CHAPITRE YlII
OZONE
Nous n’aroiis trouvé aucune indication d’observations ozonoscopiques faites au Sénégal, antérieurement aux nôtres.
Le papier ozonoscopiqne se conserve bien au Sénégal, il se sensibilise après une exposition plus ou moins longue, variable avec les circonstances météorologiques du moment et trempé alors dans l’eau distillée, il prend une coloration qui, dans les teintes claires, est plutôt rosée que violette.
Excepté les observations du mois de juin, faites par nous sous une galerie largement exposée au N, toutes les observations ont été faites sous l’abri thermométrique de l’école des frères. Par suite de la situation de cet observatoire, notre papier se trouvait hors de portée de toute végétation. Le papier était comparé à l’échelle de James, de Sedan, deux fois par jour, le matin et le soir, à 6 heures, toujours après une exposition de 12 heures. Le papier était placé dans un châssis composé de deux petites plaques d’ébène liées entre elles par une charnière et percées toutes deux d’une fenêtre d’une dimension un peu inférieure à celle du papier. Ce petit appareil s’ouvre et se ferme à la manière des porte-monnaies et tient le papier fixé par ses hords tout en le maintenant tendu. Cet instrument se suspend par un anneau auprès des thermomètres, il est parfaitement mobile et oscille aux souffles des vents, sans que le papier puisse être enlevé.
Placé sous l’abri, le papier est préservé du soleil, de la rosée et de la pluie. Le tableau donné à la page 192, indique les résultats généraux aux(]uels nous sommes parvenus.
On ne peut considérer ces chiffres comme exprimant la
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quantité d’ozone existant dans l’air. Ils indiquent seulement l’intensité de la coloration produite par la présence de l’ozone, intensité qui peut n’être pas exactement proportionnelle à l’abondance d’ozone, mais cependant croît et décroît suivant que cette abondance est plus ou moins grande, dans des proportions qui ne sont ni connues ni probablement régulières.
La moyenne annuelle de l’ozone est de 6°, les moyennes de chacune des deux saisons sont également de 6°.
Dans la nuit, l’ozone produit toujours une coloration deux fois plus forte que celle obtenue par l’exposition dans la journée. Les cas dans lesquels l’ozone a été en plus grande quantité dans la journée sont extrêmement rares.
Los cas où l’ozone a disparu complètement pendant 24 heures sont aussi très-rares. Nous avons compté cinq observations d’absence d’ozone : les 26 et 30 novembre, 10 et H décembre, S février ; toujours par vent d’E ou de NE.
Dans la journée, l’ozone a fait défaut : dans la saison sèche, 21 fois 5 dans l’hiveinage, to fois ; 6 fois en novembre; 4 fois en août.
Dans riiivernage et au mois de novembre, cette absence a toujours coïncidé avec des vents de l’E au NE. Au mois d’août, sur quatre jours, une fois le vent soufflait du SE (le 28), les autres fois du SO.
Le maximum atteint a été le 18® degré de coloration. Souvent le maximum a coïncidé avec les jours de pluies dans l’hivernage, et avec les fortes rosées de nuit et les brouillards du malin, en décembre et janvier principalement.
Si nous comparons les données ozonoscopiques que nos observations nous ont fourni, à Saint-Louis, à celles qui, dans l’année (1873), ont été recueillies à l’observatoire de Montsouris, nous voyons que les résultats ne diffèrent pas considérablement pour les moyennes mensuelles. Les forts maxima de coloration sont au Sénégal moins élevés et moins fréquents qu’à Paris.
Nous avons cherché à comparer dans quelques expériences la rapidité d'impr-^ssionnabilité du papier dans les jours
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d’ora^^c ou de tornade. Toujours nous avons constaté qu’avant l’arrivée des tornades, 'l’ozone semblait avoir presque complètement disparu ou qu’au moins une exposition d’une heure à deux heures ne suffisait pas pour obtenir une coloration appréciable. Immédiatement après le passage des tornades, l’ozone apparaissait toujours avec une rapidité très-grande et avec une abondance qui paraissait très-forte, à en juger par l’intensité de la couleur.
