I. — Climat du Sénégal pendant l’hivernage
Pendant les six mois compris entre juin et la fin de novembre, c’est-à-dire pendant l’hivernage, au moment de la présence du soleil dans le voisinage du zénith de notre co-
Ionie, l’observation permet de reconnaître : une humidité extrêmement prononcée, des calmes nombreux, des vents faibles et variables, une température moyenne élevée à oscillations faibles, une dépression barométrique sensible, des pluies, des orages, l’inondation des cours d’eau, un mauvais état sanitaire des Européens. Telles sont les conditions qui réunies, donnent au Sénégal pendant six mois le même aspect climatérique dans ses différentes régions, tant de l’intérieur que du littoral.
Les différences existant à cette époque entre deux régions quelconques de cette contrée sont d’une faible importance et résultent seulement de l’exposition des localités.
Les observations faites dans l’intérieur du pays montrent qu’en effet les moyennes de la température y diffèrent peu à celte époque de celles de la température des régions du littoral.
La température moyenne de cette saison est d’environ 27®; elle est à peine élevée d’un degré en plus pour les pays situés dans l’intérieur, encore est-il permis de penser que les observations qui se feront dans l’avenir abaisseront sans doute ces dernières moyennes, déterminées seulement par des séries très-courtes et dans des expositions souvent peu convenables.
La température oscille lentement, dans ces six mois, audessus et au-dessous de la moyenne tliermométrique 27°. Ces oscillations sont toujours assez faibles; d’autant plus faibles que l'on considère un moment plus rapproché du centre de l’hivernage, c'est-à-dire du moment du second passage du soleil au zénith. Ces oscillations augmentent légèrement lorsque l’on s’enfonce dans l’intérieur du pays, mais jamais elles n’atteignent les oscillations de la saison sèche, si ce n’est à la fin de novembre, mois de transition.
La caractéristique de l’hivernage se trouve donc, pour tout le Sénégal, dans une température moyenne élevée,. différant peu de celle de l’équateur, dans une constance remarquable de cette haute température, enfin dans des minima et des maxima s’écartant peu et surtout rarement de cette tempéra-
ture moyenne. A cette chaleur élevée se joint une humidité constante, presque aussi forte dans l'intérieur que sur le littoral. Celle humidité, liée pendant les quatre mois du centre de riiivernage à des pluies abondantes, rend excessivement pénible la chaleur avec laquelle elle se combine pour impressionner douloureusement et prcfondément l’économie du corps humain, surtout chez les Européens qui, dans ces pays, ne peuvent jamais être considérés comme- acclimatés. A ces deux éléments viennent se joindre une évaporation active alternant avec des pluies, enfin l’inondation périodique qui est la conséquence de ces dernières.
La force de l’irradiation solaire, pour laquelle nous n’avons pas d’indication, résultant d’observations directes, s’accuse à celte époque, par l’effet pernicieux pour les Européens de l’insolation, même peu prolongée, m.algré la nébulosité du ciel plus grande que dans l’autre moitié de l’année.
Il faut encore ajouter à ces éléments des vents variables et faibles, et un état très-tourmenté de l’atmosphère qui n’est jamais sans présenter quelque orage, comme nos observations l’ont démontré, dans la région occupée par notre ligne télégraphique.
Nous avons suffisamment parlé dans le cours de notre élude de l’effet profondément débilitant produit par la réunion de toutes ces conditions atmosphériques sur la santé des Européens. A celte époque de l’année, toutes les régions du Sénégal sont exti êmement malsaines; à peine quelques points plus favorisés échappent-ils, mais en partie seulement, aux influences morbides, Corée est la ville qui, par sa position insulaire à l’extrémité occidentale du continent, présente, au plus haut degré, celle salubrité relative.
Quelles sont, dans l’hivernage, les différences existant entre les diverses régions du Sénégal?
Si nous laissons de côté la question sanitaire sur laquelle nous aurons à revenir, nous constaterons qu’au point de vue du climat, dans le sens le plus restreint de ce mot, les localités situées sur la côte jouissent encore de grands avantages.
Les brises dominantes de TO et du SO y sont plus fortes et plus rafraîchissantes que dans rinlérieur, et les calmes sont moins nombreux.
Dans l’intérieur, à Bakel, les pluies apparaissent plus hcâtives que sur la côte. La crue des eaux du fleuve démontre que des pluies sont tombées avant le mois de juillet dans la contrée montagneuse où le fleuve prend sa source.
Lfliivernage est plus long à Corée qu'à Saint-Louis, débute plus tôt et se termine plus tard. Le mois le plus chaud à Saint- Louis est ordinairement septembre; à Corée, c’est aussi souvent octobre que septembre. En général, c’est dans le cours du mois de juin, vers le milieu de ce mois, que les calmes et les changements de vent témoignent de l’entrée en hivernage. C’est vers le 13 ou 20 novembre que l’hivernage est considéré comme se terminant, et c’est en effet vers cette époque, quelquefois quelques jours plutôt, qu’apparaissent les vents réguliers propres à la saison sèche.
Il faut remarquer que des six mois qui constituent l’hivernage, le premier et le dernier, juin et novembre, sont des mois de transition d’une saison à l’autre; de sorte que l’on peut dire que la saison sèche est de six mois complets, tandis que riiivernage ne présente des caractères bien tranchés que pendant les quatre mois des pluies.
Si nous reconnaissons que dans la saison sèche, dont nous allons parler, le Sénégal jouit sur plusieurs points d’un trèsbon climat, il ne faut pas oublier que les graves atteintes de l’hivernage font sentir leur effet assez avant dans la saison sèche. L’atmosphère ne présente jamais assez de qualités hygiéniques et curatives pour rétablir suffisamment les convalescents des maladies de l’hivernage et compenser par son effet bienfaisant l’effet nuisible de cette mauvaise saison.
CLIMAT DU SKNKGAL.