IX ../»., 1 du non» de ï-ette
vancer jusque-la ; tout ce que je puis faire , c est de constater ôtofTe.
que j s'il venait du gorgoran d'Italie, le nom de cette étoffe
est y à n'en pas douter, dérivé de notre langue, où l'exprès*
sion gros grain est encore usitée en parlant de tissus. Avec
cette origine , on est autorisé à croire que celui qui nous R.isons
occupe dut commencer par avoir cours dans notre pays, au eutd^b^n?coun
moins à la fin du xvi* siècle ; mais je dois déclarer que je n'ai *" ^ """^
jamais rien trouvé , dans mes recherches, qui se rapportât à
un équivalent du grogeram anglais et du gorgoran espagnol.
Elles ne m'ont rien appris non plus relativement au a drap Dmp de «oie de soie azuré , tissu à fleurs de lis, » dont les chausses de de^flelTn dHis. Charles VI ^ exposé sur son lit de parade , avaient été seme^ lées *, ni au sujet de quelques autres garnemens de ce monarque , comme « d'une chemise de soye blanche barrée de chemises de soie
de Charles VI.
* Fol. 86.
* Part. I, lib. II, cap. vni.
* Cap. n.
^ Kenilworthj ch. xxir.
■ M new Dietionarjr English and Freneh, vol. ÎI, art. Grogram, Grosgram and grogran, Johnson définit cet mots, d'après Ainsworth» par \tuff woven with a large woofand rough pile. Voyez son Dictionnaire, art. Grogeram, etc. Quant au gorgoran espagnol, PAcadémie l'explique par tela de seda con cordonctUo, sin otra labor por lo eomtoif aunque tambien les habia alUtadot y realzados. » Voyez Dice. de la leng. castell. , tom. IV, pag. 62, col. 2.
* Cérémonies des exeques du roi Charles VI (1422), etc. [Mesianges historiques, etc. « par Gamnsat. A Troyes , par Jacques Febure, i644, in.8*, 2« part., pag. IttS. — CoUeet. des meiil. dissert,, tom. XIX , pag. 21 i. Voyez, sur les étoffes semées de fleurs de lis d'or, ci-dessus, tom. II, pag. 204, 205.
254 SUR LE GOMBfERCE^ LA FABRICATION ET L'USAGE
soye rouge et bordée de lettres d*or, d'une longue chemise de soye, de deux autres chemises de soye, » consignées dans le compte de Regnauld Doriac (1422)% sinon qu'à cette époque, c'était la mode de porter des chemises de soie, souvent brodées d'or, à la manière orientale. Mode Cette mode , dont je demande à dire un mot en passant ,
soie. datait de loin, ou du moins avait existé à des époques bien plus anciennes. Anastase le Bibliothécaire , dans sa Vie de Benoit III , qui siégeait au milieu du ix* siècle, parle de che* mises de soie blanche brodées, avec une bordure *; dans une charte de 1197, il est fait mention d'une chemise avec in* scriptions et broderies*, et Gibert de Montreuil dit de l'un de ses héros :
Dessous ot chemise ridée.
Qui de fil d'or estoit brodée.
Rama» de la Fioietie, pag. 470, ▼. S467.
Place Ce vêtement, que l'on portait d'abord par-dessus les au-
''"i^pa'it^^* très, et qui ne prit que bien plus tard la place qu'il occupe ^t^ttâ^eî aujourd'hui^ était connu des Romains sous le même nom*;
de soie brodées.
dcssuA
Romains.
* CoUêci, des meUl, dissert, , tom. XIX , pag. 206. L'éditeur ajoute en note : tf La chemise du facre était en soie. On Toit par ce compte qu'elle ne formait point une exception unique dans la lingerie du roi très-chrétien , et que le trousseau de nos anciens princes comprenait plus d'une chemise de soie. »
* Rer. Ital. Script., tom. III, pag. 252, col. I, A.
* Voyez ci-dessus, tom. II, pag. 114, not. 3.
* On lit dans un poëme de la fin du xiy* siècle :
Biais ma cbcniif« ii*est plus pm certainement Qne ma cota ne fait, c'est &it eridamment.
Chimique de Bertrand da Guesclin, tom. Il, pag. 135, t. I7S97.
' c Soient mililMites habere lineas, quas canùsias Tocant, » etc. S. Hieron. , Epist, ûdFabifilam de veste sacerdotali, (S. Hieron. oper. Tom. II. Paris. K.DG.zon. , in-fol.y coL 579.) Cf. Ammian. Marcell., éd. 1681, in-fol., lib. XIX, cap. Tm; pag. 218, not. b.
brodées d'or et de
soie 4U XT* et au
x\i* siècle.
mais chez eux il ëtait habituellement de lin, et rien n'indique qu'il fut brodé comme chez nous j comme en Russie ^ et ailleurs. Antoine de la Salle, ayant donné le détail des présents que son héros reçut à Barcelone, ajoute : « Des aultres dames ctiemiaes et damoiselles de la court n'y eut celle qui ne luy donnast chemises brodées d'or et de soye , arcandoUes et gants brodez tout à la façon du pays*, » etc. Enfin Henri IV, qui, en faisant sonner si haut sa pauvreté , avait une garde-robe des mieux montées, portait encore des chemises du genre de celles que nous venons de signaler ; il en est souvent question dans les inventaires du château de Pau '.
Si je faisais un livre sur le costume en France , j'aurais à rechercher et je signalerais certainement de nombreuses traces de l'usage de chemises semblables antérieurement au XV* siècle. Ce qui peut faire croire que cette mode nous est u$age venue d'Orient par les croisades , c'est qu'elle existe encore ^^Ji^de^^i*' en Perse , où l'on ne porte point d'autres chemises que de soie, celles des femmes brodées sur le devant et en bas , et celles des hommes autour du cou et sur l'estomac, de sorte
* ff . . . Induflia variis coloribus sericeis circa coUum exornata apnd prscipuos , aurointeitexta gestant , > etc. Mosehoviœ Descriptio , ab Alex. Gwanino , cap. iv^ (Aerum Moscoviticarum Auctores variiy etc. Francofurti*, m.dg. , in-fol., pag. 181 , 1. 1 i .)
* VHUt. du petit Jeftan de Saintré^ ch. XLin; tom. Il, pag. 291, 292.
' « Une chemize à ooyrage de soye noire. — Quatre chemizes , les trois à onrrage d'or, et l'autre de soye bleue. » Estât des meubles qui ont esté portés à Paris, etc. (1602) , chapitre des chemises ; arch. du départ, des Basses-Pyrénées, extr. de la liasse 427, n<» H, foL 10 recto.
a Vingt-trois chemises de toile fine à ouvrage de fil d*or et soye de plusieurs couUenrSy aux manchettes, coulet et coustures, » etc. Invent, des meubles du roy qwjr sont dans le chasteau de Pau, etc. , 1634 , chapp" de linge, chemises , chaussettes et autres, art. 1*'; mêmes arch. , extr. de la liasse 427, fol. 12 recto. — « Ung peignoir de toile fort fine ouvré de soye noire, s etc. Ibid, , art. 4.
brodées.
en toile de soie.
qu'il n'y a que les pauvres gens qui portent des chemises de coton *.
ciiemises II Serait possible, cependant , que cette mode nous fût
feni^sTe Sala- arrivéc par T Espagne, où, dans de certaines provinces, à manque. {jalamanquc , par exemple , les femmes portent encore aujourd'hui des chemises pareilles à celles des Orientaux, avec cette différence qu'elles sont de toile et brodées seulement sur les manches, que rien ne recouvre.
