‹ Recherches sur le cancerChapitre 8 sur 10 · PLANCHE VII · texte numérisé non relu

PLANCHE VII

Examen microscopique.

(Grossissement de 500. — Échelle de 12 centimillimètres.)

Le tissu nouveau affecte deux formes : 1° celle d’une masse squirrheuse d’un blanc grisâtre, qui a remplacé les tissus sous-muqueux de la région pylorique ; % au niveau du pylore il y a de petits tubercules déposés dans la masse précédente, ou bien dans la substance charnue du pylore et dans le tissu cellulaire sous-muqueux restés sains; ces tubercules ont l'aspect de ceux du poumon : leur consistance est moindre que celle du squirrhe, quoique moins friable que celle du tubercuie proprement dit. De petits amas de matière noire sont déposés dans l’épaisseur de leur couche périphérique.

Deux petits abcés sous-muqueux occupent la même région : leurs parois sont en partie formées par le tissu squirrheux, et en d’autres points n’offrent rien de suspect. Le pus est épais, lié, tenace et filant, d’un jaune verdâtre.

Analyse microscopique du tissu nouveau. C'est une trame de fibres entrecroisées en tous sens, droites , cassantes. La figure O représente un faisceau de ces fibres, qui se détachait

du bord d’une parcelle, examinée sous le microscope. A ces fibres se trouvent mêlées, en différentes proportions, des fibres de tissu cellulaire normal. Un des (ubercules, placé sur la limite de la dégénérescence, ne m'a offert que des fibres de tissu cellulaire.

Dans cette trame se trouvent déposés les éléments A -N.

Ï. Cellules simples primaires. A B. Elles sont rarement isolées et le plus souveut renfermées dans des cellules plus grandes. Forme en général allongée . toujours très régulière, contours nets formés par une ligne opaque. Intérieur plus ou moins finement granulé, et pourvu d'an noyau très-distinct (voy. aussi les cellules renfermées dans C et G). Les plus grandes n’atteignent jamais un centimillimétre de diamètre. Quand il y a plus d’un noyau (voy. le contenu de D H}), il sembie qu'il y ait déjà formation de cellules secondaires.

IT. Cellules secondaires renfermant des cellules simples. Beaucoup plus communes que les précédentes : C D G H. Elles sont finement granulées, leurs contours sont nets, mais pas plus opaques que leur surface (j'ai cherché à rendre ce double caractère par le pointillé). Elles sont plus opaques que les cellules simples, ovales pour la plupart et en général sans noyau apparent (le corpuscule peu distinct que l'on voit en D et en G me paraît être une cellule simple en voie de formation ; il est trop peu opaque pour un noyau).

III. Cellules tertiaires plus composées encore , renfermant des cellules de l'espèce précédente EF. Peu nombreuses, toujours allongées, quelquefois un peu irrégulières. Les grandes cellules contenues dans E et F en renferment évidemment d’autres plus petites et toutes formées. Déjà dans les cellules D et H l’on entrevoit une troisième génération.

IV. Rupture des cellules et fragments qui en résultent. H - N. On voit beaucoup de cellules qui, à l'instar de H, présentent une on plusieurs profondes déchirures, qui les divisent en segments plus ou moins réguliers. Quelquefois on rencontre plusieurs segments détachés et juxtaposés J L K, paraissant provenir de la ropture récente d’une cellule. Ces fragments de cellules de la deuxième et troisième espèce I - N sont l’élément le plus abondant du tissu morbide. J'avais d’abord attribué ce phénomène, nouveau pour moi, de la multiplication des cellules par division, à l’action du compresseur; mais, en m’abstenant de toute violence sur la matière à examiner , je ne vis aucune différence dans son aspect. Il y a plus : je ren-

contrailes mêmes fragments épars au milieu du stroma fibreux, protévés par lui contre toute compression.

