CHAPITRE SIXIÈME
dans les veines de la ciUlare pui-e ancienne filtrée, des vomissements, des mouvements de défécation, et un état de parésie très remarquable. A l'autopsie on a trouvé la vessie vide, les reins injectés et des ecchymoses intestinales.
Voilà des expériences qui ne sont pas seulement des faits d'analogie, mais bien les effets directs de produits extraits avec toutes précautions soit des organes des cholériques, soit des solutions de peptones après la fermentation bacillaire virgulienne.
Encore ne faut-il pas oublier que la ptomaïne peut n'être pas le seul poison des cultures du bacille-virgule. M. A. Gautier affirme, en effet, dans sa récente communication à l'Académie de Médecine (19 janvier 1886) « qu'il existe à côté des alcaloïdes des substances « azotées non alcaloïdiques qui les accompagnent toujours et sont « douées d'une activité bien autrement grande. Le poison septique « de Panum ne contient pas ou fort peu d'alcaloïdes ; les matières « azotées extractives et incristallisables des urines sont extrème- « ment toxiques sans être basiques ; la partie essentiellement active « du venin des ophidiens est azotée, mais i)on alcaloïdique. »
Le lieu de formation du poison est l'intérieur de l'intestin, où sa présence a été signalée, chez les cholériques, par G. Pouchet, et où se trouvent, dans la portion grêle, les matières albuminoïdes à l'état de peptones dont les solutions pures ont fourni, après fermentation virgulienne, la ptomaïne de nos expériences. De l'intestin il est absorbé dans le torrent circulatoire de la veine porte et jeté dans la grande circulation. On connaît (expérience de Magendie, voir Chap. III) l'action toxique du sang de cholérique injecté dans les veines ('). M. Villers a trouvé la ptomaïne isolé-
(1) Voici nos expériences sur ce point :
Exp. I. Injection de 3,5°"- du sang de clioléra foudroyant, recueilli après la mort dans un flacon stérilisé, et injecté deux heures après. Le chien est tôt après abattu, il frissonne; le lendemain et le surlendemain, même état; il est trouvé mort après trois jours écoulés. Autopsie: Sang du cœur: noir, ne contient que
ACTION DU BACILLK-VIRGULE SUR L'ORGANISME. I 'i7
ment dans le sang, dans le foie, et en quantité particulièrement considérable dans les reins, faisant supposer qu'en ce dernier point est un émonctoire naturel où va s'opérer son élimination.
La preuve de l'élimination par les reins serait donnée par la présence de la ptomaïne dans les urines. C'est surtout dans les premières urines rendues au sortir de l'algidité qu'il y a lieu de la rechercher ; il ne faut pas s'attendre, du reste, à l'y retrouver touentière: substance très altérable, elle doit disparaître de l'économie, au moins en partie, par oxydation,
M. Bouchard a injecté de cette urine dans les veines du lapin et noté des symptômes particuliers différents de ceux que donne l'urine normale ou celle de maladies autres que le choléra: c'est de la diarrhée, des crampes et une hypothermie plus considérable. La dose mortelle n'était pas différente de celle d'une urine ordinaire, et la toxicité a été proportionnelle à la dose injectée (').
Des recherches dans ce sens se heurtent tout d'abord à la difficulté où. l'on se trouve, dans un hôpital surtout, de se procurer les premières urines d'un cholérique, dans lesquelles surtout il faudrait rechercher la ptomaïne. Nous ne sommes pas certains que les expériences suivantes aient été faites sur de pareilles urines.
Nous avons fait deux essais d'extraction parla méthode de Stass :
'liielques grumeaux de couleur foucue, pas de caillots fibriaeux ; estomac el portion supérieure de l'iuteslin grêle conlienueut du sang eu abondance. Pas de virgules.
Rxp. II. Jeune cochon du poids de 10 à 50 kilog. Injection dans une veine abdominale de de sang de cholérique mort après quelques heures de maladie. L'animal est tôt après très abattu; les pieds, le uuiseau, les oreiller sont cyanosé.s et froids au loucher. On le trouve entièrement rétabli le lendemain.
E.xp. m. Petit chien. Injection dans la veine crurale d'une seringue Pravas de saug de cholérique, cas rapide. Parait abattu, puis guérit après un peU plus de vingt-quatre heures.
