CHAPITRE PREMIER
Si, dans du bouillon neutralisé, on fait dissoudre à chaud de la gélatine, on obtient un liquide qui se fige par refroidissement vers 20°. Si, à ce mélange en partie refroidi, mais non encore figé, on ajoute une faible portion de la matière contagieuse ne contenant qu'un nombre restreint d'êtres vivants, et si on .agite le tout, les bactéries seront réparties dans toute la masse ; que celle-ci soit alors solidifiée par refroidissement, et les bactéries se trouveront isolées les unes des autres. Elles se multiplieront bientôt dans ce milieu nutritif, et à la place de chaque bactérie on ne tardera pas il trouver une petite colonie, une accumulation de microbes. Chacune ne sera composée que d'une seule espèce de bacilles, ou microbes, etc., car elle proviendra tout entière d'un individu unique ; chacune aura des caractères propres, spécifiques, qui, joints aux. propriétés morphologiques du microbe composant, permettront une distinction plus sûre et plus rapide des différentes espèces. Enfin, en prélevant une fraction d'une de ces colonies pour l'ensemencer dans un nouveau milieu, on n'aura plus cette fois qu'une seule espèce d'êtres vivants.
La modification introduite par M. Koch offre donc deux avantages essentiels ; elle permet d'arriver rapidement et sûrement à la culture pure et fournit de nouveaux caractères distinctifs, ce qui est bien précieux dans une classe d'êtres si peu différenciés morphologiquement.
Pour obtenir et conserver des cultures pures, il est nécessaire d'avoir une provision de récipients contenant des milieux nutritifs liquides et solides. Ces récipients sont ordinairement des tubes à essai tels qu'on les emploie dans les laboratoires de chimie ; il faut qu'ils soient parfaitement nettoyés ; on les munit de bouchons de coton (Pasteur) un peu fermes, longs à peu près de 2 centimètres. On les stérilise en les portant pendant 1 h. à 2 h. à une température de 160-170° (Pasteur), ou même 200° ; il vaut mieux éviter de roussir ou brunir le coton. Dans une étuve de Wisneg, il est facile de sté-
CARACTÈRES DU BACILLE
riliser simultanément une centaine de tubes, en les plaçant directement sur les tablettes, ou bien en les enfermant dans des paniers en fil de fer. Pour des quantités plus considérables de milieu de culture, on peut se servir de matras en verre à fond plat, de différentes dimensions, que l'on bouche au coton et stérilise de même.
Milieux liquides : 1° Pour préparer le bouillon, on prend de. la chair niLisculaire de bœuf, veau, mouton, porc ou poulet, dépourvue de graisse, de tendons et d'os, on la hache finement, on l'additionne (le son volume d'eau ordinaire et on porte le tout à TébuUition dans une capsule ; on fait bouillir 1 à 2 heures, en remplaçant l'eau qui s'évapore. On peut encore introduire le mélange dans des matras que l'on maintient quelques heures au bain-marie, ou que l'on suspend 1 à 2 heures dans un courant de vapeur d'eau. Finalement, on passe avec expression, on filtre, on neutralise par le bi-carbonate de soude ou un mélange à parties égales de phosphate et carbonate de soude, on ajoute 1/2 pour cent de sel marin et on porte de nouveau à 100° pendant une 1/2 heure, en s'assurant que la réaction est toujours neutre ou un peu alcaline ; au besoin on ajoute de nouveau du carbonate de soude; on filtre à froid et on transvase soit directement, soit mieux à l'aide d'une pipette, le liquide clair dans les tubes à essai stérilisés dont nous avons parlé plus haut. On ne remplit ces tubes qu'au tiers environ. On pourra remplir presque entièrement ou à moitié des matras de différentes dimensions.
Il faut maintenant stériliser les tubes avec leur contenu. On peut pour cela les faire plonger dans un bain-marie d'eau bouillante dont émerge seulement leur partie supérieure; on les maintient ainsi pendant 1/2 heure à 1 heure, et l'on recommence trois fois l'opération à 24 heures d'intervalle. Il est préférable de recouvrir le bain-marie avec une cloche ouverte à sa partie supérieure, ou avec un entonnoir. Il vaut mieux encore, quand on dispose d'un appareil à courant de vapeur d'eau, remplir de ces tubes des paniers