‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 13 sur 38 · X. \ n • t Ai*-i ««XL des FriDCJiii pour · texte numérisé non relu

X. \ n • t Ai*-i ««XL des FriDCJiii pour

nue a citer, est tout a fait du goût des Français, c est-^a-dire !«• étoffes peu

coûteuses et

qu'ils font des étoffes qui ont peu de prix et encore moins de légères. durée. C'est justement ce qu'il faut aux Français, qui s'ennuieraient à porter le même habit trop longtemps. Je ne suis pas au fait de ces choses-là ; mais il me semble qu'il serait bon de laisser fabriquer chez nous des satins et des damas de cette qualité. Si, par une raison quelconque, on ne voulait le permettre à Venise, on pourrait toujours le laisser faire aux fabricants des provinces : ceux-ci travaillant chez eux letn^ soies, ne penseraient pas à s'expatrier, et ils s'enrichiraient davantage, parce qu'ils dépenseraient beaucoup moins, et donneraient leurs étoffes à de meilleures coiidi* lions que les Bolonais , les Génois ; car ceux-là vont acheter k soie^à Vérone, à Vicence, à Padoue; ils payent les droits, les transports jusque dans leur pays, d'où ils portent en France les étoffes toutes faites *. »

Pendant qu'un Italien indiquait ainsi les moyens d'augmenter encore le tribut onéreux que la France pay^t à son

' Relations des ambetssadeurs vénitiens, tolïi. I^, pag. 2^6, 258.

286 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE Mémoire pays, UD économiste du nôtre songeait à l'en afiranclnr. Cet

ile Bartliélemi /•»*i/i-iw«» r • •

Laflemat» homme était Barthelemi de LaiTenias , que son génie portait

lur le» moyrns / i • • i

lie ccs»«r de tirer EUX speculations commerciales, aux vastes entreposes manu-

de rétranger lc« ^ , ^ , ^ • / / • «n

suieries coosom. facturieres, et qui, après avoir été successivement tailleur, ta* pissier, valet de chambre du roi , avocat , contrôleur général du commerce, s'était fait écrivain. 11 adressa à Henri lY un long mémoire, dans lequel il exposait à ce prince le tort qui résultait pour le royaume d'être tributaire de l'étranger pour les étofles de luxe , et les moyens qu^il avait imaginés pour sortir de cette ruineuse dépendance ' : « Sire, disait La(Temas, ayant eu cest honneur que d'estre vostre domestique depuis trente ans passez, et vous ayant fait service en mon estât de tailleur' et varlet de chambre... la longueur du temps et le trafiq que j'ay fait avec plusieui*s marchans estrangers, m'a fait avoir l'expérience pour cognoistre le mal secret et caché qu'aporte en vostre Estât les draps de soye , toilles d'or et

' Règlement gênerai pour dresser les manufactures en ce royaume ^ et couper le cours des dras de soye et autres marchandises qui perdent et ruinent C Estât : avec Pexlmit de l*advis que messieurs de t assemblée tenue à Rouen ont baillé à Sa Majesté^ que Centrée de toutes sortes de fil c^or et chargent et de marchandises de soye et laines manufactU" rées hors ce royaume , soient de/fendues en iceluy ; et d^oster les imposts sur les laines et soies escrues : ensemble le moyen de faire les soyespar toute la France. Paris, Qaude de Monstreuil et Jean Richer, 1597, iii-8«, de 28 feuillets. M. Weiss, qui a consacré à Barthélemi de LafTemas un mauvais article dans la Biograplùe universelle ^ tom. XXIII, pag. 148, col. 2, et 119, ne cite pas cet ouvrage, non plus que le Recue'd présenté au roy^ de ce qui se passe en P assemblée du commerce^ au Palais à Paris, etc. A Paris, chez Pierre Pautonnier, imprimeur du Roy, 1604, in-8'.

' £n attribuant à Isaac de LafTemas, fils de Barthelemi, une qualification qui avait appartenu au père, M. Weiss s*est donc trompé, comme il s'est encore trompé en renvoyant aux Mémoires de TÉtoile, année 1606. L'anecdote rapportée dans la Biographie universelle, pag. i 19, col. 2, en note, ne se trouve pas dans le Journal de Éenry IV ^ mais dans un recueil publié à la suite du Journal de Henri III , édir. de k.doc.xi.iv., in-8^, tom. IV, à la pag. 560; encore Lafïelnas n*eat-il nommé que dans une note de l'un des éditeurs, qui aurait dû se contenter de risquer une conjecture sans y ajouter une injustice.

causes au pays soieries étrangères.

d'argent et autres marchandises venant des pays d'Italie, de Flandres , Angleterre et autres lieux ; et pour cest effect , en ayant communiqué à plusieurs personnes , c'est chose trèsvéritable que si le cours de ces abus estoient retranchés , ce seroit une espèce d'actions de grâces envers Dieu des bénédictions qu'il a tant départies en vostredit royaume, » etc. L'auteur vient ensuite à parler « des monopoles et malheut*s ii parie

/ -t t 1 i« j» d« malheurs rt

que nous ont apporte les draps de soye, d or et d argent, et des dommages autres telles marchandises venant des pays estranges, » et il p^T^ ajoute : « Lesdites soyes , toilles d'or et d'argent qu'appor tent les estrangers ont enlevé les cens et cinq cens mil escus à la fois, qui leur ont servi à faire le fond des affermes et grands partis , lesquels ont ruiné et ravagé toutes les provinces du rovaume il semble que lesdits fermiers ou ceux piaimcs

" ^ de LafTemas con-

qui ont inventé les douanes à Lyon, ont prédit ou désiré le ^^, »" fermiers

ou inveoteurs des

malheur de la France : ils donnoient à entendre qu'il en douanes à lj»

viendroit deux ou trois cent mille escus à son domaine; mais

ils ne disoient pas qu'ils les prendroient dans sa bourse ou

eq celle de ses pauvres subjets ; et par le moyen de ces ruses

et inventions, de chasque cent mil escus qu'ils donnoient

au roy, ils en tiroient dix millions hors de la France '.

' Dans un autre opuscule de LafTemas uon moins curieux à consulter, cet économiste assure qu'annuellement il sortait du royaume huit millions d*écus, et plus de deux millions d*or , de Paris seulement , pour achat de soies manufacturées et écrues. Voy. la Façon de faire et semer la graine de meitriers... et nourrir les vers à soye au climat de France , etc. A Paris, par Pierre Pautonnier, 1604, in-S*», de 39 pages, pag. 31. D*un autre côté, Olivier de Serres, traitant de la cueillète de la soj-e, pour la nourriture des vers qui la font, parle a de la valeur de plus de quatre milions d'or , que tous les ans il en faloit sortir (de France} , pour la fournir des estoffes composées de cette matière, ou de la matière mesme, afin de la manufacturer dans le royaume. » [Le Théâtre d'agriculture, etc^^'MevL, ch. xt. A Paris, an xrr [1805], in-i", tom. II, pag. Ml, col. I.) Enfin, suiyant Palma Cayet {Chronologie septc-

on.

288 SUR LE œilMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

Retenu ((.Songez, s'il vous plaist. si la douane qu'a estably le duc

de la dou^e «•« j « • \ i • i

saroie à la Saie de Savoie a la Suze, aux frontières de son pays, qui luy vaut

k la fin du xvi* ' ^^^ ' / -^

si^ie. tous les ans grand nombre de deniers à cause des draps de soye, toilles d'pr et d'argent et autres telles marchandises qui viennent à Lyon, je vous laisse à penser s'ils apportent les deniers d'Italie pour payer ladite douane, et si ce ne sont pas les deniers clairs de la France. » Grand nombre Âprès avolr attribué à l'usage des draps de soie et autres

de marchands de * . «J r

en fÏ^ tissus étrangers , la pénurie des finances , lAffemas continue

ainsi : u Exemple de ce que dessus, à sçavoir que tous les

marchans qui trafiquent en draps de soye par toute la France,

qui sont en §^and nombre, tesmoin en la ville de Paris Ton

a veu qu'il n'y avoil que cinq ou six marchands de soye tra-

fiquans à Lyon , et à présent ils sont un nombre infini, et

toutes les villes de France ainsi munies desdits marchans de

soye, ils sont comme facteurs ou commis de ceux qui nous

envoyent lesdits draps de soye d'Italie, u etc.

Graniic quantité Viciit cusuitc uuc Uradc contre le grand nombre de passe-

** w,n- ^ÙZVn^ roents d'or el d'ai^nt fabriqués à Paris et ailleurs, au gi^^d

Franc*. dommagc des finances du pays, sans compter que ce sont

choses dont l'usage devrait être limité aux rois et aux princes,

ce qui n'a pas lieu faute d'un bon règlement de police , que

l'on pourrait fafre avec celui des étoffes de soie.

de nÏ!l;:5on " Q"'^° prenne exemple, s'écrie l'auteur, aux bas de soye

dësotlnF^ncê! ^"* vîenncnt tous les ans en France : il se trouvera plus de

cinquante mil personnes qui en portent, plus tost moitié

davantage que moins. Quand ils ne cousteroient que quatre

Miré, etc. , Uv. U, ann. i599. A Paria, m.d.cv., m^-, fol. 94 verso), le chiffre de l'argent traiaporté en pays étrangera pour achat de Mieriet, détoffes d'or et d'argent, avait été estimé à pkia de six milUons dW par an.

escus Tun portant l'autre , et chacun en peut user quatre paires par an, cest article seul monteroit à huit cent mil escus; et qui le pourroit sçavoir au vrav, il s'y en trouveroit davantage ^ Or est-il que si les bas de soye reviennent à une Laffemai si ^ande somme de deniers tirez hors de la France, les wîîïitiLi'd» draps d'or et d'argent et de soye reviendront à vingt fois «>î3*ïiî^ fo» davantage, ayant esgard au grand nombre qui s'en porte p*"^**par toute la France, tant grands que petits, jusques aux bourgeois , bourgeoises et autres qui en sont ordinairement veslus, au grand préjudice du public... »

LafTemas dit ensuite avec raison que , si les princes ont n démontra besoin de tissus précieux , on peut les fabriquer en France , *fJ^î^er dn * et tirer à cet effet des soies écrues de la Perse et du Levant cTf^I^. en échange d'autres marchandises, v outre ce qu'avec le temps il se plantera parmy la France des meuriers pour nourrir des vers à faire la soye; » et à ce propos il cite les plantations récentes du Languedoc , de la Provence et de la Touraine , puis les fabriques de bas de soie et d'estame qui existaient depuis quelques années à Dourdan.

LafTemas continue ensuite à développer son système et à démontrer les avantages qui résulteraient de sa mise en pratique : « 11 y a, dit-il dans le cours de ses démonstrations, Phmtet

de Is BoblflMA et

de la noblesse et autres qui se plaignent et remonstrent que de la bow^eoisie les draps de soye et toille d'or et d'ai^ent les ruynent, et rén^Séf!^ qu'ils ont fait plus de despense depuis trente ans que leurs Sdrl^di^T^"^ prédécesseurs n'en avoient fait depuis trois cens ans, et ^ *^ plusieurs bourgeois et autres en disent de mesmes, en partie

* Antoine de Montchretien élève ce cbiflre à plnt d*im millîoB d*écvt. Voyes Traité de tigeomomie politique ^ etc.» Ut. I**, ch. i", pag. 101.

