CHAPITRE PREMIER
semaines (6 à 8 ordinairement), on ne trouve plus de virgules vivantes dans les tubes ; les inoculations avortent et les préparations montrent des débris de bacilles et des bacilles se colorant mal, parfois des spires plus épaisses qu'à l'état normal. A ce moment toute la gélatine est ordinairement fluidifiée ; néanmoins, nous avons aussi eu quelques tubes semblables montrant encore au fond de la gélatine solide et intacte.
La rapidité avec laquelle les colonies se développent et liquéfient la gélatine est très-variable avec la températnre ; au-dessous de 17° le développement est extrêmement lent et au-dessus de 25° la gélatine est liquéfiée par la chaleur. Néanmoins, même au-dessous de 17°, le développement n'est pas nul; nous avons maintenu des tubes pendant un mois à une température comprise entre 8° et 11" en les renfermant dans un récipient clos qui plongeait dans l'eau du port; il y a eu un certain développement autour des piqûres, très-faible, il est vrai.
Dans ces conditions, le bacille-virgule peut même être conservé vivant dans le même tube plus longtemps qu'à une température plus élevée où les colonies s'accroissent rapidement en liquéfiant la gélatine.
Dans l'agar-agar les cultures n'offrent pas d'aspect caractéristique; ce milieu n'est pas liquéfié par le bacille-virgule. Comme il ne fond qu'à une température de 40° ou même plus (d'après la proportion et la durée de la digestion de l'agar), il permet de continuer les cultures en milieu solide à une plus haute température qu'avec la gélatine. Le développement est ici plus lent, toutes choses égales d'ailleurs, que dans la gélatine, ce qui tient, sans doute, à la consistance plus ferme. Par contre, le bacille-virgule se conserve vivant plus longtemps ; il résulte des expériences de M. Koch, faites avec l'assistance de MM. Frank et Weisser, qu'il était encore vivant après 144 jours; après 175 jours les cultures d'agar étaient devenues stériles (2° conférence, p. 10).
CARACTÈRES DU BACILLE
Dans des conditions analogues, Babès a trouvé le bacille encore vivant après plus de six mois (Communicaiion de M. Virchow à la même Conférence, p. 20), Hueppe (FortschriUe der Medicin, 1" octobre 1885), après plus de dix mois (16 novembre au 4 septembre)
Les cultures faites dans des milieux nutritifs liquides n'offrent rien de bien caractéristique; ces milieux sont plus favorables encore qu'un terrain solide au développement rapide du bacille-virgule; mais on fera bien de ne les ensemencer qu'en partant de tubes ù gélatine dans lesquels on aura déjà constaté la pureté parfaite de la culture par les caractères des colonies et par l'examen microscopique. Les tubes à essai garnis de bouillon sont louches jusqu'au fond en moins de 48 heures à la température de 22 à 25°; le bouillon additionné de peptones est un milieu encore plus propice. Au bout de, trois à cinq jours, on voit apparaître à la surface du liquide une pellicule mince, d'un blanc sale, qui se brise facilement et dont les fragments tombent alors au fond. La même pellicule se montre en moins de 24 heures dans le bouillon à peptones chaulîé à 35-40°.
Quand le vase demeure immobile, cette pellicule peut devenir plus épaisse et plus consistante. Les bacilles ne semblent pas rester lontemps vivants dans ces colonies, dont les préparations ne montrent alors que des virgules mal colorées, et les fragments de pellicules semés dans la gélatine nutritive ne deviennent plus le centre de nouvelles colonies.
Pour conserver des cultures vivantes, il est nécessaire d'inoculer de nouveaux tubes à des intervalles plus ou moins rapprochés ; en été, on fera bien de ne pas attendre beaucoup plus de quinze jours pour les cultures en gélatine. Dans la saison froide, on pourra attendre quelques mois au besoin avec des cultures sur agar ou avec des tubes de gélatine maintenus à basse température.