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II. Observations météorologiques

Nous possédons, pour étudier le climat de Saint-Louis, deux ordres de documents.

Les premiers ont été recueillis par les médecins et les pharmaciens qui nous ont précédé dans la colonie. Nous ne croyons pas nécessaire de faire ici une énumération qui serait forcément incomplète, car beaucoup de ces séries d’observations ont été perdues, ou du moins il ne nous a pas été possible d’en retrouver les parties les plus importantes. Ainsi, nous

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n’avons pu retrouver les journaux météorologiques de l’année 1858, dont M. Dutrouleau s’est servi pour donner dans son ouvrage (1) une idée du climat du Sénégal, ni ceux dont quelques extraits ont été publiés dans la Revue coloniale (2).

Une notice statistique sur le Sénégal en 1 824-1 828, à laquelle Malhmann a emprunté les moyennes qu’il donne sur cette contrée; le travail de M. Audibert, pharmacien de U® classe, et celui de M. Hérault, pharmacien professeur, sont les seuls documents imprimés que nous connaissions sur le climat du Sénégal. Ce ne sont malheureusement que de simples notes beaucoup trop courtes pour donner une idée suffisante du climat.

Parmi les nombreux journaux météorologiques conservés aux archives de l’hôpital de Saint-Louis, nous avons fait un choix dans lequel nous avons pris pour base la valeur réelle des di^iments, sans nous occuper de l’époque à laquelle ils ont été recueillis. Ce sont quatre années d’excellentes observations faites par notre ami, M. Morio, pharmacien de la marine. Nous avons résumé les observations de la température pendant ces quatre années, 1862-1868-1869 et 1870. Les observations des trois dernières années nous ont permis d’étudier les vents. Enfin nous possédons sept années de bonnes observations de la pluie à joindre à celles que nous avons faites en 1873. Il est certain qu’à diverses autres époques, d’excellents travaux ont été entrepris, à en juger par des citations que nous avons rencontrées dans les rapports médicaux, mais nous nous sommes trouvés dans l’impossibilité de faire usage de documents la plupart incomplets, ou dont il n’existe que des copies parfois fort mauvaises.

De 1861 à 1873, le lieu des observations a varié plusieurs fois, mais toutes ont été faites à peu près dans les mêmes conditions. Les instruments étaient toujours placés dans un

(1) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds.

(2) Revue coloniale, tome XllI, 1854 ; 2“ semestre, page 474; et tome XIV, 1855, page 150.

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cadre en bois fixé à une muraille, sous une galerie exposée au N. Il en résultait que les thermomètres n’étaient pas exposés largement à tous les vents.

Les journaux étaient tenus sur les imprimés conformes à l’ancienne instruction sur ks observations météorologiques à faire dans les hôpitaux coloniaux (1), et suivant les prescriptions de cette instruction.

Des documents nouveaux sur lesquels nous nous appuierons ont été recueillis par nous ou sous notre direction.

III.— Observations faites à Saint-Louis, en 1873 et 187 sous la direction de l’auteur.

Un heureux concours de circonstance nous a permis de soumettre nos premiers essais sur l’étude du climat du Sénégal au savant éminent qui a fondé la Société météorologique de France. Nous avons trouvé dans l’accueil bienveillant qui nous a été fait et dans les conseils qui nous furent donnés, un encouragement à poursuivre notre étude, à l’étendre autant que possible à tout le Sénégal, et surtout à lui donner des bases d’observations plus précises, plus exactes et plus conformes au progrès de la science.

M. Sainte-Glaire Deville a bien voulu choisir lui-même d’excellents thermomètres et nous les confier au moment de notre départ de France. Nous avons étudié, dans son observatoire particulier de Montrouge, le mode d’exposition le plus favorable à donner à nos thermomètres et la méthode la plus convenable pour recueillir de bonnes observations.

En arrivant au Sénégal, nous avons trouvé le précieux concours de M. Bérenger-Ferraud, médecin en chef, qui a bien voulu faciliter de tout son pouvoir l’accomplissement de notre œuvre. Le gouverneur de la colonie nous a aidé de ses

(1) Revue maritime et coloniale, année 1852. — De nouvelles iHsIructions viennent d’être publiées dernièrement dans cette même revue (1873),

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hauts encouragements. Mais nos efforts personnels, même avec ces puissants appuis, ne seraient arrivés qu’à des résultats que nos occupations médicales auraient forcément limités, si nous n’avions trouvé des collaborateurs dont la modestie seule égale le mérite et le zèle consciencieux; je veux parler des Frères instituteurs de l’école chrétienne. Ils ont dû joindre aux laborieuses occupations que leur donne l’éducation de la jeunesse, celles assujettissantes d’un observatoire météorologique. Notre premier collaborateur a été le frère Pascal; après nous avoir aidé à fonder un observatoire, il a su créer parmi ses collègues de bons observateurs.

Dans nos colonies, les observations météorologiques sont dévolues en temps ordinaire au pharmacien en chef qui signe le journal météorologique et les résumés. Ne logeant pas à l’hôpital, cet officier est dans l’impossibilité matérielle d’y faire li%-même des observations. Il faut qu’à l’exemple des meilleurs observateurs qui ont passé à Saint-Louis, il emporte ses instruments dans un logis qui peut souvent varier et offrir de détestables conditions d’exposition. Si les observations se font à l’hôpital, elles sont faites par le pharmacien de garde, qui change chaque semaine. Elles prennent alors tous les défauts des travaux impersonnels, c’est-à-dire qu'tdles ne donnent à ceux qui en sont chargés qu’une responsabilité officielle qui n’est pas du tout un stimulant dans les choses de la science et à laquelle il est souvent facile de satisfaire par à peu près.

11 en résulte que, règle générale, les observations sout d’une valeur médiocre, et lorsqu’on veut les utiliser, on se trouve dans une position très-difficile sur le choix des séries que l’on doit préférer. On risque de négliger complètement d’excellents travaux recueillis avec peine par des observateurs consciencieux et jaloux de fournir des documents utiles, mais confondus avec des travaux sans valeur. Ceci nous mènerait à exposer le système qui nous paraît indispensable pour obtenir des observations régulières, faites pendant de longues années dans de bonnes conditions et à démontrer la nécessité d’une

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forte centralisation du service météorologique de nos colonies.

L’observatoire de l’école des Frères, placé dans la main d’instituteurs intelligents et laborieux, a rendu un véritable service à l’étude du climat du Sénégal.

Instruction, conscience, amour de la vérité et du devoir, régularité d’existence, stabilité, telles sont les qualités d’un bon observateur. Elles ne peuvent nulle part se trouver mieux réunies que chez ces hommes qui, mûs par une conviction religieuse, dévouent leur existence à l’instruction publique dans nos colonies les plus malsaines. Ils vivent et vieillissent au Sénégal où presque seuls ils sont toujours présents au milieu de changements continuels de personnes et de choses.

La vie des Frères, en communauté, permet, en cas de maladie, de trouver toujours un suppléant à l’observateur. Il n’y a pas ainsi d’interruptions, condition plus importante au Sénégal qu’ailleurs; car, pendant l’hivernage, la santé des Européens est si précaire dans ce pays, qu’on ne peut compter sur la continuité des efforts d’un seul.

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