SdO SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

à cause de leurs femmes à qui ils ne peuvent retrancher les habits 9 et si en veulent faire tous les jours davantage. »

Après avoir parlé des serges , <r pour les draps de soye,

dit-il 9 il s'en peut faire en plusieurs villes de France, et ainsi

qu'ils ont commencé en la ville de Tours et Lyon il y a

Mattre longtemps; mesmes en la ville de Paris il y a un maistre,

*'^mmi*hSî!ît' nommé Godefroy, qui fait toutes sortes de draps de soye^

oa^mrenwie. j^jjj^^ j»^j, ^^ d'argcut , ct saus uul doutc en fera des plus

comneBMiaent bcUcs qu'il cu viut jamais des pays estrangers. En la ville de de soie de Mont- Montpellier, depuis trois ou quatre ans, ont commence a faire des velours, satins, taffetas et autres marchandises de soye, qui donne à cognoistre la facilité à un chascun, » etc. Tel est Topuscule dont nous n avons donné par extrait et analyse que la partie positive qui se trouve dans le préambule. Elle suffit pour notre dessein , qui n'est que de faire l'histoire des progrès si lents de la fabrication des étoffes de soie chez nous, où elle rencontrait des obstacles sans nom- Ruine bre. Par exemple, la manufacture d'Orléans, déjà ébranlée de «oimes d»or- par Ics gucrfes civiles dont cette ville fut le théâtre en 1 585, acheva de crouler, minée par la malice des marchands italiens ou de leurs coitespondants français , qui jetèrent dans la chaudière de teinture des pauvres ouvriers un pot de résine ou de poix , et g&tèrent toutes leurs soies ^ D'autres

EntreprUes foîs OU s'attaquait aux plantations de mûriers, et les revende iamaWeiiiaore ^ * ^ contr* la culture dcurs dc soierics étrangères allaient répétant aux oreilles

et rindttstrie de ^ *^ ^ *■

la soie des grands qui se montraient disposés à favoriser cette culture, que c'était peine perdue, le sol et le climat de France

* Lettres et exemples de la royne mere^ etc., dans les Arehix'ts curieuses de l*JIh tolre de France, !'• séri^, tom. IX, pag. 133, 134.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. Î9i

n'y étant pas propres * : là-dessns, comme le fait observer Isaac de LafFemas , fils de Barthëlemi , a le menu peuple , ignorant Futilité que ce nouveau plan pouvoil luy apporter, sembloit se roidir contre un si grand bien et mespriser le juste poids de ceste entreprise*, »

Toutes ces difficultés cependant ne devaient pas rebuter un roi qui était si digne de comprendre LafFemas et Olivier de Serres'. En 1595, il faisait un édit pour promettre et ga- Édit rantir aux fabricants de Tours la stabilité de leurs manufac- fa fubri^p'^de' tures de draps de soie , qui devaient être faits par imitation de ceux des villes étrangères où cette fabrication avait lieu ^, et huit ans plus tard, il s'était élevé à Paris, au logis de Ateliers la Maque'et ailleurs, des ateliers où Ton fabriquait les étoffes Mal^ef et «utn-s de luxe et le fil d'or destiné à les décorer. Un Français en- " îS^ÇSbiiesT " treprenait à Troyes en Champagne une manufacture de satins t*^°*

* Lettres, etc., pag. i25.

' L'Histoire du commerce de France^ etc. (m. dc. -vi), dans les j4rcfi. < «r. de PHist, de Fr., !'• série, lom. XIV, pag. 412,

' Voyez, sur les rapports qui ont existé entre le grand roi et le grand agronome, l'éloge de celui-ci par François (de Neufchâteau), tora. !•', pag. xxxiij et suivantes, du Tiudtre tt agriculture^ édit. de 1803, et, pour ce qui concerne Tintroduction du mûrier et la récolte de la soie en France, Y Essai historique sur Véiat de V agriculture en Europe au seizième siècle, pnr Grégoire, dans le même volume, pag. cxlvj, cxlvij.

* Congrès scientifique de France, i5* session, toni. I**", pag. 509.

' Ce logis faisait partie de l'ancien hôtel d* Anjou, situé rue de la Tixeranderie. Voyez Histoire et Antiquités de ht ville de Paris, par M* Henri Sauvai, liv. VII, tom. II, pag. 76.

Voici en quels termes Palma Cayet rend compte de rétablissement de la manufacture dé rhôtel d'Anjou : c ... Sa Majesté envoya quérir des ouvriers excellents, par le moyen desquels se peust conduire un tel artifice. Les sieurs du Bourg père et fils, excellens en cest art, prirent ce courage de quitter leurs pays, afin de venir estre habitans de Paris, et furent logez dans la Maque, par le commandement du roy (maison disposée et propre à cela). Us font des pièces exceUenles en rehaussemens de fil d'or et d'argent , draps d*or et d'argent, toilles d'or et d'argent, d'or frizé de toutes les façons, avec une naîfVeté tant des estoflès que des

t92 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

dits de Bruges et de damas capbarts', et un homme qualifie et bien appuyé proposait de planter des mûriers en Provence et d'y établir cent ateliers destinés à la fabrication des velours de Milan , des satins de LucqueS| des damas de Gènes , « et autres des plus exquises, et outre ce toutes sortes de rares et précieuses manufactures du Levant , soit camelots . ou tapis de Turquie, toilles et autres ouvrages de cotton, et ce par les trois principales villes de la province, Arles et Marseille*. » Laflemas, à qui nous empruntons ces détails, ajoute que devis et traités, tout était prêt, et qu'il ne restait qu'à les sanctionner et les faire exécuter ; mais il nous laisse ignorer quelles suites eut ce vaste projet. Soieries Ailleurs, le même écrivain mentionne les satins façon de

en 1603 |]L d m Gêiies fabriqués à Paris, en 1602, par des ouvriers français,

ouvriers français. . ^ . . . > \t / /v* m i*

qui faisaient aussi toute espèce d autres etotles, d Italie et d ailleurs , a si bien , dit-il , que la majesté du roy en a eslé salisfaicte, comme plusieurs princes et seigneurs qui y estoient presens'. » Suivant toute apparence, cet^se rap{)orte Témoignage* à Tbôtcl OU logis de la Maque, où Henri IV serait allé faire

d*intérét donnés . , ^^ • <%•%

par Henri TV Une visitc accompague de sa cour. Quoi qu il eu soit, nous

aux manofaaiires . . i i». / • 1.1 • ^ i»- t •

anciennes et non- avous ICI uuc prcuvc dc 1 lutérct qu il portâit a Imdustne des étoffes de soie et aux manufactures nouvelles, tout en

estofTun>s, tellement qu'aux damas figurez, satins et autres ouvrages, il semblerok que les couleurs qui y esclattent sont toutes choses naturellement procréées, comme elles apparoîssent, tant est l'indastrie nalfve et subtile de leurs tissus, s etc. (Chronologie septénaire, etc., \v9. VI, ann. 1603, fol. 408 verso. Cf. liv. VII, ann. 1604, fol. 449 recto.)

' Recueil présenté au roy, de ce qui se passe en rassemblée du commerce à Paris, etc., art. 22. (^rch, cur. de ntist.de Fr,, 1" série, tom. XIV, pag. 232.)

■ /hid., art. 20, pag. 230. Cf. art. 6, pag. 233.

* Httres et exemples de la feu rojne mère, etc., dans les Jrch. cur. de niist. de jPr., !*• s^rie, toi|». IX, pag. 131

soin-iM.

continuant à soutenir et à protéger celles qui existaient déjà \ Cet intérêt devait se manifester bientôt d'une ma- constructioD, uière plus efficace par la construction , sur les terrains du ^^n^J^e^àe Parc royal des Tournelles, d'un vaste bâtiment destiné à des manufactures ; elle fut entreprise au commencement de Tannée 1G04, et terminée avant le milieu de Tannée suivante* : f< Ayant délibéré, dit le roi dans ses lettres patentes de juillet 1 605 confirmant les contrats faits à divers de la place Royale, pour la commodité et Tornement de nostre bonne ville de Paris , d'y faire une grande place bastye des quatre costez , laqueUe puisse estre propre pour ayder à establir les manufactures des draps de soye et loger les ouvriers que nous voulons attirer en ce royaume, le plus qu'il se pourra..., avons fait marquer une grande place vis-à-vis du logis qui a esté basty depuis peu par les entrepreneurs des manufactures*, » etc. Le nouvel établissement tenait tellement au cœur du bon roi , qu'il écrivait à Sully : « Je vous recommande la place Royale. J'ay apris par le controlleur Donon

' On voit la preuve de ce que noua venons de dire, dans ce qui se passa à Tours le 23 juillet 1604. Sur de nouvelles réclamations des fabricants de soieries, le lieutenant du gouverneur fit assembler le corps de ville et les maîtres ouvriers en soie pour convenir du nouvel établissement que Sa Majesté voulait et entendait avoir lieu dans sa bonne ville de Tours ; les fabricants et le corps de ville se mirent d'accord , et le règlement fut adopté , malgré lavis contraire et la vive op* position des marchands et débitants d'étoffes de soie étrangères. On peut lire dans le mémoire de M. Champoiseau la délibération prise à cet effet ; elle fait connaître la position et les procédés de la fabrique de soierie à cette époque , ainsi que les mesures prises par le roi pour fournir du travail aux pauvres habitants de Tours et donner une nouvelle activité au commerce de cette ville. Voyez Congrès scient tlfique d^ France , 15* session , tom. 1*% pag. 509.

*• Chronologie septénaire^ etc., liv. VU, ann. 1604, fol. 448 recto.

* Arch. nat., section judiciaire, ordonnances de Henri lY, vol. V, coté XX, fol. 264 recto. — Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments ^ par Félix et Louis Lazare. Pjiris, 1844, in-8% pag. 692, col. i.

S94 SUR LE œMMERCE, LA. FABRICATION ET L'USAGE

qu'il se trouvoit quelque difficulté avec les entrepreneurs des manufactures pource qu'ils vouloient abattre tout le logis ; ce n'est pas mon advis , et me semble que ce seroic assés qu'ils fissent une forme de galerie devant ^ qui auroit la face de mesme le reste \ »

Entrepreneuis Eu 1 606 y ces bâtimeuts dc la place Royale étaient achede soie anobli» ves^ Ics mcticrs des ouvriers en soie y fonctionnaient , et les

en 460$. , »%,/»• i me •

entrepreneurs Sainctot, Camus , Parfaict et le Magne avaient

été anoblis '. Ils auraient pu craindre de manquer de ma»

tière première , si le roi n'avait point également porté son

attention du côté de la culture du mûrier et de la produc-

Henri IV tiou dc la soic ; mais rien ne lui échappait. Dès l'année 1 599,

duction da soie- il avait, sur la proposition de Barthélemi de LafTemas et à

eacotange la la poursuitc dcs marchauds et ouvriers en soie de la ville de

mûriers. Tours, prohibé l'introduction des soieries étrangères', et il ne

* Mémoires ou ctconomies royales tTestaty etc., tom. III. A Paris, chez Augustin Courbé, K. Dc. Lxn., in-folio, pag. 111.

* V Histoire du commerce de France^ etc., dans les Arch. cur, de PHist. de Fr , !'* série, topa. XIV, pag. 412. Si Ton veut se rendre compte des titres de ces industriels à la haute favenr qu'ils reçurent en cette occasion , il faut recourir à Uk pag. 30 du petit traité de B. de Laffemas intitulé La Façon de faire et semer la graine de meuriers, etc., art. Mérite des entrepreneurs des meuriers et manufactures de soje.

On lit Tépitaphe suivante dans nn recueil conservé à la Bibliothèque nationale : c Ci gist noble homme Qaude Parfait, vivant IHin des marchands ajant eu charge de S. M. Henri 4*°* pour i'establissement des manufactures d'argent et de foje, leq. deceda le ... jour d'aoust 163., après avoir servy U ville et le public ; et dame Marguerite Perroches, sa femme, laquelle trespassa le.... » Epitaphes de Paris ^ tom. IV, pag. 568, art. Saint-PauL

De Thou ne nomme que le seul Sainctot comme ayant eu charge de Henri IV pour rétablissement des manufactures de soieries. Voyez Jac. Aug. Thuani Histor. sui temp,^ lib. CXXIX, cap. xm, ann. 1603; edit. Lond., tom. VI, pag. 170.

* Chronologie septénaire, etc., ïiv. Il, ann. 1509, fol. 94 verso. — Congrès scientifique de France, 15* session, tom. !•*, pag. 508. Cf. Thuan.,lib.CXXLII, cap. X ; tom. V, pag. 838.

cessait de favoriser la plantation du mûrier dans le royaume^ associant le clergé à cette mesure ^, ainsi que Vavaient proposé les fabricants de Tours aux États généraux de 1 576 et de 1588% et l'exhortant à y tenir la main ^ surtout dans le but de vaincre les préjugés populaires contraires à cette nouvelle culture. Elle s'étendit assez rapidement dans les généralités de Paris , d'Orléans , de Tours, de Lyon et de Poitiers; toutefois , le pays ne produisant point encore la quantité de soie suffisante aux besoins de la population, d'ailleurs les soieries étrangères continuant à entrer en France par contrebande, on fut obligé, l'année suivante, de céder aux ouc prohibition réclamations des fermiers de la douane de Lyon et des ban- v^nni^^^^u. quiers italiens de cette ville , c'est-à-dire de revenir sur la

' Il existe on autre traité de LAffemas, intitulé Inslructîon du plantage des meurierj pour messieurs du clergé, avec Us figures pour apprendre à nourrir les vers^ etc. Paris, 1605 , in-4** , opuscule indiqué par Grégoire dans son Essai historique sur Pagri'culture f déjà cité, pag. cxWi, not. 3. S*il faut en croire Brunet (Manuel du Libraire, tom. III, pag. 111, col. i), les quatre gravures en bois de cet ouvrage se trou- Taient déjà dans le second de ceux-ci : Brief Discourt concernant la manière de nourrir les 'vers à soye^ et la tirer y avec figures et interprétation d'icelles, par J. B. le Tellier. Paris, Pautonnier, 160^, în-4" obi., avec six planches gravées par Phil. Galle, d'après Jean Stradan.— Jfemotivi et Instruction pour t établissement des meuriers, et art défaire la soye en France^ par le même. Paris, Jamet, 1603, petit in-4", de 32 pages.