Bonnets Nous ignorons si nos rois portaient aussi la nuit les che*
nmanJens''roÛ, miscs dc sole quc nous avons vues tout à l'heure, vêtement qui, s'il faut en croire Isidore de Séville, devait son nom au lit pour lequel il était fait' ; mais nous savons que l'un d'eux, au xvi** siècle, portait des béguins, ou bonnets de nuit, en toile de soie, qui n'est pas autrement spécifiée dans un compte de 1461; l'argentier qui l'a dressé, Tanneguy du Chastel , marque dix sous tournois pour une demi-aune de cette étoffe , dont avait été fait un béguin poiur Charles VII •. Serviettes A c6té dcs chcmiscs et des bonnets de nuit en soie , on
voyait dans la garde-robe de nos rois d'autres objets que l'on ne s'attendrait pas à trouver en pareille matière : je veux parler de serviettes plus ou moins ouvrées , dont ils se servaient à table, à la façon des riches musulmans % et nonseulement l'usage de ces serviettes, mais encore les serviettes
* VoycLget du chevalier Chardin en Perse, etc., édit. de Langlèft, tom. VI, pag. 424. Cf. tom. IV, pag. 2 et 9. — Première Continuation du Mercure franeois, tom. II, fol. 434 recto, ann. 1612. Voyez encore Dict. déi, des noms des vêtements chez les Arabes, pag. 372 , 373 ; et Traité sur le commerce de la mer Noire, par de Peyssonel, tom. P', pag. 54, 55.
* Voyez Ghss. med, et inf. Latin,, tom. II, pag. 56, col. 1, ▼• Camisa, camisia.
* CoUect. des meill. dissert., tom. XIX, pag. 242.
* Voyage d*oatre-mer de Bertrandon de la Brocquière, Ms. de la Bibl. nat.
oiirrces.
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D ARGENT. â.^-y
elles-mêmes, nous venaient d'Orient. Dans mie charte de ProTcuan.^ 1197, que nous avons déjà citée plus d'une fois, ou ren- ""^^i^tLXàe conlre, parmi des effets offerts à une église d'Italie, duo ***'" "'"8*^ mandilia parva Saracenica^^ et dans Finventaire des biens
n® lOOiS*, et Mém, de C Institut nat, des sciences et arts^ sciences morales et politiques, tom. V, pag. 583.
Dans le Dictionn, détaillé des noms des vêlements chez les Arabes^ de M. Dozy, pag. 339, 340, en note, il est plasieiirs fois question de serviettes de soie brodées , et d'autres brochées d'or.
Au rapport de Montaigne, qui parle dans ses Essais^ liv. III, cb. xni, de Thabi* tude où il était d*user de serviette pour ses dents a et le matin, et à l'entrée etyssue de table, » l'usage de cette sorte de linge commença, de son temps, à devenir si commun chez Ie« particuliers, que Ton changeait de serviette, selon les services, comme d'assiette. Voyez liv. III, ch. xni. Cf. Histoire ds la vie privée des François^ parle Grand d'Aussy, édit. de Roquefort, tom. III, pag. 466, 467, 331, 332. Dans Tancienne Rome, où les serviettes étaient connues, elles portaient le nom de mappœ; celui de la nappe était mantile. Longtemps après le siècle d'Auguste, on ne fournissait point de serviettes aux convives; ils en apportaient de chez eux. Voyez Martial, liv.XII; épigr. xxix, et liv. XIV, ép. cxxxvni. Cf. Juvenal , sat. v, v. 27.
* italia sacra, tom. VII ■^Romae, mdcux, in-fol.), col. 1275, A.
Dans un compte de l'an 1339, cité par les Bénédictins {Gloss. med. etinf. Latin,, tom. VI, pag. 66, col. 2), on trouve, parmi des objets de toilette à Tusage des femmes, le sahstaniif saracenum, que ces savants traduisent par vélum sanctimonia- Itum; et dans le testament de Pétrone, comtesse de Bigorre, en date de 1251 , cite au même endroit, k Particle Saracenus, ce mot figure au nombre d'objets de prix légués à un monastère : dans ce cas comme dans d'autres, il est à présumer qu'il s*agit , non pas de pièces d'étoffe d'ouvrage sarrasin ou d'un tissu particulier, par exemple , du sarcenet , dont il sera question plus loin , mais de mouchoirs ou de serviettes dont on faisait des voiles et des coiffures.
Puisque j'en ai l'occasion, je dirai un mot ici d'un ornement, d'une couverture d'autel appelée par le diacre Jean (De Eccles, Lateran., apud Mabillon. , tom. II Musei Italici , pag. 568) sarantasmum , tarantasmum. IjCS Bénédictins , qui ont recueilli ces deux mots [Gloss, med. et inj. Latin., tom. VI, pag. 66, col. 2), n'hésitent pas à voir dans le second une altération du premier, et dans celui-ci une corruption de saracenismum ou saracenicum, de sorte qu'il faudrait, suivant ces érudits, entendre par sarantasmum une espèce d'étoffe ou de tapis de fabrique sarrasine. Voilà , à ce qu'il me semble , bien des changements , et je me demande s'il ne vaudrait pas mieux ramener sarantasmum à tarantasmum et se rendre compte de ce mot à l'aide de ce que nous savons des étoffes et de la pourpre de Tarente, célèbres dans l'antiquité (Jul. Poil., Onomast,, lib. VII, cap. xvn, segm. 77; Nep. Corn,
rsS SUR LE COMMERCE , LA FABRICATION ET L'USAGE
de la reine Clémence de Hongrie, «une courte touaille de Teuvre d'outre-mer, » prisée quaiante sous parisis^ Touuiihs Dans celui de Charles V, il est fait mention d'une « firant
a raies de soie de . • r» / i j
iii.Tent.iire de piccc dc touaiUes de fil royees au long de royes de soye*, » semblable à une couverture décrite comme étant « moictié de soye et moictié de fil, royé du long', » et, un peu plus loin, on voit « une autre petite touaille de fil eschicquetée et à petites royes de soye parmy*. » Je ne sais si ces touaiUes j ou serviettes , nommées au milieu de soieries rayées d'or et de couleurs", venaient des pays musulmans ou d'Italie; ce J'iT"" que je puis dire , c'est qu'à la même époque on rencontre
nurparBonare. dans cc pays uoc étofic semblable, décrite par Boccace comme étant très-fine et listée de soie * ; ce qui est une présomption, mais non pas une certitude, qu'elle avait été fabriquée au delà des monts, Lieux Les soieries qui nous arrivaient de l'étranger venaient donc
de provenance . /» • i ^ i i / ^v*
des soieries aux loujours, commc autrefois, de cette contrée, dont les etoftes,
XIV*, xy* et XV»*
sièei,». quoi qu'en dise M. de Pasloret"^, étaient connues chez nous bien avant Isabeau de Bavière et Valentine de Milan ; nous Soieries d Orient cu rcccvious aussi dc rOrient et de l'Espagne. De celles que
et d'Kspagne.
«ipud Plin., Hist. nat., lib. IX, cap. Lxni ; Hor. epist., lib. Il, ep. i, v. 307), à moins que Ton ne préfère voir dans sarantasmum un dérivé de sarranu, employé par Juvéna), sat. x, v. 38. Cf. Tôt. Latin, Cexicon, v'» Purpura, Tarentinui et Sarranus.
* N*> 73, pag. 12; en tête du 2* vol. des Mélanges de Clérembaut, Bibl. uat. ■ Ms. n» Sase, fol. vjxx iiij recto, n« llSi.
» Ihid., fol. vjxx ij reclo, n» 1 151 .
* Ibid., fol. vjxx iiij recto, n» 1 183.
* Ibid., fol. vj» iij verso, n* 1178; et fol. vj»iiij recto, »*•• 1184-1187, 1189 et 1190.
* a ... vi miser su un pajo di lenzuola sotttlissime lisUte di seta, » etc. Il Decamerone, giorn. VIH, nov. x.
' Ordonnances des rois de France de la troisième race, tom. XX, pag. 591 , not. 2, col 1
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. îîiO
nous recelions des pays musulmans , je ne puis rien dire, §i ce n'est qu'on les désignait chez nous par Tépitliète de moresques ou d'outre-marines*. Pour ce qui est des autres sources de productions, Florence et Bologne nous envoyaient des velours, des satins, des damas, des taffetas, des camelots, des serges, et d'autres variétés de draps de soie; Venise, des satins, des damas, des taffetas, des tabis, des camelots noirs ou de couleur; Lucques, des velours, damas et taffetas; Gènes, des velours, satins, damas, taffetas, serges et camelots de soie; Milan, des velours, des satins et des bas de soie, sans compter les broderies, articles que Ton trouve cités ailleurs que dans le tarif des douanes de 1 540 ^ ce qui atteste
* « Item, legamoft eoclesi» B. Mari» de Crassa unum pannum aureum more^: Termellum,« etc. Testam. Beatricis de Alboreya vicecomit. Nàrbonse, aon. 1367, apud D. Marten. , tom. I Thesaur. novi anecdot. , col. i523, C.
ce Item uag drap d'or d'ouitre>Dier à fleurs de lys. » Invent. de Charles V, Ms. n" 8356, fol. vjxxiij. verso, n« 1177. — «'Une chappelle d'un drap vert d'oultremer à oisellès d'or, » etc. Ibid., fol. Cxiiij recto, n" 1089.
f Planeta una drappi nigri ultramarini^ etc. Inventar. jocal. Faient. BleJiolan, in Annal. Mediolan. ad ann. 1389. (Rer, Ital. Script., tom. XVI, cqI. 810, A.)
