‹ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissues précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âgeChapitre 14 sur 38 · du tsar en élofTf · texte numérisé non relu

du tsar en élofTf

de soieries quil y avait en Russie au xvr siècle, quon se de «oie brodée de

1f« • • • « « perles*

imagmerait sans peme en voyant que les tentes du tsar

étaient aussi en étoffe d'or oniées de broderies et de perles*, et que jusqu'aux soldats avaient des surtouts de drap d'or et de soie*. On comprend alors la libéralité du farouche Ivan IV, qui, après le sac de Novgorod en 1 569, abandonna les soieries aux satellites qui l'avaient assisté, se réservant pour lui Tor et l'argent, dont il trouva une quantité considérable dans les églises et dans les caisses des marchands \ S'il faut en croire M. Depping, les États de Livonie Règlement assemblés à Wolmar en 1 545, considérant que le pays était Étato^irLWonie

en 4 545.

* Estât de t empire de Russie^ fol. 20 recto.

* De Re militari MosooTitammy in Angl. Navigat. ad MotcoTit. (Aer. Moscovite Auct, par. ^ pag. 149, lin. 45.)

* nid, y pag. 149, lin. 28. Cf. Jae. Aug, Thuani Hhior. sut ten^., lib. CXXXV, cap. Tin, ann. 1606; tom. VI, pag. 348. «... La coustume est, dit Margeret, de donner à cela j qui a prins quelque prisonnier, lequel il ameine , du bon drap et du damas, pour luy faire de chacun une robe , » etc. Estât de l'empire de Russie, fol. 97 rerso. Cf. pag. 28 rerso.

^ Omn, région, Uoseop. subject, Descript. , ex Sarmatia Jiexand. Givanini , etc. {Rer, Moscovit, Auct. var.^ pag. 191, lin. 11.)

326 SUR LE ODMfiEBCE, LA FABUICATION ET L'USAGE

apaiivri et épuisé par les grands régals, les vêtements de soie et d autres dépenses , proscrivirent les hidMllements de soie brodés ou brodiés, tant pour les hommes que pour les femmes , défendirent que le futur donnât à 400 père, frère ou serviteur, d'autres chemises que des chemises à collet cousu, sans or et skis perles, interdirent au& femmes de mauvaise vie Tusage des bijoux et des parures permises aux autres lemmes^ A cette époque, tout ce qui servait au luxe des habits, les beaux draps, les riches étoffes , se taraient de l'étranger, et Novgorod était Tentrepôt général des marchandises de la Russie, de la Grèce, de la Tartarie, ckt Levant, de FArabie et de Tlnde, dont une ^ande partie arrivait dans cette ville par TOxus, la mer €aspi«ine et le Volga. £n fiiît d étoffes , les Russes ne savaient faire que de gros draps gris pour vêtir les paysans, du ooutîl et de la toile asseEgrossière *. Luxe Les Polonais n'étaient pas moins luxueux que les Mosco-

dn Polonais au

moyen Age. «___«^

* Histoire de Russie, par Levesque, tom. UT, pag. 157. M. Depping dit que o«!tte ordonnance est « rapportée par Arndt dans sa chronique de Livonie : d Je ne con-* nais pas ert écrivain ; maîsâ y A tout k croire quUl s'agît ici de fiiâm, auteur d'an livre publié d'abord à Mitau, chez Job. Magnus Wehrt, en 4794, puis sons ce litre : Thomœ Hiàrn^s Ehst-, hff-^ und Lettlaendische Geschichte... Von Dr. C. E. Nttpiersky. Riga, Oorpat tt&d Lâpcig, ytAàg von Bdoanl Pr«itzen*s BinMaïkâlung, t835, in-4<*, et qui forme le tom. I*' du JHoniunenta Livoma antiquœ. Malheureusement il ne s'y trouve rien qui ressemble à Tordonnance somptuaire annoncée. Voyez pag. 201 .

Il est certain, cependant, qu'à Tépoque en question il régnuit un grand luxe en Livonie, u. les femmes allans au temple, dit le capitaine Maigret, n'esteient vestués d*Aatre estofle que de velouM, satin, damas , et la moindre de taffetas , combien qu'elle n'osât eu vaillant autre chose. » Veyez £stai de Pempirt de Russie , etc. fol. 10 verso. Cf. fbl.iSvcno.