* Congrès scientifique de France y 15' session, tom. I**, pag. 50 1« 502.

En 1470, le clergé s'était déjà vu associé à l'établissement de la manufacture de Tours, mais d'une manière qui dut peu lui sourire. Louis XI ayant ordonné la levée sur la ville d*unc somme de douze cents écus pour le logement et les ustensiles qui devaient être fournis aux ouvriers en soie qu'il avait fait venir ce pour y ouvrer de leur mestier et aprandre l'art aux babitans , » les monnayeurs et ser^ titeors de l'église de Saint- Martin de Tours se prétendirent exemptés de contribuer à cette taxe, et le cbapitre obtint des lettres du roi qui étendaient encore ce privilège. De là un procès qui s'engagea entre le cbapitre et la commune , mais dont celui-ci se désista à la vue de la bonne contenance de ses adversaires. Voyez Congrès scientifique de France , etc. , pag. 505, 507.

prohibition prononcée à la suite de l'assemblée du commerce tenue à Rouen, et Ton suspendit cette mesure jusqu'à ce que la France fût peuplée de mûriers et de graines de vers à soie , résultat qui paraissait en 1 606 en assez bonne voie , pour qu'Isaac de LafTemas pût dire : « Nos machines sont toutes dressées ; il n'est plus question que d'en faire jouer le coup*. »

Henri lY avait pris toute espèce de précautions pour assurer la vie aux établissements industriels fondés par lui : ayant institué une chambre du commerce et des manufactures, composée d'officiers et d'avocats*; « qui, dit un écrivain de l'époque, quelquesfois prenoient les advis d'aucuns marchands et artisans', lesquels peut-estre on ne suivoit pas, » il soumettait à cette chambre les projets qui lui étaient Chute adressés ; « et neantmoins , ajoute le même auteur, il en a

de» manulBctures , , i i • ^ o n* • / ^

établies cousté Qc grauds deniers a Sa Majesté , perte et ruyne a ses subjets, tesmoin les tapisseries de Bruxelles, à Sainct-Marcel, les toilles façon de Hollande à Mantes ^, les draps de soye et

* L'Histoire du commères Je France^ etc., pag. 411, 412. Dans la Façon de faire et semer la graine de meuriers^ publiée en 1604, B. de Laffemas, pariant de la def/ence des draps de sojre, dit c qa*il n*y a que trois ans qu*on les delTendit, et si tost après ils furent remis, » etc. Voyez pag. 31 , 33.

* Suivant les historiens du temps , les commissaires pour le rétablissement du commerce avaient été choisis par le roi, « tant de son Conseil que de ses Cour» Sotiveraines , de Parlement , Chambre des Comptes et Cour des Aydes. » Voyez Histoire de France et ,.. du règne de Henry llll, par Pierre Matthieu. A Paris, MDCV, în-4», liv. VI, !'• narration, ch. vi, fol. Î13 recto et verso. Cf. Jac, Aug, Thuani Histor. sut temp,^ lib. CXXIX, cap. xin, ann. 1603; edit. Lond., tom. VI, pag. 170.

* B. de Laffemas parle , dans Tun de ses opuscules, des a ouvriers «pii n*ont esté appelez k la cabale des estrangers » Voyez la Façon de faire et semer la graine de meurierSy etc., pag. 32.

^ On fabriquait aussi dans le château de la ville de Mantes , avec la permission de Sully, des crêpes fins façon de Bologne, tant crêpés que lisses, et de toutes

or de Milau au Parc royal j le plan et semence des meuriers blancs, la nourriture des vers à soye, fiUage et lerrage (lis, tirage) d'icelle, savon au pied de Chaliot, cuivre, assier et autres, dont auroient esté faits party par Sa Majesté, en partie commencez à exécuter, et dont aujourd'huy il ne paroit marque ne vestige*. » Je ne veux point m'arrêter à rechercher les causes qui amenèrent la chute si promple de la fabrique de soieries établie par Henri IV, « qui , dit Antoine deMontchretien, eust pu réussir à son contentement, au bien et à l'honneur de son peuple, si ceux-là sur qui Sa Majesté •

se reposoit de la conduite de ceste affaire, Teussent secondé, avec un jugement égal à son affection *. » Je constate seulement qu'au commencement du xvii® siècle, il ne restait que les manufactures de Lyon et de Tours, sans compter celles du midi de la France.

Sans doute leurs produits valaient bien ceux des fabriques Fourberies italiennes et flamandes , le cardinal de Richelieu le dit posi- de wieries m

, ^ 11» 1 France au milieu

tivement ' ; neanmoms nos ancêtres recherchaient ces der- du xw siècle.

sortes qui ne se faisaient auparavant qu'en Italie. Voyez Recueil... de ce qui se passe en Rassemblée du commerce^ au Palais^ à Parisy etc., dans les Arch. cur, de VHist. de Fr., !'• série, tom. XIV, pag. 223.

' Mémoire concernant les pauvres qu'on appelle enfermez,^ 4612. {Arch. cur. de CHist. de Fr., !'• série, tom. XV, pag. 265.)

* Traicté de Pœconomie politique ^ etc., liv. I«', ch. i, pag. 98.

* « .... on faict à présent à Tours des pannes si belles, qu'on les envoyé en Italie, eu Espagne et autres pays étrangers. Les taffetas unis qu'on y fait aussi ont un si grand débit par toute la France, qu'il n'est pas besoin d'en chercher ailleurs. Les velours rouges, violets et tannés s'y font maintenant plus beaux qu'à Gènes , c'est quasi le seul endroit où il se fait des serges noires. La moire s'y fait quasi aussi belle qu'en Angleterre ; les meilleures toiles d'or s'y font plus belles et à meilleur marché qu'en Italie. » Maximes d'État, etc., ch. ix , sect. vi. A Paris, de l'imprimerie de le Breton , mdcgi.xxv, in-8*, pag. 130.

Je saisis l'occasion de ce passage pour revenir sur le mot panne, que nous avons II. 38

niersy obéissant à ce penchaDt inné chez rhomme qui lui fait préférer un objet apporté de loin à celui qu'il a vu naître sous ses yeux : aussi les marchands de soieries, souvent français, mais qui contrefaisaient Taccent italien dans un but facile à comprendre*, ne manquaient pas d'annoncer leur marchandise comme venant d'au delà des monts ou de Flandre , tout en trompant autant sur la qualité que sur la provenance. Les uns vendaient comme étant tout de soie du velours tramé de filoselle, voire même de fil, et par le moyen de l'eau ils donnaient à l'étoffe plus de corps qu'elle n'en avait, manipulation frauduleuse pratiquée encore mieux sur les satins. Quant au taffetas, non-seulement on le traitait par l'eau , mais on trouvait le moyen de faire que celui à deitx fils semblât être de quatre, celui de quatre parût de six , celui de six de huit, celui de huit de douze, de sorte que, pour six aunes de taffetas à gros grains , tel qu'il devait être, il s'en

déjà vu, toixi. Ily pag. 206, iiot. 7, et pag. 234, et sur lequel je ne me suis pas sufjûsaniinent arrêté. Ce mot , ancien dans notre langue , car il figure déjà dans THistoire de saint Louis, de Jean de Joiriville (voir ci-dessus, tom. II, pag. 161), et dans le Roman de la Mose, tom. III, pag. 294, v. 2H99, ne parait pas avoir jamais si^mûé fourrure, sens que lui donnent Lantin de Damerey et Téditeur des Comptes de f argenterie, pag. 8, sans doute d*après Roquefort, Gioss. de la lang. rom.y tom. II, pag. 294, col. 2. Dérivé depannus, le terme en question était synonyme d'étoffe, et Ton nommait ainsi un certain drap que l'on fabriquait à Andresy , près de Poissy, et ailleurs (le Grand d'Aussy, F^ie privée des Français, tom. III, pag. 494, col. 2; Crapelet, Proverbes et dictons populaires , pag. 94). Pignore si déjà la panne répondait a la définition qu*en donne le Dictionnaire de rAoadémir, c'est-à-dire si c'était une étoffe fabriquée à peu près comme le velours ; mais quand il en fut ainsi, elle dut être affectée an même usage que les fourrures, dont on bordait surtout les vêtements. Panne était donc synonyme de bordure , de galon ; on trouve dans un inventaire que nous avons cité plus haut, tom. II, pag. 22S, Bot. 3, une housse de Velours bleu bordée de panne de soie blanche.

* Histoire des Français dts divers états , etc., par Amans-Alexis Monteil. Paris, 1847, grand in-8% tom. III, pag. 398, et not. 201, 202, pag. 603.

vendait dix pièces de faux. Les noms mêmes des étoffes aidaient à la fourberie , et beaucoup d'acheteurs , entendant parler de serge de Florence , de satin de Bruges , croyaient faire emplette de serge et de satin venus d'Italie et des Pays- Bas, tandis qu'ils n'avaient, en réalité , que des étoffes fabriquées à la feçon de Florence ou de Bruges*.

Toutes ces fraudes avaient cours en 1566, époque où Henri Estienne publiait son livre ; mais, comme on se l'imagine aisément , il s'en fallait de beaucoup qu'elles fussent les premières en ce genre. Sans remonter plus liaut que le ordonnant xii** siècle, ne voyons-nous pas Richard P' défendre à tous reiatire aux frau< les marchands de l'Angleterre d'étendre devant leurs bou-. des étoffes. tiques des étoffes rouges ou noires , des auvents ou toute autre chose de nature à fourvoyer la vue des acheteurs et à les empêcher de choisir du bon drap * ?

En Espagne, les marchands d'étoffes et autres denrées obligation

/• 1 1 ixmcji*i iraposcc en E$-

etaient tenus , par ordonnance royale , rendue a Madnd en i>agnc à ceux qui

. . oi> /»/> i\ii / ^m«j»t*" vendaient.

14db, confirmée a Tolède la même année, et a Madrigal en 1438, de vendre leur marchandise sur une table'. Ceux de Séville, aussi bien que les fabricants de soieries, ayant Défense

• • 1>1 -L'iti ' .irf» • "■• ""* fabricants de

pris 1 habitude de les gommer, il fut pns par les jursrts un séviiie de gom-

mer les soieries.

* ^polog'n pour Hérodote, Ut. !•% ch. xvi.

' « Prohibitum est omnibus mercatoribus per totum regnum AngUc, ne quis loercator pnetendat seldœ sus rubros pannos vel nigros, vel acuta, Tel aliqua alla, per.qutt visus emptorum sœpe decipiuntur ad bonum pannum eligendum. » Âssisa de mensuris, etc., apud Roger, de Hoyeden., Annal, pars poster. {Rer, Anglic. Script, post Bôdam prœeipui, éd. M. D€l.y pag. 774, lin. 49.)

* a Item, que todo pano de oro, y seda, y de.lana^ y de lienzo, y de picote, y de sayal, y de xerga... sea tenido de io yender sobre una tabla. » Ordenantat rea^ les de CoitiUa, recopiladas y compuestas por el doctor Alpbonso Diaz de Montalvo, lib. V, lît. vn, 1. 2. [Los Côdigos etpanoles ^ etc. Madrid, 1847, in-4", tom. VI, pag. 408, col. 1.)

arrêté pour interdire une manipulation' qui avait pour but

d'augmenter le corps et le poids des étoffes , et non pas de

leur donner le brillant, invention attribuée à Octave Ney,

négociant à Lyon , au milieu du xvn" siècle*.

A Gènes. Malgré toutes les tromperies auxquelles l'industrie de la

^cîwnd^oude" soic donnait lieu , elle était comptée, dans les lois de Gênes,

^eTw^h^o'^è^îi au nombre de celles qu'un gentilhomme pouvait exercer

point a no > essr. ^^^^ perdrc sa noblesse : c'est qu'en effet cet art était la

source principale de la prospérité et du lustre de la repu-

Condition relevée bliquc*. Af Florencc , où l'industrie de la soie ne comptait

dMndnstrieU. pcut-êtrc pas de nobles parmi ceux qui s'y livraient, elle était

exercée par des gens à leur aise et même riches* : on re-

' < Otrosi, ordenamos, y mandamos , que ninguno de los dichos mercaderes, y oficiales, y personas de la dicha arte» no sean osados de engomar ningun pano de seda , ni vendello engomado en esta cibdad ; y porque en la dicha cibdad ay algunos |)anoa de seda engomados, démosles término para que. sean vendidos en très meses : y qae luego seau sellados , porque sean conoscidos , y de nuevo iio pucdan engomar otros panos de seda para se vender con ellos , o etc. Ordenancas de SeviUa^ etc. , ano de 1032, en folio, fol. 184 recto et verso , tititlo : De los Texedores de terciopelo.