«Item... Petrus de Anguzano... fecit unam capellam pulcliram de panno de serico ultramarino, » etc. Historia abbatiœ Condomensis ^ in Spicilegio, éd. in-4*, tom. XIII, pag. 507 ; éd. in-foL, tom. II, pag. 601, col. 1.
• Edict du roy François sur les draps d*or^ d'argent et de soye , etc. A Lyon , par Antoine Juliieron, m. dc.uci., in-S*", pag. 19 ^ 20. L'édit seul, sans le Tableau du taux et prix ordonné par le Roy^ par provision, avait d'abord été imprimé sous ce titre : Edict du Roy nostre syre^ sur Us draps dor, dargent^ et de soye. Et pareillement sur toutes espèces de crespes, passcmens^ rubans, sainctures, franges y pennes ^ tissures : et aultres ouuraiges de filz dor, dargent ou de soye. Et <fue tous merciers, marchons y et aultres ayons desdictz draps les feront marcquer dedans quinze tours. Publié à Paris, le Mardy septiesme iour de Septembre , Lan mil cinq cens Quarente. In-1 9 , de douze feuillets, san^lieu ni date, lettres rondes.
Il est également question de velours de Milan dans les Trésors des églises de Reims, pag. 181, 182; et de satin de cette ville dans /« Cérémonial français, édit. in-fol.« tom. I", pag. 267.
Je prias de la toile d'or fine.
Deux bas de soye de Milan, etc.,
Soimes d'IliUic.
Je ne puis m'arrêler ici à compléter les reuseignénients contenus dans le discours du doge , et à rechercher le chilTre du tribut payé à Venise par le lu\e des divers peuples de rOccident ; il me suffira de rapporter un passage d'un ancien écrivain italien, qui établit ce chiffre et nous signale en même Revenu annuel tcmos d'autrcs srandcs manufactures de soieries : « Depuis
de Venise. . ^ ,.„... • i. ,
cif Re|»gio et de cuiquautc aiis, dit 1 ecrivani en question par 1 organe de son coinnirtce de» vicux tvaducteur, ceste tisseure s'est tellement^accreuè , que
soieries au xvi* ^ #
sièric. la seigneurie de Venise en tire de revenu annuel 500 mille escus et RhegeMOOOO mille, et la Sicile encore beaucoup plus , et pour tout dire en un mot , cest artifice est à présent le nerf de la marchandise. On fait en ce temps des draps de soye qui ont esté du tout incogneus aux anciens, comme le damas , le velours plein et ras '. »
Étranges Ott a VU cc qu'il faut penser de cette dernière assertion ,
assertions de Me- . , . ^ 11 i »» /
7.«ray et de Delà- qui ïi cst pas plus étrange , après tout , que celle de Mezeray tendue rareté des et du couseiUer Delamare , sur lesquelles nous reviendrons
étoffes de soie avant la fin du • .
XT* siècle. ' — —
cornmercio </«* ^eneziani, vol. VII, liv. Il, ch. lu, pag. 153-159. — Daru , /fwtoiredc ta république de Venise^ liv. XIIL A Paris, chez F^innin Didot, i821, in-S**, tom. II, pag. 304, 307.
* Cest de là sans doute que venaient les étoffes appelées kalabris dans une rédaction du Roman de la Rose y que nous supposons être celle de Qément Marot :
Puis H remest par maintes guises....
Sendaux, maulequinx, kalabris^ etc.
Voyez le Dictionnaire des termes du vieux français^ de Borel , i la suite du Diction^ naire étymologique de Ménage , tom. II , pag. 208 , col. 2, au mot Tiretaine. Borel, qui donne en entier un passage que nous avons cité nous-méme, tom. l'^ypag. 306, d'après l'édition de Méon, fait certainement erreur en l'attribuant à Jean de MehuH, au Codicille.
* Livre premier des antiquités perdues.,, de l* illustre Jurisconsulte G, Pancirole^ etc., traduit... par Pierre de la Noue. Lyon , MDCxvn , petit in-i2 y liv. II, ch. xxiji, pag. 357. Cf. Raccolta brève d* alcune cosepiit segnalate c* hebbero gU antichi,\ic. In Venetia, mdcxii, in-4*, pag. 438.
DES ÉTOFFES DE SOIE, D^OR ET D'ARGENT. 26h
plus tard. Celainci traitant de la police de France touchant le luxe y depuis la naissance de la monarchie justfv^à la fin du règne de Charles IX \ assure qu'à Tégard des étoffes brochées, « on se servoit peu de ces matières précieuses de soye, d'or ou d*argeût pour se vêtir, » antérieurement à l'édit somptuaire de 1 485 '• Celui-là, voulant sans doute exalter la richesse de la France sous les Bourbons, au détriment de l'ère des Valois , prétend qu après le règne de François I*', auquel il attribue la fondation de la manufacture de Tours , les ouvrages de soie étaient encore si rares, même à la cour.
• Traité de la police^ Ut. III, lit. I»', chap. iv; tom. I»', pag. 417-424.
* Pag. 419 , col. 3. Bien avant cet édit, une ordonnance de Charles VIII , que n'a pas connue Delamare , renferme , dans son préambule , des plaintes sur « ce que Ton toleroit à un chacun se yestir et habiUer à son plaisir, fust homme ou femme y soit de drap, ou d'or ou d'argent, de soye ou de laine, sans ayoir égard k son extraction ny à son estât et Tacation. » Les Ordonnances rofttuXy sur le faiet et jurisdiction de la prevosté des marchans et eschevnage de la çtUe de Paris ^ etc. A Paris,
IMS6, in*4*, fol. 137 reno.
DuuV apparition de Jehan de Meun, par Honoré Boûet (à Paris, chez SilTestre, UCOÛXI.T, in-4*, pag. 28 ) , le Sarrasin nous apprend que les lois somptnairés qui ordonnaient la distinction des professions et des classes n'étaient guère obseirées au xy siècle; et Engnerrand de Monstrelet [Chron^y éd. de x. dghi., toI. III, ana. 1467, fol. 120 yerso), après avoir parlé arec assez de détails des modes de ' •on temps, nous apprend que jusqu'aux yarlets se permettaient le pourpoint de •oie, de satin et de telmirs. Sans dôme il reut parler du ooetame particulier des domestiques, et non de oelui qu'un maître pouvait, j'imagine, leur donner en rapport avec son rang et sa fortune, oômme eela avAit lien en Orient (roy. Bist, de Pùolo Jopio^ Uv. XIV ; tom. I*', pag. 310 , I) ; autrement il faudrait faire remonter le reproche beaucoup phu haut. Thomas Artus ayani été élu roi de Tépiaette en 1360, se présenta aux jooles à cheval , ridiement armé et Této de samit blanc, c ses ralets à cheral et à pied et ••• haUehardiers tous aeonstrés aussi de joppoiu de soye Terte. » Yoycx le Glossaire de du Cange ^ au mot Spinetieum , tom. YI, pag. 328, col. 3 ; et, sur les modes fran^ses sous Philippe de Valois , ies grandes Chroniques de France j ann. 1346, tom. V, pag. 463. Voyez enCn sur rinutilité des lois somptuaires sous Charles VII , en ce q«i touche les étoffes d'or, d'argent et de soie , interdites à U boargeoisie ^ et eur le laae de eette classe et ploa tard, les Femmu téièhres de Pamciemne Fronce , V* série, pag. 517-519. n. 34
que Henri II fut le premier qui porta des bas de soie aux noces de sa sœur^ RéfittatioD Tout absurde que soit une pareille assertion, qui témoigne
de TaMCTiion de ^ * * \
Mweraypar de la léfièretë de son auteur, comme de Tienorance où Ton
M. Le/marie. ^ ,
était à son époque des choses relatives à l'histoire de Tindustrie textrine", les paroles de Mézeray n'ont point manqué d'échos pour les répéter" ; mais elles ont trouvé également des écrivains pour les contredire, là surtout où elles devaient causer le plus d'indignation. L'un de ces champions, M. Leymarie, fait remarquer fort judicieusement que l'usage des bas de soie est toute autre chose que celui de la soie ^, sans chercher s'il n'existerait pas quelque témoignage contemporain à opposer à celui de l'historien ', ou si quelque
*■ abrégé chronologie ouejftraiet de F histoire de France, etc. A Paris , chez Loui» BiliaiDe, m.dc. lxyh. , m-4<», pag. 1388, ann. 1603.