La marche des moyennes ozonoscopiques mensuelles présente la même régularité, qu’il s’agisse des observations de nuit ou de celles de jour. (Voir pl. XIII, page 209.)
La marche en sens contraire de la courbe de l’ozone et de celle de l’évaporation, est le phénomène le plus caractéristique que nous puissions reconnaître. Ces deux courbes ont une marche inverse tellement régulière, que la même courbe pourrait les représenter, en changeant les signes exprimant la valeur de l’une d’elles.
A Saint-Louis, l’abondance de l’ozone ne suit pas la marche assez simple que les observations de M. Bérigny, à Versailles (t), ont permis de reconnaître pour cette ville, d’après le docteur Bérigny :
1° Lorsque la température s’élève, i’ozone diminue ;
2“ Lorsque la force élastique de la vapeur d’eau et l’humidité relative augmentent, l’ozone suit la même progression.
A Saint-Louis, l’ozone croît ou décroît en raison inverse de la température de décembre à mars ; de mars à juin, l’ozone augmente avec la température ; de juin à décembre, l’ozone décroît constamment, tandis que la température est ascendante pendant trois mois et baisse pendant trois autres mois. L’ozone suit la même progression à Saint- Louis que l’humidité relative. Mais il y a une exception à cette règle, de juillet à septembre.
Si nous comparons les moyennes ozonoscopiques aux chiffres exprimant l’état sanitaire de l’hôpital de la ville de Saint-
(1) Annuaire de la Société météorologique de France, 1856, t. IV, p. 79.
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Louis (1), nous ne trouvons aucune relation constante entre l’ozone et l’état sanitaire ; que nous considérions les entrées totales à l’iiôpital, les entrées pour maladies s|)oradiques ou celles pour maladies endémiques d’origine paludéenne.
A Saint-Louis et à Corée, le mouvement des malades dans les hôpitaux de notre colonie, donne des chiffres assez considérables pour offrir relativement à la salubrité des indications d’une grande valeur. La courbe des entrées à l’hôpital, pour maladies endémiques, offre, dans ces deux villes, un parallélisme très-accentué avec celle des moyennes thermométriques ; elle s’élève et s’abaisse très-régulièrement avec la courbe de ces moyennes qui, nous venons de le dire, n’offre aucune relation simple avec la courbe des moyennes de l’ozcne.
Nous avons exposé au mois de mars 1874, à l’hôpital de Corée, pendant dix jours de suite, du papier ozonoscopique, dans deux points du nouvel hôpital : dans une galerie, au premier étage, exposée largement au N ; dans une salle de malades, contenant vingt malades en moyenne. 11 y avait en ce moment dans les salles des hommes atteints de fièvres intermittentes, et de cette redoutable manifestation de l’empoisonnement palustre, connue sous le nom de fièvre bilieuse mélanuriqiie, si bien décrite par M. Bérenger-Feraud (2). .
Dix observations consécutives nous ont permis de constater que le papier exposé sur la galerie donnait des indications identiques à celles obtenues par les observations faites simultanément à l’observatoire de l’école de Corée. Le papier placé dans la salle, de 6 heures du soir à 6 heures du matin, a donné constamment une coloration beaucoup plus faible; ainsi, à une coloration de 20 degrés à la première observation, faite sous la galerie, correspondait la coloration n° 6. Les jours suite La statistique médicale correspondant aux mois de nos observations a été faite par le médecin en chef du Sénégal, M. le Ü'' Bourgarel, qui a bien voulu mettre ces chiffres à notre disposition, et auquel nous devons des remerciements pour la façon dont il a favorisé de toutes manières nos recherches, (2) De la fièvre mèlanurique des pays chauds. Paris, 1874.
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vants, à des colorations variant entre 10 et 12 degrés sous la galerie et à l’observatoire, correspondait,'dans l’intérieur de la salle des malades, une coloration de 3 à 6 seulement.
Toutes ces observations ont été faites la nuit, au moment où l’ozone est toujours en plus grande abondance.