* Storia universale, scritta da Cesare Cantù, vol. VII, epoc. viii. Torino, 1841^ in-S", pag. 68, not.

Auparavant on se contentait de faire passer les soieries par les mains des foulons. Le tissu qui ne leur était pas envoyé , portait le nom à^agnafus , adjectif dérivé du grec df^vospoç , i^ajrroç. On lit dans une vieille charte publiée par Snarès : « Necnon et in palliis pallium holosericum agnapkum auroclavum i. » Charta donationh anno a Chrîsto Nato CDLXXl, subscriptœ ^ etc., ad. cale. Fragm. libr. Tertull. de execr. gent. diis , Romse, mdoxxx , in-l", fol. 7 verso.

* Leg. nov. reip, Genuens., ann. 1576, part, i, cap. m ; apud Lûnig, Codex Italiœ dipioma liens, tom. II, col. 2158. Cf. Oloss. med. et inj. Latin., tom. VI,pog. 146, col. 2, V® Seataria,

* a Fu padre di Francesco Salviati... un... tessitore di velluti. Il quale... haveva... deliberato di volere... che Francesco attendesse al suo mestiero.... Ma il giovînetto... a cui dispiaceva il mestiero di quell' arte , corne che anticamente ella fusse esercitata da persone, non dico nobili , ma assai agiate , e ricche, » etc. Deiie Vite de* pih eccellenti pittori , etc. , da Giorgio Vasari , terza parte , seconde volume. In Bologna , m. dc. Lxin. , in-i*, pag. 77.

gardait en effet ce métier comme Tun des principaux; il avait ses armoiries particulières , représentant une porte de Armoiries gueules en champ d'argent. Telle était l'importance que Ion '^^'^ ^ieîS"'* ***^ attachait aux procédés de la fabrication de la soie , qu'au • xvi* siècle , un certain Ugolin de Bologne fut pendu dans sa Bolonais patrie pour avoir enseigné aux Modénois le secret des mou- ^^at^urg^uT L?" lins à tordre, inventés eu 1272 par le Bolonais Borghe- '*1i^'*à*^tord°r sano'. Chez nous, comme on l'a vu plus haut, les entrepreneurs des manufactures de soie furent anoblis par Henri IV, et sans doute ils ne quittèrent pas pour cela leur industrie.

Les étoffes de soie, d'or et d'argent, dont nous venons Nom» dctoffes d'esquisser l'histoire en Occident, principalement en France, nuilectTrEspendant la dernière période du moyen âge et la Renaissance, ***^"*'* sont celles qui avaient le plus généralement cours; mais, indépendamment de ces tissus, qui portaient souvent le même nom que chez nous, chaque pays en avait, pour ainsi dire, qui lui étaient particuliers, disons mieux, qui y étaient répandus avec un nom que Ton ne retrouve pas ailleurs. Ainsi les Italiens avaient Xaltobasso, sorte de velours figuré, la bavella^ Aitobasso. sorte de satin de Bruges, également appelé raso di ba\fella^ le *' ba^veîhT hisso ou bissino , sorte de toile de soie ou de lin très-fine , le bordo^ les broccame ou broccati^ terme générique par lequel on Bordo. désignait toutes sortes de drap d'or, aussi bien que le fil mé- cn7oj)rociau[no' tallique dont on l'ornait*, le broccateîlo^ qu'Antoine Ou-

^ Stor. univ. , scritta da Cesare Cantù, tom. VU , pag. 68, not.

' On lit dans les Ordonnances du rojr sur le faict de la police générale de son roy atone f en 1 578 : « L'or et l'argent fil , à sçavoir : le brocart le plus gros qui s'employe en broderie, l'once trois quarts d'escus et 5 sols ; spolin, qui est un peu meilleur, trois quarts d'escus et 7 sols 6 deniers ; soprefin , qu'on appelle à Milan brocart, trois quarts d'escu et 10 sols; le subtil, un escu. » Voyez Jrck. cur. de' tHist. de France, !'• série, tom. IX, pag. 212.

Cspiccîolii.

iirmesioo, ornic-

sino. Rasi'etta,

ritscid. Rici-'io,

riri'io soprrf

rircio.

Te1ettadiNa|>ol#

Alama .

Tela de uacar.

Anafaya.

Almexia.Adacar.

(^licud, ralicut.

Picote. Prima-

vera. Vrlillo.

302 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

din traduit par toille ctor^ brocadel^ la capicciola^ qu'il rend par pou de sojre* ^ Yermesino j dont nous avons déjà parlé comme de Yormesino , la rciscetta, diminutif de rascia^ et qui n'est autre chose que de la serge de soie , de la sergette, le riccio^ velours ras différent du riccio sopra riccio, sorte de velours fort riche', comme sans doute du ricelhy nommé dans la Chronique de Rolandino ^ ; la teletta di Napoli^ ou gros de Naples, etc. Les Espagnols avaient V alama, sorte de toile de soie, d'argent, nommée avec la tela de nacar dans un tarif de Saragosse, en date de Tan 1675'; Yanafayuj étoffe de coton, plus tard de soie ; Yalmexia, que je trouve nommée dans la Chronique du Cid*, et qui n'est peut-être que le nom de la ville d'Almeria, devenu celui d'une étoffe précieuse; Y aducar, que le rédacteur de l'article

* Recherchei italiennes et françaises ^ etc. A Paris , chez Antoine de SommaTilIe , M.DC.LIII., in-4°, pag. 125, col. 2. Le rédacteur de la Continuation du Mercure français , parlant des vestes de brocatelle qne le Grand Seigneur donne aux ambassadeurs étrangers dans les cérémonies du baise-main, ajoute : « Cesie estofiCe est legei^ et faicle à grandes fleurs de soye, et quelque peu d'or et d'argent. » Voyez ann. 1611 , tom. II, folio 129reclo.

' Reeh, ital. et fr.^ pag. 153, col. 2. Cf. Gloss. med. et inf. Latin., tom. II, pag. 134, col. 3, vo Capezzus; et pag. 152, col. 1, v^ Capizolus Pannus.

' « ... due tunicelle , ed una pianeta , e piviale di broccato riccio sopra riccio , tessuti tutti d* un pezzo, senza alcnna cucitura , 9 etc. Vasari , DelU Vite de' pih eccellenti pittori, etc., seconda parte. In Bologna, MDCXLYin, in-4^, pag. 374-. P'ita . d'Antonio , e Pielro Pollaiuoli.

* Lib. I, cap. xm. {Mer. Ital, Script,, tom. VIII, col. 181, A.)

Il faut encore moins songer à rapporter au riccio le razel nommé comme synonyme de repostero dans un document de Pan 1485 {j4cta sanctor. Sept., tom. V, pag. 737, coi. 1, A), d'autant que nous y voyons, sans être obligé de recourir ailleurs, que c'était un drap de laine, et qu'il s'agit, non plus d'Italie, mais d'Espagne.

" Diccionario de la lengua castellana^ tom. I*', pag. 155, col. 2, au mot Alama, Cf. tom. IV, pag. 641 , col. 2, art. Nacar,

* Cap. ccxux , edic. de D. V. A. Huber, Marburg, Bayrboffer, 1844, in-8», pa^. 259.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 30à

dans le grand dictionnaire de la langue castillane définit par « certaine toile de soie , d'espèce et de qualité communes , w mais qui parait avoir également servi à désigner une matière analogue bien qu'inférieure à la soie*; le calicud ou calicut^ dont le nom, après avoir été donné, de l'autre côlé des Pyrénées , à une étoffe de soie légère , originairement apportée des Indes orientales*, a passé chez nous à une toile commune de coton; le picote ^ que nous avons déjà vu, espèce de satin dont il y avait des fabriques à Mayorque*; iRprimai^ray ainsi nommée à cause des fleurs dont le tissu était émaillé, et qui se faisait à Séville * -, enfin , les Espagnols avaient encore le veliltoj toile très-fine , délicate et daîre, habituellement ornée de quelques fleurs de fil d'argent mêlées au tissu *.

* « Otrosi ordenamos. . . que ninguna... persona del dicho arte, no seati osados de tramar los dichos panos de seda que assi te^ceren , 6 fizieren texer , con hilo ni a]godoDy ni cadarço, ni aducar.,, salvo con seda que »ea pura, » etc. Ordenanças de SevUia, cdic. de 1632, fol. 184 recto, tît. De los Texedores de terciopelo.

* a É las duenas y donzellas usan otra tanta perdicion, con diferencias de trages y colores de sedas y panos acuchilfados , llenos de bocados de calicud 6 tafetan. » El Carro de l<u donas, de Fr. Francisco Eximenez, lib. II, cap. xxvi ; Yalladolid, por... Juan de Villaquiran , 29 de Julio 1542, en folio, fol. xix verso, col. 2. — 1 ... ZaragûeUes 6 valones largos, hasta palmo del suelo, de tela de ealicut raui blanca y delgada. > Diego de Colmenares, Historia de,., Segovia, etc. Madrid, por Diego Diez, 1640, en folio, cap. xlix, § xiy, pag. 623, col. 1.

* a Cada vara de picote de Mallorca de toda seda, à diez y ocho reaies. » Pw^mdtica de tassas, ano 1680, fol. 6.

* « Cada vara de médias telas que llaman primavera de SevUia^ a cincuenia y ocho reaies.... Cada vara de ornamcntos rica, à sesenta y cinco reaies. d Ibid.^ folio 7.

Salieron 4 la luz que los avisa , Vestidos de uns alegre prinutvera, Los dos hermanos de la Griega Belena, De yarias flores la cabeta Ilena.

D. Joseph de ViUaTiciosa, la Mosqueaf cant. m , oct. 4 , Madrid , por D. Antonio de Sancha, 4777, in-S», pag. 27.

* « . . . una cortina de tela de flores de oro , sobre campo carmesi , texido de

Je ne dis rien du Portugal, bien que je sois convaincu

que l'on trouverait dans les documents relatifs à ce pays des

détails de nature à prendre place en cet endroit de notre

Abondance travail. En eflFet, il est certain qu'après la découverte du cap

de soieries «^n ^ t i » i i

Portugal, surtout de Bonne-Esperance , les soieries abondèrent dans la patrie

à Lisbonne, * ^» , -- , > • i • • , ,

fin du moyen dc Vasco dc Gama , surtout a Lisbonne, qui parait avoir ete

âge.

un entrepôt de cette sorte de denrée, aussi bien que de draps d'or, à la fin du moyen âge*. De Thou, racontant Texpédition de D. Sébastien en Afrique, nous dit que les Portugais semblaient plutôt se disposer à aller à la noce qu'à la guerre, qu'ils pensaient uniquement à se faire un équipage magnifique et à se mettre superbement , enfin que les étoffes de soie étaient ce qu'ils employaient de moins précieux*; et le Mercure français enregistre , sous l'année 1 606 ', le retour des Indes orientales de la flotte d'Amsterdam chargée de soies et de parfums , et la capture qu'elle avait faite, près du Patan , d'un navire portugais , porteur de soies de la Chine, de muscade , avec quantité d'or et de pierreries. Étoffes En Angleterre, les étoffes qui ont passé sous nos yeux dans

de soie, d*or et - , , . . ., , . / / i

d'îérgent en An- la quatrième partie de ce travail , étaient généralement connues sous les mêmes noms et les mêmes désignations. ^C'est ainsi que dans les comptes de l'époque, on trouve des draps Velours. d'or noirs, blancs, verts, cramoisis, des velours sur velours, tissus d'or, et autres draps d'or et d'argent à fond de velours

hojuela de plata... unas cortinas de velillo de plata carmesi, » etc. Lub Munoz, Vida de la madré de San Joseph^ lib. FV, cap. ▼.

* Voyez ci-dessus, tom. !•', pag. 288, en note.

* Jac, Jug. Thuani Hist, sui temp.y lib. LXV, cap. viir, ann. 1578; edit. I-iond., tom. Ill, pag. 579.

* Tom. I", folio 12i verso.

