‹ Recherches sur le climat du SénégalChapitre 110 sur 125 · INONDATIONS · texte numérisé non relu

INONDATIONS

Aperçu sur le régime des eaux du Sénégal.

Les inondations périodiques du Sénégal jouent, dans la vaste contrée à laquelle ce fleuve donne son nom, un rôle dont l’importance est considérable.

Grâce à ces inondations qui coïncident chaque année avec la saison d’hivernage, ce fleuve devient pendant une grande partie de l’année navigable jusqu’à plus de tOOO kilomètres de son embouchure. Les cataractes du Félou forment alors la première barrière qui arrête la navigation de nos bateaux à vapeur. Dans ces contrées, à populations barbares ou demisauvages, les voies navigables sont les seules que puisse parcourir en sûreté le commerce européen. C’est grâce aux crues périodiques de ce grand cours d’eau qu’il a été permis à la France d’étendre sa domination commerciale et militaire jusque dans l’intérieur de l’Afrique occidentale. Au-dessus des cataractes, le fleuve est encore accessible à une certaine navigation, et si nos intérêts nous y conduisent, le vœu du général Faidherbe pourra se réaliser, et la communication maritime s’établir entre le Sénégal et le Niger. Alors l’Afrique se trouverait entamée par notre influence civilisatrice dans une région qui comprendrait une vaste superficie.

L’inondation périodique de toute la basse Sénégambie permet, sous un soleil biûlant, sur la frontière du désert, dans un pays où les pluies manquent pendant 8 mois, de mettre en culture, pendant les deux tiers de l’année, des terrains qui seraient demeurés stériles. Cette culture alimente une nom-

RÉGIME DES EAUX DU SÉNÉGAL

breuse population et renrichit même assez pour lui permettre une ex[)ortation considérable, origine de son activité commerciale. D’un autre côté, l’inondation est malheureusement 1 une des plus grandes causes de l’insalubrité du pays et par suite un grand obstacle aux efforts de colonisation par les races européennes.

Pour étudier le régime du Sénégal, il nous faudrait sur la nature géologique des terrains qu’il parcourt, sur la topogra()hie des pays qui le bordent, des notions qui nous font presque entièrement défaut. Un certain nombre d’observations de la hauteur des eaux du fleuve, ont été faites sur quelques points, pendant plusieurs années, par les médecins et par les commandants des postes que nous occupons militairement. Deux bonnes séries d’observations faites l’une à Bakcl, l’autre à Dagana, pendant l’année 1871, nous permettent de donner une idée approximative du régime des eaux du Sénégal.

Trois fois par jour, à midi et à 6 heures, matin et soir, la hauteur des eaux au-dessus d’un point fixe, supposé le niveau des plus basses eaux, a été noté sur un journal.

Nous nous bornerons à donner, pour Dagana et pour Bakel, de S jours en S jours, la hauteur des eaux au-dessus de l’étiage, le soir à 6 heures, pendant l'année 1871 . Nous avons réuni les résultats de ces observations dans la planche suivante construite à l’échelle de 2 millimètres par mètre des liauteurs réelles. Nous allons étudier successivement la crue du fleuve dans chacun de ces postes.

1. Régime des eaux du Sénégal, à Bakel. — Il n’y a dans l’année qu’une seule crue des eaux du fleuve, le niveau des eaux monte rapidement pendant 4 mois environ, décroît avec une vitesse un peu inférieure à celle de l’ascension pendant les quatre mois suivants, puis lentement pendant les quatre autres mois de l’année.

Le commencement de la crue se fait sentir à Bakel dès les premiers jours de mai. Il est à remarquer qu’en 1871, comme les années précédentes, le fleuve a commencé à monter longtemps avant que des pluies de quelque valeur aient été ob-

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REGIME DES EAUX DU SENEGAL

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RKGIME DES EAUX DU SÉNÉGAL

servées dans les points accessibles à nos explorations. C’est donc aux pluies tombées dans les montagnes d’où le Sénégal et le Niger tirent leur source, qu’est dû le premier mouvement d’ascension des eaux,

La crue est d’abord lente, t®,90 dans tout le mois de juin et dans les premiers jours de juillet. A partir du 10 juillet, l’ascension du niveau du fleuve devient rapide, elle est d’environ 3 mètres en 20 jours. Celte brusque ascension coïncide avec les premières grandes pluies. Mais c’est surtout en août que la marche de l’inondation devient rapide. Malgré la vaste superficie sur laquelle s’étendent les eaux, elles s’élèvent, dans le cours du mois d’août, de 7 mètres audessus du niveau précédent, et atteignent dans les premiers jours de septembre, 15 mètres à 15 mètres et demi au-dessus de l’étiage. Celte hauteur a été atteinte en 1871 du 5 au 15 septembre, après des crues qui ont été parfois de 1 mètre en un seul jour. Pendant toute la première quinzaine de septembre, les eaux se sont sensiblement maintenues à ce niveau.

