CHAPITRE CINQUIÈME
Les sels de mercure (17, 18) se sont montrés de beaucoup les plus énergiques ; mais leur prix élevé et la grande quantité de mercure qui se trouverait précipitée et neutralisée dans la pratique, compensent en partie cet avantage ; leur emploi généralisé offrirait, du reste, trop d'inconvénients pour ne pas en restreindre l'usage aux laboratoires et à certains cas particuliers.
Pour la désinfection des déjections cholériques et de tout ce qu'elles ont souillé (linge, vases, parquets, maisons, etc.), le sulfate de cuivre (16) est indiqué en première ligne; il faut évidemment dépasser de beaucoup la dose de 1/3000; la coloration bleue que ce sel communique à l'eau permettra de s'assurer facilement si, après mélange avec une selle par exemple, il en reste encore une certaine quantité en solution, c'est-à-dire si la désinfection a été sulRsante.
Le chlorure (15) et le sulfate de zinc (14) doivent être rangés dans le voisinage du sulfate de cuivre, de même que le phénol (9) qui lui sera même préféré dans quelques cas.
Le sulfate de fer (34) n'agit qu a dose notablement plus élevée que les réactifs précédents.
Les expériences 28 et 29 indiquent que les sels d'argent ne semblent pas exercer sur le bacille-virgule une action aussi énergique que sur l'Aspergillus niger (M. Raulin).
Les essais 19 à 24 et 27 (sulfate de quinine, d'atropine, de strychnine, nicotine, morphine, chlorate de potasse, arsenic) ne permettent pas d'espérer de ces différentes substances une action efficace sur le bacille-virgule dans l'intérieur de l'économie.
Lesalicylate de soude (12 et 13) s'est montré encore ici moins énergique que l'acide salicylique ; serait-il suffisamment efficace pour fonder quelque espoir sur son usage interne, même à haute dose?
Les essais 35 et 36 indiquent que le vin et la bière ne peuvent être contaminés; que le premier peut même être employé dans une
VITALITÉ DU BACILLE- VIRGULE
certaine mesure à désinfecler l'eau, à la condition de faire le mélange quelques heures d'avance ; on ajoutera par exemple un litre de vin à deux ou trois litres d'eau cinq à six heures avant d'en faire usage.
Cette action n'est due qu'en faible partie à l'alcool (30); elle est surtout attribuable à l'acidité du liquide et peut-être aussi au tannin. Les vins employés étaient plâtrés ; les vins non plâtrés doivent être moins efficaces. Il est évident qu'il faudrait encore tenir compte de la contamination possible des vases employés (verres, etc.) par l'eau qui aurait servi à leur nettoyage.
Pour vérifier l'action préservatrice attribuée par M. Koch à l'estomac, nous avions fait d'abord des essais avec du suc gastrique de chien et des solutions de pepsine acidulées; mais nous avons reconnu ensuite par les expériences 1 à 5 que les effets obtenus devaient être attribués à la seule action des acides. En effet, notre solution d'acide chlorhydrique à 1 pour 2,000 (1), renfermant moins de 20 centigrammes par litre d'acide chlorhydrique réel (HCl), avait amené la stérilisation complète en moins de cinq minutes ; le suc gastrique, étant toujours notablement plus riche en acide chlorhydrique, doit tuer à peu près instantanément les virgules contenues dans les aliments qu'il imprègne.
Nous verrons, en analysant la pathogénie du choléra, qu'il n'est pas besoin, pour expliquer l'infection de l'homme, d'états morphologiques particuliers (spores ou autres) pouvant résister aux acides, surtout quand il s'agit d'un microbe essentiellement aquatique. L'action des acides est une raison déplus pour considérer l'eau comme le principal agent de propagation de l'épidémie.
La salive et le suc pancréatique n'empêchent pas le développement des colonies de bacille-virgule dans la gélatine en les ajoutant à ce milieu dans des proportions assez notables (1/5 à 1/4). Les bacilles qui ont séjourné une heure dans la salive et qu'on sème ensuite dans la gélatine se développent encore.