OU de salin, des draps d'argent pourpres, d'autres bleus sur fond de satin broché \ d'autres enfin avec hachures sur fond de satin '. Il y est fait mention également du velours cramoisi de Montpellier, de velours noir, de velours noir diapré de blanc, de velours bleu figuré de tanné, de velours blanc, de velours blanc avec des taches noires ; de velours tanné , de velours bigarré , de velours à carreaux, de velours vert changeant , de velours à raies pourpres et blanches , de velours roux figuré , de velours cramoisi figuré avec du blanc*. On y voit du velours rayé de rouge, vert et blanc, et d'autre bleu et blanc \ du velours bleu à branches, c'est-à-dire, à ce que j'imagine, à ramages; du velours noir avec des taches blanches, du velours blanc branché, du velours pourpre : ce qui forme un catalogue assez considérable de variétés de la même étoffe*. Celui des satins se réduit presque à rien , et je ne vois, en fait de satin de Bruges, que du jaune *.

Les variétés de damas dont ces comptes nous révèlent l'existence , sont presque aussi considérables que les diverses sortes de velours : nous trouvons , en effet , dans la même garde-robe, des damas blanc, noir, vert, du damas blanc avec des fleurs de diverses couleurs , enfin du damas cramoisi et bleu avec des fleurs, moins cher que le précé-

Satins.

Damas.

' Theprlvy Purse Expences of K'm^ Henry the Eightk^ pag. 82, \ 33, 189. — The }Vardrobe Jccounts ofKing Edward the Fourih^ A*» t480. {Pritj Purse Expenses of ElizahethofYork, etc., pag. 116, 134.)

* The Wardl Ace. of K. Edw. IV ^ ptg. 160. Voyez rexplîcatîon tentée par l'éditeur, pag. 247, col. 2.

* The Ward. Ace, ofK, Edw. IV ^ etc., pag 116.

* nid.,j^g. 132, 136.

"^ I6id,, pag. 156.

* PnVj Purse Expenses ofEliialeth of York (November, 1 502), pag. 69.

Sarcciiet.

TImu , ii9»ue, tlisevr.

dent K Ainsi que le satin et le baudequin , le damas est souvent uniquement désigné comme étant de soie'.

Outre ces étoffes, que nous avons vues répandues sous le même nom dans toute TEurope, ou peu s'en faut, l'Angleterre en avait d'autres connues sous une dénomination particulière, telle que le sarcenet^j où il est facile de reconnaître le radical saracenus^ ou plutôt l'espagnol zarzahan''^ et le tissuy tissue ou tissewy qui, chez nos voisins, était une étoffe*, tandis que chez nous ce n'était qu'un ruban*, mot que l'on employait également pour désigner un étroit tissu de (il ou de soie\

* fFarii, j4cc. of K. Edw, IV ^ pag. 116.

* /^/W.,pag. 134.

* 0 Item una capa de sarcenet^ operata cum imaginibus. » Inventar. ecd. Eborac. ann. 1530 , in Monast. /inglic.^ vol. VI, part, m, pag. 1207. Cf. PrUy Pune Expenses of ElizaBeth of York , pag. 9, 16, 19, 22, 32, 34, 51, 54; TAe H'ar/iroèe jéccounts ofK. Ed^^ardir, pag. 116, 117, 124, 125, 129, 133, elc.

* Voyez ci-dessus, tom. I", pag. 369. Dans sa Vida del «tyw Tamorlan, Ruy Gonzalez de Glavijo parle d'an drap de soie, vandado a vandas élanças é pvietas ê amarU/as, que parescen sarsani. Voyez lV*dit. de M.DCc.Lxxxn., pag. 161.

* « Anno Domini mccccxxix., domina Margareta , dacissa Clarenciœ... obtulit etiam unum vestimentum integnim... de panno tissev^^s vulgaritcr nuncupatum, in quibus auri pretiosa nobilitas, gemmarum pulcbritudo , et curiosa manus artificis stuporem quendam inspectantium ocuHs reprasentant, » elc. Nomina bene^ factorum abbatiœS. Albini^ in Menait. y4ngiic., tom. II, pag. 222, col. 2. Cf. /«ventar. omn. jocalium,., ad eecl. Ebor. pertin,, etc. (1530), ibtd , vol. VI, part.iri, pag. 1207, col. 1 ; et lavent, ofthe churck-uten s'ils of the cathedral of Peterburgfij on the 30 of November 1539. [T^ie Hist, of thc Church of Peterburgh, etc., by Symon Gunton, pag. 59, 66.)

^ Voyez le Glossaire de du Gange, aux mots Tessutîiu , Tessutus, Tissutus, Terus; tom. VI , pag. 563 , col. 2, et 572, col. 3.

And thas syr Gawane )>e gay, dame Gnyenour he ledis, lo gret^ ande gyde, fijt glemet fttlle gaye ; Witlie riche rebanes reverssede, wbo y righte redys, Rayled« w' rubes, one royalle arraye, etc.

The Awntyrs of Arthure, $t. n, t. 4. (Sjr Gawajrne, elc, by Sir Frédéric Madden, pag. 96 )

Cf. Closs. med. et inf. Latin., tom. V, pag. 607, col. 2, v'* Reband ^ Bebanus , pag. 768 , col. 1 , vi' Hiband, Âibans, Âibanus; et pag. 8f3, co). 3, v« Bubaaus,

iiiund

Enfin on connaissait peut-être déjà, de l'autre côté de la Manche, l'espèce de brocatelle appelée tinsely d'un mot fran- xinsei. çais qui indique de petites parcelles de feu comparables à l'éclat de cette étoffe*.

D'où l'Angleterre tirait-elle ces divers tissus ? D'abord di- Piovenaucrectement de l'Orient comme les autres pays de l'Europe. ^'

En effet, le commerce des Anglo-Normands était très-étendu, Extension à en juger par les termes dont se sert Matthieu de West- "iU^liîSo'r- ^ minster, qui dit que les vaisseaux de la Grande-Bretagne apportaient de toutes les parties du monde les objets les plus précieux : « Les Pisans, les Génois et les Vénitiens, ajoute-t-il, fournissaient à l'Angleterre les perles de l'Orient, ainsi que les saphirs , les émeraudes et les escarboucles ; l'Asie fournissait les riches soieries et la pourpre', » etc.

Un écrivain plus ancien , Guillaume Fitz-Stephen , qui a fait une description de Londres sous Henri II ou Richard Cœur de Lion, c'est-à-dire entre 1170 et 1182, après avoir dit que les marchands de tous les pays qui sont sous le ciel apportaient dans celte ville leurs productions , rapporte que

' Il y avait du siglaton et du samit étlncelé. Voyez ci-dessus, tom. I", pag. 233. En {344, Henri III donnait l'ordre de faire, pourPéglise de Westminster, un dragon en forme d'étendard, d'un samit rouge, partout eV/nc^/e d'or, qui ubique sit auro fxtencellatus. Voyez Excei-pta kistorica, etc. London: printed by and for Samuel I

Bentley, h. dccc. xxxi. , ia-8*^, pag. 404. Voyez encore, pour ce qui concerne les |

étendards en forme de dragon , ci-dessus , tom. II , pag. 135 , en note; et Reiro^ spective Review, ncw séries, vol. I, pag. 94.

' «0 Anglia!... naves Tharsis tuis navibus comparari non poterant, portantibus aromata et universa preciosa per quatuor orbis rlimata... saphirum, charbunculum, et smaragdum, de Paradisi derivata fluminibus , tibi Pisani , Januenses el Veneti transtulerunt. Tibi in bisso et purpura Asia, in cinnamomo et balsamo Africa , in auro Hispania , in argento Germania servierunt. Tibi de tua materia vestes pretiosas, tua textrix, Flandria texuit. » Flores fàstoriarum, etc., sub ann. 1365. Londini, ex ofBcina Thomse Marshii, anno Domini 1570, in-fol., pag. 340, 341.

la Chine y vendait des vêtements de pourpre , ce qui doit

s'entendre , selon moi , des soieries que les Italiens allaient

chercher en Orient pour les apporter ensuite en Angleterre '.

Importation Ccttc branclic de commerce resta longtemps entre les mains

en AngleteiTe de .

•oieriesdeLuc Je cc pcuplc ; mais la source de production changea, et il de Montpellier, ne fut plus obUgé d'aller s'approvisionner si loin. Dans les derniers temps du moyen âge, les soieries destinées à l'Angleterre , à part quelques pièces de drap de Turquie qui se montrent encore', venaient surtout de Lucques , dont le nom seul suffisait pour désigner une étoffe de prix', digne d'être le présent d'un roi et de figurer dans des occasions solennelles*. Nos voisins en tiraient encore de Montpellier; mais cette habitude de demander au Languedoc les riches tis-

* Aurum mittit Arabs, speeies et thnra Sabaetis ; Arma Scythes ; oleam palmarum divite sylva Pingae solum Babylon ; Nilus lapides pretiosos ; Seres purpureas vestes i GalH sua Tina ; Norwegi, Russi, ▼arinm, grysium, sabelinas.

Fita sancti Thomat, etc. [Fitz-StepheiCs Description of the Citjr o/Londem, newijr transi ated front the Latin original... Ij an Antiquary [Rev, Sam. Pegge]. London : printed for B. W hite, MDOCLXxn, in-4*, pag. 70, 71 .]

* La dernière mention que j^aie rencontrée de pareille étofTe , se trouve dans an article d^un compte de 1316, relatif au baptême de John d*£ltham, second fils d'Edward II. Voyez A hriefSumm. oftke Ward. Ace. of ihe jLtk^ \Uh, and xiyth Years of K. Edw. //,etc., by Thomas Stapleton,etc. (Àrchaeologia, tom. XVI, pag. 336.)

* Voyez dans les mêmes comptes, pag. 337 du volume ci-dessus, plusieurs articles relatifs à ces pièces of fMcca cloth , offertes à diverses églises à Toccasion de ia mort de Marguerite, veuve d*£dward I", décédéc en février 1318.

* On voit figurer un peu plus loin , pag. 338, un poêle de même étofTe, donné par Edward II poiu» être étendu sur la tête de deux jeunes époux, Richard d'Arundel et Isabelle le Despenser, petite-nièce de ce prince, à la messe de leur mariage, en 1321 ; et pag. 339, 340, on trouve nombre d'articles qui se rapportent à des pièces ofLucca cloth^ aussi bien qu'à des tissus d'or et de soie, ad aurum in serico, également donnés par le roi pour être placés sur le corps de défunti auxquels il voulait faire honneur.

SUS, qui nous en venaient depuis le xii"^ siècle*, ne datait pas du xv% comme on serait tenté de le supposer. Ou conserve encore une note de la maison du roi d'Angleterre Henri III , à Bordeaux , qui , en 1 232 j commanda à Montpellier, entre autres choses , vingt pièces d'étoffes de soie et quatre de drap écarlate*. Bien que dans les comptes du XVI* siècle il soit fait mention du velours cramoisi de cette ville , je rie pense pas néanmoins qu'au xin* on y fabriquât déjà cette sorte de tissu ; je crois plutôt qu'on le tirait d'Italie, d'où il était importé en Angleterre par des mar* chands qui y venaient avec des pacotilles ^, ou qui y avaient

* Vait en la vile, si fait faire un braier Del millor paile que on puisse baillier... Et les basnieres firent moût à proisier De rice paile qui vint de Monpellier.

Ueber ein Fragment des Guillaume d'Orenge. Von D' Conrad Uofmann. Miinchen, 4851, in-4% pag. 49.

* Rôles 'français de la Tour de Londres, 16* année de Henri III, membr. À. (Lettres de rois ^ reines, etc., publiés par M. Champollion-Figeac , tom. I»*", pag. 39.)

' Voyez dans le Fœdera de Rymer, tom, III, part, rv, pag. 68, col. 2, une pièce de Tan 1391 , par laquelle Richard II accorde à deux marchands de Lucques la permission d'importer et de colporter, en franchise, dans le royaume, des joyaux et une chambre de drap d'or et de soie, à la charge par eux de payer les droits de douane, dans le cas où ib vendraient lesdites marchandises, en tout ou en partie. «Dans le même recueil , tom. II, part, ni, pag. 148, col. 2 ,- il est question , sous Tannée 1336, d*bn yaisseau génois chargé pour l'Angleterre de diverses choses précieuses et de marchandises orientales : rien de plus naturel que de croire qu'il entrait des soieries pour une part notable dans la cargaison. Enfin Rymer a encore donné place dans sa collection, tom. II, part, m et iv, pag. 1 5, col. 2 , pag. 17, col. 1, à une charte de l*an 1328, relative aux privilèges dont jouissaient en Angleterre les marchands étrangers, allemands, français, espagnols, portugais, navarrais, lombards, toscans et autres (Cf. pag. 76, col. 2, ann. 1332); on y voit, pag. 16, col. 2, le tarif des droits d'entrée pour les soieries.

