‹ Recherches sur le climat du SénégalChapitre 46 sur 125 · NOMBRE DE JOURS DE CIEL · texte numérisé non relu

NOMBRE DE JOURS DE CIEL

se-

rein.

1/a et 1/2 couvert.

cou-

vert.

couvert .

se-

rein.

et 1/2 couvert.

cou-

vert.

cou-

vert.

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre ....

Octobre. .....

Novembre

Tl

Décembre

Année

Saison sèche . . .

ICO

Hivernage ....

On voit d’après ce tableau que l’état du ciel ne se modifie, d’une manière importante, d’un mois au mois suivant, qu’aux époques de transition d’une saison à l’autre. Mais si l’on groupe les mois par saisons, on arrive à trouver des diffé-

CL13IAT DE GÜUÉE.

rences très-sensibles dans l’état du ciel, dans chacune de ces divisions de Tannée.

Nous [)ouYons d’abord constater que la sérénité du ciel va en augmentant du matin au soir. C’est toujours au moment du lever du soleil que le ciel est le plus couvert ; c’est au contraire vers 4 heures du soir qu’il est le plus dégagé de nuages.

Cependant les saisons apportent certaines modifications dans la plus ou moins grande nébulosité de Tatmosplière suivant les différentes heures du jour. Dans la saison sèche, le contraste entre le ciel du matin et celui du soir est beaucoup plus prononcé qu’il ne Test dans Thivernage. Dans la saison sèche, le ciel est environ deux fois plus souvent serein à 4 heures du soir qu’à 6 heures du matin, tandis que dans Thivernage le nombre des observations de ciel sans nuage est, à 4 heures du soir, à peine supérieur à celui des mêmes observations faites au moment du lever du soleil.

Il est à remarquer que l’augmentation de la nébulosité, le matin, coïncide avec la fréquence plus grande des calmes dans la matinée.

Si nous considérons Tannée d’une manière générale, nous trouvons, à 4 heures du soir, 134 jours de ciel serein, contre 130 jours de ciel couvert soit au quart, soit à demi, et 102 jours de ciel couvert, soit aux trois quarts, soit entièrement. Ce qui peut se résumer en 264 jours de temps beau ou très-beau contre 102 jours de temps où le soleil est plus ou moins voilé.

Les beaux jours sont donc deux fois à peu près plus nombreux que les jours douteux. D’un autre côté, les jours où les rajons du soleil font complètement défaut, à 4 heures du soir, sont au nombre de 52, c’est-à-dire un septième du nombre des jours de Tannée.

Dans ce dernier cas, si les rayons du soleil frappent moins directement sur le sol et, par suite, si Téchauffement doit être moindre dans la journée, il y a, la nuit, compensation, car le rideau de nuage cachant le ciel, en totalité ou en partie, dimi-

ÉTAT GÉNÉRAL DE l’aTMOSPIIÈRE.

nue considérablement le rayonnement nocturne et empêche le refroidissement des nuits. Aussi les nuits de l’tiivernage sontelles très-pénibles à supporter. Elles sont loin d’apporter aux fatigues de la journée le soulagement auquel on est habitué dans l’été des pays tempérés.

Mais, comme nous l’avons dit déjà, la physionomie du climat varie tellement au Sénégal, suivant les deux grandes saisons qui divisent l’année, que c’est dans chacune de ces saisons qu’il faut étudier séparément Télat du ciel, de même que les autres phénomènes naturels.

A. — Dans la saison sèche, la belle saison, le journal nous indique seulement IS jours de ciel entièrement couvert.

Le ciel est parfaitement pur 100 fois et plus ou moins parcouru de légers nuages pendant 68 jours.