M. Livon (Marseille médical 1884, p. 536), expérimentant sur le lapin, a provoqué la mort dans les vingt-quatre heures (2 expériences). (1) -Association Française; Congrès de Grenoble, 1885.
l'icS CHAPITRE SIXIÈME.
Premier essai: la solution provenant d'un peu plus de deux litres d'urine fournis par plusieurs malades, a été injectée à un cobaye. On n'a oijservé qu'un aiDaissement de température sans autres symptômes (température initiale 'lO^i ; après 4 heures 37" seulement' et après 18 heures 38°).
Deuxième essai : La solution provenant d'un litre d'urine analogue a été injectée à une souris qui est morte au bout de trois heures et demie : paresse générale et du train postérieur surtout, marche chancelante, cris plaintifs, algidité deux heures après l'injection).
Ces essais sont loin d'être concluants.
Le poison a-t-il une action sur les éléments du sang? La question est résolue négativemeat par les derniers travaux sur ce sujet (').
Le poison a-t-il une action spéciale sur le système nerveux? Ici nos expériences sont ailirraatives : les vomissements chez le chien, l'atonie motrice, les convulsions sont tout autant de symptômes d'ordre essentiellement nerveux (Chapitre IV de nos expériences). Comme cependant les fonctions intellectuelles ou de l'écorce cérébrale sont conservées intactes, que la motilité réflexe demeure indemne, c'est au domaine des nerfs pour les fonctions viscérales et vasomotrices que Ton se trouve nécessairement limité. C'est dans ce domaine là, du reste, qu'évolue essentiellement la maladie.
M. Paoletti (Congrès de Pérouse, Semaine médicale, 1885, p. 323) admet un spasme général des fibres musculaires lisses, une sorte de tétanos entéro-moteur, vaso-moteur, vésical, etc., à mettre en parallèle avec le tétanos des muscles à fibres striées qui est celui de la strychnine. Jusqu'ici le tétanos artériel est seul établi (section d'artère non suivie d'hémorrhagie, expérience de Magendie, de Dieffenbach). L'hypothèse d'une pareille élection toxicologique n'a rien qui doive paraître osé ni étrange ; nous rappelons l'action
(1) Hayeni et Wiuter, Gas. hebdom. 20 et 27 février 1885;
élective de la strychnine, on connaît aussi celles du curare sur les terminaisons des nerfs moteurs, de la digitale sur les nerfs du cœur, du chloroforme et de tant d'autres poisons. Diverses hypothèses peuvent être faites : ' e poison agit-il sur les cellules ganglionnaires qui tapissent les vaisseaux eux-mêmes? sur les gang-lions viscéraux isolés? sur les ganglions cérébraux enfm? Nous nous arrêtons sur ce terrain où nous n'avons pas d'expériences à relater.
Le poison exerce son action sur les fonctions hépatiques. Le foie se trouve être le premier baigné par le sang revenant de l'intestin, et les lé.sions histologiques du foie sont constatées dès le début: dilatation et thrombose capillaires, tuméfaction et décoloration de la cellule ('), atrophie commençante ('2), disparition ou au moins diminution de la matière glycogène bile noire et visqueuse au début, bile fluide et incolore dans certains cas tardifs (voir ci-après, à propos de la mort tardive).
Que le rein soit troublé dans ses fonctions, c'est ce que l'anurie rend évident. La cause de l'anurie doit-elle être cherchée dans l'action directe d'un poison agissant par le sang dans le rein? ou dans une action indirecte ? C'est ce qu'il ne nous est pas possible d'élucider. Une chose certaine, c'est que des altérations histologiques ne tardent pas à apparaître. Nous aurons à les examiner dans l'étude de la mort tardive, car elles ont été trouvées nulles ou à peine ébauchées dans les cas de mort rapide, et n'ont revêtu quelque caractère significatif que dans ceux oii la mort est survenue après le troisième jour (*).
(1) Hanot et Gilbert, Arch. de plnjsioL, 1885, p. 304.
(2) Kelsch et Vaillard, loc. cit.
(3) Bûuchut, cité in Dict. de Dechambre, article C/ioléra.p. 840.
(4) Kelsch et Vaillard, Arch. de23hysiol., 1885, p. 326.
150 chapitrb; sixièmk.