Rien de plus ordinaire que de trouver dans les anciens écrivains des mentions de vaisseaux français ou anglais , en partie chargés de cette sorte de marchandise pour l'Angleterre. Voyez VHistoria major de Matthieu Paris, à Tannée 1217 (édit.

310 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE Pierre de Vrau«, dcs dépôts. L*un d'cux , Pierre de Vraux , de Montpellier

de Montpellier, ^ / , , i i i i

fournisseur de en Gascognc , cst nomme dans les comptes de la garde-robe

soieries o • i ...

d'i^ïward ïv d'Edward IV comme fournisseur de ce souverain*, qui, suivant toute apparence , n'avait plus besoin d'envoyer si loin pour se procurer des denrées que les autres princes trouvaient, si je puis m'exprimer ainsi, à la porte de leurs palais. Aoi.aM Ce qu'il y a de sûr, c'est que pareille commodité existait pour

de draps d'or et , , ii» /»»ii i» i

de soierie» par Heuri VU! , qui acbcta plus d une rois du drap d or et des

Henri VIII rhez , rr* t • i • il* i-ii»r

des mercieis etoflcs dc soic dc mcrciers et de drapiers anglais de la cite anglais, et dc Loudrcs' ; mais elle ne l'empêchait pas de se fournir chez

italiens. ccrtaius marchands étrangers, dont l'un est indiqué dans les comptes dont nous tirons ces renseignements, comme domicilié à Paris'. A en juger par les noms, la plupart de ces marchands étaient italiens *, et il y en avait un qui appartenait à cette famille Bonvisi que nous avons déjà signalée comme établie et naturalisée de bonne heure à Lyon *. Peutêtre avait-elle à Londres un dépôt de ses étoffes ; malheureusement l'article consacré à la fourniture à^ Antonj Bonvice

Affaires Dc iious foumit aucuuc lumièrc à cet égard. Tout ce que

de deux Bonvisi ^

avec la cour de uous savous, c cst QUC SOUS Hcuri VII , deux Bonvisi eurent

Henri Vn. , «, . , i, , • / i

des affaires avec la cour : 1 un, Laurent, est mentionne dans

^ les dépenses de la cassette privée de ce roi , comme ayant

reçu une somma considérable à employer en achats de laine

de 1640, pag. 298, lig. 49} ; la Chronique du Religieux deSaint-Denys^Xvr, lll, ch. xi, ann. 1382 (tom. I'% pag, 180); et Us Poésies de Martial de Paris, etc., édit. de Coustellier, \\* part., pag. 177.

' The Word. Ace. of K, Ed^. IV, pag. 115.

* Theprivy Purse Expences oj K. Uenrr VlIIy pag. 188, 190. ^ » I6id.,j^g. 15, 138.

* /^zV/., pag. 198.

* /^iW,,pag. 82.

pour lui*; Tautre Bonvisi , nommé Jerom Bomùce dans les dépenses de la cassette privée d'Élizabelh d'York, fille aînée d'Edward IV et femme de Henri VII, Test pour avoir reçu en mars i 503 partie du payement d'un billet que la reine lui avait souscrit de sa main*. D'après cela , il est clair que ces deux Bonvisi faisaient la banque, commerce qu'habit uellement les Italiens exerçaient concurremment avec celui des soieries, généralement fabriquées dans leur pays. On est encore plus disposé à le supposer pour les temps anciens , sociéië en voyant une société de marchands lucquois, celle des Ri- * Lucqncs lu'' cbardi, opérer dès 1264, à Bordeaux et à Autun ', en même temps que les autres associations de I^ombards et de Gaor- • sins qui dévoraient la France et l'Angleterre*, au profil de l'Italie.

Les courtepointes en venaient-elles ? Je me le suis demandé Provenance

•It courte{KiiiilM

en voyant dans les comptes de la garde-robe d'Edward IV nommées aan$ plusieurs meubles de cette espèce indiques comme étant of gardc-rohe

Àrras silk , ou of Arras^ with imagery and silk '. On pour-

• Inder and Notes to the privy Purse Expenses of Elizabeth ofYorky pag. 79, col. i et 2.

' PrivyPurse Exp. of Eliz. ofYork^ etc., pag. 105.

Qnarante et un ans auparavant , le père de cette princesse avait emprunté cinq mille livres sterling à un autre Italien, Thomas Portinàri, d*une illustre famille de Florence, qui fournit, en 1530, un ambassadeur à la république. Voyez Délia Décima, tom. 11, pag. 71 ; Cronique du roy Charles Vlll ^ par Philippe de Conimines, chap. ix ; et Histoire de Paolo Jovio, tom. II, pag. 183, C.

' ChartaGirardi episc. Augustod. ann. 1224, ex reg. feud. Burgund.,part. ri, fol. 6; charta ann. 1281, in reg. conestab. Burdeg., fol. 120. [Gloss. med. et inf. Latin. , tom. V, pag. 768, col. 2, v» Richardi,)

^ Sur les Cahorsins ou Cahursins, voyez dans les Mémoires des antiquaires de France, tom. Vil, pag. 334-342, les recherches de M. Depping, reproduites dans les Juifs dans le moyen âge. Paris, Imprimerie royale, M dccc xxxiv, in-S", pag.208-2 1 7 .

• The Word. Jécc. ofK. Edw. IV, pag. 117, 136. Cf. Testam. Rad. de NevilJ, ap. Th. Madox, Form. Anglic,^ pag. 432.

«I'Edwar<l IV.

rail croire qu'elles étaient fabriquées dans la ville d'Arras^ déjà célèbre dans l'antiquité par ses étoffes ^ ; mais il est plus raisonnable de penser qu'il s'agit, dans les comptes que nous avons cités , non pas de ce drap d'Arest qui était en usage à la fin du xiii® siècle , mais de tissus analogues aux tapisseries dites dArras^ et fabriquées de la même manière. RcgieiiMfiit A l'époque où ces comptes furent dressés, ou à peu près,

de la distribution * , . , .

de« soieries M>ion 1 usagc du damas et du satui appartenait exclusivement aux

les divers ordres ^ i i • * i •

de la société, en ecuvcrs ct aux jeomeii de la maison du roi , aux sergents ,

Angleterre. ^ i i»

aux ecuyers et aux gentlemen possesseurs des terres d un revenu annuel de quarante livres sterling, et à des personnes d'un rang plus élevé'. Par un autre statut, en date de 1477, les femmes et les filles célibataires en possession d'un revenu annuel de vingt livres ou au-dessus, pouvaient employer et porter dans leurs collets, dans les devants* et mancbes de leurs robes et hencques , du satin , du camelot , du sarcenet outarteron. Les femmes et les filles non mariées de personnes dont le bien rapportait quarante shillings et plus par an, pouvaient aussi employer des sarcenets et des tarterons ^ Fabriiation Voilà pour Ic commcrcc et l'usage des soieries en Angle-

des soierici dans ^ «*i/»i»»* 11 ». • 1 a

ctt pays. terre ; quant a la fabrication , elle parait avoir eu les mêmes coïiimencements qu'en France, c'est-à-dire avoir été d'abord

* FI, VopUc, Carinus, cap. xx.

* Voyez ci-dessiis, tom. I"", pag. 260. Il existe un ordre de Henri III, en date de 1244, pour délivrer au trésorier d'Irlande deux draps del Areste destinés à &ire deux chapes. Voyez Excerpta hhtorica, pag. 404.

' Sut. 3rd and 4th Edw. IV, A. D. 1463 -4, n« 4, art. 20. {Roiaii parliametUorum, etc., in-fol., vol. V, pag. S04, col. 2.) Cf. stat, 22nd Edw. IV, A. D. 1482, n» 1, art. 25. {Ibid., pag. 221, col. 1.)

* Oesi ainsi que nous croyons devoir traduire le mot pentes de Toriginal, que nous n^avons trouvé dans aucun dictionnaire anglais.

» Stat. I7th Edw. IV, n* nr, art. 29. [Rot.parl.^ tom. VI, pag. 189, col. i.)

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 3i3

exclusivement entre les mains des femmes. Il est pour la première fois question de cet objet dans un acte du parlement passé Tan 1363, sous le règne d'Edward ill, par lequel il est enjoint à tous fabricants et négociants de se borner au commerce d'une seule espèce de marchandise, à leur choix, avec une exception en faveur des femmes brasseuses, boulangères, tisserandes, fileuses et autres personnes du sexe employées au travail de la laine , de la toile , de la soie , de la broderie, etc.iEn attendant, il parait qu'à cette époque ce genre de manufacture n'avait encore pris qu'une bien faible extension, puisque près d'un siècle plus tard, en 1454, trente-quatrième année du rèe:ne de Henri VI , une loi fut Loi

^. , . \y . portée, en U54,

faite pour protéger pendant cmq ans les ouvrières en soie contre rimport*de Londres contre l'importation de diverses marchandises fiiée, des rubans,

f , desdentellesjetc,

éuumérées dans cette loi^ telles que soie filée, rubans, den- en Angieteire. telles, t!ssus de soie, ou toute autre chose touchant ou con*» cernant l'industrie des femmes ; les seuls tissus qui venaient de Gènes étaient exceptés \

On voit par ce statut^ qui le dit positivement, qu^avec orand nombre cette industrie plus d'une femme de bien dans la Cité avait M»e dan» u cité vécu très -honorablement, plus d'un bon ménage s'était même époque. soutenu , et que plusieurs femmes de condition et d'autres en grand nombre, évaluées dans l'acte à plus de mille, avaient été amenées à apprendre le même état. L'importation des soies ouvrées est signalée comme ayant causé un grand chômage parmi les jeunes filles de condition et autres apprenties des mêmes métiers, et la ruine de plus d'un bon

' Rotuli parliamentorum ^ etc. , vol. V, pag. 325, col. 1 et 2, n® y, art. 55. Cf. pag. 506, col. i et 2, n» V, art. 21 ; et tom. VI , pag. 222, col. 2- pag. 223 , col. l,n«in,art. 27.

ai 4 SUR LE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE

et uotable ménage parmi les personnes occupées de cette industrie, qui est, ajoute le législateur, convenable, digne et appropriée aux femmes de condition et autres femmes de bien.

Kenonteiiement Neuf aus après , cctte prohibitiop fut renouvelée et .éten-

et estensioii .

de u prohibition duc à divcrs autres objets , parmi lesquels sont nommés les

cî-dessiu.

lacets^ rubans et franges de soie, la soie torse, la soie brodée, les bonnets de soie et les ceintures. De ces dispositions on peut encore conclure que les objets confectionnés par les ouvrières de Londres n'égalaient les marchandises étrangères ni pour la qualité , ni pour la modicité du prix.

Elle est i«Mreist« Après avoir été renouvelée encore une fois en 1482, cette prohibition fut, en 1 504, restreinte à un certain nombre des objets précédemment défendus, Timportation de tous autres étant rendue libre à l'avenir, tant pour les étrangers que pour les nationaux , et plu« spécialement celle de la soie en cocons et écrue.

Assertion Sî l'ou pouvaît croirc après cela qu'à cette époque il exis-

vlmenuuK'j^brlI tait déjà cu Angleterre des fabriques de soieries en pièce,

oues de foieries .n •• .^i ■• .. ..• «

m Angleterre, unc pareille opmiou serait bannie par 1 assertion positive de

lord Bacon dans son Histoire de Henri VU ^ Ce n est que

plus tard que nous voyons l'un des successeurs de ce prince

assigner une maison à Westminster, à un Italien nommé

TrittesaTentures, Gcoffroi Damico , habilc dans l'art de tisser des draps de

d*anouTnereu Damas , de vclours , des draps d'or et autres soieries, afin

nemmé'Geoflrroi qu'U pùt cxcrccr ledit métier et former des apprentis; mais

Damico.

k même malveillance qui avait accueilli chez nous les premiers pas de cette industrie naissante , ne pouvait manquer

• fTorh of Francis Lord Bacon, etc. Loadon, 1730, in-folio, vol. III, pag. 494.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'AKGENT. 3i5

<ie multiplier les obstacles sur sa route en Angleterre. Les marchands italiens, dont le pauvre Damico menaçait le commerce, se liguèrent contre lui, et, à la requête de trois indi* vidus , leurs valets ou du moins leurs agents , il fut arrêté sous couleur de dette. Étranger et sans connaissance qui pût répondre pour lui , le prisonnier adressa à Tévéque de Lincoln, qui était alors chancelier d'Angleterre, une requête à Feifet d'obtenir un corpus cum causa^ c'est-à-dire un ordre aux shérifs de Londres d'avoir à présenter la personne du prisonnier avec la cause de son arrestation , devant le roi en sa chancellerie, à jour marqué par sa seigneurie. Cette requête, qui nous a été conservée % parait avoir eu plein succès; malheureusement j'ignore les suites de l'affaire, et je le regrette, car il eût été intéressant de savoir ce que devint le pauvre ouvrier, en butte aux persécutions d^ennemis riches et puissants.

