‹ Recherches sur le climat du SénégalChapitre 84 sur 125 · I. — Observations · texte numérisé non relu

I. — Observations

Pour étudier le phénomène si intéressant des orages et des tornades de cette partie de la côte occidentale d’Afrique, nous avens commencé par recueillir dans les journaux météorologiques de Corée, les diverses annotations relatives aux éclairs, au tonnerre, aux orages et aux tornades. Mais les brèves annotations qui signalent la présence de ces météores dans l’atmosplière de Pîle de Gorce, ne peuvent suffire pour nous instruire sur leur nature. Même au point de vue de la statistique, l’importance de ces données a beaucoup moins de valeur que n'en ont les résultats obtenus relativement aux autres phénomènes météorologiques étudiés jusqu’ici. Non-seulement les chiffres fournis par les différentes années sont loin de se rapprocher les uns des autres, mais encore ils présentent entre eux d’assez grandes discordances. Ce fait provient de ce que, dans certaines années, l’observateur a relevé avec soin la moindre manifestation électrique se montrant au-dessus de l’horizon, tandis que dans d’autres années, les orages passant dans le voisinage du zénith, ont été les seuls dont on ait tenu compte.

L’insuffisance de ces documents nous a mis dans la nécessité d’en obtenir de plus complets et de plus détaillés.

Nous nous sommes adressés au colonel Valière, gouverneur du Sénégal, qui a bien voulu donner à nos recherches le concours de son autorité. Assuré de la collaboration des employés du télégraphe, nous avons pu organiser pendant l’hivernage

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de 1873, un service d’observations des orages et des tornades.

La ligne télégraphique fonctionne au Sénégal entre le port de Dakar et la ville de Saint-Louis, en passant par les postes de Rufisque, M'Bidgem, Bétête, Gandiole.

Ces postes suivent le bord de la mer en s’enfonçant très-peu dans rinlérieur.

Les distances qui séparent ces postes sont :

De Dakar à Rufisque 22 kilomètres.

De Rufisque à M'Bidgem .... 30 —

De M’Bidgen à Bélête 60 —

De Bélête à Gandiole 66 —

De Gandiole à Saint-Louis. ... 18 —

A la fin de chaque semaine, les employés de ces diverses stations adressaient au gouverneur des feuilles, toutes conformes au même modèle, sur lesquelles étaient inscrits pour chaque jour : les orages ou les tornades ayant passé sur la station ou dans son voisinage, l’indicalion de la nature du phénomène observé, l’heure de son début, sa durée, son intensité, la force et la fréquence du tonnerre et des éclairs, les interruptions télégraphi(|ues, la direction du vent au moment du début de l’orage, la direction vers laquelle disparaissait le météore, enfin les diverses modifications atmosphériques dont il était accompagné ou suivi, tels que vent, pluie, chute de la foudre.

Pendant toute la durée de l’hivernage 1873, ces documents ont été très-régulièrement recueillis.

Il nous a été facile de les résumer dans des tableaux mensuels. Ces tableaux ont été joints aux journaux des observations météorologiques faites en ce moment sous notre direction, à Saint-Louis, et dont la publication sera faite par les soins de la Société de météorologie.

Malgré l’importance de ces documents, nous avouerons qu’ils ne nous ont pas permis d’atteindre encore complète-

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ment le but que nous nous proposions. Nous avions l’espoir que toutes ces observations faites simultanément, dans six points du Sénégal assez éloignés les uns des autres, étant mises respectivement en regard, nous permettraient de suivre d’une manière évidente la marche d’un certain nombre d’orages à travers le pays. Nous espérions pouvoir déduire cette marche, des coïncidences, des avances ou des retards des heures signalées, des diverses directions indiquées dans la progression de ces orages, de la vitesse de celte progression, ainsi que des autres particularités. Nous avions principalement pour but de trouver la distinction qui aurait pu exister entre les orages et ces mouvements tournants signalés depuis longtemps à la côte d’Afrique, et connus sous le nom de tornades.

Nous sommes arrivés sous ce dernier rapport à certains résultats. Nos relevés mensuels montrent que le plus souvent les orages peuvent être considérés comme se rattachant à des tornades passant soit sur le lieu même de l’observation, soit dans son voisinage.

Nous n’avons pas tardé à nous apercevoir que l’un des éléments les pins importants d’une étude de ce genre nous manquait. Le défaut d’instruments ne nous permettait d’étudier la pression atmosphérique qu’à Saint-Louis, l’un des points extrêmes de la ligne télégraphique. Ces observations présentaient en outre une particularité qui, avantageuse à certains points de vue, avait, d’un autre côté, des inconvénients trèsnotables.

