écrasé lors de la contusion primitive, ou qu’il fût envahi par un véritable carcinôme, l'indication était identique et fut remplie par le chirurgien en chef, qui désarticula le petit doigt en taillant un lambeau interne , le 21 janvier 1845. |

Cette opération semblait offrir toutes les conditions de succés, en raison de l'intégrité de l'os métacarpien correspondant. Les chairs étaient , il est vrai, légérement tuméfiées et bleuâtres vers la face palmaire de la main , mais elles pouvaient se dégorger par suite de l’ablation de la pbalange. Celle ci, réduite à une sorte de filament osseux longitudinal,

Le cinquième métacarpien examiné aprés sa désarticula-

n’offrait plus qu'une pelile lame de tissu compacte à sa face postérieure ; ses deux -extrémités , restées seules intactes dans leur forme, étaient ramollies, mais sans altération de leur cartilage articulaire.

La plaie parut en voie de cicatrisation les premiers jours, mais, vers le 8 février, elle se tuméfa , les téguments s’ulcérérent et se festonnèrent sur les bords; un champignon fongueux enveloppa la tête du métacarpien, qui se laissait aisément pénétrer par l’extrémité d’un stylet.

Les maouluves aromatiques, l'emploi du jus de citron, la cautérisation avec le nitrate acide de mercure, une compres. sion régulière et permanente ne donnant aucun résultat, une nouvelle consultation eut lieu, dans laquelle M. SÉDILLOT proposa d’eulever le cinquième métacarpien dans sa continuité ou dans sa contiguité, cet os ne paraissant affecté qu'à son extrémité phalangienne, et les chairs de la main étant restées saines dans toute leur moitié supérieure. Tout en convenant de la nécessité probable d’une amputation, les consaltants ne voyant aucun péril à la différer, conseilièrent l'usage d’un traitement antiserophuleux par l'huile de foie de morue. On mit en doute la possibilité d'arrêter la marche du wal, et on entrevit, dans un avenir même peu éloigné, une amputation du bras, pour s'éloigner davantage du point de départ de l'affection, sans certitude néanmoins de sauver le malade au prix d'une pareille mutilation.

Périer avait été pesé pour apprécier plus sûrement l’état de sa nutrition, et , chose remarquable, il coaserva le même poids (60 kilogr.) pendant tout le temps de son séjour à l'hôpital,

Le traitement par l'huile de foie de morue amena des vomissements , de linappéteuce; le calomel, qu’on y substitua, détermina de la diarrhée. La plaie restait indolente, la tuméfaction bleuâtre des parties molles persistait en s'étendant lentement. Appétit meilleur, sommeil calme, pouls régulier, il était à craindre qu’une expectation trop prolongée ne compromît la main entière, et M. SébiLLor se décida, à la suite d’une troisième consultation, à enlever le cinquième métacarpien en totalité.

Cette désarticulation , pratiquée le 11 mars d’après le procédé oblique et en raquette exposé daus le Traité de médecine opératoire de ce professeur , fut terminée avec beaucoup de facilité, et la plaie réunie immédiatement dans sa moitié supérieure, la moitié inférieure correspondant au tissu déjà altéré dont il était difficile d'espérer une adhésion primitive.

tion était ramolli jusqu'à son arliculalion carpienne, et son cartilage de rapport avec l'unciforme était même érodé partiellement. Ces altérations étaient d'autant plus remarquables que les chairs étaient fermes et vermeilles, et que rien n'indiquait une modification aussi avancée. L'autre extrémité de l'os était spongieuse, sans cartilage, trés-vasculaire, et entourée de bourgeons charnuos assez abondants.

On prescrivit des applications d’eau froide sur la main pendant les deux premiers jours; le malade n'offrit aucun accident, et à la levée de l'appareil le 144 mars. on trouva les parties primitivement réunies, parfaitement cicatrisées. Le reste de la plaie resta quelque temps stationnaire, et on put croire un moment à la pèrsistance et à l'agrandissement d’une ulcération de mauvaise nature ; mais bientôt sous l'influence de topiques émollients et de manuluves aromatiques répétés deux fois chaque jour, la consolidation de la plaie s’opera, et le malade quitta l'hôpital le 11 avril et en apparence complétement guéri.

Cette observation mérite de fixer l'attention sous plusieurs rapports et offre un exemple frappant des difficultés du diagnostic. L'examen des phénomènes morbides ne résolvait pas nettement la question de l’existence réelle d’un cancer. Il n’y avait eu ni douleur lancinante , ni engorgement des glandes axillaires, ni altération de la nutrition Une amputation pratiquée au milieu des tissus malades, sans la précaution, impossible à prendre, de les enlever en totalité, avait eu cependant un plein succès. D’an autre côté, comment caractériser une lésion aussi anormale si envahissante et si destructive ? Comment expliquer la première récidive. si ce n’est par la présence d’une affection cancéreuse? Le microscope interrogé sembla lever les derniers doutes, et démontrer la réalité d’un carcinome développé sans prédisposition héréditaire, sous l'influence d’une cause traumatique instantanée, récidivant après une première opération et guérissant après une seconde.

Pourquoi la réapparition de ce cancer dans le métacar-

pien, tandis que l’unciforme en fut préservé ? La guérison était-elle définitive ou provisoire? C’étaient là des points scientifiques obscurs dont la connaissance devait être poursuivie avec ardeur. Voici l’intéressante note qui nous fut remise à l’occasion de ce malade par M. Küss.

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