CHAPITRE PREMIER
Cultures en tube. — La conservation des cultures serait difficile dans des plaques ou dans des godets; de là, la nécessité de les continuer dans des tubes à essai garnis de gélatine ou d'un autre milieu solide ou liquide.
Pour être sûr du succès, on fera bien d'inoculer la première fois dix à douze tubes avec les colonies sur plaques (ou sur godets); souvent, en effet, un certain nombre de ces tubes seront encore des cultures impures. On touche une colonie avec la tige flambée que l'on fait pénétrer ensuite dans un tube de gélatine (ou autre milieu solide) que Ton tient renversé dans la main et dont on n'enlève le bouchon qu'au moment même. S'agit-il d'un milieu liquide, il faut tenir le tube aussi incliné que possible. On touche la surface du milieu avec la tige, ou bien on fait pénétrer profondément celle-ci; puis on retire la tige et on rebouche aussitôt. Il importe de faire ces opérations le plus rapidement possible, à l'abri des poussières de l'air, et d'éviter dans le laboratoire tout mouvement inutile.
Si on s'est contenté de toucher la surface de la gélatine, on obtient bientôt une colonie semblable à celle précédemment décrite ; on voit encore mieux ici qu'elle correspond à une excavation dont le noyau occupe le fond {fig. 3, Pl. I) ; la colonie grandissant, la coupe se creuse davantage et on a alors, comme l'a dit M. Koch, l'apparence d'une bulle d'air suspendue au-dessus de la colonie. Le fait de cette bulle d'air n'est pas spécial au bacille-virgule; il se rencontre encore pour d'autres bactéries.
Si Ton a plongé l'aiguille profondément dans la gélatine [fig. 10, 11 et 12), on voit apparaître sur tout le trajet qu'elle a parcouru, au bout de 24 à 48 heures, une légère opalescence qui se transforme successivement en une colonne irrégulière composée de grumeaux opaques, d'un blanc sale tirant un peu sur le jaune. A la partie supérieure, cette colonne se termine en entonnoir dont le fond est occupé par de la gélatine liquéfiée, opalescente ou grumeleuse ; ce liquide est surmonté par la bulle d'air {fig. 10 et 11 a). La gélatine se
CARACTÈRES DU BACILLE
liquéfie ensuite autour de la colonne dans toute la profondeur, et l'on voit alors un axe central blanchâtre et grumeleux (b, fig. 11), placé au milieu d'un cylindre beaucoup plus hyalin (gélatine liquéfiée) et opalescent (fig. 11, c). La liquéfaction marche plus vite à la surface, où elle atteint bientôt les bords du tube, et alors évidemment on n'a plus l'aspect de la bulle d'air (fig. 12).
Il va sans dire que la composition des colonies et la pureté des cultures devront être contrôlées par l'examen microscopique.
Une culture pure en tube, une fois obtenue, rien n'est plus facile que de la conserver et de la transplanter dans de nouveaux tubes en opérant d'une façon tout à fait analogue à celle que nous venons d'indiquer pour l'obtention de la première culture. Avec quelque habitude, ce transport se fait presque toujours sans contamination par l'air.
Dans les tubes à gélatine les bacilles fluidifient peu à peu toute la masse dans la partie supérieure; on voit alors sur la gélatine non liquéfiée une couche opaque, blanche, plus ou moins épaisse, formée de bacilles vivants et de débris de bacilles [fig. 12, d); la gélatine liquide et louche placée au-dessus [fig. 12, e) en renferme beaucoup moins; ils sont de nouveau plus abondants vers la surface du liquide. La culture s'avance ensuite en profondeur liquéfiant la gélatine au fur et à mesure ; mais ses progrès deviennent de plus en plus lents. L'accumulation dans le liquide des produits d'excrétion est sans doute pour beaucoup dans ce ralentissement ; la rareté de l'oxygène agit probablement dans le même sens. Dans une culture âgée de 15 jours, nous avons trouvé dans l'atmosphère du tube 3 0/0 d'acide carbonique ; ce gaz plus lourd que l'air s'accumule nécessairement à la surface du liquide dans une atmosphère aussi calme et ne communiquant avec l'extérieur qu'à travers un épais bouchon de coton. Cette couche d'acide carbonique contribue avec la couche de gélatine liquide à rendre difficile l'accès de l'oxy^rène tians la zone où s'accumulent les bacilles. Au bout de quelques