CHAPITRE PREMIER
Il y a lieu, certainement, de tenir le plus grand compte des indications d'un observateur aussi expérimenté que Ilueppe. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire remarquer :
Que dans les cultures où l'on trouve des virgules très courtes, à forme ou à apparence de coccus, on rencontre ordinairement aussi tous les états intermédiaires entre cette forme et les virgules ordinaires, et qu'il serait bien difficile de dire où fmit le bacille et où commence l'arthrospore ;
Que Koch attribue une résistance plus grande aux spires qui représenteraient comme un état durable de la virgule ;
Que Babès a considéré comme douée d'une vitalité plus longue une forme de virgule un peu plus grande que la forme ordinaire ;
Que, d'un autre côté, les cultures restent bien plus longtemps vivantes, toutes choses égales d'ailleurs, quand on les maintient à basse température, c'est-à-dire dans des conditions où, d'après Hueppe, les arthropores ne peuvent prendre naissance et où la multiplication se trouve notablement ralentie ;
Que cette vitalité, dans les mêmes conditions, est plus longue dans la gélatine que dans le bouillon, dans l'agar que dans la gélatine, c'est-à-dire que la vitalité augmente à mesure que la consistance du terrain est moins favorable au développement rapide.
Il nous semble que tous les faits observés sont susceptibles d'une autre interprétation qùe celle de Hueppe : la bactérie cholérigène, qu'elle soit sous forme de spire, de virgule ordinaire ou de virgule très courte semblable à un coccus, peut passer à l'état de vie (multiplication) très ralentie, ou même de vie latente, et se conserver longtemps dans ces conditions. Ces propriétés sont plus frappantes dans l'agar-agar dont la consistance déjà empêche un développement rapide, et par conséquent l'épuisement nutritif, et qui dessèche aussi très difficilement. Si les athrospores de Hueppe ont montré une plus grande résistance à la dessication, c'est peut-être
CARACTÈRES DU BACILLE
uniquement parce que la culture était faite dans l'agar. Nous avons installé un certain nombre d'expériences dans ce sens et essayé la résistance, à la dessication et à une température de 60°, des cultures maintenues depuis quelques jours à 34-35°, c'est-à-dire placées dans des conditions où les arthrospores auraient dû se former ; tous les résultats obtenus jusqu'à présent, plaident dans le sens de notre interprétation (Voir au chapitre Vitalité), c'est-à-dire qu'avec la dessication, la bactérie cholérigène est toujours morte. Quant à la non multiplication des athrospores de Hueppe, il ne nous semble pas que ce soit là un caractère bien probant. On conçoit que pour les formes courtes de bacille-virgule il y ait une limite où leur division devient impossible, et dans un milieu épuisé elles ne pourront s'allonger ; un changement dans les conditions nutritives produira tout d'abord un allongement, puis la multiplication.
Nous ne concluons pas à l'absence d'athrospores dans la bactérie cholérigène ; mais nous estimons que leur existence n'est pas démontrée jusqu'à présent.
D, — Bacilles ressemblant plus oic moins au bacille-virgule.
Le bacille-virgule peut donc être caractérisé par sa morphologie et par ses colonies ; mais n'existe-t-il pas, en dehors du choléra, chez l'homme sain ou affecté de diverses maladies, d'autres bactéries offrant avec lui des traits de ressemblance ou pouvant même être confondues avec lui? De nombreuses investigations ont été dirigées dans ce sens dans ces deux dernières années ; nous allons en exposer rapidement les résultats.
Nous avons mentionné précédemment quelques recherches que nous avons entreprises sur l'intestin de trois suicidés et sur les