V. — Relation entre la marche du soleil et celle de
la température.
Si l’échauffement maximum du sol d’une contrée correspondait à la direction normale des rayons du soleil sur sa surface, ce serait aux époques des deux passages du soleil au zénith, c’est-à-dire entre le mois d’avril et le mois d’août, qu’au Sénégal la température serait à son maximum. Mais nous savons que nulle part il n’en est ainsi et que la marche de la température est toujours en retard sur celle du pouvoir calorique des rayons solaires. C’est à latin de septembre et au commencement d’octobre que les moyennes sont les plus
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élevées. C’est-à dire que c’est au commencement de l’automne^ au moment où le soleil passe dans l’hémisphère sud, que la chaleur est la plus forte. Pour la même raison nous ne trouverons pas les plus basses températures au moment du solstice d’hiver. Elles ne se font sentir que deux mois plus tard, en février.
Nous ne trouvons pas entre les températures des mois et la marche du soleil, de relation autre que celle du retard connu de Teffet produit par l’accumulation successive de la chaleur solaire.
Au lieu de considérer les moyennes, examinons la marche même de la température, mettons en regard comme nous l’avons fait ci-dessous, les chiffres exprimant en degrés du méridien la distance du soleil au zénith et ceux exprimant l’ascension ou la baisse de la température d’un mois à l’autre.
Relation entre la marche de la température et la marche du soleil au ISénég^al
MARCHE DE LA TEMPERATURE
CLIMAT DE CORÉE
On voitqiie]les sont les coïncidences que fait ressortir ce tableau. Ainsi de mai à juin se trouve le maximum du mouvement d’ascension du thermomètre. Or, c’est précisément en juin que le soleil étant au solstice d’été se trouve à son maximum d’éloignement dans le nord, et ce maximum est trèsfaible. Le soleil n’est éloigné à midi que de 8“ 47' de la normale. C’est aussi le mois pendant lequel la durée du jour est à son maximum et l’emporte de près de deux heures sur celle de la nuit.
Cette coïncidence est très-remarquable, le moment où le soleil reste le plus longtemps sur l’horizon est donc précisément celui d’une accélération très-notable dans la croissance de la température, puisqu’elle atteint 3°,7.
Une seconde coïncidence nous prouvera qu’il n’y a pas là un rapport fortuit. C’est entre novembre et décembre qu’a lieu le maximum du mouvement de baisse de la température; ce maximum de baisse est de 3“,6. Or, le 21 décembre le soleil se trouve à son maximum d’éloigneraent dans l’autre hémisphère, à ce moment ses rayons sont les plus obliques, et les jours ont leur durée moindre et, par conséquent, les causes de refroidissement par le rayonnement nocturne sont les plus grandes, pendant que les causes d’écbauffemeiil sont les plus faibles.
Les maxima dans la marche ascendante comme dans la marche descendante de la température sont bien produits par la position du soleil par rapport au Sénégal.
Examinons maintenant les mois dans lesquels se trouvent les plus faibles vitesses de croissance ou de décroissance dans la marche du thermomètre.
Le minimum d’ascension a lieu de mars à avril, il est de 0®,S. C’est en avril qu’a lieu le premier passage au zénith. A ce moment la distance du soleil au zénith est nulle, les rayons du soleil tombent verticalement sur le sol et devraient produire une élévation plus forte de la température; il y a là une coïncidence qui ne doit pas être non plus l’effet du hasard, mais qui me paraît assez difficile à expliquer. 11 est difQcile
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du comprendre, en effet, pourquoi cet arrêt, ou plutôt cette diminution de l’élévation de la température, dans de pareilles conditions, en apparences si favorables à une ascension plus rapide, car notons aussi que les jours sont déjà plus longs que les nuits. Je cherche en vain une explication de ce fait; rien dans les autres phénomènes météorologiques ne peut venir à notre aide : les pluies font défaut, les vents sont réguliers comme les mois précédents, ce n’est qu’à la fin du mois de mai qu’ils changent de direction.
Une quatrième coïncidence est celle d’un nouveau ralentissement dans la marche ascensionnelle de la température, juste au moment du second passage du soleil au zénith, en août. Les conditions astronomiques se trouvent être les mêmes qu’au mois d’avril, la température semblerait devoir continuer de croître, mais un phénomène survient qui nous permet d’expliquer cet arrêt : le mois d’août est le mois du maximum de fréquence et d’abondance des pluies. Ces pluies arrêtent la marche ascensionnelle de la température qui se maintient à peu près stationnaire. 11 y aurait même certainement un abaissement si les pluies étaient encore plus énergiques, ce qui arrive dans des contrées voisines, par exemple à Sédiiiou (Casamance) au sud du Sénégal, comme le démontrent les observations que nous possédons sur ce point de la côte d’Afrique.
Nous avons dit plus haut comment pouvait s’expliquer la disparition des alizés et l’arrivée d’une sorte de mousson au sud-ouest apportant les pluies de l’hivernage. Nous avons montré que la chaleur trouvait dans son excès même un modificateur puissant par l’appel qu’elle faisait aux brises de mer et aux pluies qu’elles apportent; or, c’est au mois d’août que cette mousson du sud-ouest est la plus prononcée.
La marche descendante de la température coïncide avec la plus longue durée des nuits. L’absence de nuages favorisant le ravoiinement nocturne et la reprise des vents réguliers du NE. Elle ne présente aucune station remarquable comparable à celle que présente le mouvement d’ascension.
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Pourquoi la température se maintient-elle croissante pendant huit mois, tandis qu’elle descend pendant quatre mois seulement ? C’est une conséquence de la situation de l’île de Corée sous les tropiques. En comparant ce climat à celui des pays situés au nord du tropique, on comprendra que le passage du soleil au nord du parallèle de Corée doit nécessairement allonger la saison chaude de la moitié du temps pendant lequel cet astre est au nord. Pendant les six mois que le soleil passe dans l’hémisphère nord, les pays tempérés ressentent l’effet de son pouvoir calorique, croissant pendant trois mois et décroissant pendant les trois autres. Il ne doit pas en être de même pour Corée, puisque l’époque du mouvement rétrograde du soleil vers l’équateur pendant lequel l’effet calorique des rayons solaires va diminuant pour les pays extratropicaux, est encore pour le Sénégal une époque où la température doit continuer de croître, puisque le soleil se rapproche une seconde fois de son zénith. Que l’effet de réchauffement par le soleil se manifeste avec un certain retard, cela ne change en rien les causes qui l’ont produit.
En résumé, pendant les quatre mois que le soleil est au nord du Sénégal, l’effet calorique produit par cet astre va toujours croissant, tandis que pour les pays tempérés il ne va croissant que pendant deux mois. Il doit donc y avoir, comme il y a en réalité, deux mois de plus de mouvement ascensionnel de la température en faveur du Sénégal.
A Corée, comme en Europe, il n’y a dans l'année qu’un seul maximum et qu’un seul minimum de la hauteur thermométrique; mais ces deux températures extrêmes sont plus rapprochées qu’elles ne le sont en Europe. En descendant vers l’équateur, nous trouverons, au contraire, des climats jouissant comme ceux de l’équateur même, de deux maxima et de deux minima. Au sud de la Sénégambie, on trouve déjà au milieu de la saison d’hivernage un minimum de température coïncidant avec l’extrême abondance des pluies.
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