Dans les autres années dont nous avons pu consulter les observations, le maximum d’élévation des eaux du Sénégal a été également atteint dans les premiers jours de septembre, il a été de 14“,50 en 1870 et de 13“,15 en 1872.

Au commencement de la deuxième quinzaine de septembre, bien que les pluies ne disparaissent pas encore, les eaux baissent avec une rapidité qui est toujours un peu moindre que celle de la crue; à la fin d’octobre, les eaux ont repris le niveau qu’elles avaient dans les premiers jours du mois d’août.

A partir de la fin d’octobre, la baisse devient plus lente. Le fleuve perd seulement deux mètres dans le mois de novembre, il descend alors régulièrement et lentement jusqu’à la fin du mois de juin.

Du mois d’avril au mois de mai, le niveau du flemme se tient à quelques centimètres au-dessus du zéro de l’échelle, rarement il atteint cette limite inférieure.

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Le courant, très-rapide pendant Thivernage, devient faible pendant la saison sèche. Il donne environ 6 mètres par minute au mois de mai en face du fort de Bakel. Au passage étroit qui se trouve au dessous de ce poste, le courant peut alors atteindre i6“,50. La coupe du fleuve, déterminée par plusieurs sondages, est à cet endroit de 250 mètres carrés, la vitesse moyenne du courant étant de 12"“,80, on peut en conclure que la quantité d’eau qui s’écoule, pendant la saison sèche, est d’environ 3 000 mètres cubes par minute ou 50 mètres cubes par seconde.

Nous avons noté sur notre carte du climat du Sénégal, les plus grandes hauteurs atteintes par les eaux des fleuves, dans chaque trimestre, à Bakel et à Dagana. La navigation à l’aide des bateaux à vapeur calant 2™, 50 est facile jusqu’à Bakel depuis le 15 ou 20 juillet jusqu’à la fin du mois de novembre. A partir du début de la saison sèche, ces navires ne peuvent plus remonter à Bakel et le poste se trouve alors isolé du reste de la colonie.

IL Régime des eaux à Dagana. — Dagana situé à 120 kilomètres environ de l’embouchure du fleuve, est toujours accessible à la navigation. Dans la saison sèche, les marées s’y font sentir en faisant varier d’une quantité très-appréciable le niveau du fleuve dans la même journée. Elles s’affaiblissent de plus en plus, à mesure que l’inondation augmente, et finissent par être effacées par les hautes eaux et la force du courant en août, septembre et octobre.

L’eau du fleuve est toujours douce et de bonne qualité à Dagana. Ce n’csl ([u’à de très-rares intervalles et à plusieurs années de distance, qu’on l’a vue légèrement saumâtre, sous l’influence de marées extraordinaires coïncidant avec une très-grande sécheresse.

L’année 1871, pour laquelle M. Bohéas nous a fourni ses observations de la hauteur du fleuve, fut une année de forte inondation.

La cnie commença à la fin du mois de mai. Très-lente dans le mois de juin, à la fin duquel elle atteignait seulement 60 cen-

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timètres, elle conserva la même lenteur en juillet; elle s’est accélérée en août et septembre de manière à produire, dans chacun de ces mois, une élévation de 1“,50 à 2 mètres sur le niveau du mois précédent. Le 9 octobre, le fleuve atteignait son maximum de hauteur (5“,20 au-dessus de l’étiage), et inondait alors tout le pays environnant. Son lit était plus que doublé de largeur devant le poste de Dagana.

En 1865, le maximum de la crue n’avait atteint que 3“,49, le 22 octobre. En 1866, il fut de 4“,48, également le 22 octobre. En 1872, elle atteignait 4“,18, le 3 novembre.

Après quatre mois d’ascension, le niveau du fleuve a suivi, dans l’année 1871, une marche descendante beaucoup plus lente que ne l’avait été le mouvement d'ascension. La baisse fut de 1 mètre à i“,50 par mois, en novembre et en décembre. Au mois de Janvier, les eaux étaient, au commencement de l’année, c’est-à-dire à la fin de l’inondation de l’année précédente, à peu près au niveau de l’étiage. Le janvier à la fin de mai ce niveau ne subit que des modifications peu importantes, plutôt sous l’influence des marées que sous celles des eaux provenant du bassin du fleuve.

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