Cette division spontanée paraît se faire avec une certaine régularité, La plupart des segments présentent les formes J LK ,et pourraient être pris pour des cylindres d’épithélium, n’étaient les dimensions et l’aspect caractéristique de la cellule. Ensuite la division de la cellule-mère ne paraît avoir lieu que lorsqu'une ou plasieurs cellules-filles ! ont confondu quelques points de leur surface avec celle de la cellule contenante. Ce qui me le fait penser, c’est que dans tous ces fragments ce caractère se présente, et qu’il manque dans la plupart des cellules intactes, quelles que soient leurs dimensions. DE F par exemple; M est incontestablement un fragment de cellule semblable à F. J'ajoutérai que le morceau de cellule-mère échu à la cellule-fille présente tous les caractères de tissu notés plus haut pour les cellules secondaires et tertiaires, que ce lambeau est quelquefois tellement petit et transparent, qu’on pe l’aperçoit qu’en modérant l'éclairage; en négligeant cette précaution, on croit voir une simple cellule primitive.

V. J'ai été frappé du petit nombre de grains primitifs ( de ceux agilés par le mouvement moléculaire) mêlés aux éléments ci-dessus, d'autant plus qu'ils existaient en abondance dans tous les cancers que j'ai examinés. En admettant que ces molécules ne soient que des noyaux autour desquels viendra se précipiter la cellule, leur absence dans le cas présent ne *’explique-t-elle pas par le mode particulier de multiplication des éléments de la tumeur ? Et cette absenre même ne prouve-t-elle pas qu’on a raison de les considérer comme des cytoblastes?

VI. La coloration en noir de quelques parties des tubercales paraît due à des grains três-petits, clairsemés, opaques quand on les place dans le foyer de l'instrument, d’un blanc éclatant quand on les en éloigne un peu.

VII, Le pus des abcès a présenté mêlés à ses globules propres tous les éléments du cancer , sauf les fibres. La présence de ces éléments dans les matières vomies aurait pu servir à établir un diagnostic certain quant à la nature du mal. Les mêmes éléments se sont retrouvés dans les parois des abcès là même où elles ne paraissaient avoir aucuoe structure suspecte.

1 Ces dénominations , qui pourront paraître singulières, ne sont que la traduction des mots : Mut‘erzelle, Tochterzelle, employés par les micrographes allemands.

Fo |

En résumé, cette tumeur, évidemment cancéreuse, nous offre un bel exemple de multiplication des cellules par yénération endogène el par division, phénomène qu’on observe assez rarement dans les tissus animaux, et qui est commun daos les plantes , au témoignage de M. ScHimper, conservateur du Musée d'histoire naturelle, qui a constaté avec moi les principaux faits qui font le sujet de cette note.

16 avril 1845.

Personne n’a encore observé, je crois, de détails aussi curieux sur le mode de production des cellules cancéreuses. La génération endogène représente le développement des acéphalocistes par inclusions successives, et celle par division, déjà signalée par M. LeBerr, n'avait pas été néanmoins aussi clairement déterminée, n1conduile à une multiplication tertiaire.

Il serait sans doute fort difficile de reconnaitre, au milieu des matières rejetées par l'estomac, les éléments caractéristiques d’un cancer; cependant, comme ils sont entraînés par la suppuration, et que les vomissements ont souvent lieu sans qu'aucun aliment ait été pris, on pourrait réussir dans cette recherche et éclairer ainsi le diagnostic.

J'ai rencontré dernièrement un cancer du péritoine dont les cellules offraient de l’analogie avec celles dont je viens de rapporter la description, et l’on pourrait se demander s’il n’y aurait pas là une influence de siége à constater. La masse morbide s'était développée sur toute la surface libre du péritoine et présentait surtout beaucoup d’épaisseur en arrière de la paroi abdominale et dans le grand épiploon; les intestins, la vessie, etc., en offraient seulement une espèce de semis.

Ce cancer était formé d’une foule de grains grisâtres , presque transparents, comme gélatineux, de la grosseur

d’un pois et de la consistance de la fécule cuite. Ces grains étaient soutenus par des pédicules très-courts, attachés euxmêmes à une tige, et ils ressemblaient à ceux d’un épi de riz. En faisant macérer la tumeur , la substance intérieure devenait délitescente et s’écoulait en laissant libres et aplatis les petits kystes blanchâtres et opaques qui la renfermaient. Toutes les tiges et pédicules contenaient un vaisseau dans lequel il n’y avait pas de sang coloré. Çà et là cependant, à la surface d’une coupe du cancer, on apercevait un point rougeâtre et sanguimolent. Les granulations les plus extérieures étaient arrondies et très-distinctes, mais elles se confondaient l’une avec l’autre dans l'épaisseur de la tumeur qui ressemblait à du tissu encéphaloide à l’état de erudité.