^ Histoire de Russie, «to., par Levesquc , 4om. II , pag. 3il , en note ; tom. III, pag. 151. Voyez sur le commerce de Novgorod , Vifist, de Pempire de Rmsie , (Mctopia FocyAarcBa Poociikxaro) de fijaramsin, iom.I*% Pétanboui^.iSlS, in-8', notes, pag. ÎOG, not. 517.

vîtes : on le voit dès le xii* siècle, par le détail des présents

que le duc Boleslaset les seigneurs de Pépoque envoyaient

à saint Othon, évéque de Bamberg et apôtre de la Poméra-

mie S et par le dénombrement des étoffes de prix que Ton

trouvait alors à bon compte sur le marché de Halle*;

mais le luxe des anciens Polonais n'éclata peut-être jamais

plus qu'en 1 574 quand les ambassadeurs de cette première

nation vinrent en France pour reconnaître leur nouveau

roi. Ils se montrèrent aux Parisiens vêtus de longues robes

d'étoffes d'or et précédés de jeunes gentils-hommes tous en

robes de soie^ Les seigneurs polonais qui assistèrent au Laxe

couronnement de Henri III à Cracovie , étalèrent peut-être ,,ôionîi«^pXnt5

encore plus de luxe : « Ce que j'ay veu de phis beau '*drH^ri"nTr

icy, dit un témoin oculaire ^ est la suite de ces seigneurs; *-""»^*^

car allans par la ville, ils estoient montez sur des che->

vaux tous garnis de. drap d'or et d'orfaverie et de riches

pierreries, et devant eux marchoient, qui 200;. qui 300 gen«»

lils«hommes, tous vestus d*une parure, les uns vestus de

toille d'or ou d'argent, les autres de grandes louvieres;

et puis dire que de tels gentils-hommes il s'en troui^e

maintenant à Cracovie plus de 500^ le moindre desquels

a vingt serviteurs ainsi habillez \ » On se fait encore mieux pompc

une idée du luxe d'iiabits des Polonais, en lisant les dé- eîtiT^dVnot"-

tails donnés par de Thou sur la pompe déployée à la ré^

ception du nouveau roi. Parmi ceux qui y figuraient, on

* rita S. Ottonity etc., cap. v, n* 183, in Act, saneior. Julii, tom. I, pag. 4i9, col. 2, F.

* IM,, n- i 88, pag. 430, col. 8, E.

* Jac. Jug. Thuani Hist. sui temp,, lib. LVII, cap. n; tom. UI, pag. 286.

* Arch. cur. de tHui. de Fr., !'• série, tom. IX , pag. 148.

T«au roi.

remarquait Farchevéque de Gnesne et les ëvéques de Posen et de Ploczko y suivis de deux cents piquiers vêtus à la hon* groise d'habits de velours brochés d'or ; le castelan de Cracovie escorté de deux cents cavaliers avec des casaques brochées dor et d'argent, et nombre d'autres prélats et de palatins accompagnés de leurs hommes non moins bien Toilette équipés ^ Plus loin, le même historien raconte qu'après

funèbre d'un , y

seigneur polonais Texécution dc Samucl Sborowski, la belle-mère du mort

supplicié. 111 « 1 11 / •

lava le cadavre, attacha la tête au tronc, 1 équipa en

homme de guerre avec une robe de pourpre de soie et sa

masse d'armes, et le laissa voir pendant deux jours dans

Prorenance Cet habillement *. M U est naturel de penser que ces riches

orientale de ces f a* • ••! n^-k.» t» •ij»

riches étofTes. etotfes vcuaicnt principalement d Onent , Possevm le dit

même d'une manière positive*; après cela, on conserve*-

rait des doutes, qu'ils disparaîtraient sûrement en voyant

encore les « estoffes de drap d'or et d'argent de Perse,

velours , satin et autres estoffes de soye , » dont Boris Go-

dounof combla Gustave fils d'Éric, roi de Suède \ et des

draps de Perse entre^iissus d'or, parmi les présents du même

tsar à l'empereur d'Allemagne en 1 599 '•

Robe Dans le nombre de ceux que Gabriel Battory, prince de

orrerte'à''rei^pe. Transylvanic , fit au même souverain en 1613, il se trouvait

'^par nn princr uue robc louguc de drap d'or enrichie de pierres pré-

de Transylvanie. • m

' cieuses\

« Jae. Attg, Thuani Mût, sui temp.^ lib. LVII, cap. xin, ann. 1574; tom. III, pag. 300.

* nid., lib. LXXX, cap. iT, ann. 1584; tom. IV, pag. 2i5. ' AntoniiPotsepini.,, Jfojcopîa, éd. M. D. LXXXTn., pag. 128.

* V Estai de t empire de Russie , etc., fo). 30 recto.

* Chronologie septénaire, etc. , liv. Il, folio 104 verio.