* Cette ignorance n*est nulle part plus manifeste que dans un passage du Fray Théâtre tt honneur et de chevalerie^ où le sieur de la Colombiere, parlant de sa mit vermeil, dit que c'était a de la plus belle et plus fine escarlate, » et définit le sandal u une très-excellente estofTe, composée d'or et de soye rouge, s Voyez 1" part., ch. XIV, pag. 224.
Un autre écrivain rapportant un passage de Joinville, où il est question des sergents d'Alphonse, comte de Poitiers, qui portaient les armes de leur mattre brodées sur leurs surcots de cendal, écrit en note : c Sandal; ce mot veut peutêtre dire que les niasses des huissiers étaient en boia de sandal , ornées de plaques d'or ou d'argent, sur lesquelles étaient relevées en bosse les armes du comte de Poitiers. » Voyez Recherches historiques sur la vilU de Saumur, etc., par J. F. Bodin. A Saumur, chez Degouy aîné, 1812-18U, in-8«, tom. I", pag. 340, not. a.
* Voyez, entre autres, le Dictionnaire de Trévoux , aux mots Bas et Soye; et le Nowfeau Dictionnaire des Origines ^ etc. , par Noël et Carpentier. Paris, 1827, in-8«, tom. I", pag. 136, col. 2, art. Bas.
* Voyez les Bas de soie de Henri 11^ dans la Reçue du Lyonnais , tom. IX. — 5« année, 5* livraison. — Mars 1839, Lyon , imprimerie de L. Boitel, 1839.in^* pag. 203.
» Je le trouve dans U Théâtre d'agriculture, d'Olivier de Serres, 5- lieu, ch. zv, où cet écrivain, comparant Henri II à Aurélien, t qui ne voulut jamais porter de robe de soye, » ajoute : c Semblable modestie se remarque du roi Henri second ,
bas de soie ne se serait pas montré à la cour de Henri II avant Tannée i 559, époque du mariage de sa sœur. Pour mm, je crois qu il y en avait au sacre de ce roi, me fondant sur rhistoire de ce gentilhomme, qui pour avoir vu à Reims, la belle jambe, chaussée d'un bas de soie blanc, d'une grande dame, en devint si épris, que depuis il pensa se désespérer d'amour'.
Comme le fait ensuite remarquer M. Leymarie , il serait possible d'admettre que jusqu'alors on n'avait pas porté de bas de soie en France, si les tableaux des artistes de la renaissance ne nous permettaient d'avancer le contraire; mais quant aux vêtements que l'on fabriquait avec de la soie, ils étaient si peu rares sous Henri II , après lequel, il est vrai , ils passèrent de mode pendant quelque temps*, ils étaient si peu réservés aux seids souverains, que ce monarque, efTrayé de la profusion et de la ruineuse magnificence de ses sujets, se vit forcé de promulguer, juste dix ans avant l'apparition des bas de soie dont parle Mézeray, des ordonnances somp*
n'ayant jamais tooIu porter bas de aoye, encores que de son temps Tosage en fust jà receu en France. > Voyez Tédit. de la Société d'agriculture de la Seine, tom. II, pag. 107, col. 2.
* Des Dames gallanies , 3* disconn. {QEupres eampfètes de Bramtéme, édît. du Païuhéom Uttéroirey pag. 319, ool. 2 )
Sur les dianssnres de soie, voyez pag. 314 , ool. 2.
* Après des réflexions fort justes sur Tinntilité des lois somptuaires, ou plutôt •nr le mauTais choix des moyens employés pour c engendrer aux hommes le mespris de l'or et de la soye , » Montaigne continue ainsi : c A peine feusmet-nous un an , pour le deuil de Heoiy second, à porter du drap à la court, il est certain que dcsjà à Topinion d*un chascnn les soyes estoient Tenues à telle rilité , que si tous en Toyiez quelqu'un Tcstu , tous en faisiez incontinent qudqne homme de TÎlle. Elles estoient demeurées en partage aux médecins et aux chirurgiens ; et quoiqu'un cbascun feust A peu prez Testu de mesme, si y aToit-il d'ailleurs assez de distinclions apparentes des qualitez des hommes. » Essais , Iît. I*', ch. xun.
M8 SUR LE OOBnaOlKXi LA FABRICATR» ET L'USAGE
tuaireaS qui en moins de deux ans ramenèrent la cour, et par conséquent la noblesse, au premier usage du drap*. Ver. de Ronsard Lfi gieuT de Ronsdid » qui ne manquait jamais Toccasion tMirrd«4 6&o. de fiùre sa cour au roi, saisit celle^ avec empressement; il Tapo^ropha ainsi dans une de ses odes :
Le yeloiirs trop ooimnan en Frasce , Sous toy reprend son vieil honneur.
' « Le 14* d*aoiut 1549, Edit da roy sur la réformatîon dei accoustremensde' M>j«, dorures et broderie, et defenees «os grands ptiiies de n'en porter, à gens de baMe condition et qui ne sont de Tesut et qualité d'en porter, et œ speciaUiatiu aux artisans, et ce sus grosses peines et amendes. »
Aussi peu obserré que les précédent», cet édit fut renouvelé quatorze ans plus tard et publié soua ce titre : Ordonnances du roy tur Us nigUmvUi dm nfigts do dtnps^ ioilieSf passemens et broderies ^ J^or, d'argent et de soye^ et autres habillements super^^ flus, Pftris, Robert Esttenne, 1563, petit in-8«. (Catal. Peignot, pag. 343, n* t853.)
Qtona encore VEdict du roy (Louis TJS}^ portant deffences de portfir sur Us habits aucuns draps , ne toiUe dor ou d'argent^ Paris, 1607 ; VAdvis sur l'usage des passe" mens JP or et d argent ^ Paris, Millot, 1610, in-8**, indiqués Pun et l'antre dans le catalogue de M. Ch. Buvignier de Verdun , Paris, J. Techeoer, 1849, iii^S* , pag. 37, n«« 229, 230 (Cf. n« 227) ; enfin le Reiglement sur Us superfluités des habits et des maisons, édit. du mois de mars 1613, vérifié en parlement le 2 avril, et publié dans le Troisiesme Tome du Mercure français ^ r* partie, pag. 300, 301.
Voyez sur les modes françaises à la fin du xy* et au xti* siècle, le Ms. de la Bibl. nat. n* 7085, fol. 65 verso (Cf. les Manusc. français de la Biblioth. du Âoi, tom. V, pag. 129, 130), et les Relat. des ambassad. vénitiens, tom. II, pag. 356. Tom. I*', pag. 278 , on trouve une description du costume de François I*' , en 1546.
On ne voit pas la moindre dorure dans les deux curieux tableaux du Musée du Louvre représentant des bals à la cour de Henri III. Vi ce prince ni ses mignons n'ont de broderies, ils paraissent tous vêtus de satin ou de drap; et cependant nous savons par bien des témoignages, nommément par les comptes de dépenses du roi pour 1580-1588, qu'il n'était pas l'ennemi déclaré du luxe des hiJ)its. On y lit : « Pour quarante-huict aulnes de drap de soye de couUeurs, couverts d'or et d'argent : sçavoîr, incamatin, noir, blanc et orange, pour servir à faire juppes h la matelotte pour le roy et cinq seigneurs qui accompagnoient Sa Majesté à là masquarade Adcte le jour de mardi gras 4580 au soir, 288 liv. t. » Arch. eur, de tBtst, de Wir,, V^ série , tom. X , pag. 427. -^ c Pour la fiiçon d'un grand manteau de tfaoîle d'argent pour servir à Sa Majesté ledict jour de caresme-prenant, 1580.» ibid,^ pag. 423.