Les différents postes télégraphiques de Dakar à Saint-Louis, se trouvent (excepté Dakar) placés tous sur une ligne droite, parallèle à la direction de la côte, c’est-à-dire marchant à peu près du S au N. 11 fallait donc qu’une bourrasque ou une tornade se trouvât suivre précisément celte direction, pour qu’elle fût signalée à diverses heures successives, le même jour sur toute la ligne télégraphique.

Le fil télégraphique tendu parallèlement à la côte se trouve admirablement bien placé pour permettre d’enregislrer la

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moindre manifestation électrique se produisant au contact de l’atmosphère maritime et de l’atmosphère conlinèntal. Cependant les stations seraient plus avantageusement placées, si elles occupaient divers points d’une courbe circonscrivant une région; il serait plus facile alors de suivre la marche d’un météore à travers cette région, car on connaîtra deux ou même trois points de son passage au lieu d’un seul.

Nous verrons que c’est le plus souvent dans une direction voisine du S au N, que les tornades se meuvent, dans leur mouvement général, aussi nous a-t-il été permis d’en suivre quelques-unes qui marchaient parallèlement à la direction du fil télégraphique, et d’avoir ainsi une idée de la vitesse de translation du météore.

Avant d’entrer dans l’exposé des résultats auxquels conduisent ces observations, prévenons le lecteur qu’il trouvera la question des orages et des tornades résolue d’une manière fort incomplète. Nous ne pouvons avoir la prétention de répondre à toutes les exigences de la curiosité scientifique. Ce chaiâtre n’est qu’un essai. Nous espérons qu’il recevra d’observateurs plus expérimentés ou plus favorisés que nous par les circonstances, le complément nécessaire et les corrections indispensables pour servir à une théorie des tornades et des orages de la côte d’Afrique.

Nous nous sommes posé une série de questions pour lesquelles nous avons demandé des réponses aux observations que nous avions entre les mains.

Plusieurs de ces questions ne recevront que des réponses dubitatives, d’autres ne pourront en recevoir que d’hypothétiques, et ce sont malheureusement les problèmes les plus importants, qui souvent n’auront que des solutions incomplètes ou insuffisantes. Le nombre de ces solutions, qui peuvent demeurer comme acquises à la vérité, est malheureusement assez restreint.

Les Européens habitant le Sénégal ont détourné le mot Tornade de son sens spécial, et pour eux, tous les orages prennent cette dénomination. Si l’on considère une assez

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grande région, comme celle qui sépare Saint-Louis de la presqu’île du Cap-Vert, celle confusion ne présente aucun inconvénient.

La distinction à faire entre la tornade et l’orage n’a plus alors la même importance, et nous serons les premiers à confondre dans une même statistique les orages et les tornades. Nos observations nous montrent en effet que, lorsque des phénomènes de mouvements violents dans l’almospli Te sont signalés simultanément, ou à de très-courts espaces de temps, sur plusieurs ])oinls de la ligne télégra[)hique, ils le sont sous des dénominations différentes, s’appliquant à des aspects différents d’un grand mouvement rnéléori(iue, qui n’est autre pour nous qu’un de ces mouvements tournants, connus sous le nom de bourrasques, et qui a reçu des marins naviguant sur la côte d’Afrique le nom particulier de tornade.

Riais si l’on veut considérer les diverses formes, les divers aspects de ce mouvement tournant, dans le point sur lecpiel il passe et par rapport à ce point, il faut admettre des distinctions. Pour un point isolé, comme l’île de Corée, par exemple, on peut distinguer :

Des orages sans tornades.

Des tornades suivies d’orage au moment même de leur passage sur le lieu de l’observation.

Des tornades sans orage ni pluie, constituées uniquement par un mouvement des nuages et un vent particulier. Ces dernières ont reçu le nom de tornades sèches.

U est extrêmement rare de voir un orage précéder la tornade, et nous croyons que, dans ce cas exceptionnel, on a affaire à deux mouvements atmosphériques successifs.

La présence, d'un orage implique-t-elle la conséquence forcée d’une tornade dans le voisinage? Nous ne pourrions le dire avec certitude, nous croyons qu’il y a des orages sans tornade, orages qui se forment sur place, car il faut bien que l’orage débute quelque part, et l’on doit pouvoir parfois assister à ce début. Cet orage ainsi formé, peut-il être le

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point de départ d’un mouvement atmosphérique, d’une tornade? La chose est probable, mais non établie par les faits.

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