Il est donc bien prouvé qu'en Angleterre on ne Fabriquait Fabrieatioii

.«.1. .^ /. \ d« bas de soie

1)35 des etotfes de soie en pièces antérieurement au règne ^^ Angieterww d'Ëlizabeth. Pour ce qui est des bas de soie faits au métier, on sait que cette princesse en reçut , comme un présent de grande valeur, quelques paires qui venaient du continent, et qu'elle en fut si charmée qu'elle ne voulut plus désormais porter d'autres bas. En conséquence, elle ne négligea rien pour attirer cette branche de fabrication en Angleterre > et elle y réussit. On montre encore aujourd'hui , parmi les curiosités de la Tour de Londres , le premier métier à bas établi pendant son règne.

' Calenéars ofthe Proeeedings in C/uinceij, in tke Âeign ofQueen Elizahethy etc.« ▼ol. I. Printfd by command of hii Majesty King George IV, etc., 1837, in-foUo, p«g. ciii.

Établissement

à Londres,

sous Jacqnes I*',

de teintoriers

et de fabricants

de soieries en

pièces.

Manu&ctiire

de soieries

à Zaricli

a nténeorement

an xtv* siècle.

Ce ne fut que vers la fin du règne de Jacques I* que, grâce aux encouragements accordés par ce monarque à un négo* ciant de Ixindres appelé Burlamach, dont le nom dénote un Italien, quelques teinturiers et fabricants de soieries en pièces arrivèrent du continent et s'établirent à Londres. Cette branche de commerce y prospéra tellement que , dès Tannée 1 629, les fabricants de soieries furent réunis en corps de métier et eurent leurs syndics et prud'hommes.

Voilà pour le commerce, la fabrication et Tusage des tissus précieux dans l'ancienne Angleterre. En voyant combien de temps nous nous y sommes arrêté , on s'attend peut-être à trouver ici la même abondance de détails pour ce qui regarde la Suisse, TAllemagne et les autres pays du nord de l'Eu* rope; malheureusement nous sommes hors d'état de remplir cette attente. Nous savons cependant que Zurich travailla de bonne heure la soie, mais qu'à la suite de troubles graves au XIV* siècle, cet art passa à Côme et dans le Lario S d'où il l'evint en Suisse au temps de la réforme religieuse. L'auteur d'une chronique de Corne manuscrite , Muralto , remarque que les campagnes à l'entour de cette ville ressemblaient à une forêt de mûriers*.

En ce qui regarde l'Allemagne, nous n'avons à notre portée aucun des ouvrages que l'on pourrait consulter fructueusement pour l'histoire des étoffes de soie de l'autre côté du Rhin, comme, par exemple, l'ouvrage de Roth sur le commerce de Nuremberg*, et nous ne pouvons son^

* Jasiœ Simleri Tigurini de Republica Helvetiorum^ lib. I. [Hehetiorum Jtespublica, etc. Ludg. Bat., ex offic. Elzerir. , anno cioiooxXYtiy petit in-lS, pag. 95.}

* Storia unhersale^ scr. daCesare Caiitù,ep. VIII, cap. ir; v. VII, p. 68, not.

* Geschichtf des nurnhergischen Handeis. I^ipzig, 1800-1802, A vol. în-8*.

DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. 3i7

ger à nous rendre en Allemagne, où, sans aller bien loin, il y aurait pour nous tant de bénéfice à explorer les bibliothèques et les musées. En effet, s'il faut en croire le Journal Expositioo des Débats^ numéro du 30 novembre 1 852, on vient d'ouvrir dens omements à Crefeld, dans la Prusse rhénane, une exposition d'anciens costumes sacerdotaux : (c Elle se compose, dit le corresr pondant de cette feuille, de huit cent quarante-huit costumes complets et d'environ cent quatre-vingts parties de costumes, ainsi que de tableaux, d'estampes, et d'un très- grand nombre de miniatures (pour la plupart tirées d'anciens ma-^ nuscrits), représentant des prêtres catholiques revêtus de tous leurs ornements. Parmi les monuments qui offrent le chasubles de

j ,,. , A . , . . , »amt Bruno dit le

plus dmteret sous le rapport historique, on remarque les Grand, de saint suivants : 1"^ une chasuble en soie jaune de saint Bruno, dit saint Annon, de le Grand, archevêque de Cologne et duc de Lorraine , mort eic, que l'on V en 953; 2" une chasuble en soie de couleur d'or de saint ""*ï"« Hubertin*, archevêque de Cologne, mort en 1021; 3* ime chasuble en soie rose parsemée de têtes d^anges brodées, ayant appartenu à saint Annon, mort en 1075; 4^ une chasuble de saint Bernard, premier abbé de Clairvaux, fondateur de l'ordre des Bernardins, mort en 1153; 5" une chasuble en étofTe d'or ornée au bas d'une bordure contenant cette inscription en arabe : « Honneur et gloire à notre « souverain ! que sa dignité dure longtemps! » Avec de pareils éléments et les lumières que l'on ne saurait manquer de rencontrer ailleurs, de l'autre côté du Rhin, sur le sujet qui

* Sans doute saint Héribert , dont les auteurs du second Voyagt littéraire de deux religieux bénédictins ont sipialé une chasuble. Voyez ci-dessus, tom. I'% pag. 57*

nous occupe, un Allemand le traitera avec plus d'avantage pour son pays ^, que nous, qui aurions dû prudemment nous en tenir au nôtre.

coiDmerc« La nécessité où nous sommes de nous en écarter le moins

et usage delà soie i j • • '^ 1 J a Je*

en Suède. possible pour les derniers siècles du moyen âge , nous dis* pense de parler du commerce et de l'usage de la soie en Suède et en Norvège à cette époque. D'ailleurs , nous n'a« vons rien de plus à oflrir au lecteur que ce qu'a dit Schroder sur le luxe de la cour de Magnus Smek, qui occupa le trône de ces contrées au milieu du xiv* siècle , et, en conscience, ce n'est pas grand'chose".

' Nous n'aurons pas longtemps à attendre , 8*il faut en croire un journal de Vienne, qui annonce la prochaine publication d'un ouvrage de M. N.J. Dunder, sons ce titre : Okf^i^ Ux C^ncnUtnr, bcr diafOl^ntiifl , fficrfetciteiia «ab SoftjMtic bci» itiUn in l[|Un, (Bcicd^nUnb, Statien, Gpanioi, ^xcmttnSf, S>ctttf(^(asfc , Otfitcttidf, fllufUnb, $<^tt>eb<n , K. «onbev &ttrflen Ml ouf feic nntrfleBcit, banni^gninbcte Ornirnitcrung anb Vnlcititng }ur (cf^tcnniflten , ^etpinfitcii^ 9l9aiiht€tUmm* , IBttfd^* obcc ^tém» m* €etbeiictiM9ca|H<!|t im itteincn unb Qtxo^tn, nc((l ben Ufktn, vtutfitn Vrfa^ngm im ^^Wfipa^^LH&bttm^i» mb (SoconI* 9i^afp<tung<«SBcrfa^Ten. 3n l^lflotif<^ , liBliogro^^lfi^ , flatitHf^ , mttîoMkfâfn , inbuffariclln, tcd^nifdKt, i'conomif^/ flaatSôtonDmif (^<r , abmini^ativcr , natur^iflorlfc^, cttmatifi^ , û^mi* ft^tr, bl9namif(^, )9atl^otogif(^ar , ^^armactntifi^CT ^inmt.

* De liLcu aulœ Magni Smek.., ex oeeasione peteris memkrmnœ A. 1340 Oèsér^ ¥ationes Joh. Henr. Schroder, inter Nova Jeta regke Soeictatîs scienttarum Upsalieu" sis, vol. VIII. UpsalisB, 1821, in-4*, pag. 315 sqq.

Dans le document examiné par le savant Suédoit, ôû voit, pag. 395 : I. par vestium (quas) merea tores habent licere in Campœ (indication précieuse pour Phisto* rien des foires de Champagne, qui aura encore à examiner si le mot rœnnestôwiœ , que Ton rencontre plus loin , ne se rapporterait pas aux toiles de Reims), item X. ifohtcra silkestrip^ item integrum fiscum sHkestrip^ etc« Si maintenant je passe aux observations de l'éditeur, après avoir parle des draps de laine, pour la plupart fabriqués en Flandre , qui sont nommés dans la pièce qu'il a entrepris de commenter, dans les lois de Wisby et dans une ordonnance de Charles VIII Canutson, en date de 1450, il s'exprime ainsi, § 33, pag. 354 : « Sericeas inter mercei frequentissime occurrit Floel, Flogel 1. //^^«/(Holosericum Sommet) Regibns, proceribusqne vestitus soUenmis. Varii coloris folsse ex nostra membrana liquet. E. g. cttruleiim, blauemde floel 1. discolor étriputfloel^ ne taceamni integrum fistmtt sUkestripf sericum discolor 1. lineis variegatum, » etc. Cf. § 34, pag. 356.

On ne doit pas s'attendre non plus à ce que je fasse This* commerce toire des soieries dans les pays slaves , qui me sont encore étoffes de «oir,

-ni d»or et d^argent ,

moins connus que les contrées germaniques. Pour les pre- «a Ru^ie. miers temps du moyen âge, je me bornerai à faire observer, comme le fait Levesque à propos des présents envoyés à l'empereur Henri IV, en 1 075, par Sviatoslaf II , que les princes russes devaient sans doute étaler un luxe alors inconnu à TAliemagne, parce que depuis longtemps ils entretenaient des rapports de commerce avec les Grecs , qu'ils leur avaient ou fait la guerre ou vendu des secours , et par la raison qu'ils avaient vaincu et dépouillé les barbares , chargés eux-mêmes des dépouilles de l'empire d'Orient*. J'ajouterai que, lorsqu'en 955 l'empereur Constantin Porphyrogénète tint Olga sur les fonts du baptême, il se trouvait alors à Constantinople quarante - quatre négociants russes, qui eurent part, avec leur souverain et les dames de la cour, aux présents de l'empereur, parmi lesquels on remarquait de belles étoffes ^ Pour peu que l'on descende

' HiitQire de Russicy Paris, 1812, in-8'', tom. I'% pag. 229.

' Constantini Porpkyrogenneti,,, Libri duo de Cerîmoniis aulœ Byzantinx , etc., éd. Jo. Henrico Leichio et Jo. Jacobo Reiskio. Lipsûe, mdccu-uv, in-fol., lib. Il, cap, XY ; tom. II, pag. 343-*345. — Chronique de Nestor^ traduite en français par M. Louis Paris. Paris, 1834, in-S*", tom. I*% pag. 80.

Auparavant, pag. 45, on Yoit Léon le Philosophe donner à des envoyés russes, i la suite du traité conclu arec les Grecs en 911, des présents consistant en or, habits précieux, étoffes et antres bijoux ; et, pag. 60^ un esclaye russe estimé deux pièces d'étoffe, dans un autre traité conclu en 945, entre Igor, Romain Lecapène et ses deux fils. Voyez enfin, sur les rapports qui existaient entre lea Grecs et les dusses au moyen âge, un autre ouvrage de Constantin Porphyrogénète sur l'ad* ministration de l'Empire, ch. vi ( Ilep^ tSîv IlaTÇivaxiT&v, xa\ XsfowviTc)!^, i. e. D« PaUmacitis et Chersonitis) etix (ïléip^ t©v dbib Tjîç 'Puxjfaç ï^^hiM P©ç |jL6Tà tSW liovoÇuXtov Iv KayvoTocvTivoundXei, i. e. De Rassis e Russia Constant inopolim in lintrihus 9enientihus)y dans Vimperium Orientale de Bandurî, tom. I*', pag. S7, 59-61 , et dans

jusqu'au xvi* siècle, on verra qu'en Russie les étoflfes de soie, d'or et d'argent étaient tout aussi répandues que chez nous, où les pailes esclavons, \es pales j les dras et le cendai de ce pays étaient si célèbres au xu* et au xiii* siècle*. Le baron de Herberstaiu, qui alla en Russie en 1516 et en 1526 comme ambassadeur de Tempereur Maximilien, les comprend au nombre des marchandises que le commerce importait dans ce pays'; et, un peu plus loin, parlant de Moscou, il nous apprend que l'on y vendait, dans une espèce de bazar, les étoffes de soie avec les épices, à meiUeur compte qu'en Allemagne, ce qu'il faut attribuer, dit-il, à l'échange que l'on costome eu fait'. Le tsar Ivan IV, qui invita notre diplomate à une

des anciens soi»- * ''

verainsdeia partie dc chassc, est décrit par lui comme vêtu d'un habit

la collection des œuvres de Meursius. (loannis Meursl operum volumen sextum, ex recensione loannis Laml, etc. Florentin, cio. i3. ce. xlv., in-folio , col. 942- 950. Cf. col. 1138-1139.) Cf. GeograpkiaRuuiœ.,, eire'tUr A. C, dggcxltiu, etc., auct. T. S. B. (Theophilo Sîgefrido Bayero), in Comment, acad. scient, imper. Petropolit. , Petropoli, cla loccxLvn, in-4', pag. 410, 4M .