* Treùcté de tœconomîe politique, etc., pbr Antoine de Montcbretien, sieur de Vateville, s. 1. ni d., in-4*, liv. I*', cbap. t, pag. 97.
DBS ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D^ARGEtlT. 509
Telkmciitqae U rtmonstrance Nous a fait voir la differance Du valet et de son seigneur, Et du muguet chargé de soyc Qui à tes princes s'égaloit Et riche en draps de sdye allok Faisant flamber toute la voye.
Les Tusques mains ingenieiises Ja de ivep yeioutep s'usoient Pour nos femmes délicieuses , Qui en robes trop précieuses Du rang des nobles abusoîent ; Mais or* la laine mespriséc Reprend son premier ornement , Tbmi vaut le grave cnaeignsnent De tin parole authorisée.
Am rojr Henrj It sur ses ord(amanets fnUi Van M. o. i- (Odes de P. de Ronsanl , Ut. V, od. i , st. 7 et 8.)
Je ne rechercherai point si ces vers furent bien accueillis obserratioiu et récompensés comme ceux que le même Ronsard écrivit '"FéJSt!"^ plus tard pour les noces de Marguerite de Lorraine et du duc de Joyeuse *j je ferai seulement observer que le poète parait peu au fait des progrès de Tindustrie. quand il dit que les femmes de la Toscane s'usaient à préparer les velours de nos aïeules. Mieux renseigné , il eût su que si l'Italie nous expédiait en abondance cette précieuse denrée ^ la France
' Journal,,, de Henry tlt^ etc. A Cologne, mdccxx, in-8*, toni. I", f* part., pag. 40, ano. 1581 . Dans cette circonstance, où le plus grand luxe fot déployé, le roi c donna en son nom et de sa bourse les livrées de draps de soye à cbascon, » conformément à l'usage généralement établi , en Occident comme en Orient» de faire dca cadeaux de soieries à ceux que l'on voulait honorer. Voyez ei-^essus , tom. n, pag. IBO, 140 ; la Chronique du IteGgieux de Sàint-'Denjs^ liv. X, ch. n, ann. 1389 (tom. I*', pag. 508), et Ut. XXXY, ch. xxu, ann. 1414 (tom. V» pag. 376); la Chronique du roy Lojê X!^ par Philippe de Gooimines, èfa. lxxxvii, etc
Tradition sur la {irioritr en date d« la manufacture de soieries de Tours.
était déjà en état de faire concurrence, sous ce rapport , à ses voisins.
La tradition la plus généralement admise est que la pre* mière manufacture d'étoffes de soie établie en France le fut à Tours en 1470 S et que, six ans plus tard , le duc de Bre* tagne François II fit venir de Florence des ouvriers en soie, quil établit à Vitré, leur faisant bâtir un moulin, et leur accordant la naturalisation, avec l'assurance de sa protection pour eux et leurs familles '. A ce compte , la grande manufacture de Lyon ne viendrait qu^en troisième, et, s'il faut en croire certains historiens de cette ville, dont l'opinion a été trop docilement suivie % les premiers qui y auraient fabriqué de la soie seraient Etienne Turqueti et Barthélemi Nariz, manufacturier^ de Gènes, qui vinrent s'établir, avec leurs compagnons ouvriers, dans le quartier de Saint-George, pour jouir du bénéfice des lettres patentes de François P' en date du mois d'octobre 1536; mais un Lyonnais, feu M. Grognier, professeur à l'École vétérinaire de Lyon, a donné la preuve que l'origine de notre manufacture est plus ancienne de quatre ans que celle de Tours*, preuve qu'il a Lettre» patente» trouvéc daus uos archives municipales. C'est là qu'on peut ^'réuiibiifsent*?"' voir des lettres patentes de Louis XI, données à Orléans, le
Priorité réelle de relie d« Lyon
' H'ut. gen. de Langued., par DD. de Vie et Vaissete, tom. II , pag. 279, 280.
• Hist, de Bretagne j par D. Lobineaa, liv. XIX, ch. clxxxit; tom. I*', pag. 73i .
* Par exemple, un peintre lyonnais» Pierre Bonirotte, a figuré dans un tableau désigné dans le Uvret du Musée du palab Saint-Pierre à Lyon, par le titre d* Origine de la fabrication des étoffes de soie, à Ljon, en 1536, nos deux Génois présentant les premiers fruits de leur travail aux conseillers et écherins de la ville. Voyez la galerie des peintres lyonnais, n<* 30.
** Notes pour servir à t histoire de la grande manufacture de Lyon , dans les Nouvelles Archives du département du Rhône, tom. II. Lyon, J. M. Barret, etc., BfDCCcxxxm, iD-8% pag. 133» 134, 141 , i42.
23 novembre 1466, scellées du grand sceau, par lesquelles le roi, pour empêcher la sortie de quatre à cinq cent mille écus annuellement hors de son royaume , par TefFet de Tim^ portation des draps d'or et de soie^, ordonne rétablissement en la ville de Lyon, « en laquelle, comme Ton dit , en y a jà aucun commencement , » des métiers propres à faire lesdits draps, et la levée de deux mille livres tournois chaque année, sans les frais nécessaires , sur les habitants de Lyon , pour payer lesdits métieis, les maîtres-ouvriers que Ton y fera venir, les choses nécessaires aux teinturiers*. La même imposition est mise nonobstant et sans préjudice de Tafiranchissement des tailles accordées aux conseillers, bourgeois et habitants de Lyon.
Ces lettres patentes furent adressées le lendemain , 24 no- ^^^^j vembre, en forme de commission, aux conseillers sur le fait **formVdr^œ!" des finances, au baiUi de Mâcon, sénéchal de Lyon, avec "Sîoylr cette disposition expresse que les ouvriers qui viendraient *^ '*"*^ demeurer à Lyon, pour travailler aux draps d'or et de soie, seraient exempts de toutes tailles et impôts, encore de tous aides, octrois, issues, faits de ville, guets et gardes, et ce pour douze ans seulement. La même commission fut donnée, le 3 janvier 1467, aux élus de Lyon.
* LioaU "Xï aurait d^abord songé à àéîendre toutes doreures et Tusage de la soie, même à réroqaer les foires anciennes du royaume, s'il faut en croire M. Paris, qui attribue à ce prince un passage du Ms. de la Bibliothèque nationale n* 7032, fol. 53 verso. Voyei les Manuteriis fran^ois de la Bibliothèque du Roi, tom. IV, pag. i30.
* Noos ne sayons à partir de quelle époque ces industriels se formèrent , chez nous, en corps d'état; mais ce ne put être que plus tard , sous Louis XI , dont le sncceaseur, étant à Lyon en mai 1497, confirma les statuts des teinturiers de draps de soie et autres de cette ville. Voyez les Ordomn. des rois de Fr,, tom. XX,
Difficulté On se figure peut-être que les Lyonnais, entrevoyant tous
Lyon^« a'riii- les avautages qui devaient leur revenir de l'introduction rio<ii!ltrîc"no^ d*une nouvelle industrie, s'empressèrent de s'imposer les sacrifices qui leur étaient demandés : bien au contraire. Les conseillers de ville réclamèrent auprès du roi afin d'obtenir que le premier payement de l'impôt dont la cité venait d'être frappée, fût reculé de six mois. Cette requête eut plein succès, et Louis XI donna à Vendôme, le 14 novembre 1467, des lettres patentes qui accordaient aux conseillers et habitants de Lyon un sursis pour le payement de l'impôt concernant les draps d'or et de soie, jusqu'à ce que ladite ville fût remboursée de la somme de trois mille livres qu'elle avait payée pour deux cents harnais, achetés pour le compte de Sa Majesté ^ ?vouTeit^s ifftires Louis XI u'cn rcsta pas là; il donna, le dernier février date (Je février 1469^ dcs IcttTes eu fomic de commission, pour contraindre la fabrique itod- Jcau Grand à rendre compte aux conseillers et échevins de la ville de Lyon , de la somme de deux mille livres , qu'ils lui avaient remise pour l'employer, tant pour dresser les métiers de draps de soie que pour entretenir les ouvriers desdits métiers.