C’est surtout aux mois de mars, avril et mai que le soleil darde impitoyablement pendant 12 à 13 heures ses rayons sur le sol desséché et dépouillé de toute verdure. Sur le littoral du Sénégal, grâce au voisinage de la mer, cette irradiation solaire est heureusement combattue, et la chaleur n’est pénible que pour les personnes forcées de s’exposer au soleil. Mais dans rintérieur du pays, à Bakel, par exemple, l’effet de cette irradiation solaire est tellement prononcé que la saison sèche qui est la plus fraîche sur le littoral devient, pendant la seconde moitié de son semestre, la plus chaude de l’année. C’est alors que la terre desséchée ne peut supporter aucune végétation active, que dans le milieu du jour, les noirs eux-mêmes ne peuvent marcher nu-pieds sur le sol brûlant et sont forcés de se réfugier dans leurs cases. Les animaux sauvages comme les animaux domestiques fuient également le soleil de tout leur pouvoir et cherchent un abri contre son rayonnement.

Lorsque cet astre brille dans le voisinage du zénith, un silence général se fait dans la nature : les oiseaux cessent de chanter et s'endorment, seuls quelques aigles, au vol puissant, s’élèvent à perte de vue dans les nues, cherchant les régions plus fraîches des hautes altitudes pour y planer sur la solitude silencieuse.

CLTSÏAT DE CORÉE.

La sieste n'est pas un besoin exclusivement propre à l’homme. Le plus grand nombre des animaux y est soumis sous ces climats. Ce fait n’est pas particulier au Sénégal; il appartient à toute la zone tropicale. Rien n’égale la majesté du silence des immenses forêts de l’Afrique équatoriale au moment de la plus grande ardeur des rayons solaires. Les insectes eux-mêmes semblent partager ce repos général de la nature, leurs cris ne guident plus les recherches de l’entomologiste, c’est sous les revers des feuilles qu’il faut aller les découvrir. Cet état général de tous les êtres n’est pas le sommeil; un mot spécial était nécessaire pour le désigner.

Pendant la saison sèche, malgré l’absence de tout nuage, le ciel du Sénégal est loin d’a-voir la belle teinte bleue du ciel de la plupart des mers tropicales. Ceci est contraire à ce qui se voit dans les autres régions équatoriales, où, suivant Ilumboldt, le ciel est ordinairement d’un bleu plus pâle en mer que dans l’intérieur du pays.

Lorsque l’on quitte le Sénégal, il est facile de constater que l’azur du ciel se prononce de plus en plus à mesure que l’on s’éloigne de la côte d’Afrique. Mais, à terre, le ciel est, dans celle saison, d’un bleu pâle, plutôt gris que bleu et presque toujours d’un beau fixe d’une désespérante monotonie. Rien ne distrait les yeux de l’uniformité de ce ciel sans nuage, rien ne vient la rompre, si ce n’est quelques bandes de brumes grisâtres à l'horizon.

Dans l’E, du NNE à PESE, on remarque en effet presque constamment une couche de brume très-épaisse, presque noire à l’horizon, tant elle est amoncelée, diminuant d’épaisseur et de teinte à mesure qu’on se rapproche des couches moins profondes, en allant de bas en haut.

Une diminution dans le ton des teintes se remarque également vers les deux extrémités de cette bande et s’étend assez vers le N et vers le S pour que l’on trouve sur ces deux points mêmes des centres d’épaisseur d’où semblent s’irradier avec une intensité décroissante, à mesure qu’elles s’en écartent, des l^andes brumeuses plus ou moins épaisses.

KTAT GÉNÉRAL DE l’aTMOSPHÈRE.

Cette disposition de la partie orientale du ciel est plus prononcée à Saint-Louis qu’à Gorce, mais elle est commune à tous les horizons du littoral. Elle est surtout marquée lorsque soufflent avec énergie les vents d’E et de NE. Alors que la bi ise passant sur le Sahara arrive très-échauffée, souvent brûlante et presque irrespirable sur les points placés moins favorablement que nie de Corée. Dans ces jours de vent de NE, le ciel est sans nuage, mais il n'est Jamais alors d’une couleur bleue, il est d’un gris bien décidé, à peine bleuâtre.