* Troisiesme Tome du Mercure français, f* partie, pag. 139.

Re<:liert:bes

sur Vwt de la

broderie.

Jusqu'à présent nous avons longuement parlé des étoffes de soie, d'or et d'argent et autres tissus précieux qui avaient cours en Occident pendant le moyen âge , sans nous attacher aux ornements qtii avaient pu y être ajoutés après leur fabrication , aux broderies dont ils étaient souvent décorés ; et cependant il y a là un curieux sujet à traiter* Parvenu au terme du chemin que je me suis tracé, rien ne m'oblige^ ce me semble, à me remettre en route à travers un pays inexploré et hérissé d'obstacles de toute espèce. D'ailleurs, pour écrire quelque chose de satisfaisant sur l'art de la broderie, il faudrait remonter jusqu'à l'antiquité et commencer aux âges héroïques. Certes, un pareil labeur n'a rien qui m'effraye; mais, n'étant pas seul intéressé dans la question, je dois craindre qu'il ne produise cet effet sur d'autres, et m'en tenir à un simple aperçu ^ qui ne peut manquer d'être accueilli avec curiosité comme un complément utile des recherches qui précèdent.

Ainsi que je le disais il n'y a qu'un instant, on trouve des mentions de broderie dès l'antiquité la plus reculée. J'ouvre Y Iliade d'Homère , et j'y vois mentionnés des voiles riches Mentions

. ^ . , . , d^étoffes brodée»

en broderies, ouvrages des femmes sidoniennes, que le dans Homère. beau Paris amena de Sidon , lorsque , traversant les vastes mei^, il conduisait Hélène, célèbre elle-même par son habileté dans ce genre*. Plus loin , c'est un autre voile aux cou-

Antiquité

de la broderie.

' Iliade, ch. Yi, V. 289. Cf. ch. ni, ▼. 125; et Odjrst,, ch. xv, v. 104. Il ' 42

330 SUR LE OOltfMERCE, LA FABRICATION ET UUSAGK

leurs variées et non moins riche , que Minerve avait tissu et brodé', une robe magnifique, ouvrage merveilleux sorti des mêmes mains et embeUi des broderies les plus variées* ; c'est enfin un tissu , ample vêtement de pourpre sur lequel , dans sa haute demeure, Ândromaque brodait mille fleurs variées, au moment où des cris de détresse lui apprirent la mort d'Hector V Tissiu brodés Dans les ouvrages de THomère latin, il est plus d'une fois

mentionnét dans • i • i ■ / /• i •

Virgile. question de tissus brodes , si toutefois on peut traduire par ce dernier mot le participe intextuSy inte^ti, dont il fait volontiers usage : « Déjà, dit-il dans un endroit de ses Georgiquesy je me vois conduisant au temple la pompe solennelle ; je vois les taureaux tombant sous le couteau sacré ; j'admire la scène mobile de mon théâtre, tournant sur elle-même, et les Bretons se levant avec la toile de pourpre sur laquelle ils sont brodés*. »'

Dans V Enéide^ le fils d'Ânchise, après avoir fait proclamer Cloanthe vainqueur dans une lutte navale, lui donne un riche manteau sur lequel l'art des anciens avait déployé toutes ses merveilles : « Une chlamyde à trame d'or, dit le poêle, autour de laquelle court et serpente, en une double bordure, la pourpre de Mélibée'. Sur ce tissu se trouve brodé le fils deTros : au milieu des forêts de l'Ida, ce royal enfant, le

• iUade, ch. vni, v. 384.

• /i/V/.,ch. xiv,v. 178.

• Ihid,^ ch. xui, V, 441. Voyez, sur les Téteraencs bred^, vers le milieu d» n* iiècle, comme sur ceux dont les ornements étaient formés dans le tissu , VOrq-^ mastieon de Julius Poilux, liv. VIT, ch. xm, segm. 55 ; et ch. xvii, tegm. 77.

• Georg., lib. III, v. 22 et scq.

