CHAPITRE SIXIÈME
manifestation d'une nécrose, ou mort des éléments essentiels de l'organe. Ils basent ce jugement en particulier sur la résistance des noyaux à l'action des matières colorantes et sur l'analogie des lésions observées avec la lésion expérimentale qui est le produit de la ligature de l'artère rénale.
Ce fait peut être expliqué par le défaut d'irrigation sanguine pendant la période alglde et l'arrêt de nutrition qui en est la conséquence. Remarquons cependant avec les auteurs (Cohnheim, Strauss) (') que l'ischémie artérielle est loin d'être absolue. S'il ne coule pas assez de sang pour la sécrétion, il en vient peut-être assez pour entretenir la vie des éléments.
Ce fait peut être expliqué encore par relfet d'un poison contenu dans le sang et agissant directement sur les cellules du rein.
L'urine des cholériques est albumineuse ; le sang des cholériques a été trouvé riche en urée.
La présence de l'urée dans le sang et la lésion si prononcée des reins jouent certainement un rôle important dans les troubles tardifs de la maladie, rôle qui a été bien mis en relief en particuher par Griesinger (^).
Ce n'est pas cependant de l'urémie simplement, de l'urémie comme elle se présente dans les néphrites ordinaires, car un symptôme essentiel fait défaut : les convulsions générales, éclamptiques. Griesinger les signale bien comme observées « dans des cas très rares » ; quant à nous, nous n'avons ouï parler d'aucun fait de ce genre dans les épidémies auxquelles nous avons assisté.
Diverses septicémies. — Nous avons vu, dans le chapitre deuxième, que des bactéries ont été trouvées par nous dans les
(1) Strauss, loc. cit., p. 409.
, (2) Traité des maladies infectieuses.
organes des cholériques, en très petit nombre sans doute, et d'espèces très diverses. Néanmoins, dans les cas où l'envahissement septicémique à travers les parois altérées de l'intestin a eu lieu, rien n'est plus plausible que de voir là le point de départ de certaines inflammations localisées en foyers, aboutissant à la purulence. Ce sont les abcès signalés en diverses régions du corps, les faits très rares de rnéning-ite purulente, de pleurésie, de parotidite, de laryngite, de spléuite, ce sont enlin les faits plus fréquents de pneumonie dont nous avons observé deux cas très accentués.
Dans l'un de ces cas, nous avons obtenu par ensemencement des colonies de coccus souvent associés à deux en diplococcus. L'autopsie ayant été faitepourl'und'eux, avant notreexamen, par MM. les internes de l'Hôpital, nous n'avons sur elle que des renseignements très incomplets (obs. 59). La maladie en était au 18* jour ; il y avait hépatisation très étendue, de couleur gris-jaunâtre en voie de transformation purulente.
L'autre, concerne un homme adulte, mort après six jours d'hôpital. La vésicule biliaire a été trouvée pleine de bile foncée; les reins étaient à peine augmentés, les glomérules de la substance corticale peu apparents étaient cependant reconnaissables. Le poumon droit était, à l'exception du sommet, tout entier en état d'hépatisation rouge ; le poumon gauche présentait seulement deux noyaux de la même hépatisation (obs. 54).On peut se demandre si, dans ces cas, l'infection a eu réellement pour point de départ l'intestin excorié; l'hypothèse parait plausible.
On pourrait citer encore le cas suivant, que nous communique le docteur Sieur, aide-major à l'Hôpital-Militaire, concernant un soldai atteint de choléra le 31 juillet, entré en convalescence le 7 août, et chez qui une fièvre typhoïde dothiénentérique s'est développée à partir du 23 août. C'est là un fait, sans doute, qui ne peut être mis que très indirectement à l'actif du choléra, mais qui indique combien peuvent être variées les formes de septicémie