On ne peut attribuer cette teinte grise qu’à une seule cause : la présence dans l’air d’une quantité prodigieuse de poussière très-fine, de sable extrêmement divisé, assez léger pour être presque tenu en suspension. Ce sable diminue l’intensité de la lumière et délaie la teinte bleue ordinaire du firmament, parfois il est en si grande quantité qu’il forme un véritable brouillard sec.

C’est à cetl(#î)oussière, vue à l’horizon sous une plus grande épaisseur, qu’est due celle bande brumeuse que présente, pendant toute la saison sèche, la partie orientale du ciel et qui se trouve signalée sur la plupart des journaux météorologiques.

La présence de ce sable dans l’air est facile à constater. Il se dépose en couches fines sur les instruments placés sous nos abris thermométriques. Il suffit de 24 heures pour que cette couche ait pris assez d’épaisseur pour rendre impossible la lecture de l’échelle du thermomètre. Celte poussière encrasse d’une boue épaisse la mousseline qui recouvre la boule du thermomètre mouillé du psychromètre et force à la changer fréquemment. Elle ne provient pas des lieux voisins de l’observatoire, car nous l’avons constatée pendant presque toute la durée d’une saison sèche sur un thermomètre exposé, à Gorce, sur le bord de la mer, de ti'lle sorte que les vents venaient de passer sur la mer au moment cù ils frappaient sur l’instrument.

Lorsque le vent d'E possède une grande énergie, il emporte avec lui une si grande quantité de sable que le pont des navire^

CLIMAT DE CORÉE

qui passent par le travers du Sahara en est couvert sous une assez grande épaisseur, et que les yeux des marins en sont douloureusement affectés. Ce sable est ordinairement trèsblanc, je l’ai vu cependant teindre en rouge les voiles d’un navire qui passait à la hauteur du banc d’Arguin.

Les nuits de la saison sèche sont belles, mais la nuit comme le jour la limpidité du ciel est plus ou moins obscurcie par celte poussière de sable. Aussi, malgré l’absence de véritables nuages, est-il difficile de distinguer les étoiles des constellations peu élevées au-dessus de l’horizon dans l’E, tandis qu’à l’occident les étoiles se distinguent facilement.

Les nuits contrastent fortement avec le jour; leur humidité, opposée à la sécheresse et à la chaleur du jour, fait croire à un abaissement de la température beaucoup plus considérable que celui que nous indiquent nos instruments.

La rosée, lorsqu’il ne fait pas de vent énergique, couvre tout d’une couche assez forte d’eau qui mouille les vêtements et rend malsaines les promenades à une heure avancée de la soirée. La puissance plus forte en ce moment des miasmes fébrigènes vient s’ajouter à celte cause d’insalubrilé,

La rosée est si forte que parfois l’eau ruisselle des toits, et qu’à Gorée, où un grand nombre des maisons sont disposées de manière à recevoir les eaux pluviales, on entend quelquefois l’eau couler par de légers filets dans les citernes. Il a été recueilli au pluviomètre, en une seule nuit, une quantité d’eau équivalente à une pluie de 2 millimètres. Il est à regretter que l’attention des observateurs ne se soit pas portée plus rigoureusement sur un phénomène qui, dans la climatologie du Sénégal, présente une importance des plus grandes. Ces rosées fournissent en effet la seule humidité dont puissent vivre pendant huit mois les plantes dans toutes les parties du Sénégal qui se trouvent en dehors du bassin du fleuve. Sur les rives du Sénégal, le retrait lent des eaux conserve longtemps, même dans la saison sèche, l’humidité du sol et permet la culture de certaines espèces de céréales.

B. — Dans la saison d’hivernage, notre relevé du journal

ÉTAT GÉNÉKAL DE L’ATJIOSPriÈRE, iU

météorologique de 1860 nous donne seulement 34 jours de ciel parfaitement serein contre 112 jours de ciel incomplètement couvert, et 37 jours de ciel complètement couvert, à 4 heures du soir.