Grand rendit ses comptes avec exactitude^ témoin des lettres de cachet du même roi , adressées aux habitants et bourgeois de Lyon, pour les inviter à se joindre aux nommés
' Lyon, qui n^est plos connue pour la tellerie , Tétait , à ce qu'il parait , pour cette branche de commerce au xiy* siècle, si l'on peut se hasarder à tirer une pareille induction de ce fait et d'un article d'un compte de 1405-6, où un marchand de Paris nommé Quibelot de Lyon , est porté pour quarante neuf livres parisis, montant d'ime fourniture de quatorze couvertures de toile armoriées destinées à autant de grands dextriert . Voyez Us Ducs dé Bourgogne^ etc., ii* part., tom. I'', pag. iS, n- 72.
Grand et Perroquet, que Sa Majesté avait charges de veiller onnd sur leçî ouvriers en draps de soie, qu elle avait fait venir en charç^reTiier celtf ville, et de leur fournir ce qui leur serait nécessaire, etc* '"'' ^ .^î7**"
Nous ne savons quel effet produisit cet act^ émané du souveraip , et ai rétablissement dû à sa sollicitude éclairée pour le bien-être du pays alla en prospérant; mais nous remar* queroDs que le 17 juillet 4494, Charles VIII étant à Lyon, ordonnance rendit une ordonnance par laquelle il était enjoint de mar* Kadue'àLyonU quer les étofTes de soie du sceau de la ville où elles avaient '^^"' ^* été fabriquées; il était en outre fait défense de porter des draps d'or, d'argot, de soie, qui n'eussent pas été tîssés en France , et pour assurer Texécution de ladite ordonnance , il était prescrit de faire un inventaire général de toutes les étoffes de ce genre existaitfes dans le royaume.
£q i 500, lors du séjour de Louis XII et d'Aone de Bre* Remontraoces tagyie à I^on, les conseillers et échevins de cette ville, mieuK de l^Ô au roi'' renseignés sur les intérêts dont le soin leur était confié, adres* ^iTfai^qàrde * sèrent au roi des remontrances pour le bien et l'avancement '^'^' de la manufacture des draps de soie.
Trente-six ans plus tard, François i^^ se trouvant à Ijyon, charte à son retour de la campagne de Savoie, donna^ sur la de- ^uT^Tde u mande des conseillers de viUe, des lettres patentes en forme "î^D^aUe^"" de charte 9 en faveur de la manufacture lyonnaise. Dans cet acte il est dit que le roi, pour attirer dans la ville de Lyon les ouvriers en velours, génois et étrangers, veut qu'ils puissent acquérir dans le royaume tels biens meubles et immeubles, et d'îcetuL diq)oser par testaments, donations entre-vifs ou autrement , ainsi que bon leur semblera, et que leurs femmes , eoËoits et héritiers nés et à naître , puissent succéder comme s'ib étaient natifs du royaume, sans prendre lettre de natuu. 35
ralité ou d'aubaine*, ni être contraints de payer aucune finance ou indemnité. Veut encore Sa Majesté , est-il également dit y quils soient exempts de toutes tailles et impôts, etc. , etc. , à la charge néanmoins par lesdits ouvriers de se présenter en Thôtel commun (rhotel de ville), et de s'y faire inscrire pair noms et surnoms comme les habitants de ladite ville. Ces lettres furent enregistrées au parlement de Paris le dernier du mois d'août 1 537. htiaiigers Lcs prcmlcrs qui se présentèrent pour recueillir le bénéfice
ierpreroi^"à u dc ccttc ordonuaucc , furent, comme nous l'avons dit, deux
»uiif de cette or- j-y t » «^ /i^ •• 'i
(ionnanec. Geuois, qui out passc lougtcmps pour avoir maugure chez nous la fabrication de la soie. On vient de voir ce qu'il faut penser de cette tradition.
confinnatioD Lcs privilégcs dccordés par François Y^ aux étrangers qui
des privilège» de , i • i • i t* r* /
Krançoi* I''. Venaient apporter leur industrie chez nous, furent confirmes par Henri II en septembre 1548. Us le fiirent pareillement par Charles IX à Montpellier en 1564, et à Paris en 1567; par Henri Hl à Lyon en 1 574 ; par son successeur en 1 595 ; par Louis Xlll à Paris en 1610, etc.
^yoD Indépendamment des privilèges prodigués par nos rois
fntnpAt de» soies aux fabricauts dcs étoflcs Ivounaises, Lyon avait été déclaré
étrangères impor- ^ ^ r j
Ki^enFriiDce. l'uniquc cutrepôt de toutes les soies étrangères qui entraient en France. Les marchands de Paris, Tours, etc., devaient
* On sait eu quoi consisuit le droit d'aubaine, qui était admis dans toute l'Europe et même en Asie. (Extr, des hist, ar. rel. aux guetr, des crois. ^ pag. 553, en note.) Antérieurement à François^ I«% nos rois avaient plus d*une fois accordé une exception semblable aux ouvriers et marchands étrangers, italiens et autres, qui venaient s'éublir dans notre pays. Voyez Ordonn, des rois de Fr,y etc., tom. IV, pag. 270, et tom. XVIII, pag. 124-126; et t/te Hittory of tke Reign of the Emperor Charles V, etc., by William Robertson. Dublin : xdcglxxvii, in-8», vol. !•', pag. 338 et 342.
les tirer de Lyon^ ou du moins les faire passer par cette ville, soit qu'elles ftissent entrées dans le royaume par la voie de Marseille , venant du Levant, ou par celle du Pontde-Beauvoisin venant d'Italie» Ce privilège avait été accordé à notre ville par François T' en 1 540 , Charles IX en 1 566 , Henri III en 1585, Henri IV en 1665, et Louis XIU en 1615.
Cette obligation , encore plus que la prospérité de la ma- usag<« nufacture pour ainsi dire naissante de Lyon , avait répandu mun à Lyon ;
XVI» siècle.
dans cette ville Fusage de la soie à un point qui nous paraitrait peu croyable, si nous ne trouvions ailleurs une abondance de soieries vraiment surprenante. Prenons, par exemple, la relation de l'entrée de Louis XI en 1 507, nous y ver* rons à la porte du Rhône six personnages sur un échafaud : a C'est à sçavoir, une fille habillée de taffetas rouge, signifiant force; une autre fille habillée de taffetas pers, signifiant prudence ; une autre fille habillée de taffetas jaune, signifiant diligence; une autre fille signifiant vaillance, habillée de taffetas violet*, » etc. C'était également de soie qu'étaient habillés d'autres personnages, tels que noble Vouloir, le Prince, Proserpine, Pitié, Justice, France, «tous lesquels personnages firent à Sa Majesté un compliment en vers, convenable au caractère qu'ils representoient*. »
Est-il probable que toutes ces étoffes sortissent de la ma* Grand nomi.ro nufacture d'Etienne Turqueti et de Barthélemi Nariz? Sans dai!^ccttevniè.H doute , si Lyon n'eût été qu'une ville de fabrique ; mais c'é- * " '"*^ ^***'"* tait surtout l'entrepôt des soieries de l'Italie et du Levant, et
* Relation des entrées solemneUes dans la ville de Ljon^ etc. A Lyon , m.dgc.ut., in-4*», pag. 6.
• Ibid,, pag. 7.