• Voyez ci-dessus, tom. !•', pag. 209, 313-315.

On lit dans la Chronique tPjirckhangei^ publiée à Moscou en 1781 , qu'Oleg, à son retour de Constantinople au commencement du x* siècle, rapporta à Kief beau* coup d*or et de povoloki ; et Nestor, qui dit la même chose , use plus loin de ce mot en parlant des rapports de Sviatoslaf avec les Grecs. S'il faut en croire ]il. Depping, il serait synonyme de pailet, et aurait servi à désigner des étoffes d'une étendue et d'une qualité déterminées, données par les Grecs comme aident comptant Voyez V Histoire ds Russie^ par Levesque, tom. I*", pag. 112^ et la CAronique de Nestor traduite en français par Louis Paris, tom. I**, pag. 38 et 98. Tout ce que je puis dire, c'est que, dans les meilleurs dictionnaires russes, nOBOJiOKa est rendu par couverture^ et que je crois ce substantif de souche slave.

' Renan Moscoviticarum Commentarii Sigismundi Liheri baronis in Herberstain^ etc. Basile», per Joannem Oporinum, in-folio, pag. 59 , lin. 3. Cf. Omnium regionum Moseovia subjectarum... Descriptio.., ex Sarmatia Alexandri Gwanini, etc. (Rerum Moscoviticarum Auctores varii, etc. Francofurti, m.dc, in-folio, pag. 156, lin. 42.)

* Rer, Moscovit. Comment., etc., pag^ 60, lin. 19.

tissu de fils d'or', et en tête de sa relation on voit le portrait de ce prince daté de 1551. be costume y est absolument semblable à celui du tsar Fëdor Âlexeievitch , représenté, dans une publication moderne', en grande robe de brocart d'or à dessins ou ramages rouges, dont la palatine, la bande et les parements sont couverts de pierreries. C'est ainsi, selon Luxe

* ' de soienes dans

toute apparence, qu'était vêtu Fédor lyanovitch en 1584, «< pay» à i» fi»

au moment de son inauguration , dont les détails nous ont

été conservés. Non-seulement le tsar, mais encore le métro*

polite de Moscou, était habillé d'une longue robe de soie ; de

beaux tapis couvraient le pavé de l'église, et des tentures de

soie rehaussées d'or cachaient les murs\ Quand, plus tard,

le même souverain entra en triomphe dans la ville d'ivanogo*

rod sur la Narova, il était vêtu d'un habit blanc brodé d'or\

si l'on peut ajouter foi à l'un de nos historiens, qui rapporte

encore qu'en 1595 les ambassadeurs de ce prince appor*

tèrent à l'empereur, entre autres présents, un magnifique

habit de soie de Damas \

* i?«p. BÊotcovit. Commentar.y etc , pag. 437, lin. 5.

* IlanuunHBKH MoCKOBCKOn ApeBHOCmH {Monuments d'antiquité de Moscou). Moscou, i842«45 , in-4*. On y trouve quelques portraits de tsars, malheureusement peu anciens. Cf. Estât de t empire de Russie , par le capitaine Margeret. A Paris, chez Mathieu Guillemot, m. d. c. vn., in-8<*, fol. 19 recto.

On -?oit encore d'anciens manteaux de grands princes, des costumes de son» venins russes, dans l'église de l'Assomption, à Vladimir, dont les plus grandes richesses périrent dans un ineendie. Voyes la Chronique de Nestor, tom. II , pag. 106, not. S, et pag. 15i.

* Joannis Basilidis magni Mosckoviœ ducis F'ita , a Paulo Oderiiomio conscripta , lib. IIL (JUr. Moscovit. Auct. varii, etc., pag. 323, lin. 20,46, 51.) Cf. Jac. jiug. Thuani Histor, su* temp., lib. CXXXV, cap. ym, ann. 1606; éd. Lond., «on. VI , pag. 347.

* Jne, jéug, Thuani Hist. êui temp,, lib. C, cap. vi; tom. V, pag. 12.

* Ihid., lib. CXIV, cap. XVII ; tom. V, pag. 548.

En 1553^ le capitaine Chanceler, qui commandait Fun des trois vaisseaux anglais expédiés, la même année, pour cher* cher un passage dans Tlnde par le Nord^ trouva le tsar vêtu d'uu manteau d'argent , et les seigneurs de sa cour habilles d'ëtofies d'or S Pareillement lorsqu'en 1558 Ëlard Ouissen et Nicolas Franck vinrent de Livonie en ambassade auprès d*Ivan IV, ils virent le tsar vêtu d'une robe longue , et , à sa gauche, douze princes, ses principaux conseillers, couverts d'habits tissus d'or, à la Caiçon des ecclésiastiques', comme les boyards et les gentilshonuses de la cour im-* périale, qui accueillirent en 1581, au palais de Starttza^ le jésuite Possevin, revêtus de superbes étoffes d'or'. Vers L«ttre le même temps, des ambassadeurs moscovites envoyés au*

d*an tsar CDTe- * j i»

loppée d'un mor- prcs dc 1 empercur Maximilien , lui présentaient la lettre

ee«ud«{lrnpd*or. ,

du tsar enveloppée dans un morceau de drap d'or^, et ceux qu'Ivan IV envoya en Pologne étaient accompagnés de quinze cents cavaUers richement vêtus, qui d'étoffes d'or, qui de soie et autres tissus de prix '. Un ambassadeur étran* ger auquel un souverain russe voulait faire honneur, recevait de lui une robe de soie*. Était-il admis à l'audience du tsar,

' Anglorum Na9ig€UÎo ad MoêcovUa* y etc. (Rer. Moscouit, Auct. parii, pag. 14S, lîu. 33, d3; et pag. 449, lin. 12, i5.}

'^ Beili Livonici,.. Uistoria,., per Tilmannum Bredcnbachium conscripta, tertii belli deacript. {Ihid,, pag. 330, lin. 5.) Cf. Jac, jiug, Tkuani HUtor. sut temp., lib. XXI» cap< ix,.Uenr< 11, ann. iS5S; tom. I, pag. 718.

^ Antonii Possêv'mi.., Hatcowaj etc. AntaerpiaB^ ex ofBcina Christ. Plantini, M. D. LxxxTii., in-8S pag- ^4. — Histoire de Russie, par Levesqoe. Paris, 1812, in-S'', tom. III, pag. 99.

* Jac, Aitg» TtmaniHUi. sui temp. , lib. LXIl, caprin, ann. 1576; tom. 111 , pag. 4SB.

* Angl, Navig, ad Moscovit., etc. (Rer, Moscou. Auct. var., pag. 150, liu. 19-22.) ^' Reinoldi Heidef^te^ii de Moscotitico Bello , ifuod Stephamis rex Pofoniœ gessit ,

lib. III. (Ibid,,pùg. 361, lin. -»S.)

il voyait sur son passage des gentilshommes que leur maître avait fait habiller de ses toiles d or et d'argeot de Perse, avec le haut bonnet de renard noir, u quelquesfois avec sçietnoiplaii^ qui sont , dit le capitaine Margeret dont je cépie la reladoQ y robbes de ^^uelques tabsns ou camelot de soy e , ou escarlate , ou quelque autre beau fin drap de couleur tegere passemenlé d'or\ » £n 1600, il vint une grande ambassade de Pologne auprès du tsar. Le jour qu'elle eut ses dépêches, il la reçiit assis sur son trtoe et evtduré des seigneurs du ecmseîl «t des okoinitc/U vêtus de robes de tres^riche toile d'or brodées de perles. A ses côtés étaient deux jeunes 'seigneurs debout, vêtus de robes de velours blàne bordées d'hermine. (c Ils ne s'osent là trouver, dit Margeret, aucuns qui n'ayeot robes de drap d'or. Or il faut notter, ajoirte*t-il , que l'empereur se fait servir à table fort somptueusement^ aek» la façon ancienne du pays, à sçavoir avec deux ou trois cens gentils-^homniés, vertus de robes de drap d'or ou d'argent de Perse, avec un grand colet qui renverse par derrière «ir les espaules d'un grand demy pied , bordé de perles *, » etc. Enfin une étoffe d or figurait dans les préliminaire$ du ma- ÉtofTe d'or liage des anciens tsars. Averties par un édit , les plus belles les préliminaires des filles nobles de l'empire étaient amenées par leurs pères desa^nciensuars. à un jour marqué, et s'assemblaient dans une maison spacieuse préparée exprès, où il y avait plusieurs cliambres à douze lits chacune. Le tsar, accompagné seulement d'un vieillard, allait visiter ces chambres, où H s'asseyait sur un trône qu'on lui avait dressé. Toutes ces filles, qui avaient

* Esiat de Vempin de Jditsie , «le. , fol. 32 veroo.

* Ihid., fol. 30 Terso, 31 recto. Cf. fol. 33 veno.

grande envie de plaire à leur souverain et de parvenir k rhonneur de l'épouser, venaient Tune après l'autre, parées de leur mieux, se prosterner à ses genoux avec des gestes bien étudiés, et, ayant jeté à ses pieds leur mouchoir, leurs perles, leurs pierreries et quelque étoffe d'or, elles se retiraient. Le prince épousait celle qui lui plaisait le plus, et après avoir donné aux autres quelque somme d'ai^ent ou des terres, il les renvoyait ^ Le jour des noces, de même que dans d'autres circonstaoces solennelles, les Russes étaient dans l'usage d'oflrir au tsar de riches présents, « entre lesquels, dit le capitaine Margeret, y a coustumierement un nombre de ducats, soit en des gobelets ou tasses d'argent, ou dans des plats couverts de taffetas '. » Abondance Le mémc écrivain, qui se trouvait en Russie au corn-

d'étofles dans le meucemeut du XVII* siècle, et qui fut admis à visiter le trésor

IMlaudetanciess . / . , i yi • i i i

uan. impenal, nous apprend qu il y avait abondance de toute sorte d'étoffes : c< A sçavoir drap d'or et d'argent de Perse , de Turquie : toutes sortes de velours, satin, damas, tafetas et autres estoffes de soye; et à la vérité, ajoute-t-il, il en faut grande quantité, car tous ceux qui viennent pour servir l'empereur ont leur bienvenue , qu'ils appellent, qui consiste en argent, et, selon la qualité, une robe de drap d'or ou autant de velours, satin, damas ou taffetas pour luy faire un habit : outre ce, quant il recompense quelqu'un soit pour service fait à la guerre ou autres , il leur en donne de mesme : aussi ont tous ambassadeurs venans ou des Tartares et Nogaïs, ou

* Jac. jiug, Thuani Hist, sui Ump., lib. LXXII, cap. xra, ann. 1580; tom. Ill, pag. 828. Un peu plus loiit , ch. xx, pag. 829» on Toit un ambassadeur du khan des Tartares se présenter à l'audience du roi de Pologne vêtu d*ttne robe de soie.

' Estât de C empire de Russie, etc., fol. 21 recto.

des Krim , ou quelque autre nation de l'Asie / tant eux que obligations

des marchands à

leurs gens y des robes d'estoffes de soye, chacun selon sa l'égard da trésor. qualité, tellement que pour tenir le trésor tousjours founiy, tous marchands , tant estraugers que Russes , sont obligez d'apporter toutes estoffes et autres choses de valeur au tresor, et là on va choisir de tout pour l'empereur : que s'il se trouvoit qu'ils vendissent ou celassent, avant l'avoir monstre^ pour dix ou douze escus de marchandise, tout le reste serait confisqué, combien qu'ils eussent payé la gabeUe et tous impostz^ »

Ou n'aurait point une idée suffisante de l'abondance Tentes

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