Si nous prenons les chiffres des observations faites le matin à 6 heures, on ne trouve que 28 jours de beau ciel contre le reste de jours plus ou moins assombris par des nuages. De plus, la forme et la nature des nuages se sont modifiées; les nimbus et les cumulus, rares dans la bonne saison, deviennent très-communs dans le ciel de l’hivernage. Au milieu de cette saison, en juillet, août et septembre, c’est à peine s’il est noté un ou deux jours de ciel dégagé de tout nuage pendant quelques-unes des heures d’observation; il n’y a jamais un jour complètement serein du matin au soir.

Le ciel de l’hivernage est loin d’avoir la monotonie du ciel de la saison s^^ie. Son aspect' rappelle à l’Européen le ciel mouvementé de la patrie absente; on y voit assez souvent de fort beaux arcs-en-ciel simples ou doubles; souvent le soleil s’entoure de cercles produits par la réfraction de la lumière. Il est permis d’assister à de brillants couchers de soleil qui embrasent l’occident chargé de nuages, pendant qu’à l’orient un point menaçant, sombre et noir, annonce la tornade qui tend à monter au zénith. Si ce jioint noir éveille la vigilance du marin à bord, il donne aux populations du littoral l’espoir d’une pluie rafraîchissante et d’une nuit moins pénible à supporter, espoir trop souvent déçu, hélas !

Le dernier mois de l’hivernage (celui de novembre) n’appartient à cette saison, avons-nous dit déjà, que par sa haute température. C’est en novembre que s’établit l’alizé, et c’est dans ce mois de transition que se montrent les premiers beaux ciels et les nuits fraîches accompagnées de rosées.

Pendant les calmes des nuits de l’hivernage, le ciel est encore assez souvent découvert; il est d’un bleu très-foncé, mais surchargé de vapeurs qui restent en suspension dans l’air et ne produisent pas de rosée. Nous avons souvent observé, dans cette saison, des nuits où, malgré l’absence com-

plète de nuage, il ne se déposait pas la moindre goutte de rosée.

Ce ne sont plus les sables du désert qui obscurcissent le ciel, mais la grande quantité de vapeurs humides. Ces vapeurs donnent aux étoiles un scintillement qu’elles n’ont pas dans la saison sèche et qui s’étend jusqu’aux étoiles situées même dans le voisinage du zénith. La voie lactée, au lieu de se détacher sur le firmament comme une traînée lumineuse, semble un nuage gris mat qui traverserait le ciel. Je n’ai jamais pu distinguer dans le ciel de l’hivernage les deux trous noirs [macula Magellanica) qui, près de la croix du Sud, se détachent si marqués dans le ciel bleu du mois de mars et permettent à l’œil de plonger dans l’obscurité de l’espace. Et, si dans les belles nuits de la saison sèche, l’éclat seul des étoiles permet de se guider assez facilement, il n’en est pas de même dans l’hivernage pendant lequel, indépendamment de l’abondance des nuages, les nuits sont fort obscures.

La description que nous venons de faire peut s’appliquer aussi bien à l’atmosphère de Saint-Louis qu’à celle de Corée et de tout le littoral. Peut-être est-elle d’autant plus exacte que l’on remonte plus vers le N. En descendant dans le S, on trouve, en janvier et février, des jours de brouillards peu nombreux, il est vrai ; parfois l’île de Corée et la presqu’île du Cap-Vert se trouvent enveloppées d’un brouillard humide et froid qui persiste jusque vers 10 ou 11 heures du matin. Les objets peuvent se distinguer facilement à une distance de 300 mètres, mais le ciel est complètement voilé et les rayons du soleil ne parviennent à se montrer que lorsque cet astre est arrivé à sa plus grande hauteur.

II. — De quelques autres phénomènes naturels. — Déclinaison magnétique. — Raz de marée. — Ozone, etc.

Nous réservons l’élude des orages et des tornades pour le moment où nous aurons examiné le climat de Saint-Louis.

Page 1