276 SUR LE COMMERCE, LA FABRlCAllC^ ET L'USAGE
sa population se composait presque autant d'Italiens que d'enfants du sol. On le voit par le récit des entras solen* nelles de nos rois, oà, comme nous le disions tout à l'heure, nos ancêtres déployaient un luxe de soieries incroyable. Par exemple, lorsque François I*, âge de vingt et un ans, fit sa première etitree à Lyon le 1 5 juillet 1 51 5, les conseillers vinrent à sa rencontre babilles de robes de damas tanné et de pourpoints de satin cramoisi. Ils étaient accompagnés des £o IS4 6, Lucquois, habillés de robes de damas noir, des Florentins
le pas sur les en. habiUés dc robcs de velours , et après venaient les enfants de la ville, hiâibillés de drap blanc , de Velours et de satin blancs \
Ici nous voyons les Lucquois et les Florentins marcher
avant les Lyonnais ; dix-sept ans plus tard^ nous retrouvons
le mètae ordre dans le défilé qui eut lie«!i à l'entrée de la
i^ chosM reine Éléonore en la cité de Lyon le 27 mai 4 533; mais cette
*^ X'I^ênt en^' foîs Ics étrangers avaient dû céder le pas aux enfants de la viHe. Après marchaient les Lucquois , suivis des dix principaux d'éntl^e eux, chargés des affaires de la corporation; ils étaient magnifiquement vêtus de robes de satin à bandes de velours noir. I^s Floretitîl:» venaient ensuite en beau nom^ bre , habillés de robes de velours doublées de satin , et leur consul d'une robe de velours cramoisi violet doublée de salin *.
' Relation des entires solemnelles dans la ville de tyon^ etc., pag. S.
* te Cérémonial franeois^ tom. !•', pag. 805. Voyez aussi la relation de Tentrée de Henri II à Lyon en 1548. {Ibid,, pag. 828, 829.)
Plus tard , avec des Lucquois et des Florentins, nous trourons des "Génois, qui débattaient la pr.' séance avec ceux-ci , et det Milanais. Voyez le même Tolume , pag. 849, 899 et 935.
La présence de tant d'étrangers dans notre ville peut luuuas
. !• j . 1 1 • o fie la présence dr
S expliquer sans doute par les besoins que notre manu&c- tant d'étrange» à ture naissante avait de bras exercés, ou, pour mieux dire, ces Lucquois, ces Florentins, ces Génois, étaient peut-être des ouvriers en soie attirés hors de leur pays par les avan* tages qui leur étaient offerts par les ordonnances de nos rois ; mais il me parait plus raisonnable de voir dans tous ces Italiens des marchands, des banquiers établis à Lyon , ou des Facteurs de maisons de Lucques , de Florence , de Gènes et de Milan. Encore en 1528, s*il faut en croire André Navagero , la plupart des marchands établis à Lyon étaient florentins ou génois'. Des Lucquoîs il n'en est pas question dans la relation de l'envoyé de Venise , et cependant nous venons de voir qu'à Lyon ils ouvraient la marche dans les cérémonies publiques, comme les Vénitiens à Bruges, au mariage de Charles le Téméraire, où, dans un défilé d'étrangers, tous ou presque tous vêtus de soie, les Florentins ne venaient qu'en seconde ligne\ Â l'époque à laquelle écrivait le sieur de la fiouliaye-le-Gouz, ils avaient passé au premier rang dans notre ville '. Eux ou leurs ancêtres y étaient arri- Émiptium vés, soit de Florence même , soit du comté Venaissin , où France dq'ui* u l'on voit des compatriotes de Dante émigrer dès 1296*. A ° " "** son exemple, bon nombre d'Italiens étaient venus chercher en France un abri contre k persécution, et c'est à cette cause
' Relations dés mmbassadeurs vénitiens, totn. 1*^, pag. 30.
■ Mémoires tT Olivier de la Marclte, Ihr. Il, ch. iv, ann. 1474. (Edit. du Panthéon Uttérairty p«g. Ml , col. t.y^Angeli de Currîhus Sabinis... de Eseidio civitatis Leo^ diitmis, lib. m. (rot. sierfpt,^t mon. ûmpU CoUect,^ tom. IV, col. 14S9, B.)
' Lbs Vùyof^ m ûtiervations, etc., ob. i**, pag. 3.
* MiÉfirè dêDëuphlné, un président àe Vribonnab, tom. Il, pag. IffO.
278 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
que l*OD doit de compter parmi les noms des Français illustres ceux des Gondi, des Gadagnes, des Strozzi, des Pazzi , des Baglioni, des Pitti, des Salviati, des Alamani, des Capponi, des Piaoelli» des Spinola, des Adamoli, des Mascranni, des Pestalozzi, des Bonvisi, des Scarron, des Sève, des Spons, etc., tous établis et naturalisés à Lyon aux xv"" et XVI* siècles.
Grande A ccttc dcmièrc époque, la fabrique lyonnaise n'était
manufactiiro «le ^ , • i ' • i i
noieiies à Toun. gucrc avanccc, puisque 1 importation des soieries, des draps d'or et d'argent, continuait sans s'apercevoir, pour ainsi dire, de son existence; et cependant, sur un autre point de la France il y avait encore une autre grande manufacture de ces sortes d'étoffes. Je veux parler de celle de Tourâ, établie
Si ron<iatmn pur postéricurement à la nôtre. £n effet, il résulte de lettres patentes de Louis XI, du mois d'octobre 1480 , que» dix ans auparavant*, ce roi avait fait venir et établi à Tours divers artisans d'Italie et de Grèce , « tous ouvriers et faiseurs de draps de soye , » parmi lesquels se trouvaient un appareilleur de soie, un teinturier, un filateur, un tireur d'or et jusqu'à une femme. Une fois installés dans leur nouveUe patrie, et nous savons que ce ne fut pas sans peine*, ces étrangers.
' En 1460, Targentier du roi payait à Guillaume Harel, marchaud de drapa, demeurant à Paris, la somme de six livres quinze sous, pour trois aunes de taffetas vermeil de Florence pour faire deux petits étendards de guerre, à raison de quarante-cinq sous l'aune, et la somme de sept livres six sous trois deniers tournois pour trois aunes un quart de taffetas blanc de Florence pour faii*e deux bannières de guerre. Voyez l'extrait des comptes et dépenses de Louis XI, dans les Archives curieuses de t Histoire de France^ l*» série, tom. I*', pag. 91.
* Voyez, sur l'origine de l'industrie séricicole en Touraine , et sur les phases de la fabrique d'étoffes de soie dans la ville de Tours, les détails intéressants donnés par M. Champoiseau dans la quinzième session du congrès scientifique de France, et publiés dans le compte rendu de cttte session (Tours, août 1848 ,
venus de Gènes pour ia plupart, s'étaient mis au travail , et avaient formé , par ordre du roi, d'autres ouvriers français et italiens , dont les noms nous ont été également conservés ; les uns et les autres employés , à la date du document où ils sont nommés, dans la manufacture de la viUe de Tours. Pour les surveiller, le roi avait commis maître Guil- Si>nicit..de laume Briçonnet, membre de son conseil et secrétaire de ses L olllriej eâ"^ finances, et pour les retenir a son service, u leur avait ac- d<f Tours. cordé de beaux privilèges par lettres patentes du mois d'octobre 1480*, dont l'exécution n'éprouva aucun obstacle. Toutefois, les ouvriers de Tours, voulant être dans l'ordre Requête
1 1 > X -#^1 t -srvvv • > 1» <v» ^^ *** ouvrier» à
complet y adressèrent a Charles VIII une requête a lefret chariesviii 1* d'obtenir la confirmation desdits privilèges, franchises, libertés et exemptions ; 2^ d'être affranchis de tous péages et impositions foraines des draps d'or et de soie qu'ils pourraient faire dans la ville de Tours , et de pouvoir les mener et transporter en Bretagne et autres lieux hors du royaume ; 3' de pouvoir faire venir en franchise de l'étranger toutes les soies écrues nécessaires à leur travail ; 4^ d'être autorisés à n'admettre leurs apprentis à travailler en qualité de maîtres, et à jouir desdits privilèges , qu'autant qu'ils auraient au préalable fait cinq ans d'apprentissage, et sauraient « besongner de l'un des quatre bons draps, c'est assavoir : satin , damas, veloux, drap d'or, » sur quoi il leur serait donné par le roi lettres convenables. Charles, s'étant fait représenter cemi
-- ^ ^ , , coofirme les let-
celles de son père, les confirma en tout point par une charte tn» patentes de
son i)ère en faveur
_________________^___^^__^^^_____________««„^^— ^ de CCS ouvriers.
m-S*"), tom. I*', pag. 484o3i3. Us sont précédés d'un bon mémoire du même auteur sur l'histoire de la culture du mûrier en Touraine.
■ Voyez les Ordonnances des rots de France de la troisième raee^ tom. XX. pag 592-»08.