Au microscope nous observâmes de grandes cellules, ayant dix fois le diamètre d’un globule de sang. Ces cellules étaient extrêmement nombreuses, à contours trèsirréguliers et très-pâles. Elles renfermaient deux ou trois nucléoles très-volumineuses, ayant quatre ou einq fois le diamètre d’un globule de sang, remplies elles-mêmes de nombreux noyaux. Plusieurs de ces cellules étaient remplies de granules graisseuses , d’autres étaient en voie de division, et l’on voyait les nucléoles intérieures s’écarter et représenter à leur tour des cellules-mères. Des grappes rosées de même nature existaient dans la plèvre gauche, sans altération du poumon, mais le temps nous manqua pour les étudier. ,

Les autres organes étaient sains. Le malade avait souffert pendant dix mois, et avait succombé dans un état d’émaciation assez avancée.

Il faudrait, en adoptant les classifications actuelles, considérer ce cancer comme formé de tissu gélatiniforme ou

colloïde, mais les différences sont trop tranchées entre les caractères extérieurs des divers cancers, pour qu’on n’en multiplie pas les espèces beaucoup plus qu’on ne l’a fait, et ce sera le sujet d’un travail dont nous avons déjà commencé à recueillir les matériaux.

il est clair qu’on n'aurait pu trouver dans le sang des cellules dix fois plus grosses que les globules de ce liquide; par quels capillaires auraient-elles passé? Aussi ne les avons-nous pas cherchées, mais nous avons regretté d’avoir été empêché par d’autres occupations d'étudier le sang lui-même.

Obs. XXV , recueillie par M. Mayer, aide de clinique. — Cancer du rectum et du foie. Contre-indications opératoires. Mort.

Kugel, Jean, de Bluthausen, âgé de soixante ans et exerçant la profession de charpentier, entre à l’hôpitalle 4° avril 1845, dans le service de M. SÉpiLLoT, pour y être traité d’an cancer du rectum. C’est un homme épuisé, à teint jaune et terreux, déjà frappé d’amaigrissement, et chez lequel la diathèse cancéreuse paraît établie.

L’affection du rectum date d’un an, au rapport du malade, et a été signalée au début par le ténesme et des hémorrhagies répétées. Depuis ce moment le Lénesme a augmenté, les selles sont difficiles et mêlées à du sang et à de la sanie fétide. Les douleurs sont supportables; le pouls est petit et fréquent; insomnie habituelle ; mixtion libre.

Au toucher rectal, on reconnaît la présence d’une tumeur dure, bosselée, volumineuse, occupant l’excavation pelvienne et dépassant en hauteur les limites du doigt. Çà et là existent quelques tubercules spongieux, molasses et saignants; en avant on rencontre une surface molle et unie, que l’on suppose être la vessie.

Toute opération ayant paru contre-indiquée à M. SÉDILLOT , on se borne à un traitement palliatif. Les extrémités s’infil-trent, la maigreur fait des progrès, la teinte jaunâtre de la peau devient plus foncée, l'appétit se perd et le malade succombe dans le mois de jnillet de la même année,

Autopsie. Toute l'excavalion pelvienne , à l'exception de

la portion pubienne, est envahie par une lumeur dure et résistante, remontant au delà de l'angle sacro-vertébral. La face postérienre de la vessie restée saine adhère intimement au rectum, dont les membranes sont fortement épaissies sur les côtés et en arrière, et renferment une foule de tubercules ramollis, jaunâtres et entourés d'un tissu iardacé. Les ganglions voisins participent à la même altération. La cavité rectale est formée d’une surface grisâtre, sanieuse, ulcérée, dont l’odeur est fétide et repoussante.

Le foie, dont le volume est un peu augmenté, est parsemé d’une foule de petites tumeurs, variant entre le volume d'un pois et celui d’une noix. Ces tumeurs sont irrégulièrement arrondies, inégales à leur surface, formées d'une matière résistante cellulo-fibreuse, jaunâtre et lardacée, dont on exprime un liquide peu abondant, d’un blanc jauoâtre et géla-

tineux.

L'examen microscopique des ganglions cancéreux du rectum et des tumeurs du foie fut fait par M. Küss, qui nous a remis la note suivante :

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