• Cest-à-dire de Thessalîe. Voyei Lucrèce, liv. II, v. 500, et ci-dessus, lom. Il, p»g. 146.

javelot à la main^ fatigue à la course les cerfs rapides; on le voit bouillant d*ardeur, et comme haletant, quand tout à coup, fondant du sommet de Flda, Toiseau de Jupiter^ de ses serres crochues , le saisit et l'emporte dans les airs. Vainement ses vieux gardiens tendent les mains vers le ciel, et ses chiens frappent Tair de leurs aboiements*, d

Virgile emploie aussi , en l'appliquant à des tapis , ou plutôt Exemptes a des housses de cheval, le terme picius^^ auquel je suis «npioyé dans le

I \ \ « 4 .1 •*"• ^* brodé.

porté a donner le même sens , et qui du reste se rencontre firequeniment dans les auteurs latins. C^est ainsi que Cicëron, citant le trait de Damoclès, parle de son lit comme étant garni d'une couverture magnifiquement brodée, strato puU cherrime textilistragulo, magnifias operibus picto^^ et qu'Ovide appelle picti tori les lits décorés de la manière * dont CatuUe nous dépeint celui de Thétis et de Pelée'. D'autres poètes, parlant de riches vêtements, emploient aussi l'adjectif/>ic^u^*, par lequel Martial qualifie les rois barbares qui en portaient de pareils^, et nous savons qu'à Rome les triomphateurs, les consuls sous les empereurs, et les préteurs quand ib donnaient des jeux, étaient revêtus d'une toge ou tunique , appelée picta par certains auteurs et palmata par d'autres •.

* JEn,, Ub. V, T. 250.

* Ibid., lib. vin, T. 277.

* Tusc, Quœst,^ lib. V, cap. xxi.

* Her,^ q>îft. xn, .t. 30.

' CatuU., carm. i.xxy, t. 47 et seq. Cf. sapr., tom. Il, ptg. 8t.

* Jarenal., sat. vi, y. 482. — Val. Place, jérgon,^ lib. m, y. 340. ' M. Val. Hait. Epigr. Ub X, ep. Lxxn.

■ Voyez le grand Lexique latin de Forcellini, Facciolati et Furlanetto, aux mots Pietnt et Ptdnmtus.

Eut arancé de Tart de la broderie en Asie depuis l'antiquité.

de Tadjectif bcu^ bara employé parYirflile, des moU phrygio, Btwbaria, BarbaricuSf barbarica-

InTriitioo de la broderie

attribuée nux Phrygiens.

k voir les rois barbares de TOrient représentés comme vêtus d'étofles brodées , on soupçonne déjà que Fart de la broderie était très-avancé en Asie; mais ce soupçon ne tarde pas à se changer en certitude pour peu que Ton se donne la peine de parcourir les écrivains latins. Virgile , décrivant le costume de Chlorée, consacré à Cybèle, et jadis prêtre de son temple , nous dit qu'il étalait au loin le luxe éblouissant d'une armure phrygienne, et que l'aiguille avait brodé sa tunique et ses cuissards barbares ^ Sur quoi les commentateurs font observer que l'expression Barbara employée par le poète se rapporte sûrement à l'art de la broderie , dans lequel les Phrygiens s'étaient rendus fameux à ce point que phrygio signifiait brodeur. Us ajoutent qu'il n'est point rare de trouver Barbaria employé pour Phrjrgia , et Barbaricus pour Phrjrgius^ et que barbaricarius doit s'entendre dans le sens de phrjrgio , c'est-à-dire de brodeur '. A ce compte , les barbaries vestes dont parle Lucrèce', et les barbarici sinus de Prudence*, seraient des robes brodées. Ce qu'il y a de certain, c'est que la tradition constante de l'antiquité attribuait aux Phrygiens l'invention de la broderie, origine rapportée par Pline* et par Servius', et attestée non-seulement par le nom de phrygioy mais par celui àe phrj^ioniœj que l'on donnait aux étoffes brodées , et par l'adjectif phrjrgianus , employé dans le sens de brodé'^.

• >€»..lib. XI, V. 769,778.

* TotiM Latinitatu Lexicon^ éd. in Germ. prima, tom. I, pag. 311, col. 1 et 2. » T. Lucret. Car*, De Rer. A«/., lib. II, t. 500.

* Aurel. Prudent., Apoth,^ y. 211.

" Uist. nat,, lib. VIII, cap. lxxiy.

• Senr. ad JEa., lib. III, t. 401 ; ei lib. IX, v. 61 1 .

' Plin., loc. cit. — Sen., De Ben., lib. I, cap. m. Le manteau pbryg^ien donné

Après lès artistes de la Phrygie, il convient de nommer Broderies ceux de Babylone, dont Martial vante les broderies à l'ai- et d^AU en Pro. guillcy désignées dans l'antiquité sous le nom de la ville où, dans l'origine, on les fabriquait; à en croire Pline, il y avait telles étoffes babyloniennes qui avaient coûté des sommes énormes. Enfin, une ville de la Gaule^ oii, dit le même écrivain, avait été trouvée la manière de figurer sur les étoffes des écussons ou compartiments, Aix en Provence était réputée pour ses broderies K

Maintenant , si je voulais essayer de donner une idée du Descnptiou

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