Détails
sur la manufacture de Tours
]wr l*ambass;ideur Ténitien
Marino Cavalli.
280 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
datée de Saint-Just4ez*Lyon , mai 1497, dans laquelle elles sont insérëesy et qui contient de plus un acquiescement complet à toutes les autres demandes des maîtres et ouvriers en draperie d'or et de soie de la ville de Tours'.
Quelle fut la destinée de la manufacture établie [)ar LouisXI et favorisée par son successeur? M. Champoiseau nous rapprend à Faide des registres de Thôtel de ville de Tours^ qu'il a soigneusement compulsés. Prospéra-t^elle? Il faudrait en douter s'il était vrai que Jacques de Beaune, seigneur (le Semblançay', ou Catherine de Médicis Feùt relevée moins d'un siècle après sa fondation, dont il ne serait plus resté ni trace ni souvenir : a Madame la régente', dit un ambassadeur vénitien, dont la relation porte la date de 1 546, a ordonné que dans la ville de Tours on établit des fabriques de tissus de soie , puisque les pays où ce produit est indigène ne se soucient guère d'en tirer parti. Ainsi dans la viUe de Tours, on travaille la soie qui vient de l'Italie et de l'Espagne * ; et cette industrie va toujours en croissant. On y compte huit mille métiers. Plusieurs fabricants vénitiens s'y
' Ordonnances de* rois de France^ etc., tom. XX, pag. 591-599.
' Voyez le Tlieatre français , etc. AToars, par Maurice Bouguerean, M.D.xcnn. , in-folio y ch. De /a Touraine^ tign. XII. iij. Tcno, col. I. A en croire ranteur de ce liyre, ce fat ce seignenr « qui feist venir d*Italie les ouvriers et la soye, le tout de sa libéralité , et i ses frais et despens. »
* Je me sers de la traduction de M.Tommaseo. Le texte porte madama la régnante , qui semble plutôt devoir signifier tnadame la (reine) régnante; mais de quelle reine, autre que Catberine de Médicis, pourrait-il donc être ici question? Serait-ce d*ÉIéonore d' Autriche, qui épousa, en 1530, François P% veuf de la reine Claude, et qui survécut à son époux ? Nous ne connaissons rien , dans les documents relatifs a cette princesse, qui vienne confirmer le droit que Ton pourrait revendiquer pour elle, sur la foi d*un étranger, à la 'reconnaissance des Tourangeaux.
* Plus haut , Marino Cavalli dit que les soieries et les étoffes de prix {panni ono' rati^ venaient de ces dfcux pays dans le nôtre , les tissus principalement de l*Italie,
sont établis avec leurs familles, et des Génois en plus grand nombre encore ; puis des Lucquois , sans compter les Fran* çais eux-mêmes , qui ont appris le secret du métier. Ils ont même commencé à planter des mûriers j à élever les vers à soie, et à en tirer du produit autant que le climat le permet S
Quelque concluants que puissent paraître les détails qui ouer^atioDs précèdent, je ne saurais cependant me décider à les admettre pré^e.''"' comme vrais. D'abord, il n'y avait pas de régente en France en 1 546 , et Catherine de Médicis, dont l'écrivain veut sans . doute parler, ne put avoir droit à ce titre qu'à la mort de Henri II , arrivée en 1559; ensuite quelle raison eût porté cette princesse à s'occuper de la manufacture de Tours, qui ne Élisait point partie de son domaine, au lieu d'élever quel* que établissement semblable dans une ville de son douaire ? Or il est constant qu'en 1 582 eUe avait fait monter plusieurs ÉtabiisMinent ateliers de soieries à Orléans, dont les rois ses enfants lui ûmaTi^eH^ avaient laissé la possession et jouissance, et qu'elle donnait * usà?^" annuellement une certaine somme de ses propres deniers aux ouvriers, qui étaient payés par le receveur de son domaine*. Tout cela me fait croire que llarino Cavalli a écrit sa relation bien après 1546, qu'il a confondu la ville d'Orléans avec celle de Tours en attribuant à cette dernière les encouragements de Catherine de Médicis, qui ne put, cependant^ créer du premier coup huit mille métiers. Il y a donc lieu à
et les ftoies surtout de TEspagne. En général, tout ce morceau de la relation me parait avoir été fort mal rendu par M. Tommaseo , qui s'est fourroyé sur le sens de^juii et de séte , en traduisant l'un par draps , et le second par soieries.
' Relations des ambassadeurs vénitiens ^etc^ tom. I**, pag. 359.
* Lettres et exemples de la feu royne mère , comme elle faisait trapailler aux manufactures, et fournissait aux ouvriers de ses propres deniers, par Barthélemi de Laflemas, art. 15. (Arch, cur, de FHist. de Fr., !■* série, tom. IX, pag. iSl.) u. 36
les laisser à la manufacture de Tours , qui avait déjà près Doiéaaoes d'uD sîècle d'existeuce , et à conclure, en dépit des do- Tours à Henri II. léances préscutécs par les fabricants à Henri H en 1544', Téraoignag« qu'cUc uc faîsait que croître et prospérer. On est encore iiliHUb^quJTe plus disposé à le croire quand on voit, en 1560, un pillard ^^"""sitie'! " envoyé pour châtier Tours, que les Guises croyaient leur être contraire, » faisant son compte de mesurer le veloux^ satin et taffetas à la pique% » et quand, en 1 577, on entend un autre ambassadeur vénitien rendant compte à son gouvernement de ce qu'il avait vu dans son voyage en France , dire que Ton faisait à Tours nombre d'étoffes de soie , bonnes et belles, et qu'elles se vendaient moins cher qu'en Italie, >'ouTeii«i à Naples, à Lucques, à Venise*. Je dois, cependant, faire i fabricants rcmarqucr que 1 année précédente les fabricants de Tours
États gcné- *,. ,. jE, // im*ii
deBiois, S étaient plaints aux Etats généraux de Blois de la concur-
dvelées en i /• • • i » • i •
IM8. rence que leur faisaient les Lyonnais, plaintes renouvelées
en 1 588 , qui indiqueraient que si la fabrique de Lyon était
en voie de prospérité , celle de Tours ne lui ressemblait pas
sous ce rapport*.
Prospôriiê Qu'il existât à Tours ou à Lyon, un pareil état de prospérité,
constante du ^ • i» ^ • • r f 7
commerrt d'iin- jolut aux droits d entrée qui pesaient sur les produits des masoicries italien- nufacturcs italicnucs , aurait du, ce me semble, ruiner le
Des, nonobstant
la productioo de commcrcc d'importation que nos voisins faisaient avec nous ;
nos fabnques. ^
cependant il ne parait pas qu il ait éprouvé une notable diminution. Les étoffes d'Italie avaient toujours la vogue, et
aux raux renouvelées en
' Congrès scientifique de France, 15* session, tom. 1", pag. 508.
■ Histoire de testât de France , par Régnier , sieur de la Planche. Paris, Techcner, 1836, in-8% tom. I", pag. 334, 235.
» Relat, de» ambassad, vénit,, tom. II, pag. 306-308. Cf. le Theatie français, cU:., sign. XXI. iij. recto, col. 2.
* Congrès scientifique de France, 15* session, tom. I*', pag. 508.
nos rois, qui auraient dû montrer le bon exemple en em- Auiieu ployant des ëloffes de soie fabriquées en France , ne se fai- manufactures, saient pas le moindre scrupule de s adresser à des étrangers, sema des marqui , selon toute apparence , vendaient des marchandises fa- et leur accordent
-t • f % t ^t • • ^^ franrliises de
briquées dans leur pays. Cest amsi que nous voyons, en droits. <538, François P' faire délivrer «à Galliot d'Âllebranque , marchant flourentin , pour son payement des draps , toilles dor et d'argent et de soye, » la somme de 11 610 livres 17 sous*. Ayant acheté d'un autre nommé Emmanuel Riccio, des perles pour une somme de 4894 écus au soleil , il lui permettait de faire entrer dans le royaume jusqu'au nombre de deux mille trois cent quarante-sept pièces de velours de toutes couleurs, tant cramoisi qu'autre, drap de soie de la manufacture de Gênes, sans payer l'impôt de deux écus par pièce'. L'importation d'une telle quantité de soieries ajoutée à la Énorme